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Hommage à Monsieur David Stern, l’homme qui a transformé la NBA pour en faire un phénomène planétaire

La NBA n’en serait tout simplement pas là sans ce grand monsieur.

Source image : YouTube

David Stern est parti. À l’âge de 77 ans, l’ancien big boss de la NBA est décédé le 1er janvier 2020 suite à une hémorragie cérébrale. La nouvelle a évidemment bouleversé le monde de la balle orange, bien conscient de l’énorme rôle joué par Stern dans le développement spectaculaire de la Grande Ligue. De son arrivée en 1984 à son départ en 2014, il a radicalement transformé la NBA, qui n’en serait pas là sans lui.

David Stern. Un grand nom de la NBA, un très grand nom. Si on a tendance à parler avant tout de Magic Johnson, Larry Bird, Michael Jordan ou la Dream Team de 1992 pour expliquer l’explosion de la Grande Ligue aux yeux de la planète, Stern est celui qui possédait la vision et l’ambition, celui qui a tout mis en oeuvre pour permettre à la NBA de changer de dimension alors qu’elle n’était pas vraiment dans un bon état au moment de sa prise de fonction. La liste de ses accomplissements est longue comme le bras, et il faudrait bien plus qu’un article pour véritablement mesurer l’impact de ce grand bonhomme. Mais s’il y a bien un chiffre qui permet de se rendre compte du travail accompli par David Stern au cours de ses trois décennies à la tête de la Ligue, c’est le montant des revenus générés par la NBA en 2013, soit un an avant son départ. Quand il a pris le costume de commissionnaire en 1984, les revenus étaient estimés à 165 millions de dollars. 30 ans plus tard ? 5,5 milliards. Le salary cap et donc le salaire moyen des joueurs ont explosé, la valeur des franchises également, tout comme les droits télévisés, avec notamment cet accord à… 24 milliards de dollars sur neuf ans signé en 2014 avec les chaînes ESPN, TNT et ABC. Juste pour info, au début des années 1980, les matchs de Playoffs n’étaient même pas diffusés en direct, alors qu’aujourd’hui, ils passent devant les écrans dans plus de 200 pays du monde entier. Sans vouloir tout résumer à l’aspect business, difficile de faire plus explicite que ça. Stern a su maximiser le potentiel de la NBA à travers une grosse stratégie marketing et la très bonne utilisation des différents médias (télévision puis Internet), il a su internationaliser son sport en s’appuyant parfaitement sur les meilleurs joueurs qui formaient la Ligue, permettant à ces derniers de devenir de véritables superstars à travers le globe. Michael Jordan l’a dit dans son communiqué hommage, il ne serait pas devenu cette icône du basket sans le travail de fond réalisé par David Stern.

Comme indiqué au tout début de cet article, on parle souvent de la Dream Team des Jeux Olympiques de 1992 pour son rôle dans la popularisation du basket dans le monde, à juste titre. Cette équipe mythique, composée de Jordan, Magic, Bird et d’autres étoiles du jeu, a fait rêver la planète et a inspiré des millions de personnes. S’il y a autant de joueurs étrangers dans la NBA actuelle, c’est parce que la Dream Team est passée par Barcelone. Si certains étrangers ont été sélectionnés en première position de la Draft par la suite, comme par exemple le Chinois Yao Ming en 2002 (véritable tournant pour le développement de la NBA dans l’énorme marché chinois), c’est parce que la Dream Team est passée par là. Sauf que sans David Stern, elle n’aurait peut-être jamais vu le jour car le big boss de la NBA a participé à la création de cette armada, bien conscient qu’elle pouvait représenter un tremplin pour le basket américain à l’international. Pour la première fois, des joueurs de la NBA participaient aux JO et le résultat fut magique. La Dream Team était dans la continuité de ce projet d’internationalisation car deux années auparavant, on a assisté au premier match de saison régulière en dehors de l’Amérique du Nord. Deux rencontres opposant le Jazz aux Suns à Tokyo, en novembre 1990. Aucune autre grande ligue sportive américaine (NFL, MLB, NHL) n’avait accompli cela à ce moment-là. On n’oublie pas non plus la mise en place des Open McDonald’s en 1987, qui ont permis aux Européens de voir de près certaines franchises à travers des rencontres face à des équipes locales. Tout cela, ça porte l’empreinte David Stern. Et pour rester sur cet aspect mondialisation du jeu et de la marque NBA, il faut souligner aussi son rôle dans la création de bureaux aux quatre coins du globe pour faciliter l’implantation de la Ligue à l’étranger. On retrouve des NBA international offices à Londres, Madrid, Hong Kong, Manille, Toronto, Pékin, Shanghai, Taipei, Mexico City, Rio de Janeiro, Johannesbourg et Bombay. Cela a permis évidemment de mieux toucher le public local dans des marchés très porteurs, avec la mise en place d’événements sur place, des partenariats et d’autres initiatives dans le but de faire grandir le basket.

Vous l’avez compris, le développement de la NBA sur le plan économique et son internationalisation représentent les grandes prouesses de la carrière de David Stern en tant que big boss de la NBA. D’ailleurs, quand on regarde les nombreux hommages qui sont tombés depuis sa mort, ce sont souvent ces choses-là qui ressortent en premier. C’est son héritage. Mais David Stern a également d’autres faits d’armes à son actif. C’est lui qui est à l’origine de nombreuses décisions structurelles qui font de la NBA ce qu’elle est aujourd’hui, et ce avant même sa prise de fonction au sommet de la Ligue. Dans les années 1970, alors qu’il était avocat, il a défendu la NBA dans un conflit avec Oscar Robertson, conflit qui a débouché sur la création de la Free Agency et la fusion NBA – ABA. Et juste avant son arrivée en tant que commissionnaire, quand il était le vice-président exécutif de la Ligue après deux ans en tant que conseiller général, il a participé à la mise en place d’une politique anti-drogue (un problème majeur de la NBA à l’époque) tout en aidant à la création du salary cap. Une fois aux commandes, il a mis en place la Draft Lottery en 1985 pour lutter contre les problèmes de tanking. Ce système est toujours là, même s’il a bien évolué depuis la première édition, où toutes les équipes non qualifiées en Playoffs avaient les mêmes chances d’obtenir le premier choix. Autre initiative, le lancement de la WNBA. La ligue nationale et professionnelle de basket féminin a été créée en 1996 sous l’impulsion de Stern, avec une première saison en 1997. On n’oublie pas non plus la création de la NBDL – une ligue mineure visant à développer les joueurs qui sont trop justes pour l’élite – connue aujourd’hui sous le nom de G League, ni la création du programme NBA Cares pour booster l’implication de la NBA dans les communautés devant faire face à des problèmes sociaux. Enfin, last but not least, pas moins de sept franchises ont vu le jour avec David Stern, et la Ligue est ainsi passée de 23 à 30 franchises. Certes, la perte des Seattle SuperSonics fait tache mais l’expansion est significative.

On l’a dit, la liste de ses accomplissements est longue comme le bras. Et on n’a même pas mentionné le soutien qu’il a apporté à un certain Magic Johnson en 1991, quand ce dernier a annoncé qu’il possédait le VIH. Ce fut un autre moment marquant de sa carrière à la tête de la NBA. Alors évidemment, tout n’est pas rose non plus quand on regarde le CV de David Stern. Derrière sa dégaine plutôt sympathique, il y avait un homme qui savait ce qu’il voulait, un homme très exigeant avec les autres, un roi de la discipline, un mec qui ne faisait aucun cadeau et un négociateur redoutable. On parle aussi d’un homme guidé avant tout par les billets verts, la mise en avant des superstars, les gros marchés et l’image de la Ligue. Bref, Stern n’était pas un ange. Les trois décennies de David à la tête de la NBA ont aussi été marquées par des moments controversés, des crises et plusieurs lock-outs. Entre rumeurs de Loterie truquée, scandale d’arbitrage, transfert avorté et dress code, l’ancien commish a été au cœur de la tempête à plusieurs reprises. Contesté et critiqué, il n’a pas fait l’unanimité. En même temps, en 30 ans et avec un tel poste, difficile de faire l’unanimité. Mais aujourd’hui, ce n’est pas ça qui le définit. Ce qui le définit, c’est l’incroyable développement de notre ligue préférée sous son mandat. Tous les fans à travers le monde qui peuvent profiter à fond de l’expérience NBA chaque jour, tous ceux qui gagnent leur vie grâce à la NBA, peuvent dire merci à Monsieur David Stern. Le succès international de la Grande Ligue aujourd’hui est lié en grande partie à Monsieur David Stern. La NBA est devenue un véritable empire, géré désormais par son successeur Adam Silver, qui pour rappel a été formé aux côtés de David. Alors oui, Merci.

« Je pense que David Stern est celui qui a eu le plus grand impact sur le jeu de toute l’histoire de la NBA en dehors des joueurs. Quand on voit l’état de la Ligue actuellement par rapport à l’état de la Ligue quand il est arrivé en tant que commissionnaire au début des années 1980, on peut dire qu’il a vraiment guidé l’expansion de la Ligue, il avait la vision pour mettre la Ligue sur une trajectoire pour arriver là où elle en est aujourd’hui. »

– Steve Kerr concernant David Stern.

David Stern n’est plus de ce monde, mais son héritage est plus que jamais vivant. Intronisé au Hall of Fame en 2014, il a eu un impact gigantesque sur l’ouverture et le développement de la NBA. Alors si la tristesse domine en ce début d’année 2020, souvenons-nous plutôt de tout ce qu’il a apporté à la Grande Ligue en l’espace de 30 ans. RIP. 

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