Old-School

Le jour où Rick Barry a volontairement saboté un Game 7 des Finales de Conférence : la rancœur, c’est moche

Rick Barry avait beau être un scoreur incroyable, c’était aussi une sacrée tête de mule. En témoigne ce fameux Game 7 des Finales de Conférence 1976 entre les Warriors et les Suns où le Hall of Famer a refusé tous ses tirs en deuxième mi-temps pour punir ses coéquipiers. C’est quel genre de faute professionnelle ça ?

Bien avant que Stephen Curry et Steve Kerr ne passent par-là, Golden State a déjà frôlé le back-to-back dans les années 70. Quitte à faire les choses bien, autant commencer par le titre de 1975, soit quarante ans tout pile avant le premier sacre des Dubs version Splash Brothers. Pas de ligne à 3-points à l’époque, il faut se débrouiller autrement pour dominer l’adversaire mais Rick Barry n’hésite pas à alterner le jeu loin du cercle et les pénétrations pour faire grimper la marque sans oublier ses lancers-francs à la cuiller. Inimitable, mais tellement efficace. Autant il ne fallait pas trop compter sur lui en défense malgré ses steals à répétition, mais le scoring c’était son affaire. Seul joueur de l’histoire à terminer meilleur marqueur d’une saison en NCAA, ABA et NBA, il repart logiquement du sweep des Bullets avec le MVP des Finales sous le bras grâce à des moyennes de 29,5 points, 5 passes, 4 rebonds et 3,5 interceptions lors de cette ultime série. En gros, pas trop de contestation possible pour ce fort caractère capable de péter des plombs sur le terrain ou en dehors comme lorsqu’il décida de quitter sa franchise au terme de sa deuxième saison NBA pour signer un contrat beaucoup plus lucratif en ABA chez les Oakland Oaks en 1967. Le personnage est entier et c’est à prendre ou à laisser. Finalement, les réconciliations se passent bien et il termine donc par mener les Warriors à leur premier titre depuis qu’ils ont déménagé de Philadelphie pour rejoindre la Californie.

L’année suivante, Golden State est le principal favori pour assurer sa propre succession. La régulière confirme cette impression avec le meilleur bilan de la Ligue (59-23). Moins porté sur le scoring que les années précédentes, Rick Barry reste le boss de cette équipe avec des moyennes en 21/6/6/2. Epargnés au premier tour, les Dubs attaquent donc directement leurs Playoffs en demi-finale de Conférence face aux… Pistons de Detroit. On fermera les yeux sur ce bug dans la matrice spatio-temporelle pour directement s’intéresser aux Finales de Conférence où les tenants du titre sont confrontés à Phoenix. Sur le papier, il y a une classe d’écart entre les deux équipes mais la série s’avère finalement plus compliquée que prévue. Les Suns s’accrochent et évitent le pire lors du Game 4 remporté en double prolongation avant de forcer un match couperet à l’Oakland-Alameda County Coliseum Arena, l’ancêtre de l’Oracle, sur un dernier tir contré de Jamaal Wilkes alors que Rick Barry réclamait le ballon du match dans l’acte 6. Les Californiens voulaient à tout prix l’éviter mais les y voilà, il faudra remporter un Game 7 à domicile pour obtenir le droit d’aller affronter les Celtics en Finales NBA.

« La balle aurait dû arriver jusqu’à moi, j’étais tout seul. »

Le grand jour tombe un 16 mai 1976 et à ce moment-là tout le monde croit encore que les Warriors vont faire respecter la logique de la saison régulière devant leur public réputé étouffant. Sauf que si tout s’était passé comme prévu, on ne vous raconterait pas tout ça. Au bout de quelques minutes seulement, Rick Barry s’embrouille avec Ricky Sobers qui n’avait pourtant bu que de l’eau ce jour-là. Quelques caresses sont échangées avant que les deux joueurs ne soient séparés. Furieux, The Miami Greyhound se procure les images à la pause et se rend compte… qu’aucun de ses coéquipiers n’a réagi sur le coup pour venir le sortir de ce pétrin. Un manque de camaraderie qui ne passe pas pour la star. Ignoré alors qu’il est ouvert sur l’une des premières actions du troisième quart-temps, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase et il décide alors de laisser ses compagnons se débrouiller tous seuls en attaque en guise de représailles. Commence alors un long 4 contre 5 où Rick Barry se prend pour un libéro de volley-ball et se contente de passer la balle dès qu’il la reçoit. C’est d’autant plus handicapant pour les Dubs qu’ils sont tout d’un coup privés de leur meilleure arme offensive. Les minutes passent et Phoenix fait la course en tête dans le dernier quart. Ce n’est que lorsque la situation devient critique, dans les derniers instants de la partie, que le récent MVP des Finales se remet enfin à shooter. Trop tard, les Suns ont déjà profité de ce cadeau tombé du ciel pour creuser un écart suffisamment conséquent (+14 en deuxième mi-temps) et finissent par faire tomber le champion en titre, 94 à 86. Il faudra du temps à Rick Barry pour ruminer cet échec.

« On méritait de perdre. Il y a eu de long moments où je ne touchais pas le ballon. C’était une faillite totale. Ridicule ! »

C’est évidemment le match le moins prolifique des Warriors en Playoffs, leur deuxième pire total de la saison. Rick Barry aura beau nier l’évidence en interview, le constat est là. Avec 20 points à 8/19 au tir, la fine gâchette est loin de ses moyennes sur la série où il tournait à 28,8 pions et 24,5 tentatives par match. Mais l’ancien numéro 2 de Draft était ainsi constitué. Formidable attaquant capable de transpercer n’importe quel rempart, l’ami Richard avait son petit caractère. Sauf que quand Jean-Michel Bandeau tape sa crise de nerf sur le playground le dimanche après-midi, cela n’influence pas l’histoire de la ligue la plus célèbre du monde. Il pourrait donc y avoir une bannière de plus au plafond du Chase Center mais l’ailier longiligne en a décidé autrement. Ses coéquipiers en tireront des bonnes leçons après cet épisode douloureux mais Golden State ne se rapprochera plus jamais aussi près du titre jusqu’en 2015… et le célèbre slogan Strength in numbers. Pas sûr toutefois que cela parle beaucoup à ce génie du shoot…

Pour son anniversaire, il fallait célébrer un grand moment de la carrière de Rick Barry. Or, cette anecdote est peut-être l’une des plus révélatrice de ce personnage atypique. Capable de décider du sort d’un match, pour le meilleur et pour le pire, même pour ses coéquipiers.

Sources texte : The Book of Basketball de Bill Simmons et Tall Tales and Short Shorts: Dr. J, Pistol Pete, and the Birth of the Modern NBA de Adam J. Criblez

Cliquez pour commenter

Répondre

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


To Top