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Le 2 novembre 1990, les Japan Games lançaient le processus d’internationalisation de la NBA

Tom Chambers Japon

Tom Chambers, roi des Japan Games

Source image : Youtube

Le 2 novembre 1990, les « Japan Games » étaient les premiers matchs de l’histoire de la saison régulière à se dérouler… à l’étranger. Probablement le point de départ de la stratégie d’internationalisation de la NBA, prônée par l’ancien commissionnaire David Stern.

Les grandes ligues de sport américaines sont historiquement réservées à leur pays. Qui en France, par exemple, suit la MLB où la NHL ? Pas grand monde. On s’est un peu ouverts à la NFL, grâce à la popularité intercontinentale du Superbowl et de son halftime show, mais c’est bien la NBA qui a su s’exporter le mieux à travers le monde. C’est le résultat, entre autres raisons, de la politique d’internationalisation de la NBA. Cette politique a été lancée à la fin des années 70, mais les Japan Games de 1990 en sont peut-être le point charnière : le tournant qui l’a rendue concrète.

En 1978, une équipe NBA se produit pour la première fois en dehors de l’Amérique du Nord. Les Washington Bullets se rendent en Israël le 7 septembre pour y perdre (!) un match face au Maccabi Tel-Aviv, histoire de bien montrer à tout le monde que le basket, c’est plus facile quand on est américain. En 1984, deux franchises de la Grande Ligue s’affrontent pour la première fois à l’étranger : les Phoenix Suns s’imposent tranquillement face aux New Jersey Nets à Milan, dans l’ancien palais des sports de San Siro. Mais tout ça n’est que de la pré-saison, ça ne compte pas vraiment et ne montre pas tout à fait ce qu’est la compétition au plus haut niveau. Alors en 1990, David Stern, commissionnaire depuis 1984, décide d’aller plus loin : la NBA va organiser un match de saison régulière au Japon. C’est la première rencontre officielle à l’étranger de l’histoire de la NBA, et plus loin encore, de toutes les grandes ligues américaines confondues. Ce sont les Suns et le Jazz, adversaires au premier tour des Playoffs quelques mois auparavant, qui sont choisis pour se rendre au Tokyo Metropolitan Gymnasium de Tokyo. Tout ça dans une ambiance bien cheloue. Silence de cathédrale pendant les lancers-francs, applaudissements fournis sur chaque panier, la différence de culture se ressent.

Les Suns s’imposent tranquillement le 2 novembre, 119-96, avec 38 points et 10 rebonds de Tom Chambers. Le Jazz réplique le lendemain dans un match plus serré : 102-101, avec 29 points et 14 rebonds de Karl Malone, qui avait déjà lâché un gros triple-double la veille malgré la défaite. Mais les chiffres propres au match sont anecdotiques.

Entre, 1990 et 2003, la grande Ligue retrouve le Japon à quatre reprises, pour la pré-saison. Elle y revient en 2016, d’abord, puis il y a un mois. Les Washington Wizards sont invités et pour cause, ils ont dans leur effectif Rui Hachimura, véritable star du basket japonais.

« C’était incroyable pour moi, pour ce pays, le Japon, et pour le basket. C’est quelque chose dont je rêvais depuis tout petit, et ça me rend très heureux […] Je vois bien que le basket grandit au Japon. La NBA et le pays se rapprochent. » – Rui Hachimura, via Japan Times

La NBA devient donc de plus en plus populaire au Japon. C’est aussi le cas du basket en général, parce que oui, le jeu existe ailleurs qu’au pays de l’oncle Sam. Et les Japonais en consomment de plus en plus. Assez peu prisé à l’époque des premiers Japan Games, le basketball a grandi au pays du soleil levant. Il fait aujourd’hui partie des dix sports les plus populaires du Japon. Une amélioration qui s’explique par l’arrivée de la NBA dans le pays, mais aussi par l’émergence de certaines stars du basket nippon, notamment Yuta Tabuse et Takuya Kawamura dans les années 2000, et donc Rui Hachimura ou Yuta Watanabe récemment. Depuis 2015, la B-League est le championnat principal de basket au Japon. Elle entend s’imposer comme une place forte du sport dans le pays, comme l’a fait la J-League au début du siècle : le foot est maintenant l’un des sports les plus populaires du pays. Pour ça, la B-League essaye de jouer sur la culture japonaise, et ça a l’air de fonctionner.

Si cette popularité est également renforcée par le partenariat entre la NBA et la marque Rakuten, l’internationalisation de la grande Ligue ne s’arrête évidemment pas au Japon.  Elle est en fait une volonté profonde de ses dirigeants, à commencer par l’ancien commissionnaire David Stern, suivi dans ses ambitions par l’actuel patron de la Ligue, Adam Silver. Depuis le Japon, la NBA a visité beaucoup d’autres pays. Le Mexique, le plus souvent, grâce à sa proximité géographique et aux points communs culturels avec une partie des États-Unis. La Grande-Bretagne, évidemment : pays d’Europe le plus visité par nos amis américains en short, c’est à Londres qu’ont eu lieu les premières rencontres de saison régulière sur le Vieux Continent, en 2013. La Chine, elle, est un marché qu’on ne peut pas rater. Et David Stern l’avait compris. Bien aidé par l’avènement de Yao Ming, la NBA a trouvé une place de choix sur la carte sportive chinoise. Et selon Yahoo Sports, le pays représente plus de 10% des revenus de la Ligue. La Chine n’a connu que des matchs de pré-saison, mais avec la fin du boycott télévisuel du pays depuis quelques mois, la saison régulière pourrait y faire un arrêt. La France, enfin, est le dernier petit nouveau. Paris a accueilli Bucks et Hornets en janvier 2020, rebelote dans quelques semaines : cette fois, ce seront les Bulls et les Pistons qui fouleront le parquet de l’Accor Arena. En tout et pour tout, ce sont plus de 120 matchs internationaux, de Tokyo à Abu-Dhabi en passant par Pékin, de pré-saison ou en régulière, qui ont eu lieu en dehors de l’Amérique du Nord. Et Adam Silver veut continuer cette politique d’internationalisation, notamment avec l’Europe.

« Avec la FIBA, nous avons déjà travaillé sur « Basket sans frontières » et sur la Basketball African League, qu’on va encore développer. Avec l’Euroligue, nous avons déjà collaboré et nous voulons continuer. Le but n’est pas de s’imposer en Europe mais d’améliorer le basket sur le continent […] Les opportunités de développement, particulièrement en dehors des US, sont énormes. » – Adam Silver via Il Correre della Serra et basketnews.com

Aujourd’hui, les ligues à travers le monde suivent le modèle de la NBA : la NFL est venue en Grande Bretagne, la Ligue 1 de foot s’exporte ou joue ses matchs à des heures adaptées au marché chinois, on voulait même jouer quelques matchs de Ligue des Champions en dehors de l’Europe mais faut pas déconner quand même, les fans ont dit stop. Toujours est-il que cette volonté d’internationalisation, de mondialisation, a porté ses fruits pour la NBA. Sous l’impulsion de David Stern, qui a également su profiter de la popularité de Michael Jordan et de la Dream Team 1992, elle est devenue une des ligues les plus regardées et les plus lucratives au monde. Et tout cela a commencé concrètement le 2 novembre 1990, à Tokyo.

Parfois des événements marquent l’histoire sous nos yeux. Parfois, il faut revenir dessus des années plus tard pour comprendre leur portée et leur importance. C’est le cas de ces Japan Games de 90, qui ont lancé le processus de transformation de la NBA. Sans ça, elle n’aurait sans doute pas été ce qu’elle est aujourd’hui #phrasebâteaupourbienconclure.

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