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Linsanity – 10 ans plus tard : 38 points sur les Lakers de Kobe Bryant, la meilleure page d’un best-seller

Jeremy Lin

« Kobe qui ? »

Source image : YouTube

Dix ans, déjà. Cela fait dix ans que la tempête est passée. Cela fait dix ans que l’indécence a laissé place aux souvenirs. Que garde-t-on de la folie Linsanity ? Que garde-t-on de cette brève période passée à écarquiller les yeux devant la révélation d’un sans-grade venu d’Harvard ? Pour célébrer la plus courte et intense des culminances en NBA, plongeons tête la première dans la pensine, direction le monde de Jeremy Lin. Troisième épisode, la meilleure page d’un best-seller.

Écrit précédent : « Linsanity – 10 ans plus tard : dix jours en apesanteur, la plus courte et intense des culminances »

À chaque artiste son œuvre maitresse. Annoncer Jeremy Lin en tant qu’artiste est bien présomptueux, mais cette période n’était peut-être pas illusoire, seulement un condensé de ce que nous aurions pu/dû observer sur plusieurs saisons NBA. Certains artistes restent irrévélés toute leur vie et ne sont célébrés qu’à partir du moment où leur âme s’extirpe de ce monde. Cette intro fait beaucoup trop Hall of Famer, donc on va s’arrêter là. Un soir de 10 février 2012, sous les projos du Madison Square Garden, contre l’un des meilleurs joueurs de l’histoire, Linsanity a revêtu son costume de gala.

La vache, on a chaud. Cela fait 6 jours et 3 matchs que Jeremy Lin a commencé son jubilé. Les New Jersey Nets sont passés à la casserole, puis le Jazz et les Wizards ont suivi. L’heure est désormais au retour à la maison pour les hommes de Mike D’Antoni, prémisse d’une réception qui restera comme le point culminant de la période Linsanity. En ce 10 février 2012, les Knicks reçoivent les Lakers de Kobe Bryant. De Kobe Bryant, mais aussi de Pau Gasol et de Metta World Peace. Après les titres de 2009 et 2010, la troupe d’Hollywood Boulevard est sur le déclin. Mais le logo pourpre et doré reste le même : « Tu joues pas l’équipe du coin » dit Thierry Henry. À contresens total du respect, Jeremy Lin opte pour la tirade de Claude Makélélé. Aucune considération quelconque pour son adversaire, seulement le goût du sang en bouche. Chacun sait désormais ce dont est capable l’américano-taiwanais. Sans Carmelo Anthony (blessé) et Amar’e Stoudemire (en deuil après le décès de son frère), le prix moyen d’un ticket pour la réception des Lakers est passé de 544$ à la mi-janvier, à 400$ le 7 février 2012. Mais en 3 jours, Linsanity a pris du volume. Le prix est ainsi remonté à 514$ le matin de la rencontre. À ce moment précis, la hype Jeremy Lin pèse presque autant que Carmelo Anthony et Amar’e Stoudemire réunis. C’était tellement improbable. Tellement improbable que certains ne sont toujours pas au courant du phénomène. Quand la veille du match, un journaliste questionne Kobe Bryant à propos de Jeremy Lin, le Black Mamba semble être tombé sur une consigne qui commence par « à l’aide de vos connaissances ». Lunaire.

« Qui est ce gamin ? J’en ai entendu parler, mais je ne sais même pas ce qu’il a fait. Je n’ai aucune idée de ce dont vous me parlez. » – Kobe Bryant, pour le New York Post

Terminée la timidité et les discrètes sorties de banc, Jeremy Lin est maintenant en pleine confiance. Juste avant l’entre-deux, les caméras maintiennent le gros plan sur le meneur new-yorkais. Plutôt dingue quand Kobe Bryant partage le même parquet. C’est l’effet novateur. Après un bon gros handshake avec Larry Fields – l’un de ses meilleurs amis en carrière – Jeremy Lin file sous les projos du Garden, direction les bouquins d’histoire. Premier constat, la flamme ne s’est pas éteinte. Second, le prix des billets n’a eu besoin que de quelques secondes pour se faire oublier. La fierté d’Harvard inscrit 9 des 13 premiers points des Knicks, dans une ambiance chaudronnesque. C’est la folie furieuse. La dimension festive de Linsanity prend tout son sens avec une explosion des émotions accumulées pendant cette période : c’est le partage, les sourires, les mains sur la tête. « L’une des atmosphères les plus électriques que j’ai vu en saison régulière » se souvient Darren Rovell, un journaliste sportif du coin. Ce trublion de Jeremy cale ensuite un spin move sur Derek Fisher, parti dans le vestiaire en courant, cette fois sans lever le doigt. Vint alors une petite comparaison statistique entre Kobe Bryant et le Golden Boy du soir. Au beau milieu du 3ème quart-temps, l’un est déjà à 26 points, 2 rebonds et 5 assists à 9/16 au tir. L’autre expose péniblement ses 16 points à 4/15 au tir. On vous laisse deviner qui est qui. À 5 minutes du terme, les Knicks sont devant de 10 points et cherchent à assommer les Lakers. C’est là que Jeremy Lin ressort de sa boite avec un énorme 3-points dans le corner, l’ultime carreau de l’arbalète, le dernier œuf lâché par les cloches. Il avouera plus tard – pour le New York Times que ce panier était son préféré de la période Linsanity : « J’avais l’impression de planer au-dessus du sol ». S’ensuivent deux lancers, l’occasion pour la Big Apple de célébrer son prodige à coups de « MVP ! MVP ! MVP ! ». Puis, tirage de rideau sur cette confirmation à 38 points, 4 rebonds, 7 assists, 6 ballons perdus et 2 interceptions, à 57% au tir dont 50% du parking. Les mots manquent. Il faut le voir pour le raconter, et s’en aller le voir dès qu’on nous l’a raconté. Les Knicks topent une quatrième victoire de rang, Jeremy Lin est une idole.

« C’est la nuit qui a prouvé qu’il n’est pas juste une merveille d’une semaine, qu’il a une vraie carrière NBA devant lui. » – l’analyse d’ESPN, juste après la rencontre

Ce sommet atteint face aux Lakers a donné lieu à une médiatisation centrée sur une seule silhouette, dont les précédents ne sont pas légion. Tout le monde attendait une suite, et il y en a eu une. Courte, certes, mais Linsanity ne s’arrête pas au buzzer de cette réception des Lakers. Quand un joueur est capable de poser 38 points avec une telle aisance – de surcroît sur l’une des meilleures équipes de NBA – c’est que son bagage lui permet de réitérer. Du moins, c’est ce que chacun croyait. À tel point qu’à l’issue de ce match, un certain n°24 a baissé les armes et sorti la fiole de respect. Oui, Kobe Bryant connaissait mal Jeremy Lin. On ne l’y reprendra plus.

« Il a extrêmement bien joué. Si c’est comme ça qu’il a joué ces trois ou quatre derniers matchs, alors il a joué de manière phénoménale. […] C’est une superbe histoire. Il est le symbole de la persévérance et du travail. C’est un bon exemple pour tous les gamins. » – Kobe Bryant, après avoir subi la tornade Linsanity

« Chaque chose en son temps, tout vient à point à qui steak attendre » disait Confucius lorsqu’il bossait encore à Buffalo Grill. Un nouvel écrit de « Linsanity – 10 ans plus tard » arrive sous peu, pour continuer de célébrer l’une des plus belles mise en lumière que la NBA ait connu.

Source texte : basketball reference / New York Times / Twitter / ESPN

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