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On a testé pour vous… un derby Paris Basketball – Metropolitans 92 : bataille pour la suprématie francilienne, sur un fond de NBA

Axel Toupane

Axel dans ses (premières) œuvres parisiennes.

Source image : @lebougmelo / Yoann Guerini

Un mois après avoir testé le clasico ibérique sous les projos du Palau Blaugrana, il nous était impossible de ne pas assister au premier derby de l’histoire du Paris Basketball. Un petit moment d’histoire pour l’un des plus grands projets du basket-ball français. Les Metropolitans 92 de Vincent Collet frappent à la porte de la Halle Carpentier, qui pour leur répondre ? Débrief.

Au pied des grandes tours du Boulevard Masséna, la Halle Carpentier. Une salle de 5009 places qui, avant de devenir l’antre du Paris Basket Avenir en 2017, servait tour à tour les différentes institutions sportives de la ville. Les championnats du monde d’escrime s’y sont déroulés en 2010, le Paris Saint-Germain Handball l’emprunte pour ses rencontres de Ligue des Champions en 2013 et la JSF Nanterre y joue l’ensemble de ses matchs d’Euroligue 2013-14. Aujourd’hui, elle héberge le projet sportif le plus controversé du basket-ball français, celui du Paris Basketball. Un club né le 12 juillet 2018 et instantanément propulsé en Pro B, sans ayant eu à gravir les échelons des différentes divisions amateurs. Ici, un court tuto pour comprendre un peu l’esprit du truc. La société Paris Basketball Investments a en réalité racheté les droits sportifs de Hyères-Toulon, lorsque le club du Var est descendu de Pro A et a déclaré sa faillite au même moment. L’homme qui porte ce projet ? David Kahn, président des opérations basket des Minnesota Timberwolves de 2009 à 2013, et celui qui a drafté Johnny Flynn en 6ème position de la Draft 2009. Pourquoi donner cette info ? Parce que Stephen Curry était le 7ème choix. Outre cette petite bourde qui n’a que très légèrement changé le cours de l’histoire en NBA, David Kahn ambitionne aujourd’hui d’offrir aux Parisiens l’équipe qu’ils méritent. « Un projet composé d’un effectif jeune et majoritairement issu du Grand Paris », lit-on sur le site internet du club. Ce soir, pour le premier derby de son histoire, « le projet » va se frotter aux Metropolitans 92. Guidés par le velleda de Vincent Collet, les voisins de Levallois sont premiers du championnat et n’ont perdu qu’à 2 reprises cette saison. Pour le Paris Basket, l’étoile de shérif passera forcément par une perf’ XXL.

Il est 19h. Nous arrivons dans ce qui ressemble à un gymnase déguisé en salle US. Difficile de cacher que le bâtiment n’est pas exclusivement consacré à la balle orange. Quelques éléments du décor nous ramènent effectivement à la genèse d’une bonne idée qui pose encore ses premières pierres. Certaines arènes de Pro B – comme la salle de la Trocadière à Nantes – surclassent largement les installations ajoutées de la Halle Carpentier. Point positif non négligeable, les tribunes basses permettent une chouette proximité avec le jeu : « Les gens sont debout on ne voit plus rien », lâchait Lukas Nicot aux commentaires de la victoire face à l’ASVEL le 6 novembre dernier. Ce jour-là, l’ambiance fut si folle que beaucoup prirent goût à la sauce Paris Basket, celle qui intègre de futures ou anciennes silhouettes de NBA, à l’ambition européenne du club. Un tomar d’Ismaël Kamagate, une pénétration de Juhann Begarin, les grosses épaules de Kyle O’Quinn et la première d’Axel Toupane, ces highlights sont – en plus de la victoire – tout ce pourquoi les spectateurs ont refait le déplacement en ce samedi 15 janvier. Un spectateur nous explique que la Halle Carpentier laissera sa place à l’Arena 2 en 2023, une salle en construction et prévue pour accueillir… 8000 spectateurs. Elle servira également à plusieurs disciplines pour les Jeux Olympiques de 2024. Cette nouvelle antre est une bonne chose, qui permettra par ailleurs aux caméramans assignés aux diffusions des matchs, d’aller plus souvent changer l’eau des olives.

Caméra Paris Basket

« Tribune » télé de la Halle Carpentier – photo TrashTalk

Il est 20h, le match commence dans 30 minutes. L’enjeu qui pèse sur cette rencontre est immense. Arrivé dans la capitale il y a une grosse semaine, Axel Toupane n’a pas pu jouer dimanche dernier contre Limoges. Impuissant, le champion NBA 2020 a assisté à la défaite des siens en tenue civile. Le Paris Basket (5-10) est alors quinzième du championnat à une seule défaite du premier reléguable, et Jean-Christophe Prat compte désormais sur Axel Toupane pour apporter versatilité et grosse défense à son effectif. Eh, quoi de mieux qu’un derby contre l’ancienne équipe de Paname pour redresser la barre ? En 2016, la mairie de Paris a effectivement arrêté de verser des subventions au club de Paris-Levallois. Pourquoi ? Par manque de résultats, mais surtout pour dénoncer son président, Jean-Pierre Aubry, proche de Patrick Balkany et mis en examen. Une situation jugée incompatible avec l’« exigence éthique parisienne ». Dissocié de la capitale, le club de Paris-Levallois est dans un premier temps renommé les « Levallois Metropolitans », avant d’être racheté par une société de Boulogne-Billancourt en 2018 pour devenir les « Metropolitans 92 ». Toute l’institution déménagera à Boulogne-Billancourt horizon 2023, afin de jouer dans le futur Palais des Sports de Boulogne. Voilà tout pour l’instant culture du basket-ball parisien, qui a tout d’un remake de Game of Thrones.

Il est 20h28. L’ambiance chauffe, la salle est plongée dans le noir, les joueurs sont présentés façon NBA. Tiens, du beau monde : un mois après que Brad Stevens soit venu prendre des nouvelles de Juhann Begarin à la Halle Carpentier, c’est au tour de Mike Schmitz – scout pour ESPN – de venir observer Ismaël Kamagate en prévision de la prochaine Draft. Pression maximale.

Première info qui nous est donnée par l’entre-deux, il y a un kop de supporter. À peine le ballon envoyé dans les cieux par l’arbitre qu’une trentaine de jeunes – placés à l’extrémité d’une tribune latérale – se mettent à foutre un barouf monstre. Pas de fanfare ni d’harmonie bayonnaise donc, et aucun Joe Dassin pour nous parler des yeux d’Émilie. En mieux ou en moins bien, cela change, à chacun de se faire son avis. Il est cependant appréciable de conserver cette fibre populaire que n’ont pas les franchises NBA.

« L’esprit ici, ce sont les ambitions, mais on oublie pas non plus d’où l’on vient. C’est en quelque sorte pour ça qu’il y a le Kop quoi. » – un hôte d’accueil

Les premières minutes de la rencontre respectent fâcheusement la hiérarchie. Sans briller, les Metropolitans 92 filent tous les ballons à Miralem Halilović qui se régale des errances défensives de la raquette parisienne. Mangé à l’expérience, Ismaël Kamagate commet trois fautes en seulement 5 minutes de jeu et rejoint le banc jusqu’au… troisième quart-temps. Ça, ça la fout mal devant le scout Mike machin. Mais Kyle O’Quinn ne fait pas mieux que son jeune coéquipier et enchaîne les séquences lunaires. À chaque prise d’élan du pivot, la speakeur demande l’évacuation du premier rang. L’ancien des Sixers paraît si alourdi par les années qu’il peine à maîtriser son corps. C’est fou, lui qui posait encore un quasi tripe-double dans la bulle d’Orlando, il y a « seulement » un an et demi. Le bon côté de cette entame nonchalante côté parisien, c’est l’entrée d’Axel Toupane, utilisé comme sixième homme par Jean-Christophe Prat. L’ancien des Bucks sonne la révolte et inverse rapidement le momentum : un premier point sur lancer-franc, puis une grosse participation – tant défensive qu’offensive – au jeu des siens. On est cependant un peu déçu de la transparence de Juhann Begarin, peu cherché en attaque et trop souvent posé dans son corner. La forme du joueur des Celtics reste bonne, avec une dernière feuille de match à 19 points, 5 rebonds et 3 assists contre Limoges. En face, la maladresse de l’excellent backcourt Will Cummings – Keith Hornsby empêche les Metropolitans 92 de dérouler comme à l’accoutumée. À l’entracte, les deux équipes sont au coude-à-coude. Le match n’est pas dingue (Paris Basket 35 – 33 Metropolitans 92).

Retour aux affaires, réveil du kop mais aussi de… Juhann Begarin. Avec un gros tir primé, le jeune guard confirme que le Paris Basket peut faire mieux qu’embêter le leader. En face, l’agressivité de Vince Hunter maintient les Metropolitans 92 dans la partie. Les férus des Grizzlies se souviennent peut-être de ce garçon qui a joué 4 matchs avec Memphis en 2017-18. Ce soir, Vince peut compter sur Miralem Halilović – son Marc Gasol à lui – pour correctement l’épauler : « C’est de la force des convictions que dépend la réussite, pas du nombre des partisans ». Les autres Metropolitans semblent effectivement s’être mis un bon caisson la veille. Mais au fil de la deuxième mi-temps, la rencontre échappe aux hommes de Vincent Collet. Quelques minutes après son entrée en jeu, Ismaël Kamagate pose un tomar bien bitume, bien puissant, bien phacochère en contre-attaque. Puis, la fête vire au grand n’importe quoi lorsqu’il réitère, cette fois sur le pauvre Vince Hunter, beaucoup trop court pour ne serait-ce que contester le dunk. Deux highlights en transition, symboles d’une mobilité qui fait baver outre-Atlantique. Un mi-distance d’Axel Toupane porte l’écart à 11 unités, avant qu’en bon fossoyeur des Metropolitans, ce même boss ne pose une grosse bombinette à 3 minutes du terme (Paris Basket 83 – 78 Metropolitans 92).

Game’s over.

Bon, même si efficace en deuxième période, Kyle O’Quinn (14 points, 10 rebonds et 3 contres) élu homme du match par la LNB pue le coup de com. Le type qui a décidé de ça doit être le seul à ne pas avoir mangé de coup de coude samedi soir. La première d’Axel Toupane ? 16 points à 50% au tir dont 3/4 du parking, 6 rebonds, 3 assists et une défense XXL. Vrai facteur X de cette rencontre, l’ancien des Santa Cruz Warriors a complètement fluidifié le jeu du Paris Basketball et aurait dû – à notre sens – récupérer cet honneur. M’enfin, les belles paroles de Jean-Christophe Prat en conférence d’après-match valent bien plus qu’un vieux trophée personnalisé chez Darty.

« Ce soir, je suis surtout très fier pour Axel parce qu’il a fait un choix que peu de joueurs font. La NBA est un monde doré et lui a fait un choix fort, je trouve ça génial. Beaucoup le font à 32, 33 ou 34 ans, et le faire à 29 ans, cela montre qu’il a de l’ambition et qu’il veut accomplir des choses avec cette ville. En septembre, il m’avait dit : « s’il y a un club en Europe qui peut me faire revenir, c’est le Paris Basketball. » » – Jean-Christophe Prat, entraîneur du Paris Basketball

Une belle expérience d’un premier derby au Paris Basketball, ponctuée d’une victoire ô combien importante pour le club de David Kahn. Avec 3 victoires sur ses 4 derniers matchs, la nouvelle équipe d’Axel Toupane semble enfin partie sur les rails annoncés en début de saison. Aujourd’hui, le maintien ou rien. Demain, les Playoffs ou rien. Bientôt, l’Euroligue ou rien ?

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