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Vlade Divac, le précurseur : un pionnier chez les Européens qui revit par l’intermédiaire de Nikola Jokic

Parmi toutes les légendes à intégrer le Hall of Fame de la NBA à Springfield aujourd’hui, le nom de Vlade Divac sort du lot. Dans une cuvée presque confidentielle, le Serbe se démarque sur bien des points mais c’était surtout un joueur en avance sur son temps.

Lorsqu’il est arrivé dans la Grande Ligue en 1989, les étrangers n’étaient vraiment pas nombreux sur les parquets nord-américains. Il prenait donc un risque en quittant le Partizan de Belgrade dès la majorité pour s’inscrire à la Draft. Mais à 21 ans, les scouts NBA savent déjà qu’ils ont affaire à un joueur spécial. Champion du monde dans toutes les catégories d’âge possibles, il débarque aussi chez Tonton Sam avec une médaille olympique en argent autour du cou obtenue avec la grande équipe de Yougoslavie qu’il emmène avec son ami Drazen Petrovic qui a déjà traversé l’Atlantique trois ans plus tôt et dont la réussite permet aussi de rassurer les GM sur ce nouveau pivot des Balkans. Grâce à cette belle réputation, il est sélectionné au premier tour par les Lakers, en 26ème position. Un fit parfait qui lui permet d’arriver dans une franchise mythique composée d’un roster incroyable et qui reste sur un back-to-back et une finale perdue. Qui de mieux que Kareem Abdul-Jabbar et Magic Johnson pour continuer à apprendre dans la meilleure ligue du monde ? Deux Hall of Famers qui ont évidemment dû pousser pour intégrer Vlade Divac à la cuvée de cette année. En 1989, KAJ vient d’annoncer sa retraite mais distille encore de précieux conseils au rookie tout au long de la saison tandis qu’Earvin partage ses petits tricks au big man qui ne parle pas un mot d’anglais lors de ses premiers mois en Californie. Mais on dit que le sport est universel et le seven footer (216 centimètres pour 110 kilos de barbaque) réussit rapidement à se mettre le public Angelinos dans la poche grâce à son sourire et son énergie déployée sur le terrain.

Sa relation avec Mozart lui permet de s’acclimater rapidement à son nouveau pays et les deux hommes mènent la Yougoslavie sur le toit du monde à l’été 1990. Malheureusement, c’est aussi la fin de leur bromance pour une sombre histoire de drapeau qui creuse soudainement une différence entre le Croate et le Serbe à une période de crise géopolitique dans leur région natale. Les deux virtuoses continuent alors leur carrière chacun de leur côté et Vlade Divac n’aura pas le temps de vraiment se réconcilier avec la gâchette des Nets qui disparait tragiquement dans un accident de voiture en Allemagne en 1993. C’est un immense choc dans la communauté basket et pour l’intérieur qui se doit de poursuivre le travail de son ami pour faire le pont entre l’Europe et la NBA. Dès sa saison sophomore, il est intégré au cinq majeur et n’en sortira plus jamais de sa carrière. Cette deuxième année marque aussi son plus gros échec puisque Los Angeles ne peut rien faire contre les Bulls de Michael Jordan en Finales NBA. C’est alors le début d’une longue période de domination dans la Ligue pour Chicago et le numéro 23 alors que Divac tourne déjà à 11,2 points et 8,1 rebonds de moyenne, ses standards tout au long de sa carrière outre-Atlantique.

Pendant sept ans, Vladimir fait le bonheur des Lakers avec un jeu atypique pour un pivot de sa taille. Il visitera ensuite Charlotte avant de rejoindre Sacramento, sa deuxième maison où il dirige désormais le front office. Doté de très bonnes mains et mobile pour sa taille, il offre un point de fixation très utile dans la raquette. Dos au panier, on retrouve la patte KAJ sur certains de ses moves et il peut facilement prendre de vitesse son vis-à-vis avec des feintes de corps élégantes qui lui ouvrent le chemin vers le cercle. Néanmoins, il n’hésite pas non plus à s’écarter un peu de ce dernier et prend même quelques tirs du parking, chose inédite pour un tall guy à cette époque. L’adresse n’est pas excellente, c’est le cas de le dire, mais il ose et attire souvent ses défenseurs loin de la peinture. Du pain béni pour cette tour de contrôle au QI basket sur-développé qui n’a alors plus qu’à servir un caviar au copain le mieux démarqué. Un jeu complet et polyvalent surprenant venant d’un profil de son gabarit qui fait inévitablement penser à Nikola Jokic dans la Ligue actuelle. Les deux intérieurs partagent la même langue mais leurs points communs vont bien au-delà et le parcours de la Serbie en Coupe du Monde a redonné un peu d’élan à cette comparaison intergénérationnelle. Évidemment, le Joker connaît bien le président des opérations basket des Kings et il peut le remercier car il n’en serait peut-être pas là si son aîné n’avait pas ouvert la voie aux Européens en NBA il y a déjà trente ans. Et même si Vlade répète à qui veut l’entendre que le quatrième des votes du trophée de MVP en 2019 sera meilleur que lui, aujourd’hui c’est bien lui qui va recevoir la récompense ultime pour un basketteur.

Vlade Divac n’a pas seulement déroulé le tapis rouge aux joueurs issus du Vieux Continent qui voulaient rejoindre la NBA. Il a aussi marqué la Grande Ligue avec un jeu malin et novateur qui fait encore (plus ?) ses preuves aujourd’hui. Un précurseur qui aime vraiment le basket de toutes les molécules de son corps, alors il était temps que le basket l’aime en retour.

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