Old-School

Sonny Boswell : grosse gâchette des Globetrotters qui bouffe la balle sans défendre, CV parfait pour le Hall of Fame

Sonny Boswell avec les Harlem Globetrotters
Source image : Youtube, montage TrashTalk

Imaginez un peu ce la NBA sans ses têtes brûlées qui décident de prendre un tir insensé car lointain, bien défendu ou pas dans le rythme de l’attaque. Dieu que ça serait triste Et bien sachez qu’avant les Stephen Curry (pour la distance) ou les Gérard Smith (pour le reste), Sonny Boswell réalisait cela chez les Globetrotters. Tellement bien qu’il est Hall of Famer.

Sonny Boswell, la pièce manquante des Globetrotters ?

En 1939, Abe Saperstein enrage. Ses Harlem Globetrotters viennent de perdre en demi-finale du premier World Pro Basketball Tournament face aux Rens. Le Black Five rival lui a fermé son clapet. Mais pas question pour lui d’attendre bien sagement sans préparer sa revanche. Son équipe manque de taille et de puissance pour battre les New York Renaissance. Il doit donc remodeler son effectif.

Il songe tout d’abord à aller directement taper dans le roster de son adversaire. En vain. Les Rens sont au sommet du basketball, dirigés par un membre de leur communauté – Bob Douglas. Pourquoi aller chez l’ennemi ? Saperstein active alors son plan B : puisque Douglas a la main sur les joueurs afro-américains de l’Est du pays, il décide d’activer son réseau. Suite aux nombreuses tournées des Trotters dans le Midwest, il se tourne vers ces contrées pour renforcer son Black Five.

Il met la main sur Wyatt “Sonny” Boswell. Le jeune homme de vingt piges joue chez les Jesse Owens’ Olympians, une autre équipe afro-américaine qui sillonne les USA. Avant cela, c’est du côté de la Scott High School de Toledo dans l’Ohio qu’il a commencé à se faire remarquer en tapant le record de points de l’école. Il évolue avec Duke Cumberland, compère qui le suit également aux Olympians. Puis aux Trotters

Un croqueur nommé Sonny Boswell

Les deux hommes font partie des nouveaux visages des Globetrotters à l’automne 1939. Ceux qui doivent faire mordre la poussière aux Rens si l’occasion se présente. Exit donc les arrières gringalets starifiés qui étaient jusque-là la marque de fabrique des Trotters. Le successeur des Runt Pullins, Harry Rusan ou Gus Finney – dont aucun ne dépassait le mètre quatre-vingt – est d’un autre moule.

Bon soyons honnêtes, Sonny Boswell ne rentre pas dans la catégorie des géants non plus avec 1m87 sur la toise. Mais l’upgrade est présent. Pour ce qui est du muscle, on reste dans le modèle frêle des anciens arrières de l’équipe, avec moins de 75 kilos. Le tout donne une silhouette fine et élancée au joueur. Est-ce vraiment ce mec-là qui va chatouiller les Rens ? Oui, car son point fort est ailleurs.

Notez bien ici que le singulier est bien de mise, Sonny Boswell ne multipliant pas les forces lors d’un scouting report. Son talent est simple : il sait shooter. Une machine à dégainer. Peu importe la distance, la défense ou le positionnement de ses coéquipiers. Quand la mode est de chercher un joueur près du panier pour des points faciles, c’est du parking que Sonny envoie la sauce. Peu banal, surtout que la ligne des trois points n’est que de la science-fiction expérimentée par Herman Sayger à l’époque.

S’il reçoit la balle, le résultat est toujours le même. Personne d’autre ne la verra, si ce n’est celui qui prendra le rebond sur son tir. Ou celui qui effectuera la remise en jeu s’il fait ficelle. Et quand il a la main chaude – plus souvent que le commun des mortels – c’est la seconde option qui prime.

Sonny ne pouvait défendre sur personne. Mais il savait vraiment shooter. Il faisait un pas pour se reculer et envoyait la balle si haute que lorsqu’elle traversait le filet, celui-ci ne bougeait même pas, se rappelle un ancien coéquipier.

Ça pour ne pas défendre, on tient un spécimen atteint de hardenite aiguë – le tacle est gratuit, désolé – qui ne fait même pas semblant de se fouler. Non, il ne sait pas freiner l’équipe adverse, et il n’essaie même pas.

Une saison pour s’échauffer

Au début, des Trotters grincent des dents. Puis comprennent à quel animal ils ont à faire. Un mec qui peut leur permettre d’aller chercher le titre au WPBT grâce à son tir lointain et son adresse. Si bien qu’ils s’en accommodent et défendent à sa place. L’équipe se structure autour de lui. Et même si d’autres gars sont capables de scorer, ils acceptent de ne quasiment jamais revoir la gonfle une fois qu’elle a atterri dans les mains de Boswell.

Les premiers matchs lors des tournées semblent leur donner raison. 16, 26, 20, 17, 24 puis de nouveau 20 pions pour le lascar. Il paraît même que Sonny Boswell s’est offert une pointe à 48 points un jour de grosse chaleur. Ok ça ressemble à des stats sympas dans la NBA actuelle, mais à la fin des thirties quand atteindre 50 unités en équipe reste rare, de tels chiffres pèsent. Et comme l’objectif est de le mettre en confiance pour le moment opportun, il a le champ libre pour de tels cartons.

L’attaque tourne à plein régime. Pour la première fois de l’histoire des Globetrotters, l’équipe défonce ses adversaires. Alors que les années précédentes ils laissaient la concurrence dans le match pour des victoires serrées – pour être réinvités la saison suivante – il n’y a plus de pitié. Tout juste le spectacle habituel dans les quatrièmes quart-temps. Pas avant. Un tel changement illustre à quel point Saperstein – pour qui le business prime – est obsédé par l’idée de battre les Rens.

MVP du World Pro Basketball Tournament

La revanche tant espérée par le propriétaire des Harlem Globetrotters se dessine. Alors que la seconde édition du WPBT approche, il attaque ses rivaux dans les journaux. Que ses joueurs retrouvent sur les parquets lors du quart de finale de la compétition. Les Rens se présentent confiants – et favoris selon les bookmakers.

Rapidement, il saute aux yeux que l’issue de la rencontre repose sur les épaules – ou les poignets – de Sonny Boswell. S’il est chaud, ce match serré basculera en faveur des siens. Option qui prend le dessus, si bien que les hommes de Bob Douglas décident de faire faute pour éviter d’être punis trop facilement de loin par Boswell. Problème, ça rentre aussi depuis la ligne des lancers francs.

Alors qu’il reste moins d’une minute à jouer, les deux équipes sont au coude à coude, 36 partout. Les Rens ont la balle mais échouent à la mettre dans le panier. Ils savent que désormais, la gonfle va aller dans les mains de Boswell qu’ils avaient réussi à couper du reste de l’équipe lors de la possession précédente. Mais Sonny hérite bien du ballon. Pire, avant même qu’il puisse tirer, il subit une nouvelle faute qui lui offre un lancer franc. Converti. L’ultime tentative des Rens bien défendue par le vétéran Inman Jackson n’y change rien, les Globetrotters s’imposent dans le sillage des 19 pions de leur star.

Si les Rens avaient pu lier les mains de Sonny Boswell dans son dos, les champions du monde de 1939 auraient pu rééditer leur performance, note un journaliste du Chicago Defender.

Malgré une demi-finale bien moins aboutie de la part de Boswell (seulement 6 points), les Trotters atteignent tout de même la dernière marche du tournoi. Et remportent la compétition dont l’arrière est élu MVP.

Départ des Globetrotters

La saison suivante démarre sur un rythme encore plus élevé pour Boswell qui dépasse les vingt unités régulièrement. Ses tirs deviennent une part du spectacle proposé par les Harlem Globetrotters et il intègre la routine du show. La comédie reprend le dessus maintenant que les Rens ont été battus. Mais collectivement, les Trotters vont se faire rapidement sortir du WPBT. À Pâques 1941, une dispute avec Abe Saperstein – pour des motifs financiers, comme souvent avec le propriétaire – entraîne le départ de Boswell.

Il se murmure alors que le joueur va monter sa propre équipe, à l’instar de Runt Pullins des années plus tôt. Il fait encore pire, puisqu’il rejoint les New York Renaissance. C’est d’ailleurs avec eux qu’il pose le record du WPBT avec 32 points. Par la suite, il change régulièrement de Black Five, repassant par moment chez les Globetrotters entre des piges aux Chicago Monarchs, Anderson Chiefs ou encore Dayton Mets. Mais c’est dans une ligue professionnelle qu’il va écrire une page de l’histoire du basketball.

Pionnier en NBL

Lors de la saison 1942-43, il signe aux Chicago Studebaker Flyers en National Basketball League. La ligue n’est pas dans une forme reluisante à cause du manque de joueurs. Beaucoup d’entre eux sont à la guerre. Mais des équipes subsistent, sponsorisées par des usines fournissant du matériel à l’armée. Studebaker est l’une de ces boîtes, et sa franchise fait partie des deux équipes intégrées qui attaquent la saison NBL. Avec les Toledo Jim White Chevrolets, de la ville où à grandi Boswell.

Pour remplir son roster, le propriétaire mise sur des joueurs afro-américains. Et voilà que plusieurs anciens Globetrotters – dont Boswell – travaillant à l’usine se retrouvent dans l’un des premiers rosters intégrés de l’histoire du basketball professionnel.

Bien entendu, la formation et ses joueurs afro-américains connaissent la ségrégation lors des déplacements. Mais ils jouent ensemble, sans se soucier de leur couleur de peau. Ce qui ne signifie pas que tout est parfait. Des tensions naissent entre Mike Novak – un joueur blanc – et Sonny Boswell. Pas pour des questions de race, mais tout bêtement à cause des tickets shoots. Ben oui, l’ami Sonny n’a pas réduit la voilure avec l’âge, et son coéquipier lui reproche d’être un aspirateur à ballon. Sans aucun lien avec ce conflit, l’aventure des Studebakers se termine à la fin de la saison.

Pour Sonny Boswell, retour au barnstorming après avoir fini troisième meilleur scoreur de la ligue (10,4 points par match). Avant de raccrocher les sneakers en 1947. Par la suite, il gère un hôtel à Chicago, puis un bowling. Avant de mourir d’une crise cardiaque le 19 octobre 1964, âgé de 45 ans. Mais de devenir immortel en 2022, en rejoignant le Hall of Fame.

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