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Back to basics : les Harlem Globetrotters, showmen sans égal mais surtout précurseurs de génie

Harlem Globetrotters

Retour sur l’histoire de ces pionniers.

Source image : Youtube

Pour comprendre ce qu’on vit aujourd’hui, il est important de connaître ce qu’il s’est passé hier. C’est ainsi qu’à travers le portrait de différentes équipes ayant brillé bien avant que la NBA ne soit une ligue toute puissante, TrashTalk vous propose de vous replonger dans une partie de l’histoire du basketball aux Etats-Unis, bien loin des tirs du parking et autres Top 10 qui rythment notre quotidien. Aujourd’hui on fait le tour du monde en compagnie des Harlem Globetrotters.

Les Harlem Globetrotters sont certainement l’équipe de basketball hors NBA la plus connue au monde. En le parcourant depuis des décennies, ils ont offert leur spectacle qui dépasse le cadre du sport sur l’ensemble du globe. Cent vingt-trois pays visités, cent cinquante millions de fans ayant repris l’air de Sweet Georgia Brown avant d’être bluffés par les passes du Magic Circle, l’héritage est conséquent et vit encore. Mais derrière les showmen qui régalent aujourd’hui les enfants et les plus grands, l’aventure est complexe. Ambigüe. Oubliée voire déformée. Entre l’histoire réelle des Trotters et celle contée par leur propriétaire feu Abe Saperstein, les écarts sont nombreux. Avec des arrangements souvent en faveur de ce dernier.

De Wendell Phillips aux Harlem Globetrotters en passant par le Savoy Big Five

Premier exemple et pas des moindres : le début des Harlem Globetrotters. Officiellement, Abe Saperstein fonde les Trotters en 1926, pour un match inaugural sur la route le 7 janvier 1927 à Hinckley, dans l’Illinois. Flashback dans ce flashback, direction Chicago. Oui, Chitown, et non pas Harlem ou New York comme le nom de l’équipe peut le laisser penser. En effet, c’est bel et bien sur les rives du Lac Michigan que la formation prend ses racines pour un premier coup de communication de Saperstein. Afin de signaler aux futurs hôtes des Globetrotters l’effectif est en réalité un Black Five, celui qui n’est alors qu’un promoteur décide de coller le nom de la capitale afro-américaine à son équipe.

Mais revenons-en aux origines des Trotters, alors que Saperstein n’est encore qu’un jeune immigré juif cherchant sa voie dans le sport. Chicago vit au rythme des Roaring Twenties. Malgré la ségrégation, le basketball afro-américain fait son trou, dans le sillage du Robert L. Giles American Legion Post – équipe de vétérans de la Première Guerre mondiale – et des lycéens de Wendell Phillips. Puis du Savoy Big Five.

C’est là que le récit de Saperstein s’écarte de la réalité historique. Selon sa version, il crée les Harlem Globetrotters courant 1926 à la demande de trois joueurs mécontents du Savoy Big Five qui ont quitté l’équipe pour des raisons financières. Le Black Five s’écroule, leur salle – le Savoy Ballroom – remplace le basketball par du roller. Et le 7 janvier 1927, les Trotters débutent leur histoire avec un match à Hinckley. Petit fact checking sur ces informations.

Le Savoy Ballroom n’ouvre en réalité ses portes qu’au moment de Thanksgiving en 1927, et l’équipe joue son premier match dans cette salle le 3 janvier 1928. Comment aurait-elle pu être dissoute avant même cette rencontre ? Deuxième souci, Abe raconte qu’il est alors le coach de la formation. En dehors de ses propos, aucune preuve ne confirme cela. Ajoutons également qu’un ancien joueur déclare pour sa part avoir créé les Trotters avant que Saperstein ne lui pique l’équipe. Avant de conclure que la box score du match disputé à Hinckley le 7 janvier 1927 ne mentionne pas les Harlem Globetrotters. La liste des contre-vérités avérées ou potentielles s’allonge.

Pour autant, tout n’est pas a jété. C’est bien à cette période que les premiers liens entre les tournées d’une équipe de basketball chicagoane et Abe Saperstein se tissent. Il booke des rencontres dans l’Illinois et le Wisconsin pour une formation issue du Giles American Legion Post. Mise sur pied par Dick Hudson, un ancien footballeur pro, elle est composée de jeunes sortis de Wendell Phillips – Tommy Brookins, Randolph Ramsey, Toots Wright, et Lester Johnson. Formation qui devient quelques mois plus tard … le Savoy Big Five. Un autre petit jeune de dix-neuf ans répondant au nom d’Inman Jackson – dont personne n’a entendu parler – cire le banc.

À la fin de la première saison, des dissensions voient le jour pour des questions financières. Même Hudson, le coach, est remplacé. Tommy Brookins – considéré comme l’instigateur du putsch –  monte pour sa part sa propre équipe où on retrouve ses potes de Wendell Phillips, Randolph Ramsey, Toots Wright. Le roster ressemble fort à l’ancien du Savoy Big Five, complété par Kid Oliver, autre joueur issu de Wendell Phillips. Le nom de la formation ? Les Globe Trotters. On y vient…

Ils contactent à leur tour Saperstein pour organiser une tournée entre Michigan et Wisconsin, ce que le jeune homme accepte. Son rôle est simple : réserver les dates et les salles, rien de plus. Tout se passe pour le mieux jusqu’à ce que Brookins découvre qu’une seconde équipe joue dans les mêmes villes, quelques jours avant ou après eux, sous le nom de… Globe Trotters ! Abe Saperstein a profité de l’occasion pour faire coup double en organisant une autre tournée, avec les membres du Savoy Big Five. Il y ajoute Runt Pullins, ancienne star lycéenne ayant mené Wendell Phillips au titre de la ville. À la fin du trip, seule la seconde équipe subsiste. Les Trotters de Brookins ne poursuivent pas leur aventure.

Les tournées en Ford T pendant la Grande Dépression

Début 1929, les New York Harlem Globe Trotters (NDLR : la graphie évoluera en Globetrotters bien plus tard), descendants de l’équipe de Brookins prennent la route. Abe Saperstein n’est pas encore le boss, juste associé aux joueurs. Il partage avec eux à fraction plus ou moins égale les revenus (il prend une double part pour couvrir les frais liés aux déplacements). À ses côtés on trouve Runt Pullins, Toots Wright, Fat Long, Kid Oliver et Andy Washington, tous issus de Wendell Phillips et dont la plupart sont passés par le Savoy Big Five.

L’origine chicagoane de l’équipe est donc mise de côté, pour deux raisons. La première a déjà été évoquée, prévenir que les Trotters sont un Black Five. La seconde est publicitaire. La formation n’a pas encore une grosse réputation et les premiers trajets ne sont pas forcément loin de la Windy City. En évoquant New York plutôt que Chicago, Abe Saperstein apporte une touche d’exotisme au moment de jouer dans d’autres bleds de l’Illinois, histoire d’attirer plus de monde et d’éveiller la curiosité.

Abe Saperstein endosse de nombreux rôles – manager, chauffeur, remplaçant, VRP… – pour tenir la baraque. Sur les parquets, Runt Pullins est la star d’une équipe très jeune – à 22 piges, Fat Long et Toots Wright font figure de vétérans. Le meneur n’est encore qu’un gamin qui vient de souffler ses dix-neuf bougies mais avec sa dextérité, il est celui que Saperstein met en avant, celui qui attire les foules.

Malgré cette jeunesse et le peu de vécu en tant que Globetrotters, l’alchimie se crée rapidement. En plus d’être passés par Wendell Phillips – dont certains en même temps – les hommes de Saperstein sont issus du même coin et ont déjà usé leurs sneakers sur les playgrounds ensemble. Cela se ressent et leur permet de proposer un jeu collectif bien huilé, suffisant pour venir à bout des adversaires proposés. Ces derniers sont souvent des seconds couteaux, la renommée des Trotters n’étant pas encore suffisamment établie pour se frotter aux cadors.

Débuter une telle aventure au moment où la Grande Dépression frappe les États-Unis n’est pas de nature à pousser à l’optimisme. L’économie part en vrille, les banques ferment et de nombreuses entreprises font faillite. Le drôle d’attelage mis sur pied par Saperstein prend lui la route de villes que personne ne saurait situer sur une carte. Les cinq joueurs de l’effectif et leur agent s’entassent dans la Ford T de ce dernier avant d’aller gagner leur pain dans des conditions qui ne font pas rêver.

Contre des équipes des bleds paumés du Montana, du Minnesota ou du Dakota, ils sont souvent les premiers Afro-américains croisés par les habitants. Autant dire que le dépaysement est total, pour les visiteurs comme pour ceux qui les accueillent. Sur un terrain de basket on veut bien les laisser jouer et faire le spectacle, mais dans les hôtels et restaurants, non merci. À côté de cela, les Globetrotters font découvrir un basketball totalement différent. Le choc est violent. Comment ça on peut courir, mettre de la vitesse, donner du rythme ? Ils régalent la foule qui, impressionnée par ce qu’elle voit, ne leur tient pas rigueur de coller des branlées à leur équipe. Les clowneries et autres gags ne sont pas encore de mise. Certes, le style est flamboyant, mais ils ne moquent pas encore les adversaires. Le basket a toujours le dessus sur le show.

Comme beaucoup d’équipes de barnstorming de l’époque, les matchs et les kilomètres s’enchaînent. Une rencontre par soir, deux le dimanche. L’identité commence à se forger au cours de cette première saison. Elle va s’étendre, tout comme le territoire couvert par le Black Five, année après année.

Du show à défaut du chaud

Lors de la deuxième saison, un nouveau membre rejoint l’équipe. Encore un ancien du Savoy Big Five, Inman Jackson. La signature n’a rien de ronflante, “Big Jack” ne joue depuis le début de sa carrière que les seconds rôles. Mais celui qui mesure un mètre quatre-vingt-onze pour quatre-vingt-onze kilos – un colosse pour l’époque – ne passe pas inaperçu. En devant suivre le rythme des Trotters, il progresse à vue d’oeil et s’installe comme le pivot indiscutable de la formation, capable de récupérer l’intégralité des possessions sur les entre-deux au cours d’un match – à l’époque, chaque panier est suivi d’un tip-off.

Loin d’être aussi anecdotique que prévu, ce recrutement pose les bases de l’avenir des Harlem Globetrotters. À compter de l’intégration d’Inman Jackson, l’équipe de Saperstein se construit toujours manieur de ballon – big man, ce dernier jouant le clown. Une facette de Jackson qui fait surface au fur et à mesure. Avec ses paluches, il met en place des tours de passe-passe pour rendre fou son adversaire, tandis que Pullins se faufile pour sa part entre tous les joueurs, balle en main. Et les deux lascars placent leurs trick shots. Le spectacle arrive, mais – là encore – avec la gonfle comme priorité.

C’est d‘ailleurs plus par hasard que les facéties débarquent, comme lorsque Kid Oliver pose son derch’ sur un réchaud sans faire attention. Avant de partir en courant, la fumée aux fesses, provoquant l’hilarité de la salle. Cela donne des idées à Saperstein et ses joueurs. D’une part, ils offrent quelque chose de nouveau qui plaît au public. Surtout ils s’autorisent lors de ces gags un temps de repos non négligeable pour des mecs enchaînant les rencontres. Un complément à une stratégie bien connue des équipes de barnstorming qui consiste à rapidement prendre un avantage confortable avant de faire tourner la gonfle. Une fois la victoire “assurée”, les Harlem Globetrotters ont alors tout le loisir d’amuser la galerie.

Petit à petit, le spectacle prend le dessus. Ce qui importe, c’est donner du plaisir à la foule pour être invités les années suivantes. Attention, les joueurs n’en oublient pas pour autant de gagner des matchs – leur bilan avoisinant chaque saison les 90% de succès parle pour eux – mais ils ont conscience que leur maigre gagne-pain tient à l’enthousiasme du public, à la volonté des organisateurs de revoir les Trotters venir donner du bon temps. Cela passe mieux avec un écart moindre teinté d’humour qu’en mettant une pilule aux adversaires.

Le style s’affirme, mais les poches ne se remplissent pas pour autant. Les tournées s’agrandissent, mais les affiches de rêve ne sont toujours pas le quotidien des Harlem Globetrotters. Les bénéfices restent minimes dans des petites villes au cœur d’une Amérique toujours secouée par la Grande Dépression. Impossible ou presque de s’accorder une nuit off, même quand deux rencontres consécutives se jouent à des distances de plusieurs centaines de kilomètres. Une balade aujourd’hui, une torture pour des corps fatigués entassés dans la Ford T qui ne dépasse pas les 50 kilomètres par heure, sans confort et le plus souvent dans le froid.

À peine arrivés en ville, il faut s’échauffer, jouer, rêver d’une douche rarement chaude et espérer croiser un endroit où trouver à manger. Dans une soirée parfaite, peut-être même tomber sur un hôtel miteux qui les accepte. Fait rare. Le tout sans se plaindre. Déterminés et courageux, conscients aussi que dans la crise actuelle, gagner même chichement sa croûte en jouant au basket, cela reste une chance. Pour autant, la vie n’est pas toujours un long fleuve tranquille et cette promiscuité apporte son lot de tensions. Peu nombreuses pour cette fine équipe, et lorsqu’elles éclatent, cela tourne toujours autour de l’argent.

Les Harlem Globetrotters en crise

De l’argent, et du pouvoir. Abe Saperstein ne manque pas d’ambition. Et il tient à faire savoir que les Trotters, même s’il n’est pas le propriétaire, sont son équipe. Il effectue quelques ajustements dans le roster, monte une seconde formation pour rester à proximité de Chicago et servir de réserve à ceux bougeant plus loin. Les Globetrotters sont désormais les “Saperstein’s Harlem Globetrotters”, comme il le fait floquer sur les maillots.

Puis, en février 1934, l’équilibre vole en éclat. Il annonce aux joueurs que la partage des recettes à parts égales ne tient plus. À partir de maintenant – alors que les Harlem Globetrotters peuvent empocher chacun une trentaine de dollars par soir, montant rarement atteint par le pot commun au début de l’aventure – chaque joueur reçoit un salaire de 7,50 dollars par match. Ils sont désormais ses employés. Coup de tête ou réflexion longuement mûrie ? En tout cas, l’impact est immédiat. Trois Trotters – dont la star Runt Pullins – quittent le navire sur le champ. La tournée est cours tombe à l’eau.

De retour à Chicago, Saperstein se tourne vers le Brewster Center de Detroit, là où les Harlem Globetrotters ont joué en début de saison et où deux jeunes lui ont tapé dans l’œil. Gus Finney et Harry Rusan. Puis rappelle Rock Anderson, vétéran de 41 piges qui a déjà comblé les trous dans l’équipe au gré de certaines absences. En deux coups de cuillère à pot, une nouvelle équipe est sur pied. Son équipe.

Bien entendu, avec sa gouaille habituelle, il tourne la séparation et les changements dans l’effectif en sa faveur. Les rats qui ont quitté le navire ont voulu troubler l’équilibre et de toute façon, il n’a pas besoin d’eux. Il comptait les remplacer par des mecs d’un niveau supérieur. Après un temps d’adaptation, la marche en avant reprend et le bilan comptable de fin d’année – au niveau des victoires et des recettes – semble lui donner raison.

Premiers glissements vers le spectacle

Autre impact non négligeable et structurant pour l’avenir des Globetrotters, le départ de ces cadres acte définitivement la bascule en mode showtime. Pulins, Toots Wright ou encore Fat Long étaient avant tout des ballers avides de victoires, dont le sérieux sur le terrain maintenait une identité sportive. Sans eux, le cirque peut commencer : passes aveugles, trick shots dès que l’occasion se présente, ballon qui tourne sur le doigt… les limites ont sauté. Pas un problème car le spectacle proposé fait vendre encore plus de tickets que les victoires en jouant de façon rigoureuse. Au milieu des années trente, cette marque de fabrique classe les Harlem Globetrotters à part de l’éventuelle concurrence des autres équipes de barnstorming.

Pourtant, certains petits malins tentent de capitaliser sur la popularité d’Abe Saperstein et compagnie. À commencer par Runt Pullins. L’ancien de la maison a monté une équipe où on retrouve George Easter, Fat Long ou encore Randolph Ramsey, eux aussi passés par l’écurie auparavant. Cette formation, au nom très recherché de New York Globe Trotters, se balade dans les mêmes états que la troupe d’Abe, créant la confusion selon le promoteur. Un caillou dans sa chaussure, même si ses Harlem Globetrotters gardent leur public. Mais une illustration de ce que l’équipe va vivre à partir de maintenant : ils sont un modèle à copier, entre utilisation de leur nom ou de leur style, d’autres veulent leur part du gâteau.

Un dernier événement définit l’évolution des Trotters. Alors qu’ils doivent étendre leur tournée jusqu’en Oregon lors de la saison 1934-35, le boss de l’Amateur Athletic Union Pacific Northwest leur met des bâtons dans les roues. En effet, l’organe qui dirige le basketball amateur dans le district semble un peu plus à cheval sur les règles de l’amateurisme que dans le Midwest. Saperstein a beau tenter de se justifier, allant jusqu’à falsifier des papiers, la pilule ne passe pas et il doit repartir la queue entre les jambes. Enfin, pas complètement. Déjà libérés de la pression du résultat suite à la prise de pouvoir d’Abe, les Trotters s’affranchissent définitivement de l’amateurisme. Désormais, ils sont un spectacle ambulant professionnel dont l’outil principal est un ballon de basket.

Une version sportive du Minstrel Show ?

Si cette évolution fait gonfler la popularité des Harlem Globetrotters – ainsi que leurs poches – elle n’est pas sans controverse. Showmen, ils culbutent dans une forme de comédie qui rappelle de mauvais souvenirs à la communauté afro-américaine. Des spectateurs blancs qui rient des clowneries d’artistes noirs ? Toute ressemblance avec un Minstrel show ne serait que fortuite. Et fait surtout grincer des dents. Quand les autres Black Fives – les New York Rens en tête de gondole – jouent avec fierté et dignité pour représenter leur communauté, les Trotters sont sur un autre créneau.

Ces spectacles où les Blancs se moquent des Noirs sont encore plus vieux que la nation américaine. Au départ, ce sont des acteurs blancs qui se griment, donnant naissance ou au minimum popularisant le blackface, pour jouer des rôles d’Afro-américains. Les personnages caricaturent les stéréotypes : joyeux, fainéants, limités intellectuellement mais forts physiquement, truqueurs… tous les préjugés y passent. L’exemple le plus célèbre est la chanson “Jump Jim Crow” datant de 1828 et dont le nom sert de référence aux lois ségrégationnistes des années plus tard. L’ironie dans le développement de ces comédies étant que les Afro-américains eux-mêmes finissent par y prendre part, remplaçant les comédiens blancs, mais surtout à y assister. En  adaptant d’une certaine façon le principe du Minstrel show, les Trotters ne participent-ils pas à véhiculer une image négative de leur communauté ?

Avec le recul de l’histoire, il est facile de faire cette analyse. De se dire qu’entre se moquer des adversaires blancs en les humiliant via des gestes techniques était suffisant. Que basculer dans la caricature des Afro-américains n’était pas un passage obligatoire. En effet, les Harlem Globetrotters n’avaient pas forcément besoin de ça et la façon dont Saperstein introduit de plus en plus de gags en dehors de tricks liés au basketball est inexcusable. Mais dans le contexte de l’époque, il s’agit malheureusement du chemin tout tracé pour un propriétaire blanc. Comme cela permet aux joueurs de se produire devant des foules toujours plus importantes, ils suivent eux aussi cette route.

Des salles remplies, une popularité grandissante malgré les mouvements au sein du roster et les soucis avec l’AAU, tout roule pour les Globetrotters. Enfin pas complètement. En effet, l’ambition d’Abe Saperstein n’est pas de rester bloqué dans les bleds pourries des États-Unis, mais bien de percer sur la scène nationale, toucher des villes plus grandes. Franchir un cap. Mais les Trotters sont-ils prêts à sauter le pas et à se frotter aux meilleurs ? Peuvent-ils jouer avec assez de rigueur pour faire tomber une équipe sérieuse ? Il le faut, sous peine de stagner.

Les Harlem Globetrotters butent sur les New York Rens…

En ayant senti le coup – par chance ou en véritable visionnaire – que les petites villes peuvent faire tenir une équipe de barnstorming pendant la Grande Dépression, Abe Saperstein a donné un avantage énorme aux Trotters par rapport à d’autres formations. Ces dernières, habituées des plus grandes villes et enceintes plus accueillantes, prennent en pleine figure la crise et ont plus de mal à trouver leur créneau loin des discothèques et salles de bal qu’elles squattaient jusqu’à présent. Conscient de son avantage dans les contrées du Midwest, Abraham fait ce qu’il maîtrise le mieux : ouvrir sa bouche.

Sa cible se nomme les New York Rens, Black Five le plus réputé de l’époque. Pendant plusieurs années, l’équipe d’Harlem ne répond pas aux provocations. Saperstein a beau déclarer que les Trotters sont les champions du monde du basket afro-américain, Bob Douglas – le proprio des Rens – ne bronche pas. Rien de surprenant, les gesticulations de Saperstein sont monnaie courante et bien qu’il clame fort la supériorité des Trotters, le roster semble toujours en dessous du Black Five cinq étoiles que sont les Rens.

Le boss des Harlem Globetrotters le sait. Ses paroles sont avant tout un moyen de se faire de la pub. En attendant, il faut tout de même renforcer l’équipe, à l’image de toute l’organisation. Finie la Ford T, place à un break. Bon ok, ce n’est pas ce qui rend les Trotters plus performants, mais ce nouveau confort n’est pas un luxe. Exit aussi les historiques Kid Oliver, Toots Wright, Fat Long et même Gus Finney. Seul Harry Rusan résiste au grand nettoyage du roster. Inman Jackson, bien qu’usé par les années passées sur les routes, aussi, avec un temps de jeu moindre. Ted Strong, Babe Pressley, Bernie Price, Zach Clayton et Bill Ford rejoignent l’écurie Saperstein pour apporter du muscle, des qualités athlétiques, de la taille.

Des ajouts qui permettent aux Harlem Globetrotters de se mesurer aux Original Celtics. En 1938, les joueurs au trèfle ne sont plus la machine qui a écrasé le basketball professionnel durant les années vingt. Les stars de l’époque sont à la retraite, mais l’aura celte rayonne toujours. En parvenant à les accrocher – avant que les Celtics ne quittent le terrain avant la fin sans raison apparente – les Trotters se disent qu’enfin, ils sont en mesure de se frotter aux meilleurs, aux Rens.

Dans sa mesure habituelle, Abe Saperstein les provoque une fois de plus. La réponse ne tarde pas à fuser de la part d’Eric Illidge. Le bras droit de Bob Douglas qualifie les Harlem Globetrotters de clowns qu’ils sont prêts à affronter – et à battre – où ils veulent, quand ils veulent. Silence radio de l’équipe de Chicago. Conscient que la partie est loin d’être gagnée d’avance, Saperstein ne facilite aucun arrangement. Aucune rencontre n’est programmée

C’est donc une aide extérieure qui offre la confrontation au printemps 1939. Le premier World Professional Basketball Tournament se déroule à Chicago et les organisateurs ont mis les deux seules équipes afro-américaines engagées dans le même tableau, histoire d’éviter de les voir s’affronter en finale. Pour les Rens comme les Trotters, les premiers obstacles sont passés. Place à la demi-finale tant attendue.

Si le score final de 27-23 en faveur des Rens laisse penser à une rencontre accrochée, il n’en est rien en réalité. Les New-yorkais contrôlent, s’offrant juste une petite frayeur sur les dernières minutes. Les hommes de Saperstein ne sont pas en mesure de les inquiéter. Les Rens enchaînent en remportant le titre lors du match suivant, les Trotters eux se consolent comme ils peuvent en récupérant la troisième place. Un maigre soulagement après avoir gâché une opportunité unique, avant de passer l’été à ressasser cet échec, sans savoir si une telle chance va se représenter.

…puis les surpassent

Alors qu’il vient de toucher du doigt son but, Abe Saperstein se résout à l’évidence. Les Rens sont encore les plus forts. Les Trotters sont condamnés à vivre pendant encore au moins une saison dans l’ombre de ce rival, alors qu’Abe s’imaginait en haut de l’affiche. Il a beau raconter à qui veut bien l’entendre que les Rens se sont imposés d’un panier avec de la chance – un panier à 4 points certainement – il sait que contrairement à Bob Douglas, il ne peut pas capitaliser sur le WPBT pour mieux vendre son équipe.

Il faut repartir au charbon, trouver les axes d’améliorations et espérer une nouvelle opportunité. Premier constat : les Rens sont plus grands, plus costauds, plus physiques. Inman Jackson, le vieillissant intérieur et point culminant des Globetrotters – aux côtés de Bernie Price et Hilary Brown – affiche un mètre quatre-vingt-onze sur la toise. Les intérieurs de Bob Douglas dépassent le mètre quatre-vingt-treize. Sur les autres postes, l’écart est encore plus important car en dehors de Fats Jenkins et son mètre soixante-dix, tous les Rens peuvent manger sur la tête des Trotters drivés par des arrières de petite taille.

Les deux recrues phares s’appellent Duke Cumberland et Sonny Boswell, issus de Toledo. Des signatures qui montrent que si les Rens gardent la mainmise sur les joueurs de l’Est du pays, Abe Saperstein dispose d’un vivier conséquent dans le reste des États-Unis. Duke apporte de la robustesse à l’intérieur et du shoot, Boswell est une machine à scorer. Il le prouve rapidement lors de la traditionnelle tournée de l’équipe. Peu importe la distance, le marquage, il dégaine. Les scores gonflent, les adversaires prennent des roustes et les Trotters ne cherchent même plus à limiter l’écart. Les clowneries restent au rendez-vous, mais on ne s’embarrasse plus à rester sympa et à faire croire aux fermiers du coin qu’ils sont proches.

La saison avance, les Globetrotters prennent confiance, tout en gardant en tête le véritable objectif : le second WPBT et les Rens. Le bilan de 98 victoires pour 3 défaites ne vaut rien s’ils ne sont pas en mesure de battre leur rivaux. Comme lors de la première édition, les deux Black fives se trouvent dans le même tableau, pour se croiser dès le quart de finale.

Un match bien plus disputé qui se joue dans les ultimes secondes. Alors que les Harlem Globetrotters mènent d’un point, Puggy Bell reçoit la balle pour partir seul au panier et permettre aux Rens d’arracher la victoire. Un instant d’hésitation lui fait perdre ses repères et manquer le lay-up de la gagne. Inman Jackson, le lien entre toutes les époques des Trotters, prend le rebond. 37-36, Abe Saperstein gagne son pari, symbolisé par les 19 points de la gâchette Boswell.

Ses hommes concluent quelques jours plus tard en venant à bout des Chicago Bruins, soutenus par toute une salle qui ne sait même pas que cette finale est un derby. Toute la salle ? Pas complètement, car sur le bord du terrain, les Rens soutiennent leurs rivaux, conscients que l’enjeu de la communauté afro-américaine dépasse les tensions entre les propriétaires des deux Black Fives.

Ce coup de projecteur bienvenu n’arrive pas seul, un bonus venant s’ajouter à ce titre. Le 29 novembre 1940 se joue le All-Star Classic, une nouvelle rencontre mise en place par les organisateurs du WPBT. Le champion affronte alors les meilleurs universitaires du pays. Plus de vingt mille fans s’entassent dans le Chicago Stadium pour voir les jeunes s’imposer 44-42 en prolongation. Malgré la défaite, la publicité est telle que Abe Saperstein et les siens ont de quoi surfer sur la vague pendant de longs mois. Les Harlem Globetrotters sont au cœur d’un cercle vertueux. Ce sont désormais les Rens qui leur courent après.

Tenir pendant la Seconde Guerre mondiale

Alors que les planètes semblent alignées pour les Harlem Globetrotters, des nuages s’amoncellent dans leur ciel bleu. Tout débute par un changement de comportement d’Abe Saperstein. Si certains ont décelé depuis un moment le côté paternaliste blanc du proprio des Trotters, ce dernier ne se cache plus vraiment. Une distance se crée entre lui et les joueurs avec qui il ne voyage plus, ou bien moins. Lorsqu’il parle d’eux, c’est avec un ton condescendant, laissant clairement entendre que le succès de l’équipe est le sien. Le stéréotypes raciaux refont surface et la presse – où Abe s’épanche facilement – prend le relai.

Malgré cela, les tournées restent chargées au début des années quarante, grâce à la popularité acquise via le WPBT. L’enracinement des Harlem Globetrotters  dans les petites villes se maintient. Hors de question pour l’équipe d’oublier d’où ils viennent, même si Saperstein garde son énorme appétit en rêvant de croquer la Grosse Pomme et son Madison Square Garden. Une défaite au second tour du Pro Basketball Tournament 1941 – face aux Detroit Eagles, futurs champions – et une nouvelle dispute sur des questions financières sèment la zizanie au cours de cette saison. Boswell et Cumberland quittent les Trotters, tout comme Hilary Brown. Ils rejoignent les Rens. « Ca m’en touche une sans m’en faire bouger l’autre », pourrait déclarer le boss. Il en a vu d’autres.

Il gère donc la situation comme lors du départ de Runt Pullins, minimisant les faits, organisant des scrimmages pour reformer une équipe compétitive. Mais aussi moins onéreuse. Si ses stars le lâchent, il y a tellement d’Afro-américains prêts à jouer pour les Harlem Globetrotters qu’il peut facilement réduire les salaires. Des coûts moindres qui ne font pas de mal, car une nouvelle épée de Damoclès se dresse au-dessus de la tête des Trotters, la Seconde Guerre mondiale.

En 1942, les États-Unis s’engagent dans le conflit. Toute l’économie du pays est tournée vers l’effort de guerre, tous les hommes en âge de combattre sont enrôlés tour à tour. L’essence est rationnée. Dans ce contexte, nombreuses sont les équipes professionnelles à mettre la clef sous la porte ou à se trouver dans l’incapacité de faire du barnstorming. Les Trotters décèlent une parade, malgré les annulations de certaines dates. Ils ajoutent à leur calendrier des rencontres de charité sur les bases militaires, reversant les bénéfices – du moins une partie – pour l’armée ou les hôpitaux. Tout en profitant des arrêts dans les régiments pour faire le plein de fioul.

Jusqu’en 1945, la seule éclaircie est la progression de Goose Tatum, arrivé suite au départ de Boswell. Pour le reste, impossible de maintenir un cinq cohérent d’un match à l’autre, Saperstein jongle constamment, n’hésitant pas à rappeler des anciens pour des piges. Il recrute même un joueur blanc, Bob Karstens. Qui a son importance puisqu’il développe la routine du Cercle Magique à l’échauffement. Abe serre les fesses pour que l’entreprise tienne. Une fois encore, sa détermination permet aux Harlem Globetrotters de passer l’orage pour rêver de jours meilleurs. Ils en ont un avant-goût lors d’une tournée au Mexique en étant accueillis comme des héros, loin des préjugés raciaux qu’ils peuvent subir dans leur propre pays. Cette ouverture à l’international – la seconde après le Canada – n’offre qu’un petit aperçu de la liberté pour ces Afro-américains, et de la renommée qui va les accompagner bientôt autour du globe.

Un nouveau duo prend le pouvoir

L’arrivée de Marques Haynes aux Harlem Globetrotters ouvre une nouvelle ère qui débute en 1946. Quelques mois plus tôt, il les a humiliés avec sa fac, en scorant 26 points. Pourtant sa place n’est pas acquise au sein de l’équipe première, il doit faire ses preuves en réserve, chez les Kansas City Stars. Il ne va pas traîner pour changer de statut. Si aujourd’hui Marques Haynes est considéré comme l’un des meilleurs ball handlers de l’histoire, personne au sein des Trotters n’a encore vu l’étendue de son talent balle en main. En effet, il se garde bien de faire le mariole pendant ses années universitaires, son coach ne goûtant peu les excentricités.

Lors d’un déplacement à Mexico, les Stars galèrent avec seulement un point d’avance au moment d’attaquer l’ultime période. Fatigués, peu habitués par l’altitude, ils doivent aussi finir la rencontre à quatre, deux joueurs étant fouled out. Pour reposer ses coéquipiers, Haynes réclame la balle et leur dit qu’il gère. Il hérite donc de la gonfle. Dribble. Un peu. Beaucoup. Dans toutes les directions, toutes les positions. L’équipe mexicaine court après lui, en vain. Les Stars se reposent et font semblant de jouer aux dés. Une minute. Deux minutes. Puis quatre. Six. Pendant tout un quart-temps, il confisque la balle, se joue de toutes les prises à deux – ou plus – changeant de rythme à son gré, pour finir en scorant un layup au buzzer. Un carnage. Autant dire que le message est vite passé à Abe Saperstein. Il tient là une pépite. Qui ne va pas faire long feu en réserve.

Avec Goose Tatum, Marques Haynes forme un duo qui rappelle fortement celui composé de Runt Pullins et Inman Jackson deux décennies plus tôt, le dribbleur et le clown. Car si Tatum n’avait rien d’impressionnant sur un parquet à son arrivée quelques années plus tôt, son sens du spectacle et de l’improvisation ainsi qu’une progression fulgurante lui permettent désormais d’être l’une des attractions principales de l’équipe. Abe Saperstein dispose de sa base, les voyants sont de nouveau au vert.

L’économie américaine se porte mieux. Le sport et le divertissement sont prisés. Autant dire que les Harlem Globetrotters peuvent se frotter les mains. Abe améliore les shows à la mi-temps des rencontres – une particularité héritée de l’époque Dick Hudson. Leur popularité dépasse désormais les frontières – Canada et Mexique, mais aussi Cuba. Ils jouent dans les grandes villes, font exploser les affluences, sont cités dans la presse mainstream. Les Globetrotters ne sont plus qu’une équipe de basket, mais bien un phénomène de société. Malheureusement, cette renommée n’empêche pas des mésaventures lorsqu’ils passent au sud de la ligne Mason-Dixon au cours de leurs déplacements.

L’empire de Saperstein s’étend, plus personne ne peut le concurrencer. Les Rens ? Tous les meilleurs ballers afro-américains jouent pour les Trotters désormais, ou une de leur formation secondaire. Les autres équipes de barnstorming ? Aucune ne leur arrive à la cheville. Les ligues professionnelles ? Les faillites s’enchaînent pour les franchises les composant, et c’est même les Harlem Globetrotters qui sauvent les miches de ces compétitions. La BAA lui doit son salut grâce à des deals pour des double headers au sein des villes de la ligue, où les Trotters jouent en lever de rideau avant l’équipe locale.

Qui peut les stopper ?

Cent trois victoires consécutives. Voilà où en sont les Harlem Globetrotters alors que se pointe le 19 février 1948, au moment d’affronter les Minneapolis Lakers au Chicago Stadium. Un match pour l’histoire, même si lorsque Abe Saperstein et Max Winter – le General Manager des Lakers – décident d’organiser cette rencontre, c’est bien l’idée d’un gros blockbuster qui va faire rentrer du cash qui domine. Bien loin de toute symbolique d’une confrontation entre une équipe blanche et une afro-américaine, dont l’issue pourrait remettre en cause de nombreux préjugés. Pourtant, alors que Jackie Robinson vient de boucler quelques mois plus tôt sa première saison en Major League Baseball, difficile de ne pas avoir en tête cette question de barrières qui tombent enfin.

En réalité, tout est parti d’ailleurs d’un article déclarant les Trotters comme étant la meilleure équipe de basketball du monde. Tel un Michael Jordan, Max Winter prend la remarque de façon personnelle et appelle son pote Abe pour lui dire que les Lakers défient ses gars. Saperstein, bien entendu, accepte un tel challenge, imaginant déjà les billets qui vont tomber dans sa poche et la publicité qui va avec. L’enthousiasme des deux hommes n’est pas forcément partagé par tous les joueurs qui voient dans l’ajout de ce match de la fatigue en plus, les uns en pleine saison régulière, les autres en sortie d’une nouvelle tournée.

La date fatidique se rapproche, la hype monte pour cette rencontre. Pour une fois, Saperstein doute, même s’il ne laisse rien paraître en public. Comment stopper la machine bien huilée des Lakers qui découpe méthodiquement ses adversaires, en route vers le titre NBL.  Comment ralentir George Mikan  le premier big man dominant, celui à cause duquel les règles changent ? Surtout quand le plus grand Globetrotter – Tatum – lui rend une quinzaine de centimètres. Avec du cœur, des fautes, des shoots et de la vitesse.

Le plan mis en place initialement ne porte pas ses fruits – 32-23 pour les Lakers à la pause. Les Trotters se reprennent dans le sillage de leurs shooteurs Ermer Robinson, Wilbert King et Marques Haynes. De l’autre côté du parquet, les coups pleuvent sur les bras de Mikan qui doit gagner ses points sur la ligne des lancers et s’agace. Les Globetrotters recollent au score. À une minute du terme, les deux équipes ne parviennent pas à se départager. Balle Trotters. Le temps s’écoule, Robinson hérite de la gonfle à quelques secondes de la fin et dégaine un rainbow shot qui monte, monte, monte… puis redescend pour transpercer le filet. 61-59. Explosion de joie dans la communauté afro-américaine, stupéfaction dans les rangs des Lakers et la presse blanche. L’issue du match est discutée entre manque d’implication des joueurs de Minneapolis ou arbitrage partial selon leur coach.

Mais le résultat est là. Puis confirmé l’année suivante lors du rematch – qui lance une série de huit rencontres entre les deux équipes. Une validation encore plus éclatante car les Harlem Globetrotters – qui disposent désormais de Nat Sweetwater Clifton pour gérer Mikan – se permettent même de faire le show à la fin de la partie. Cerise sur le gâteau, cette revanche est encore plus suivie, même la télé étant là pour réaliser un sujet sur la rencontre. Les Trotters ne semblent plus avoir de limites. Pourtant, sans le savoir, ils viennent de poser les bases de la fin de leur domination sportive. Désormais, les ligues professionnelles se rendent bien compte qu’elles ne peuvent plus se passer indéfiniment du talent des ballers afro-américains.

L’Amérique à leurs pieds

En attendant, les Globetrotters capitalisent une fois de plus sur un succès historique pour viser toujours plus haut, plus grand. Plus loin, plus fou. Tout d’abord en accédant enfin au Madison Square Garden pour le jour de l’an en 1950 dans le cadre d’un double header où ils affrontent les New York Celtics – descendants des Original Celtics – avant la rencontre New York Knicks – Philadelphia Warriors. Le tout filmé par Paramount. Les gens se massent pour l’événement, et ce n’est pas pour mater les Knickerbockers. Les Trotters sont l’équipe la plus connue, la plus appréciée, la plus suivie. Leur renommé maintient à flot tant bien que mal la jeune NBA. Les franchises s’offrent une bouffée d’oxygène financière lorsque Abe et ses hommes débarquent dans leur salle.

Dans une Amérique qui ne connaît guère l’histoire afro-américaine – et qui ne s’en soucie pas – ce match ne représente rien. Il reste d’ailleurs des relents de Jim Crow avec des Noirs qui divertissent des Blancs. Et il faut attendre encore plusieurs décennies avant de voir d’autres Afro-américains être acclamés en étant cette fois-ci bien plus respectés – Jordan and co – par le MSG, par une foule qui n’a aucune idée du chemin parcouru. Qui ne se doute même pas qu’il est pavé sous leurs yeux par les Globetrotters avec cette première au Madison Square Garden. Et aujourd’hui, qui se souvient de cet événement ? Pour qui les noms de Goose Tatum ou Marques Haynes résonnent ?

À l’époque, alors que la ségrégation sévit toujours aux États-Unis, les Harlem Globetrotters parviennent à rassembler les gens autour d’un bon moment. Pour les jeunes Afro-américains tâtant la gonfle, ils représentent un rêve, rejoindre cette équipe. Alors que les New York Rens se sont écroulés et que la NBA n’est pas encore intégrée, le seul moyen de vivre du basket et d’être sur la grande scène, c’est rejoindre l’équipe de Saperstein.

Cet engouement se poursuit avec la mise en place des World Series of Basketball, tournée où ils affrontent chaque année à partir de 1950 une sélection All-Star d’universitaires dans les plus grandes villes du pays. Les affluences explosent, la couverture médiatique est nationale. La Ford T est définitivement oubliée, c’est désormais en avion qu’ils se rendent d’un point à un autre pour un show sportif sans précédent.

Devenir de vrai globe-trotteurs

Pas suffisant certainement pour Saperstein puisque dans la foulée, les Harlem Globetrotters quittent le continent, direction l’Europe. Lisbonne, puis un tour du Portugal. Paris. Genève. Londres. Anvers. Bruxelles. Lièges. De nouveau Paris. Nancy. Nice. Le Vieux Continent succombe à son tour à la tornade Globetrotters. Ils sont accueillis comme des rock stars, les salles sont pleines. En dehors d’un incident pour le logement à Londres, les joueurs découvrent que la ségrégation est aussi loin que leur pays à cet instant.

J’ai dû me regarder dans un miroir pour voir que j’étais Noir. Les gens nous accueillaient à bras ouverts, se remémore Frank Washington, un des joueurs de l’époque.

Le gouvernement américain n’est pas insensible au déroulement de la tournée des Harlem Globetrotters et les consuls font suivre les informations au Département d’État. Une idée germe dans les bureaux de Washington : ces Afro-américains peuvent nous servir, ils sont parfaits pour nous représenter à l’étranger et mettre à mal la propagande communiste critiquant la politique toujours ségrégationniste du pays.

Après l’Europe, destination le Maroc et l’Algérie. Pour revenir sur le Vieux Continent, à Milan, Gênes, Bologne, Rome. Puis Mulhouse, Berlin Ouest, Strasbourg, Metz et une dernière escale à Paris. Trois mois, soixante-treize matchs, soixante-douze victoires. Plus de 500 000 fans dans quatorze pays. Les quelques mois qui viennent de s’écouler depuis la seconde victoire sur les Lakers sont inimaginables. Les Harlem Globetrotters n’ont désormais plus aucun équivalent dans l’univers du sport, pas seulement aux USA, mais dans le monde entier. Leur popularité est sans égale. Tant mieux, parce que d’un point de vue sportif, les prémices de leur déclin énoncées plus haut vont s’accélérer.

La NBA coupe l’herbe sous le pied des Globetrotters

Cette année 1950 si riche et si positive marque en effet la fin du quasi-monopole des Harlem Globetrotters sur le basketball professionnel afro-américain. Lors de la Draft, Walter Brown le boss des Celtics sélectionne Chuck Cooper, un joueur noir pourtant sous contrat avec les Trotters. Puis les Washington Capitols s’engouffrent dans la brèche en pickant Earl Lloyd qui lui aussi a porté la tunique de Harlem, ainsi que Harold Hunter. Trois Afro-américains qui passent sous le nez de Saperstein qui enrage. Il menace de mettre fin aux double headers si importants pour les finances des franchises.

Pourtant, de son côté il négocie aussi avec les Knicks, juste avant la tournée européenne, pour leur céder le contrat de Nat Clifton. Ned Irish, le proprio de la franchise new-yorkaise, lorgne sur le big man depuis un moment. Il provoque même le reste des propriétaires en annonçant que s’ils ne lui permettent pas de signer Sweetwater à cause de la barrière raciale, il se casse de la ligue. Il n’a finalement pas eu besoin d’activer son chantage, les Celtics ayant dégainé les premiers. Et pour sa part, il trouve un arrangement avec Saperstein pour racheter le deal de Clifton. La meilleure équipe de l’histoire des Trotters qu’il formait avec Marques Haynes, Ermer Robinson, Goose Tatum et Babe Pressley n’est plus. L’effet est immédiat, lors des confrontations suivantes face aux Lakers, ils ne font plus le poids.

Si le sportif va lentement décliner, le spectacle proposé demeure au top, tout comme la popularité des Globetrotters. La preuve avec le film The Harlem Globetrotters où bon nombre des joueurs tiennent leur propre rôle. Sorti à l’automne 1951, il cartonne. À l’instar des World Series of Basketball qui attirent toujours autant de monde, si ce n’est plus. Les Globetrotters ont encore de belles années devant eux.

Harlem Globe Ambassadeurs… du mensonge

Surtout qu’en dehors des États-Unis, le reste du globe les attend. La tournée européenne de l’année précédente a aiguisé l’appétit de l’insatiable Abe Saperstein. La planète entière va bouger au rythme de Sweet Georgia Brown en 1951, dans des ambiances dépassant l’entendement.

Deux équipes des Trotters décollent. Une première part en Amérique du Sud, dans un contexte local parfois tendu, comme en Argentine sous la dictature de Perón. Au Honduras, des émeutes étudiantes stoppent le temps de la visite des Trotters. Idem à Lima au Pérou, un mouvement de grève des transports appuie sur le bouton pause afin de permettre aux gens d’assister au match.

L’effet Globetrotters. Apporter du calme, une trêve. De la joie. Mais aussi la folie. Les fans sont hystériques, à tel point que l’armée doit escorter les Trotters pour quitter la salle en Équateur. Rien n’a de sens. L’Afrique et l’Europe sont aussi de la partie, tout comme l’Asie. Ils évoluent dans des pays qui découvrent le basket. Font une démonstration privée du Magic Circle pour le Pape Pie XII au Vatican, en sifflant eux-même l’air de Sweet Georgia Brown. Et quelque chose d’encore plus exceptionnel va se dérouler. Après ce record de l’audience la plus petite, un autre extrême va être atteint.

À la demande du Département d’État, les Globetrotters ajoutent une date à leur calendrier. À Berlin Ouest, dans le cadre de la propagande – ou contre-propagande selon le point de vue – de la Guerre Froide. L’organisation est un peu à l’arrache pour ce complément de dernière minute. Avec Jesse Owens dans les bagages, lui qui est du voyage pour cette tournée. Il doit être la vedette du jour, pour ce qui marque également son retour dans le stade de ses exploits sous les yeux d’Hitler.

Les États-Unis veulent frapper un grand coup et espèrent que 10 000 Berlinois se pointeront. Lorsque les Globetrotters entrent sur le terrain, ils sont 75 000 mille à s’amasser dans les tribunes, un record mondial pour une rencontre de basket-ball, établi par une équipe afro-américaine dans un stade construit à la gloire du nazisme. Petit symbole au passage.

L’ambiance déjà impressionnante au début du match monte ensuite de plusieurs niveaux à la pause, quand Jesse Owens débarque. Standing ovation. Il enfile sa tenue olympique, effectue quelques foulées, le tour de la piste. Les acclamations vont crescendo. Lorsqu’il prend le micro pour un discours, là où Hitler l’a snobé un quart de siècle plus tôt, l’émotion submerge tout l’Olympiastadion. L’opération communication américaine est un succès.

Owens et les Trotters ont fait le taf, tout au long de la tournée. Ils ont été des représentants exemplaires, mettant en avant leur joie de vivre communicative, image d’une Amérique libre, terre d’opportunités, où l’égalité règne. Dommage pour eux, une grande partie de la population n’a rien à carrer de ces beaux discours. La ségrégation est omniprésente et les Afro-américains demeurent des citoyens de seconde zone – quand ce statut leur est accordé – dans de nombreux États.

À tel point que c’est loin de l’Oncle Sam que les Harlem Globetrotters vivent leur meilleure vie. Ça tombe bien, Saperstein voit toujours plus grand. En 1952, avec l’appui du département d’État – qui les encourage à se produire dans des contrées communistes – ils parcourent plus de 80 000 bornes dans 33 pays sur 4 continents. Ils jouent 141 matchs en 168 jours, devant plus d’un million et demi de personnes. Partout, le même accueil, le même enthousiasme, le même plaisir, la même joie. Avant de prendre en pleine poire, deux mois après leur retour aux States, le racisme. Alors qu’ils doivent jouer contre l’Université de Louisiana State, ils se voient interdire l’accès au gymnase à cause de leur couleur de peau.

La fin d’une ère

Entre octobre 1953 et avril 1955, la base sportive des Globetrotters s’érode. Marques Haynes est le premier à faire ses valises. Raisons financières, personnelles, peu importe. Il retourne dans son Oklahoma natal puis monte une autre équipe de basket. Goose Tatum lui aussi quitte le navire, après des années compliquées où il alterne le meilleur sur les parquets – quand il se pointe – et des moments plus tendus en dehors. Dans les deux cas, Abe Saperstein joue la même carte, celle qu’il utilise inlassablement à chaque départ d’un joueur important : nous sommes les Harlems Globetrotters, on en a vu d’autres, on s’en remettra et on sera encore plus forts.

Outre ce double coup dur au sein des troupes, la déconnexion entre le manager et ses joueurs s’accentue. Son égocentrisme s’exacerbe et tout ce qui touche les Trotters est ramené à lui. Ce qu’illustre parfaitement le nouveau film en lien avec l’équipe, Go, Man, Go! une adaptation hollywoodienne de la vie d’Abe sortie en janvier 1954. À une époque où les États-Unis bougent, Saperstein apparaît comme complètement décalé par rapport aux aspirations des nouveaux Globetrotters. La proximité des débuts, déjà en voie de disparition depuis quelque temps, n’existe plus. Distant de ses joueurs, il s’affiche dans des costumes hors de prix aux bras de femmes jeunes, mange dans les meilleurs restaurants et dort dans les hôtels les plus confortables. Ses hommes, eux, sont applaudis sur les parquets, mais jamais tolérés dans les établissements qu’il fréquente.

Les nouveaux Globetrotters sont passés pour la plupart par la case université, bénéficient d’une meilleure éducation et comptent bien faire valoir leurs droits. Ils souhaitent plus d’égalité sociale, témoins de la situation de la communauté afro-américaine à travers leurs déplacements dans tout le pays. Abe, lui, ne fait rien pour bouger les lignes. Convaincu que l’attrait de sa franchise est au-dessus de tout, il compte bien continuer à profiter de jeunes Afro-américains prêts à tout pour jouer chez lui. Mais la concurrence de la NBA est bien là.

Certes, il est toujours en capacité de mieux payer les joueurs Oui, le quota tacite entre les équipes de la ligue limite également à un ou deux le nombre de joueurs noirs dans une franchise NBA. Mais la position de force n’est plus aussi bien établie. L’échec de la signature de Bill Russell est un exemple frappant de l’absence de lien entre la réalité des Afro-américains et la perception qu’Abe Saperstein se fait de leur vie. Si Russ lui passe sous le nez, c’est en grande partie à cause de l’attitude emplie de paternalisme blanc de Saperstein et des arguments irrespectueux qu’il utilise pour convaincre le pivot.

Cependant il réalise un grand coup en 1958 en mettant le grappin pour une saison sur Wilt Chamberlain, lassé de la fac mais pas encore éligible pour rejoindre la NBA. Un move validé quelques mois plus tard lorsque les Globetrotters débarquent en Russie pour la première fois de leur histoire. The Big Dipper est bien entendu de la partie et il régale au poste de… meneur, preuve de l’étendue de son talent. Et choix effectué pour éviter de froisser la susceptibilité de Meadowlark Lemon, le remplaçant de Tatum comme “Prince des Clowns.”

Déclin…

Devoir gérer ce genre de préoccupations est rarement bon signe pour une organisation. Surtout quand il s’agit d’une équipe de basketball qui décide de laisser le premier rôle à celui qui est probablement le baller le moins doué de la bande. À mesure que les années passent, la balle orange prend de moins en moins de place dans l’agenda des Globetrotters. Non, ils ne cessent pas de jouer, mais entre les shows télévisés et la place démesurée de la comédie lors des matchs durant les sixties, on en oublie désormais qu’ils sont des sportifs.

Eux même le reconnaissent, les longues tournées deviennent répétitives. Ils ajoutent des dates, des pays, des gags. Mais cette impression de tourner en rond devient prégnante. Sauf que cette fois-ci, Abe Saperstein n’est plus en mesure d’apporter un souffle nouveau via un recrutement audacieux – Elgin Baylor, Oscar Robertson, Cazzie Russell, Lew Alcindor… tous les meilleurs universitaires lui ont filé sous le nez ces dernières années – ou une idée de génie.

Au contraire, depuis 1959, les soucis de santé s’accumulent pour celui qui refuse de lever le pied et dont les décisions business sont désormais dépassées. La NBA a fini par rattraper son retardElle a même dépassé les Trotters – bien que les audiences télévisuelles de l’équipe d’Harlem explosent celles de la ligue. D’ailleurs cette nouvelle exposition médiatique nuit aux Globetrotters, puisque les gens n’ont plus à se déplacer, ils peuvent rester le boule posé dans leur canapé pour rire devant le spectacle.

1964 marque la pire saison de l’histoire des Harlem Globetrotters. Saperstein doit se séparer d’une équipe entière, dont des joueurs historiques. Le plus souvent par lettre ou télégramme. Nouvelle preuve de son éloignement des ballers. Malheureusement, il ne va pas avoir le temps de remettre de l’ordre dans la maison car après une première alerte à l’été 1965, il décède d’une crise cardiaque le 15 mars 1966.

Sans surprise, cette perte n’arrange en rien l’état des Globetrotters. Le spectacle régresse. À tour de rôle, plusieurs boîtes liées au divertissement et aux médias reprennent le flambeau en rachetant la franchise. Mais l’essence même du projet a disparu. Les joueurs, en plus d’être moins talentueux qu’avant, ne se sentent pas considérés. Ni concernés. Ils poussent jusqu’à la grève pour se faire entendre. Les Trotters ne sont plus qu’une coquille vide ou presque. Quelques sursauts, des derniers râles laissent penser que l’encéphalogramme ne va pas rester plat définitivement, comme lorsque Lynette Woodard devient la première femme de l’équipe en 1985. Mais l’effet ne dure pas. Et encore, tous les soucis internes ne sont pas connus du grand public.

Cinq propriétaires et huit patrons se suivent en vingt-cinq piges, après quarante ans de stabilité au sommet. Alors que les Globetrotters ne font plus rêver personne, la NBA a pris le relais avec ses stars. Magic Johnson, Larry Bird, Michael Jordan et compagnie offrent à la fin des années quatre-vingt un spectacle de qualité, descendant de ce qui était proposé des décennies plus tôt par les Trotters. Il n’y a plus de doute, ils sont condamnés à disparaître.

…et résurrection

C’est d’ailleurs un peu l’idée de Mannie Jackson lorsqu’en 1993 il se porte candidat au rachat de la franchise dont il a été joueur quelque temps au début des sixties. Reprendre la marque pour en faire une plus-value éventuellement, son nouveau job, en quelque sorte, loin des parquets. Avant de changer d’avis. Celui qui devient le premier propriétaire afro-américain d’une franchise majeure du sport US ainsi que le premier ancien Globetrotter à la tête de l’organisation décide finalement de tout remettre sur pied.

Il redore l’image des Harlem Globetrotters, en s’appuyant sur les bases de leur gloire passée. Le basket redevient la priorité et doit servir à apporter de la joie. Avec plus de rigueur et de sérieux en coulisse et à l’entraînement, le niveau de jeu remonte. En dehors des parquets, ils s’investissent tout autant en prenant part à de nombreuses actions ou programmes caritatifs, en particulier au sein de la communauté afro-américaine. Alors que leur crédit avait été bien entamé auprès de celle-ci lorsqu’ils étaient accusés de jouer les Oncle Tom voire d’être les héritiers du Minstrel show dans les années soixante, leur cote de popularité est maintenant revue à la hausse.

Que de chemin parcouru, en Ford T, break, puis avion depuis les années 1920. L’équipe a bien entendu changé, comme les États-Unis et le monde. Pourtant une constante demeure chez les Harlem Globetrotters : aujourd’hui encore, comme un un petit siècle plus tôt, ils continuent de faire rêver. Qui ne s’est jamais cru capable de les imiter, tentant un tir dos au panier du milieu de terrain, une passe dans le dos, un dribble entre les jambes ? Bien entendu, certains de ces moves sont désormais des classiques en NBA. Mais leur histoire se trouve bien entre les mains de ces pionniers. Des précurseurs dont le rôle – parfois ambigu et complexe à l’image de leur propriétaire Abe Saperstein – ne doit pas être oublié derrière le spectacle et les gags. Leur intronisation au Hall of Fame – en tant qu’équipe – en 2002 est là pour nous le rappeler.

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