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Gersson Rosas, les raisons de la colère : pourquoi ce départ, pourquoi encore, pourquoi les Wolves ?

Beaucoup de questions, par ici les réponses.

Source image : YouTube

La bombe est tombée hier soir. Alors qu’on avait tous les yeux rivés sur la septième journée de Ligue 1 (non), le président des opérations basket des Wolves Gersson Rosas a été jeté par la fenêtre par ses supérieurs. Un licenciement complètement inattendu à seulement une semaine du début des camps d’entraînement, un licenciement qui a évidemment provoqué beaucoup d’interrogations. Grâce aux deux insiders de The Athletic, Jon Krawczynski et Shams Charania, on a des réponses.

Deux ans. Arrivé en mai 2019, Gersson Rosas a donc passé seulement deux ans (allez, un petit peu plus) à la tête des Wolves. Deux ans caractérisés par de nombreux changements, surtout au niveau de l’effectif mais aussi en coulisses avec notamment l’arrivée du nouveau coach Chris Finch. Deux ans caractérisés aussi par des résultats sportifs peu convaincants (42 victoires, 94 défaites), une pandémie, et des absences concernant des joueurs majeurs de son projet (Karl-Anthony Towns, D’Angelo Russell, Malik Beasley). Clairement, Rosas a connu un mandat tourmenté et l’arrivée des nouveaux propriétaires Marc Lore et Alex Rodriguez a forcément mis un coup de pression sur ses épaules. Au final, même si tout n’est pas à jeter (les sélections d’Anthony Edwards et Jaden McDaniels à la Draft, la fin de saison encourageante l’an passé sous Chris Finch), Gersson Rosas n’a pas pu résister et s’est vu indiquer la porte de façon assez brutale. Voilà les principales raisons qui se cachent derrière son licenciement.

Un président très contesté en interne

« On ne peut pas continuer comme ça. Il y a trop de gens qui sont insatisfaits. » S’il y a bien une phrase qui peut résumer l’état des Wolves en coulisses, c’est celle-là. Prononcée par un membre de la franchise via The Athletic, elle montre le dysfonctionnement caractérisant l’organisation sous le mandat de Gersson Rosas, en particulier ces derniers mois. Une organisation dans laquelle régnait visiblement un climat de tension, avec un front office globalement mécontent par l’environnement de travail et certaines décisions prises par le désormais ancien président des opérations basket. Si l’on en croit nos insiders Shams Charania et Jon Krawczynski, qui se basent sur des propos de plusieurs membres du staff des Loups, Rosas était plutôt du genre à prendre toutes les décisions sans accorder trop d’importance à ce que pensaient ses collègues, forcément frustrés de ne pas être écoutés malgré leurs longues heures de travail passées au bureau. Avec la pression accompagnant le manque de résultats, Rosas a de plus en plus abandonné l’aspect familial qu’il avait plusieurs fois mis en avant à son arrivée aux Wolves. L’arrivée du duo de propriétaires Marc Lore – Alex Rodriguez a probablement poussé Gersson Rosas dans cette direction, avec un sentiment d’urgence de plus en plus marqué. Et le climat lié à la pandémie du COVID, qui a évidemment provoqué un beau bordel un peu partout, n’a rien arrangé.

« C’est difficile. Il n’est pas celui que je croyais. »

– Un membre des Wolves qui est venu dans le Minnesota en compagnie de Rosas, via The Athletic

Interrogé par The Athletic il y a quelques semaines, Rosas a assuré que la culture de la franchise n’avait rien de dysfonctionnelle et qu’il faisait son maximum pour permettre à son staff de bosser dans le meilleur environnement de travail possible, en donnant des responsabilités et une influence sur les différentes décisions. Mais si certains membres du front office ont défendu leur boss, en assurant qu’ils possédaient la liberté de s’exprimer et de donner leur avis tout en indiquant que d’autres franchises NBA traversaient le même genre de problèmes actuellement (notamment en matière de charge de travail trop élevée), visiblement ils n’étaient pas dans la majorité car sinon Rosas serait toujours en place. Et surtout, Gersson se serait fait une réputation pas très glorieuse à travers la Grande Ligue, que ça soit à travers son manque de qualités relationnelles ou sa manière de gérer des négociations. Et ça forcément, ça le fout mal.

Les principaux dossiers qui ont précipité la chute de Gersson Rosas

Maintenant qu’on a une idée de l’environnement de travail dans lequel évoluaient les Wolves sous Rosas, zoom sur ces quelques dossiers qui ont en quelque sorte poussé Gersson vers la sortie.

Le transfert de D’Angelo Russell

Le 6 février 2020, les Wolves trouvent un accord avec les Warriors pour récupérer D’Angelo Russell en échange d’Andrew Wiggins. C’est le « gros » coup de Gersson Rosas, bien décidé à emmener Minnesota en Playoffs en ajoutant un ancien meneur All-Star à la star Karl-Anthony Towns, qui est très proche de DLo. Mais dans ce transfert, Rosas lâche un choix de premier tour de Draft 2021. Un choix de draft protégé certes, mais seulement protégé Top-3. Une protection minimale donc, qui visiblement a frustré beaucoup de monde au sein du front office. Et comme si ça ne suffisait pas, les Loups avaient également lâché leur choix de deuxième tour à la Draft 2021 aux Warriors. Résultat des comptes : Minnesota a terminé la saison 2020-21 à la 13e place de l’Ouest avec un pauvre bilan de 23 victoires pour 49 défaites, tout ça pour aller à la Draft 2021 en tant que spectateur, sans avoir la possibilité de sélectionner le moindre prospect. Leur pick de premier tour est finalement devenu le pick numéro 7 des Warriors, qui ont tranquillement pu sélectionner Jonathan Kuminga.

Les tensions avec Sachin Gupta

Avec le renvoi de Gersson Rosas, c’est Sachin Gupta qui va désormais prendre les commandes des opérations basket des Wolves. Est-ce que ce sera de façon intérimaire ou sur le long terme, ça reste à définir mais visiblement, il a plutôt la cote auprès des hauts dirigeants de la franchise du Minnesota. Et on apprend via The Athletic que de nombreuses tensions existaient entre les deux hommes pour plusieurs raisons.

La première, c’est que Gupta voulait rejoindre les Rockets cet été pour prendre un rôle similaire de vice-président exécutif des opérations basket. Même rôle donc, mais avec un salaire plus élevé. Rosas lui a mis un stop, en justifiant que le moment – en pleine préparation de l’intersaison avec la Draft et la Free Agency en vue – n’était pas adapté à un départ vers une autre franchise, d’autant plus que ça ne représentait pas une opportunité pour Gupta de monter en grade dans sa carrière de dirigeant. Pour se défendre, Rosas a rappelé qu’il avait appuyé le dossier de Gupta par le passé tout en l’autorisant d’aller voir ailleurs à la fin de l’intersaison. En tous les cas, cela a provoqué des tensions entre les deux et donc au sein de la franchise, Sachin étant carrément banni des bureaux en août jusqu’à ce que les proprios des Wolves s’en mêlent pour régler au mieux la situation.

Le changement de coach

Le 21 février 2021, le jeune coach Ryan Saunders – fils de l’emblématique Flip Saunders – est viré après un début de saison foiré. Pas vraiment une surprise, mais comme avec Gersson Rosas, pour le timing on repassera hein. En effet, Saunders a été dégagé tout de suite après une défaite contre les Knicks de… Tom Thibodeau (prédécesseur de Saunders chez les Wolves) au Madison Square Garden. Limite les Wolves ont pris l’avion en laissant le soldat Ryan tout seul à l’aéroport JFK. Pas top quoi. Mais en plus, derrière, Rosas a directement choisi de miser sur un membre extérieur de sa franchise, à savoir l’assistant coach des Raptors Chris Finch. Ce dernier, ancien collègue de Rosas à Houston, possédait donc une relation avec Gersson, mais aucune expérience en tant que head coach (une décennie en tant qu’assistant en NBA tout de même). Une décision à la fois critiquée à travers la NBA et notamment via l’association des coachs, et pas forcément appréciée en interne. Le fait de ne pas passer par le processus habituel qui accompagne normalement le recrutement d’un nouvel entraîneur, et donc de ne pas laisser la moindre opportunité à d’autres candidats et notamment ceux issus de minorités comme l’assistant des Wolves David Vanterpool, a visiblement eu du mal à passer. S’il est difficile de véritablement critiquer Rosas sur la question de la diversité au sein de son staff* et si le choix de Chris Finch semble plutôt payant aujourd’hui (bilan de 16-25 sous ses ordres, 10-9 pour finir la saison 2020-21, il restera le coach malgré le départ de Gersson), c’est un dossier sensible de plus accroché au CV de l’ancien président des opérations basket. Vous ajoutez à ça le départ du scout de longue date Zarko Durisic, très apprécié au sein de la franchise mais non prolongé après désaccord avec Rosas, et ça commence à faire beaucoup.

*Comme le mentionne The Athletic en citant Rosas, le staff des Wolves est notamment composé de Sachin Gupta, d’origine indienne, de Joe Branch et Aaron Blackshear, respectivement manager général assistant et boss du secteur statistique, qui sont Afro-Américains. Robby Sikka, médecin indo-américain, avait également été engagé dans la lutte contre le COVID avant de partir cet été.

Gersson Rosas, des promesses non tenues avec certains de ses joueurs ?

Selon The Athletic, plusieurs joueurs au sein de la franchise n’aimaient pas trop les manières de Rosas à la table des négociations. Visiblement, en matière de promesses non tenues, Gersson possède quelques casseroles. Un exemple ? Celui du meneur de 25 ans Jordan McLaughlin. Si l’on en croit Shams et Krawczynski, Rosas aurait lâché un beau discours à McLaughlin – agent libre restrictif – concernant un rôle plus élargi lors de la saison à venir, avant d’être beaucoup moins affirmatif suite à l’arrivée du meneur vétéran Pat Beverley. Alors évidemment, de l’extérieur, on peut dire que c’est la dure loi de la NBA et que les transactions peuvent logiquement redistribuer les cartes, surtout quand vous avez la pression des résultats. Mais ça ne fait jamais du bien à la réputation d’un dirigeant auprès des joueurs et des agents, qui aiment bien quand on leur montre de l’importance. Jordan McLaughlin a tout de même prolongé aux Wolves à la mi-septembre.

Pourquoi ce timing ?

La grande question qui a accompagné le licenciement surprise de Gersson Rosas, c’est pourquoi maintenant ? Pourquoi à moins d’un mois de la saison régulière ? Pourquoi à quelques jours seulement du camp d’entraînement ? Alors là attention, on rentre dans une ambiance Closer. Selon The Athletic, Rosas aurait eu une relation intime avec une personne de la franchise. Les Wolves ont découvert ça récemment, ce qui aurait dérangé certains membres de l’organisation, d’autant plus que Gersson est marié et possède deux enfants. Est-ce que cela a brutalement provoqué le renvoi du président des opérations basket ? Non. Mais est-ce que ça a joué dans la décision des Wolves connaissant déjà l’environnement de travail sous Rosas ? Sans doute, même si les Wolves ont bien insisté sur le fait que leur décision est strictement liée à des « raisons de performance ». Au final, c’est peut-être la goutte qui a fait déborder le vase si on peut dire ça comme ça.

On a donc un ensemble de raisons qui expliquent la chute de Gersson Rosas. Après avoir pris connaissance des coulisses des Wolves, les nouveaux propriétaires Marc Lore et Alex Rodriguez – qui sont rentrés dans le capital de la franchise de Glen Taylor il y a quelques mois et qui deviendront majoritaires en 2023 – ont estimé le changement nécessaire pour le bien de la franchise de Minneapolis. Quand vous avez de nouvelles têtes au sommet de l’organigramme et que vous êtes contesté dans votre propre univers de travail sans pouvoir vous défendre via des résultats concrets, ça devient vite compliqué de survivre. Et Rosas n’a pas survécu. Glen Taylor est venu annoncer lui-même la décision des Wolves à Rosas, qui est probablement tombé de haut.

Du coup, c’est quoi la suite alors que la saison 2021-22 approche à grands pas ? Marc Lore et Alex Rodriguez vont avoir le loisir de choisir le prochain président des opérations basket, et ce sera forcément une décision importante à prendre. Est-ce que Sachin Gupta est destiné à rester dans ce rôle-là sur le long terme ? Qu’est-ce que ça veut dire par rapport au dossier Ben Simmons, sur lequel les Wolves sont positionnés ? Les Loups peuvent-ils un jour redevenir une franchise respectable ? Autant de questions en attente de réponses. 

Source texte : The Athletic

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