One-on-One

Gregg Popovich, ça sent la fin : deux décennies d’excellence, une conclusion à l’agonie, et un grand coach de plus qui sortira par la petite porte

Gregg Popovich

On a quand même un seum de belge que ça se finisse comme ça…

Source image : Pinterest

Gregg Popovich s’apprête à vivre sa 26ème campagne à la tête du banc des Spurs et le moins que l’on puisse dire, c’est que cette saison ne sera pas sa plus belle. San Antonio entame en effet sa reconstruction après une vingtaine d’années dans les hauteurs de la conférence Ouest et de la NBA. Et reconstruction sera synonyme de nombreuses défaites, terme auquel Pop commence à tristement s’habituer depuis deux ans. Une pré-retraite en eau de boudin pour Gregg donc, similaire à celles de certains de ses glorieux prédécesseurs.

Un peu comme un bon resto dont l’entrée et le plat nous ont régalé mais qui se conclut sur un vieux fondant au chocolat tout mou et réchauffé au micro-ondes (oui c’est du vécu), la fin de carrière de Gregg Popovich risque de nous laisser un goût fortement amer. Une vingtaine d’années à être parmi les meilleurs velledas de la Ligue pour s’en aller sur une poignée de saisons de galère sans Playoffs et assaisonnées d’un comportement de vieil aigri, ce n’était clairement pas la fin espérée pour Pop. En effet, depuis 2017 et Zaza Pachulia la blessure de Kawhi – et le drama qui s’en est suivi – , le succès n’est plus au rendez-vous à Saint-Antoine, ça ne fait même qu’empirer, et la saison à venir s’annonce clairement comme la pire du XXIème siècle au Texas. Désormais orphelins de LaMarcus Aldridge, DeMar DeRozan et Patty Mills, les Spurs ont abandonné l’idée de rester compétitifs après avoir persisté malgré la fin de l’ère Duncan il y a cinq ans. Les Éperons ont même manqué les Playoffs 2019 et 2020 alors qu’ils avaient participé à chaque postseason depuis 1998, signe clair qu’il fallait clore cet énorme chapitre long de 22 pages du livre Spurs, dans lequel succès était écrit en grosses lettres. R.C. Buford et ses potes du management ont alors (enfin) pris la décision de reconstruire la franchise autour des Dejounte Murray, Keldon Johnson et autres Lonnie Walker, l‘effectif est donc rempli de jeunes talentueux certes, mais qui dit jeunesse dit manque d’expérience et surtout course à la Lottery. Pour les deux ou trois années à venir, on imagine par exemple plus Doug McDermott planter un match à 80 points que voir les Spurs dans le top 10 de la jungle ultra dense de l’Ouest. C’est dire le niveau de galère. Et du haut de ses 72 balais, on voit mal le Pop tenir bien plus longtemps. Une fin bien dégueulasse donc, qu’on aurait aimé ne jamais vivre et qui pourrait même tourner à l’agonie si Gregg continue à s’enfoncer à coup de défaites.

Une triste fin pour un homme qui a déjà passé plus de trois décennies au sein de l’institution Spurs. Le Pop y a d’abord occupé le poste d’assistant coach de 1988 à 1992, avant de s’autoriser une escapade de deux ans chez les Warriors pour finalement revenir dans le Texas à l’été 1994 et y devenir GM. Le 10 décembre 1996, au beau milieu d’une saison passée dans les tréfonds de l’Ouest – David Robinson était blessé au pied – , manager général Popovich décide de virer le coach Bob Hill pour… s’engager lui-même et ainsi porter la double casquette coach-GM, et ce jusqu’en 2002. On n’est jamais mieux servi que par soi même ma foi. Et Pop a bien eu raison, car c’est bien depuis le bout du banc que sa légende s’est créée. Gregg Popovich head coach des Spurs, c’est une facilité déconcertante à sublimer des mecs en qui personne ne croyait, une capacité folle à se renouveler pendant deux décennies. Que ce soit en focalisant son système sur Tim Duncan ou en orchestrant un mouvement de balle sans commune mesure pour aller chercher le titre 2014, Pop aura toujours su transcender ses effectifs et trouver la formule gagnante. Le Gregg nous magnifiait ensuite le tout avec ses interviews et son personnage à la fois charismatique et sympathique, tout aussi intimidant que drôle. Malheureusement, le cerveau du vioc n’est aujourd’hui plus aussi performant qu’autrefois. L’effectif est moins talentueux, c’est évident oui, mais les systèmes ne sont plus aussi bien annoncés, l’exécution n’est plus irréprochable et la philosophie de jeu n’est plus aussi belle. La défense des Spurs, qui faisait autrefois leur force, se situe désormais dans la mauvaise partie du tableau de la Ligue en terme d’efficacité (17ème cette saison et 25ème lors de l’exercice 2019-2020), et le style de jeu pace-and-space qui règne sur la NBA aujourd’hui aura eu raison de Pop qui n’a au final jamais réellement su s’y habituer ou s’y contraindre car le vieux schnock aura préféré camper sur ses positions et jouer à celui qui sait mieux que les autres. Oui Gregg a plus d’expérience que n’importe quel coach dans la Ligue actuellement, mais comme un retraité qui n’y arrive pas avec la technologie, Popovich n’a jamais réussi avec cette révolution du panier-ballon.

Une fin de carrière aussi cheum pour un grand coach est loin d’être une première, il suffit de prendre l’exemple, pour commencer, de l’immense Chuck Daly. Après avoir galéré dans l’Est des années 80, le boss des Bad Boys s’est offert deux bagues au milieu de la rivalité Lakers-Celtics et de la dynastie Bulls et est même passé à une phantom foul près de réaliser un threepeat, merci les arbitres. Après cela, Les Pistons se sont fait sweeper par Jojo en finales de conf’ 1991, sont sortis du terrain sans même daigner serrer la main aux Bulls, et Charles Jerome Daly a quitté le Michigan l’année suivante. Le dernier coup d’éclat de CD restera donc d’avoir été le patron de la Dream Team 1992. Ah, on me dit qu’apparemment non, personne ne le sait mais le coach aurait continué après cela. En effet Daddy Rich a géré les Nets pendant 2 ans, période durant laquelle surviendra le tragique décès de Drazen Petrovic. Le coach s’absente alors des parquets pendant trois ans avant de débarquer au Magic de Penny, orphelins de Shaq exilé aux Lakers. En Floride, Chuck réussit à… rater les Playoffs 1998 mais se rattrape l’année suivante en… se faisant upset dès le premier tour par les Sixers d’Iverson (alors qu’ils avaient le meilleur bilan de la Conférence Est). Daly finit donc son immense carrière sur une déception et dans une sorte d’anonymat total. Au final les JO de Barcelone auront été son dernier coup d’éclat, on avait bien raison.

Et que dire de Phil Jackson ? Le Zen Master a beau avoir remporté 11 titres en seulement 19 saisons en tant que head coach, Phil Jax’ a malgré tout mis un terme à sa carrière sur un sweep en demi de Conf’ 2011. Ok c’était contre les Mavs futurs champions, mais un sweep reste un sweep. Ses dernières instructions de coaching ont même été données pendant un blow-out, ponctué par l’assassinat de J.J. Barea. Dégueu au possible. Après trois ans tranquilou bilou à la retraite, Phiphi a finalement eu à cœur de se refaire et a eu la magnifique idée de revenir en tant que GM des Knicks, chez qui il avait gagné deux titres en tant que joueur, et l’un de ses premiers moves a été de donner les clés du banc au génial (non) Derek Fisher. Rien que cette décision suffisait à tout New York pour le haïr mais Philou a ensuite enfoncé le clou en assemblant son chef d’œuvre : la fameuse superteam Rose-Anthony-Porzingis-Noah. Bref, tout est dit. Au final, le bilan global des Knicks lors des trois saisons complètes sous le management de Phil Jackson est de… roulement de tambour…. 80 victoires pour 166 défaites. À l’inverse de Pat Riley qui aura su faire oublier sa dernière saison dégueulasse (17-65) sur le banc en construisant très vite les Heatles du trio LeBron-Wade-Bosh depuis les bureaux du Heat, le Zen Master aura donc réussi à creuser plus bas que terre et plomber sa carrière plus que n’importe qui.

Tout comme il cède les clés du camion Team USA, Pop s’apprête à quitter le tank la franchise des Spurs, et c’est probablement mieux comme ça. Partir sur le titre 2014 aurait même peut-être été la meilleure chose à faire au vu de tout ce qu’il s’est passé depuis. On adorerait dire que sa carrière est parfaite, mais elle ne l’est pas, comme pour tout le monde en fait, et là est probablement la beauté du sport au final.

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