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Back to basics : les Cleveland Rosenblums ramènent un titre dans l’Ohio bien avant LeBron James

LeBron James couronne les Cleveland Rosenblums

Bien avant LeBron James, l’Ohio a connu des heures de gloire avec la balle orange, lorsque les Cleveland Rosenblums remportaient trois titres au sein de l’American Basketball League.

Source image : Twitter et Wikipedia, montage TrashTalk

Pour comprendre ce qu’on vit aujourd’hui, il est important de connaître ce qu’il s’est passé hier. C’est ainsi qu’à travers le portrait de différentes équipes ayant brillé bien avant que la NBA ne soit une ligue toute puissante, TrashTalk vous propose de vous replonger dans une partie de l’histoire du basketball aux Etats-Unis, bien loin des tirs du parking et autres Top 10 qui rythment notre quotidien. Aujourd’hui on va voir que la balle orange rebondissait dans l’Ohio bien avant LeBron James lorsque les Cleveland Rosenblums sévissaient.

Les observateurs sont souvent ingrats avec Cleveland. Régulièrement, ils rappellent que la ville ne doit sa place sur la carte du basketball que grâce au Chosen One. Un constat erroné. Non seulement car les Cavs ont connu de belles périodes avant lui – certes sans titre. Mais aussi parce que la ville a vécu des heures de gloire bien avant la naissance de LBJ.

Max Rosenblum investit dans le sport

Pour cela il faut remonter aux années vingt, quand l’équipe de Cleveland était la propriété de de Max Rosenblum. Car ces premiers succès dans l’Ohio sont le résultat de la passion dévorante pour le sport de leur boss. Avant de devenir l’un des artisans du développement de la balle orange, Max est un gamin voit le jour en Autriche-Hongrie en 1879. Il atterrit ensuite à Cleveland avec ses parents en 1885. Dans sa jeunesse, il enchaîne les petits jobs. Porteur, cireur de pompes, vendeur de journaux… Il passe aussi des heures à attendre les athlètes du coin ou en transit dans la ville – pas pour leurs vacances, on rassure Joakim Noah –  pour échanger avec eux ou juste les apercevoir. Déjà, son amour du sport est palpable.

Puis adulte, il se lance dans le prêt à porter avec une boutique de fringues. De là il construit son empire d’entrepreneur. Avec toujours le sport dans la tête. Il met du blé dans des équipes à partir de 1917, prolongement de ce qu’il a vu plus jeune. En effet, à 15 ans, il offre un meilleur équipement à une équipe de softball. Conséquence, les joueurs progressent. Il croit donc qu’en apportant son aide, il peut offrir des opportunités.

Si Max investit dans de nombreuses disciplines, c’est la création à la fin des années dix des Rosenblum Celtics qui nous intéresse particulièrement. L’équipe indépendante trace sa route loin de toute ligue et fait son nom. Et son surnom, les Roses. La première reconnaissance a lieu en en 1919. Son bilan de 18-2 lui vaut le titre officieux de championne de l’Ohio.

Les Cleveland Rosenblums, pionniers de l’ABL

Par la suite, les Rosenblum Celtics continuent leur petit bonhomme de chemin dans un paysage basketballistique où les ligues professionnelles sont avant tout locales et souvent peu structurées. C’est donc en se frottant à d’autres équipes des villes de l’Est qu’il faut s’étalonner. Coachés par Bill Lange – l’homme qui amènera quelques années plus tard les Tar Heels de North Carolina à leur première participation du tournoi NCAA – les Roses progressent. L’équipe est alors considérée comme le groupe le plus rapide sur un parquet et s’appuie sur d’anciennes stars universitaires. En premier lieu Kelly McBride, leur meilleur scoreur.

Non content de dominer le basketball de son état, Rosenblum va pousser encore plus loin. À son initiative, d’autres propriétaires le retrouvent à l’Hôtel Statler de Cleveland en 1925. L’idée : mettre en place une ligue professionnelle d’envergure nationale. Bienvenue à la ABL, American Basketball League. Bon ok, le terme national peut paraître galvaudé. En effet, la compétition se limite à Washington au Sud et Chicago ou Fort Wayne à l’Ouest. Ce qui signifie que seul un gros quart Nord-Est du pays est couvert. Mais pour l’époque, c’est déjà immense et aucune ligue ne couvrait une telle étendue de territoires.

En dehors de cet aspect territorial, l’ABL se distingue également par la mise en place d’un règlement plus strict. D’une part, les joueurs n’ont plus la possibilité de jouer dans plusieurs équipes. Ou de bouger comme ils avaient coutume de le faire. Les coups de sifflet des arbitres sont également homogénéisés. Du moins en théorie. Les lois de l’Amateur Athletic Union sont appliquées. Pas de reprise de dribble, pas de cage autour du terrain. L’objectif est clair : rendre le jeu plus rapide et moins violent. Et les hommes de Max Rosenblum s’y connaissent en termes de bourre-pifs. En 1924, lors d’un tournoi de levée de fonds pour le comité olympique, ils ont perdu face aux Original Celtics en 1924. Quel rapport ? La rencontre a été marquée par l’exclusion de leur taulier Marty Friedman – ainsi que celle du Celte Nat Holman – suite à un pugilat entre les deux joueurs.

Première saison, premier titre

Mais revenons-en à la première saison d’ABL qui débute fin 1925. La ligue se découpe en deux phases où toutes les équipes se rencontrent. Les vainqueurs de chaque phase se retrouvent ensuite pour disputer les finales au meilleur des cinq matchs. Après avoir fini troisième lors de la première partie de la saison, ceux qui se font désormais appelés les Cleveland Rosenblums déroulent.  Treize victoires pour seulement une défaite lors de l’étape suivante. Ils gagnent donc le droit de se frotter aux Brooklyn Arcadians pour savoir laquelle des deux franchises va repartir avec le premier titre ABL de l’histoire.

La série débute par deux rencontres dans l’Ohio remportées par les Cleveland Rosenblums devant une affluence cumulée de vingt mille personnes, un très beau chiffre pour l’époque. Pour preuve, la troisième manche disputée à Manhattan n’attire que deux mille péquins. Ils assistent à une nouvelle victoire de la franchise de Cleveland. Un succès bien moche. Alors qu’il mènent 23 à 22, les Rosenblums conservent la balle pendant les quatre dernières minutes du match. L’horloge des 24 secondes n’existant pas encore, ils se contentent de faire tourner la balle. Une situation que J.R. Smith aurait probablement kiffée bien plus que l’engueulade de King James lorsqu’il a pour sa part oublié que le score face aux Warriors était de parité lors du Game 1 des Finales 2018.

Pour ce premier triomphe, pas de cyborg à la LBJ, de tête brûlée à la Gérard ou de chaman à la Kyrie. Non, les blazes ronflants chez les Cleveland Rosenblums sont ceux de Marty Friedman, vétéran de 36 piges, de Johnny Russell – meilleur scoreur de l’équipe – Carl Husta ou encore du rookie Nat Hickey. Friedman, sur la fin de sa carrière, porte la double casquette d’entraineur-joueur pour compléter un CV déjà bien garni. Après avoir formé avec son comparse Barney Sedran le premier duo star du basketball – les Heavenly Twins – il a contribué grandement au développement de la balle orange en Europe lors de son service dans l’armée. Stationné en France au cours de la Première Guerre mondiale, il a mis sur pied le tournoi inter-Alliés, ancêtre des championnats du monde de basketball. Rien que ça.

De l’autre côté de la pyramide des âges de l’équipe, Nat Hickey n’en est pour sa part qu’à ses premiers amours avec le monde professionnel. Il va aussi endosser quelques années plus tard le jersey des Original Celtics. Puis devenir le plus vieux joueur de l’histoire à fouler un parquet en NBA – encore BAA – à 45 piges avec les Providence Steamrollers.

Des Celtics qui pourrissent la vie d’une équipe de l’Ohio

Les Roses remettent leur titre en jeu la saison suivante et atteignent une nouvelle fois les Finales. Ce coup-ci, ce sont les Original Celtics – qui ont rejoint l’ABL en cours de saison – qui se dressent devant eux. Ces mêmes C’s avec qui le contentieux de 1924 avait eu lieu. Ces hommes en vert qui un an plus tôt, sans avoir à passer par le périlleux exercice d’une saison complète préférant miser sur le barnstorming, avaient souhaité jouer face à Cleveland afin de prouver qu’ils étaient meilleurs qu’eux. Max Rosenblum refuse la confrontation. Il ne veux pas que des gars n’ayant pas sué face à la même compétition qu’eux ne puissent remettre en cause leur supériorité.

Mais en 1927, la donne à changer, et les Celtics n’ont pas eu d’autre choix que d’intégrer l’American Basketball League, sous peine d’être privés de rencontres face aux équipes prenant part à cette compétition. Et vu comme ils ont broyé la concurrence à partir de leur entrée en lice, il aurait certainement mieux valu pour les franchises ABL que les hommes au trèfle restent dans leur coin. Ils concluent à leur tour la saison par un sweep, balayant les tenants du titre en trois matchs secs. Ils remettent le couvert la saison suivante contre les Fort Wayne Hoosiers, les Cleveland Rosenblums ne parvenant pas à retrouver les sommets.

Deux autres titres pour les Cleveland Rosenblums

Ce nouveau titre des Celtics aboutit à leur démantèlement. L’ABL n’est pas fan de leur domination. Elle nuit au suspense et donc aux revenus. Si bien que les joueurs celtes sont envoyés dans différentes équipes tandis que leur proprio Jim Furey fait un passage par la case prison à Sing Sing, pour des raisons non liées au basket. Max Rosenblum en profite. Il met la main sur Dutch Dehnert, Joe Lapchick et Pete Barry, trois membres importants des Original Celtics. Une belle pêche qui permet à Cleveland de récupérer le titre en 1929 puis de réaliser le back-to-back en 1930

Malheureusement, la période glorieuse touche à sa fin. Quelques mois plus tard, la Grande Dépression ainsi qu’un intérêt faible pour le basketball professionnel ont raison des affluences en ABL. Max Rosenblum en fait l’amer constat et son équipe quitte la ligue le 8 décembre 1930. En six saisons, le bilan est plus qu’honorable. 141 victoires pour 91 défaites, mais surtout trois titres qui font des Cleveland Rosenblums la première dynastie d’une ligue professionnelle nationale aux States. Il y avait des rois dans l’Ohio avant LeBron, et ils ont ramené plus de bagues. Mais bon, comme dirait Stéphane Guy, les Arcadians, c’étaient pas les Warriors non plus.

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