Il y a 10 ans, les Spurs et leur “Beautiful Game” terrassaient les Heatles

Le 14 juin 2024 à 15:35 par Nicolas Meichel

spurs beautiful game
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Dix ans avant l’arrivée de Victor Wembanyama à San Antonio, les Spurs remportaient leur dernier titre de l’ère Tim Duncan – Tony Parker – Manu Ginobili. Un dernier titre qui est peut-être le plus beau de tous. Pour le scénario d’abord, mais surtout pour le magnifique jeu collectif proposé par l’équipe texane. Retour en 2014, quand les Spurs terrassaient les Heatles avec leur “Beautiful Game”.

Un an avant les Finales NBA 2014 opposant pour la deuxième année consécutive San Antonio à Miami, les Spurs étaient au fond du trou.

Gregg Popovich et ses hommes venaient tout juste de laisser échapper un titre qui leur tendait les bras. Si vous êtes fan des Spurs et que vous lisez ces lignes, on s’excuse par avance de remettre le couteau dans la plaie, mais impossible de ne pas parler du traumatisme de 2013 si on veut ensuite expliquer la masterclass de 2014. Les Spurs menaient 3-2 en finale contre Miami, et possédaient cinq points d’avance à 23 secondes de la fin du Game 6. Ray Allen est ensuite apparu pour marquer le tir le plus clutch de l’histoire. Victoire improbable de Miami, 3-3 dans la série, Heat en 7, Spurs en larmes.

Un an plus tard, c’est donc l’heure des retrouvailles.

“Cette fois-ci on va le faire” balance Tim Duncan avant le début des Finales NBA 2014. Pas de doute, les Spurs sont sûrs de leur force. Ils ont utilisé le traumatisme des Finales 2013 pour acérer leur jeu collectif et renforcer encore un peu plus les liens très solides du groupe. 62 victoires en saison régulière (dont 19 de suite pour finir !), les Mavs, les Blazers et le Thunder dans le rétro sur la route des Playoffs, le moment est enfin venu de réécrire l’histoire.

Ce qui va suivre, c’est peut-être la plus belle partition collective de l’histoire de la NBA.

Avant le début de la finale, on s’attendait à une nouvelle série au sommet entre ces Spurs revanchards et les Heatles de Miami, portés par un LeBron James au sommet de son art et en quête d’un three-peat historique. Les deux premiers matchs à San Antonio vont d’ailleurs en ce sens. La série est à égalité 1-1 avant de basculer à Miami, et tout semble possible. Sauf qu’ensuite, on va assister à une véritable démonstration des Spurs. Des Spurs qui vont démontrer comment ce merveilleux sport qu’est le basket-ball devrait être joué.

Le “Beautiful Game” des Spurs en 5 grands principes

L’extra-pass tu feras

Il n’y a rien de plus difficile pour une défense que de ralentir une attaque où la balle bouge tout le temps. Ce simple constat est au cœur de la philosophie des Spurs version “Beautiful Game”. Pas de place pour l’individualisme, la star c’est le collectif. Chaque possession offensive de San Antonio a le même objectif : trouver le meilleur shoot possible afin de maximiser les chances de marquer le panier. Cela peut-être un 3-points dans le corner, un lay-up, ou n’importe quel autre tir ouvert. Mais pour obtenir ce type d’opportunité, il faut que chaque joueur soit prêt (et capable) à faire l’extra-pass. C’est quoi l’extra-pass ? C’est la passe supplémentaire qui permet de passer d’un bon shoot à un excellent shoot. Les Spurs du “Beautiful Game” sont les maîtres de l’extra-pass.

Sans le ballon tu bougeras

Faire bouger la balle et être altruiste, c’est très bien. Mais le mouvement du ballon n’est pas grand-chose si les joueurs restent immobiles quand ils n’ont pas la gonfle dans les mains. Bouger sans ballon, c’est l’un des grands principes du “Beautiful Game”. Vous nous direz que c’est un principe de base du basket et qu’on le retrouve dans chaque équipe NBA. C’est vrai. Sauf que les Spurs le maîtrisent à la perfection. Il y a différents niveaux dans la manière de rouler après un écran. Il y a des différents niveaux dans la manière de se démarquer, et faire le bon cut au bon moment. Il y a différents niveaux dans la manière d’exploiter son spacing. Tout ces petites choses qui permettent à un collectif de tourner à plein régime, les Spurs le font au plus haut niveau possible.

Patient et déterminé tu seras

Pour maximiser la puissance collectif du groupe, chacun de ses membres a un équilibre à trouver. Il faut non seulement savoir être patient pour laisser une possession aller jusqu’à son terme, la travailler subtilement afin de trouver le meilleur tir possible. Mais dans le même temps, ce “meilleur tir possible” ne peut qu’être obtenu en prenant des décisions rapides (avec ou sans le ballon) et en se montrant agressif pour mettre constamment la défense sur les talons. C’est grâce à cet équilibre de ses membres que les Spurs du “Beautiful Game” exécutent si bien les systèmes, et réalisent des possessions d’une beauté rare. Pendant que certaines équipes se précipitent sur la première opportunité de tir ou réalisent l’extra-pass de trop, les Spurs régalent par leur justesse.

En tes coéquipiers tu croiras

Altruisme, patience, détermination, jeu sans ballon. Tout cela est nécessaire au bon fonctionnement d’un collectif. Mais l’autre ingrédient indispensable, c’est d’avoir une confiance aveugle envers son coéquipier. Passer la gonfle à son copain en assumant qu’il va prendre la bonne décision, croire en la capacité de chaque membre du groupe à faire le bon choix, et surtout être content pour le coéquipier qui marque le panier après que tout le monde a touché le ballon, voilà l’esprit des Spurs 2014. Dans n’importe quel sport, mais peut-être encore plus au basket, un collectif ne peut se sublimer que quand l’ensemble des cinq joueurs présents sur le parquet ne font qu’un. Les Spurs du “Beautiful Game” ne font qu’un.

À la défense tu participeras

Quand on pense aux Spurs du “Beautiful Game”, c’est bien évidemment la beauté de leur jeu offensif qui nous vient directement à l’esprit. Mais la solidité collective du groupe mené d’une main de maître par Gregg Popovich se manifeste aussi en défense, comme si leur incroyable fluidité offensive leur permettait de mieux lire les attaques adverses. Les Spurs de 2014 sont en effet aussi exceptionnels en attaque que soudés pour défendre leur propre panier, eux qui possèdent l’une des cinq meilleures efficacités défensives de la NBA cette année-là. La preuve que quand vous avez atteint un tel niveau de maîtrise collective d’un côté du terrain, ça se traduit presque automatiquement de l’autre.

Ces cinq grands principes, les Spurs vont plus que jamais les mettre à l’œuvre lors des trois derniers matchs des Finales NBA 2014 contre Miami. Trois matchs, trois démos, trois masterclass.

Dans le Game 3 en Floride, San Antonio climatise la salle du Heat en réalisant peut-être la plus belle première mi-temps offensive de l’histoire des Finales : 71 points marqués, 25 paniers rentrés sur 33 tentatives, 7/10 à 3-points, 14/17 aux lancers-francs, 15 passes décisives. La défense athlétique des Heatles est en lambeaux. Kawhi Leonard est sur un nuage et se présente au monde comme l’une des futures superstars NBA. Le collectif est à son apogée. Le Miami Heat, vieillissant, est en train de se faire enterrer vivant.

Dans le Game 4, alors qu’une réaction du champion en titre est forcément attendue, les Spurs en remettent une couche pour s’imposer largement 107-86 en terre floridienne. Et dans le Game 5, de retour à San Antonio, les hommes de Gregg Popovich finissent le travail, surmontant un début de match raté (22-6 pour Miami) avant de retourner les Heatles sous l’impulsion de Kawhi, Manu Ginobili ou encore Patty Mills.

4-1 pour les Spurs, qui remportent la série avec un écart de… 70 points sur l’ensemble des cinq matchs, record NBA s’il-vous-plaît.

Les Spurs du “Beautiful Game”, c’est l’histoire d’une équipe unique qui restera à jamais comme l’une des plus belles de l’histoire.

Une équipe guidée par un Big Three Tim Duncan – Tony Parker – Manu Ginobili expérimenté mais surtout déterminé pour venger le terrible échec de 2013. Une équipe qui a vu un jeune Kawhi Leonard changer de dimension au milieu des anciens, jusqu’à prendre le titre de MVP des Finales. Une équipe profonde où chacun connaissait son rôle, où chacun savait ce qu’il devait faire pour que le collectif tourne à plein régime. Et enfin, une équipe composé d’un véritable melting-pot avec des joueurs de tous horizons partageant la même passion du basket collectif.

Le Français Boris Diaw – intégré dans le cinq majeur par Pop à partir du Game 3 – a joué un rôle crucial à travers son jeu all-around et son QI basket. Le pivot brésilien Tiago Splitter s’illustrait à travers ses qualités sous-estimées de passeur. L’Américain Danny Green, l’Australien Patty Mills ou encore l’Italien Marco Belinelli enchaînaient des banderilles à 3-points.

Pour toujours, ce savant mélange restera comme l’une des grandes références en matière de basket collectif. Et l’équipe vers laquelle on se tournera quand on voudra montrer à quel point le basketball est le plus beau des sports.