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Commonwealth Big Five – Part 1 : le premier Black Five professionnel débarque à Harlem

L'équipe du Commonwealth Big Five

Le Commonwealth Big Five, le premier Black Five professionnel est dans la la place.

Source image : Youtube, The Black Fives Foundation

Connaissez-vous le lien entre Vince McMahon Jr aka Mister McMahon – l’homme qui a placé le catch en haut de l’affiche – et les pionniers du basketball afro-américain ? A priori aucune relation possible entre le promoteur né en 1945 et des gars qui tâtaient la gonfle des décennies plus tôt. Et pourtant, c’est son grand-père Jess McMahon qui a lancé le premier Black Five professionnel de l’histoire en 1922 : le Commonwealth Big Five.

Alors oui, quelques tentatives pour payer des joueurs ont déjà eu lieu avant cette année charnière. Entre Major Hart et Will Madden, des managers ont essayé de mettre un coup de pied dans la fourmilière de l’amateurisme en filant du blé à leurs joueurs lors de matchs. Des avancées pas toujours bien prises d’ailleurs par le reste de la communauté afro-américaine, surtout chez les Black Fives historiques. Mais les frères McMahon – Roderick “Jess” et Eddie “Ed” – poussent le bouchon bien plus loin en faisant fi des critiques des autres formations. Il faut dire que les contraintes ne sont pas les mêmes pour eux.

Boxe, catch and basketball

Avant de se lancer dans cette aventure d’un Black Five professionnel, les McMahon ont déjà fait leurs dents dans la promotion du sport au sein de la communauté afro-américaine. Déjà bien implantés dans la boxe, ils organisent également des combats de catch. Bon ok, on ne parle pas encore du spectacle proposé par leur descendance, mais ils ont déjà un pied dans le biz.

Mais surtout, ils ont déjà été propriétaires de deux équipes – les Philadelphia Giants et les New York Lincoln Giants – en Negro League Baseball, des compétitions réservées aux Afro-américains dans ces USA ségrégués. S’ils ont lâché la batte depuis que leur argent a été investi dans le Commonwealth Sporting Club and Casino, l’expérience va leur servir au moment de lancer les Commons pour la balle orange.

Déjà connus des Afro-américains

Cette première plongée dans le monde du sport afro-américain fait qu’ils ne débarquent pas de nulle part pour préparer cette aventure. Mieux, ils sont appréciés à Harlem pour leurs investissements passés en faveur de la communauté afro-américaine. Il faut dire que tandis que les autres promoteurs de New York refusent d’organiser des combats de boxe mixte – histoire d’éviter les émeutes qui ont suivi les victoires de Jack Johnson quelques années plus tôt – les McMahon n’hésitent pas à enfreindre cette règle tacite au sein du noble art à NYC.

Pas étonnant de leur part. Ils ont une salle à faire tourner. Et pour cela ils ont vite compris que les événements mixtes où Blancs et Noirs s’affrontent font recette. Du coup, pourquoi mettre de côté les Afro-américains ? Bien au contraire, ils sont persuadés qu’il faut respecter cette communauté. Lui offrir à elle aussi sa dose de divertissement.

Le Commonwealth Casino comme écrin

La logique commerciale est limpide pour les deux frères dont le Commonwealth Sporting Club and Casino se trouve à Harlem, sur la 135è Rue entre Madison et la Cinquième Avenue. Si la boxe remplit la salle les samedis soirs et que d’autres sports ou événements meublent une partie de la semaine, il reste de nombreux jours où l’enceinte n’est pas utilisée. En faisant le tour des opportunités, la balle orange s’impose à leurs yeux.

Ils voient bien également que leur concurrent Tex Rickard, promoteur qui squatte le Madison Square Garden, ajoute du beurre dans ses épinards avec le basketball depuis qu’il dispose de son équipe – blanche – des New York Whirlwinds. Ils vont donc là encore s’opposer à Rickard. Après avoir observé les Black Fives et la popularité grandissante du basketball, les frères McMahon déclinent avec la balle orange ce qu’ils ont déjà appliqué au baseball. Ça y’est, les dimanches soirs sont bouclés au Commonwealth Casino. Quand personne ne bosse, c’est là-bas qu’il faut être désormais.

Le cadeau de la MBA

Cette enceinte, l’expérience du sport afro-américain, de l’argent et un carnet d’adresse bien fourni. Pas mal pour pouvoir percer. Mais attendez, il ne manque pas l’essentiel ? Où sont les joueurs ? Et bien les meilleurs d’entre eux vont être servis sur un plateau par les autres Black Fives new-yorkais. Afin de lutter contre le professionnalisme, les formations historiques ont créé la Metropolitan Basketball League. Un regroupement avec des consignes strictes vis à vis des pros qui laisse sur le carreau les meilleurs ballers afro-américains de l’époque puisqu’ils ont déjà touché de l’argent pour exercer leur sport.

Les frères McMahon préfèrent pour leur part aller se frotter à des équipes blanches puisqu’ils ont assez de contact avec les autres promoteurs. Ils n’ont aucune envie – ni besoin – de faire partie de cette ligue. Ils récupèrent donc les stars exclues pour constituer leur roster. Fats Jenkins et son frère Legs ainsi que George Fial issus de St. Christopher : signés. Hilton Slocum des Incorporators : signé. Strangler Forbes, déjà connu des McMahon car il a joué pour les Lincoln Giants en baseball : signé.

Tous ces gars se retrouvent avec des contrats à l’année et un salaire qui tombe toutes les deux semaines. La bascule vers le professionnalisme, contre lequel voulait lutter la MBA, se fait justement à cause de la MBA. Pire, si des joueurs afro-américains en profitent, c’est une organisation en dehors de la communauté qui va tirer les ficelles. Les clubs historiques ne peuvent rien faire d’autre que sécher leurs larmes.

Des balbutiements pour le recrutement 5 étoiles du Commonwealth Big Five

Dans cet effectif niveau All-Star, on trouve également le blaze de Paul Robeson. Oui, avant de devenir un artiste (acteur, chanteur) et un activiste reconnu en faveur des droits civiques, le Paulo brillait sur les différents terrains de sport, dont les parquets, même si c’est plutôt du côté de Chicago qu’il tâtait la balle orange.

Il est bien présent à Harlem, en novembre 1922 lorsque le Commonwealth Big Five fait ses débuts. Rapidement, les Commons attirent du monde et deviennent l’équipe à la mode. Alors que les affluences baissent – à l’instar du niveau – au sein de la MBA, le Commonwealth Casino affiche régulièrement complet. Le public ne s’y trompe pas, il sait bien où se trouvent les meilleurs joueurs. Et la possibilité de voir des Afro-américains se frotter à des adversaires de qualité en dehors de leur communauté est aussi un pari gagnant.

Mais l’addition des noms ne fait pas toujours une grande équipe. Tout n’est pas parfait avec quelques soucis collectifs, en partie dus au rôle de Forbes. Entraineur-joueur, il se laisse sur le terrain alors qu’il n’est plus au sommet de sa carrière. Ce qui ne plaît pas au public. Ni aux proprios, qui n’apprécient pas de voir la foule mécontente. Du coup exit Forbes comme coach. Alors qu’il part d’ailleurs à la retraite à la fin de la saison, c’est Fats Jenkins qui prend désormais la double casquette.

L’histoire est en marche. Il reste encore au Commonwealth Big Five à enchaîner les victoires et aller chercher les trophées. Mais ils ont déjà imposé le professionnalisme au sein des Black Fives. Il faut désormais devenir les Colored Basketball World’s Champions et battre les Original Celtics pour valider cette prise de pouvoir. À suivre dans la seconde partie de cette aventure.

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