Celtics

Juhann Begarin, itinéraire d’un précoce : des terrains de Pointe-à-Pitre au parquet du TD Garden, « Begz Airlines » en apesanteur

Begarin

On dirait pas comme ça, mais il a choisi le foot.

source : Twitter @Celtics

Il faisait déjà partie de nos chouchous il y a deux ans, Juhann Begarin vient d’escalader la marche dorée de toute carrière. Bonjour le cheddar, les rouquemoutes qui parlent anglais et la démesure pour celui qui vient d’être drafté en quarante-cinquième position par les Boston Celtics. Nous ? On en profite pour tirer le portrait d’un précoce, qui savait dribbler bien avant de marcher (non).

Juhann Begarin – Boston Celtics

Il est de ces scènes coupées que l’on aurait dû voir. Trop d’œuvres injustement fragmentées tant il nous appartenait d’en contempler l’intégralité. Les Potterheads pensent à In Noctem, scène pleine de poésie et malheureusement éjectée du cinquième Harry Potter. Les esprits chimériques – quant à eux – regrettent de ne pas avoir assisté à cette partie de football entre Pablo Escobar et Diego Armando Maradona, sur le terrain de la Catedral. Et puis, il y a eu les fans de balle orange, récemment dérobés d’un tableau au patriotisme fort puisque – à l’instar de Théo Maledon l’an dernier – Juhann Begarin vient d’être drafté au second tour sans passer à la téloche hexagonale. La Marseillaise, le défilé de boulangers et Nikos Aliagas qui demande à Adam Silver d’envoyer un sms au 7 13 13, voilà à peu près le programme si TF1 avait eu les droits. Mais à cœur vaillant rien d’impossible, c’est pourquoi les plus téméraires d’entre nous ont veillé jusqu’à ce qu’Adrian Wojnarowski ne tweete la sélection du Guadeloupéen en quarante-cinquième position. L’avantage de l’écrit, c’est que l’on écorche plus difficilement les blazes, et comme on vient clairement de passer 4 ans à croiser des gars malmener le nom « Ntilikina », c’est l’occasion pour nous d’anticiper en vous enseignant la prononciation de Juhann Begarin. On dit « Jus-Anne B-gare-1 », et non « Roanne Bégarine ». M’enfin, le jeune prospect du Paris Basket boucle ses valises direction le Massachussetts et devient le premier choix de Brad Stevens version General Manager. Un bonheur, en grande partie dû à un entraîneur de foot parti pisser (y’a aucune vanne).

Si vous pensez qu’à l’origine de toutes les belles histoires se trouve un élément déclencheur plein de charme, balayez cette légende urbaine de votre tête. Alors oui, Jean Dujardin était un cancre en classe, Giannis Antetokounmpo vendait des breloques dans la rue, Gérard Darmon a vu sa mère lui verser de l’eau dans son lait… mais Juhann Begarin dans tout ça ? Eh bah, ses parents se sont pointés dans un club de foot pour l’inscrire, l’entraîneur n’était pas là, donc ils l’ont mis au basket : une story complètement claquée avec Oumar Coach comme salvateur d’une potentielle carrière à plusieurs millions. C’est donc au Baie-Mahault Basket Club de Guadeloupe que Juhann – du haut de ses neuf ans – pose ses premiers dribbles. Il s’engage ensuite avec le ASC Ban-E-Lot, un passage lors duquel il rafle la quasi-totalité des trophées à l’échelle locale. On sait les yeux des recruteurs de la FFBB un peu partout et le petit Begarin est très logiquement convoqué avec l’Équipe de France U15, sans jamais avoir mis un pied en métropole. Il lui faut alors trouver un club français qui puisse l’accueillir et participer à son développement, la vie en Guadeloupe devenant trop contraignante pour l’ampleur de ses nouvelles ambitions. Bingo ! Une lettre fend la porte de la casa Begarin et appelle Juhann à passer les tests d’entrée de l’INSEP : tests sur lesquels ce petit crack va rouler, intégrant alors la plus haute sphère du sport et de la performance française. Pas de Parcoursup – donc – mais un avenir tracé dans le marbre.

« En Guadeloupe, mes références sont Rodrigue Beaubois et Mickaël Piétrus. »

À l’été 2017, Juhann quitte les Antilles et pose ses valises à Corbeil-Essonnes, un choc social compliqué à vivre pour le jeune homme de 14 ans. On pourrait s’en aller trouver une vieille anecdote sur son spleen, un whisky et une ruelle tamisée de Paris, mais l’on considère que ses moyennes en NM1 imagent parfaitement la difficulté de son acclimatation : 4,4 points, 1,6 rebond et 1,4 assist à 22% au tir dont 14% à 3-points. Si la brigade des pourcentages passait dans le coin, c’était retour instantané en Guadeloupe et stage obligatoire à la Mairie de Saint-Ouen. L’important est là, Juhann a pris conscience du décalage technique entre les terrains antillais et le sérieux de sa nouvelle formation. Mieux encore, il use d’un paramètre fraternel non négligeable puisque son frangin de 33 balais – Jessie Begarin – balance des pralines depuis le backcourt de Châlons-Reims et enfile le costume de conseiller lorsque Juhann s’égare dans le labyrinthe de la fame. Peu à peu, les nouveautés deviennent meubles du quotidien et le joyau du Centre Fédéral lâche un exercice 2018-19 taille patron : 12,6 points, 3,8 rebonds, 2,3 interceptions et 1,8 assist à 40% au tir dont 21% de la buvette. Sa performance lors du Adidas Next Generation Tournament de Kaunas lui octroie une grande visibilité auprès de scouts qui bataillent pour attirer le poste 2. Un premier contact se fait avec l’ASVEL de Tony Parker, mais les pourparlers échouent juste avant la signature pour une raison qui nous est toujours inconnue (une vanne mal placée sur Premier Love). C’est donc au Paris Basketball qu’atterrit le jeune Juhann Begarin, désormais prêt à torpiller les hanches de joueurs professionnels.

Adidas Next Gen de Kaunas, là où Juhann s’est fait un nom

Si Jalen Green et Jonathan Kuminga ont tous deux choisi de préparer la Draft 2021 dans la G League Ignite Team, Juhann Begarin a opté pour son alternative française. Des vétérans (Amara Sy et Nobel Boungou Colo), de jeunes prospects (Milan Barbitch et Ismael Kamagate) et des responsabilités accrues, le Paris Basketball est l’endroit idéal pour faire grimper sa cote aux yeux de scouts NBA. La première saison de Bega-train s’inscrit dans la timidité et la découverte du monde professionnel : 4,8 points, 2,1 rebonds et 1,2 assist à 44% au tir dont 29% du parking. Le staff francilien garde confiance en celui qui – quelques mois plus tôt – fut désigné MVP du rassemblement « Basketball Without Borders Europe » de Riga. Là-bas, il fut élu parmi les 64 meilleurs joueurs et joueuses U18 d’Europe. C’est donc sûr de ses capacités que Juhann charbonne et axe son exercice 2020-21 sur la perfection de ses lacunes. Le résultat ? Des moyennes de 11,7 points, 3,5 rebonds, 2,9 assists et 1,4 interception à 46% au tir dont 34% à 3-points. Les pastilles de loin ne sont pas encore millimétrées, mais la gestuelle bel et bien réparée. Cerise d’un point de vue collectif, le Paris Basketball accède – pour la toute première fois de son histoire – à la première division du basket-ball français. Une montée qui récompense la politique d’un club parfois critiqué pour son roster…  commercial. On ne dit pas que ramener Sheck Wes pour qu’il joue 4 minutes et squatte le studio de Freeze Corleone soit une mauvaise chose, simplement qu’on a connu meilleur ajout sportif. M’enfin, Juhann Begarin n’a plus qu’à enchaîner les workouts cainris, avant la soirée la plus importante de sa jeune carrière.

« The Boston Celtics select, Juhann Begarin from Paris Basketball ». Un quarante-cinquième choix qui fait de Juhann, le sixième Français de l’histoire des Celtics et le seul joueur tricolore drafté en 2021. Big up tout de même à Joel Ayayi et Yves Pons qui ont magouillé avec les Grizzlies et les Lakers pour signer des contrats de fond de tiroir. Concernant l’avenir de Begz Airlines, le départ outre-Atlantique n’est pas aussi imminent qu’il n’y parait ! Le très rabat-joie Brad Stevens est venu confirmer la possibilité que Juhann joue encore une saison sous les couleurs du Paris Basketball, avant de véritablement rejoindre les Celtics. Il n’a que 18 ans, une envergure de 2m13, mesure 1m96, tir convenablement et drive comme un rhinocéros, Juhann va finalement pouvoir tester la Betclic Élite, sans pour autant perdre de temps. Un choix érudit pour le front office du Massachussetts qui préfère sécuriser son quarante-cinquième choix et le laisser mûrir en affrontant des professionnels reconnus. La Summer League ? Non plus, les Celtics priorisant les jeunes joueurs qui évolueront en NBA dès cette saison. Certains vont peut-être grincer des dents en apprenant son faux-départ, mais c’est sans doute le meilleur compromis possible pour un joueur récupéré dans le ventre mou du second tour. Il jouera, cela ne fait aucun doute, mais Brad Stevens ne veut pas faire de sa première saison NBA, un coffrage en bout de banc.

Les joueurs français passés par les Celtics

  • Evan Fournier, 2020-21 : apport de bégé dans une équipe toute trouée.
  • Vincent Poirier, 2019-20 : le meilleur pote de Tacko Fall.
  • Guerschon Yabusele, 2017-19 : un gros 3-points suivi d’un dab, aussi légendaire qu’inutile.
  • Mickaël Piétrus, 2011-12 : petites Finales de Conférence contre Mayami, tranquilou-bilou.
  • Jérôme Moïso, 2000-01 : oui.

C’est l’histoire d’un petit crack qui avait choisi le football avant d’échouer et de malheureusement terminer joueur NBA. Une désillusion qui – malgré tout – fait de lui le sixième joueur français de l’histoire des Boston Celtics. Boarf, y’a de quoi lâcher un petit sourire quand même, non ? Allez, on souhaite une excellente saison 2021-22 à Juhann Begarin du côté du Paris Basketball, en espérant le retrouver pour Paris 2024, lui qui veut « battre les américains devant notre public ».

Sources texte : Sportmag / basketball reference / Real GM / YouTube Paris Basketball / RMC Sports / ESPN / Tankathon.

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