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Linsanity – 10 ans plus tard : dix jours en apesanteur, la plus courte et intense des culminances

Jeremy Lin

Du beau monde derrière, personne devant.

source : YouTube

Dix ans, déjà. Cela fait dix ans que la tempête est passée. Cela fait dix ans que l’indécence a laissé place aux souvenirs. Que garde-t-on de la folie Linsanity ? Que garde-t-on de cette brève période passée à écarquiller les yeux devant la révélation d’un sans-grade venu d’Harvard ? Pour célébrer la plus courte et intense des culminances en NBA, plongeons tête la première dans la pensine, direction le monde de Jeremy Lin. Second épisode, dix jours en apesanteur.

Premier écrit : « Linsanity – 10 ans plus tard : jeune pianiste non drafté, l’ascension d’un no name »

Les plus anciens s’en souviennent, les jeunes en ont eu vent, les nourrissons l’apprendront bientôt. Il y a 10 ans naissait Linsanity. Balayée l’ascension classique d’un nouveau titulaire, Jeremy Lin n’a eu besoin que d’un ballon et de minutes pour faire ses preuves. Une éclosion de forte magnitude qui a provoqué un véritable séisme, sur les feuilles de match, entre les pages des bouquins d’histoire, dans nos mémoires.

Nous sommes le 4 février 2012. Sous les projos du Garden, un no name venu d’Harvard fait son entrée en jeu face aux Nets du New Jersey. La salle fait son bruit. Il n’est jamais commun qu’un joueur d’origine asiatique foule un parquet NBA. De surcroît apparaître au beau milieu d’une arène aussi internationalisée que le Garden, l’ovation s’explique sans détails. En face, Deron Williams et ses tocards squattent les tréfonds de la Conférence Est. Ils ne s’attendaient à rien mais vont quand même être déçus. Au début du second quart-temps, sur un drive anodin, Jeremy Lin inscrit ses 2 premiers points sur la tête de Jordan Williams. La première pierre de l’édifice est posée. Anecdote qui n’a absolument rien à voir avec le sujet – mais que l’on trouve marrante – Deron Williams, Shawne Williams, Shelden Williams et ce fameux Jordan Williams portent tous les quatre le maillot des Nets. On ne sait pas trop quoi faire de cette info. Ce sont donc 3 lettres qui vont en gifler 36, avec un Lin totalement décomplexé sur le parquet de la Mecque orange. L’américano-taiwanais termine la partie à 25 points, 5 rebonds, 7 assists, 2 interceptions et 1 ballon perdu à 53% au tir. Dans le jargon de Jeremy Lin, tomber à point nommé signifie « performer au beau milieu d’une équipe qui jouait jusqu’à présent avec Iman Shumpert sur le poste 1 ». Gorge déshydratée, Mike D’Antoni a trouvé son nouveau meneur, sa gourde d’eau dans le Sahara. Non, plutôt une bouteille de Fuze Tea dans le désert. Ça désaltère, mais derrière ça redonne soif. On en veut encore plus, toujours plus.

« En tant que coach, ça m’a aidé, c’est une certitude. On avait la tête sous l’eau. C’était une année difficile, nos meneurs étaient blessés, on n’en avait pas vraiment. C’est une super histoire. […] C’est un bon garçon, sa famille est sympa, et c’est quelque chose dont je me souviendrai toujours, et j’espère que je serais toujours proche de lui. » – Mike D’Antoni, pour le New York Post

S’il faut bien reconnaître une qualité à Mike D’Antoni, c’est d’avoir le goût du risque. Après la réception des Nets, le tacticien n’a pas eu peur de propulser instantanément Jeremy Lin vers le spot de titulaire. Rien n’est laissé au hasard, et sans le savoir, l’entraîneur des Knicks orchestre le début d’une belle histoire. Le match suivant, pour sa première en tant que starter, Jerem claque 28 points, 2 rebonds, 8 assists et 2 interceptions à 59% au tir dont 1/3 du parking. Le Jazz d’Al Jefferson a bu la tasse. S’ensuit une nouvelle prouesse dans les rues de Washington – son premier double-double en carrière, à 23 points et 10 assists – puis ce sommet atteint contre les Lakers de Kobe Bryant. Encore inconnu il y a quelques jours, Jeremy Lin accueille les Angelinos avec 38 points, 4 rebonds, 7 assists et 2 interceptions à 57% au tir dont 2/4 à 3-points. Cette perf’ XXL incendie littéralement la planète basket. Trop d’éléments de contexte, à l’image d’un Kobe Bryant quelque peu désinvolte avant le match. Le Mamba discutait avec les journaleux venus l’interviewer dans le vestiaire. Il savait qui était Jeremy Lin, mais ne comprenait pas l’engouement autour du meneur new-yorkais. Quarante-huit minutes de joute plus tard, Kobe Bryant, Pau Gasol et Ron Artest Metta World Peace repartent lessivés du Garden. Les Knicks ont décroché leur quatrième victoire consécutive, et Jeremy Lin est au sommet de son art. Bon, c’est quand même un peu dommage de taper son career high à 23 ans, mais à la fois tellement représentatif de la carrière du bonhomme. Il filera ensuite sécher les Wolves chez eux avec 20 points, 6 rebonds, 8 assists et 3 interceptions à 33% au tir. L’adresse se dérègle mais la stat’ est là : Jeremy devient le premier joueur depuis la saison 1976-77 à poser 109 points sur ses 4 premières titularisations en carrière. Pression maximale, cette info s’affiche juste avant son match face aux Raptors, dernière œuvre de l’ère Linsanity lors de laquelle l’ancien d’Harvard va planter un game winner passé à la postérité. Toute la planète orange s’incline. Nous sommes le 14 février 2012, c’est déjà la fin.

En symbole d’un débat stérile qui va détourner Linsanity du sujet unique que devrait être le jeu, Floyd Mayweather n’est pas impressionné par les 10 jours dont Jeremy Lin vient de gratifier tout un sport : « Jeremy Lin est un bon joueur mais il a toute cette hype car il est asiatique. Les joueurs noirs font ce qu’il fait tous les soirs et ne reçoivent pas les mêmes louanges ». Bien sûr que les origines de Jeremy Lin pèsent. Doit-on empêcher la fierté d’un continent ? Chaque pionner est célébré comme un pionnier, et même si Yao Ming est passé avant lui, Jeremy Lin reste l’un des rares deux joueurs asiatiques à avoir topé un tel niveau sur une courte durée. Mais la suite de l’histoire n’empêche pas le début de la controverse. Quand le niveau ne suit plus, la pression accumulée retombe sur Jeremy Lin. Sur le terrain, il continue de performer quelques semaines jusqu’à ce que la maladresse ne le domine. Il ne retrouvera jamais le niveau qui fut le sien pendant ce mois de février 2012. Ni le statut, d’ailleurs. L’été suivant, il quitte les Knicks pour Houston. Il n’aura finalement joué que 940 minutes sous le maillot new-yorkais. C’est dingue, seulement 940 minutes de jeu sous le maillot qui l’a révélé aux yeux du grand public. Loin de la Big Apple, son prochain accomplissement sera d’être le deuxième joueur le plus « googlisé » en 2013, derrière LeBron James et devant Michael Jordan. Dans un ultime baroud d’honneur – et cantonné à un rôle de laveur de chasubles – Jerem remportera le titre avec Toronto en 2019. Un trophée qui ne comble pas le manque. Symbole d’une communauté de passionnés, Linsanity contraste excitation et frustration. Nous aurions voulu que cela dure 10 ans, cela a duré 10 jours.

« Chaque chose en son temps, tout vient à point à qui steak attendre » disait Confucius lorsqu’il bossait encore à Buffalo Grill. Un nouvel écrit de « Linsanity – 10 ans plus tard » arrive sous peu, pour continuer de célébrer l’une des plus belles mise en lumière que la NBA ait connu.

Source texte : basketball reference / New York Post / New York Times / Twitter / ESPN / Bleacher Report

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