L’Amway Arena : retour aux origines de l’autre franchise floridienne

A chaque salle NBA son âme, ses anecdotes et ses bannières accrochées au plafond. Toutes les arènes sont uniques et leurs couloirs cachent bien souvent des secrets qui révèlent leur histoire et leur personnalité. Direction la Floride et plus particulièrement Orlando, pour une visite guidée de l’Amway Arena qui accueillait le Magic entre 1989 et 2010.

La fiche

  • Dernier nom : Amway Arena
  • Anciens noms : Orlando Arena, TD Waterhouse Centre
  • Adresse : 600 West Amelia Street
  • Ville : Orlando, Floride
  • Date d’ouverture : 29 janvier 1989
  • Date de fermeture : 30 septembre 2010
  • Démolition : 25 mars 2012
  • Capacité : 17 461 personnes
  • Propriétaire : ville d’Orlando
  • Surnom : O-Rena
  • Successeur : Amway Center depuis 2010

Histoire

Avant d’entrer dans l’écrin ultra-moderne de l’Amway Center à partir de 2010, le Magic a passé toutes ses jeunes années dans l’Amway… Arena. Sous l’impulsion de David Stern, la NBA surfe sur les années 1980 et passe comme une onde de choc soudaine, presque magique, dans tout le pays. Magic, justement, ce sera le nom donné à une nouvelle franchise de la Grande Ligue en 1989, celle d’Orlando. Pour quelle raison ? Tout simplement parce qu’Orlando abrite Disney World et son fameux Magic Kingdom. Mickey et Minnie, c’est très bien, mais le basket c’est mieux. Timing parfait, la ville d’Orlando inaugure le 29 janvier 1989 une nouvelle salle omnisports à plus de 15 000 places, l’Orlando Arena. Le complexe accueillera des matchs de hockey, de football américain en salle, et donc dès la fin d’année, la franchise NBA du Magic. Le 4 novembre 1989, les Nets du New Jersey se déplacent à l’Orlando Arena pour le premier match de l’histoire d’Orlando, dans sa nouvelle salle. Le public se déplace en masse pour découvrir la balle orange dans sa ville. Résultat, guichets fermés le premier soir.

Premier match et première défaite pour le Magic, dont les noms des meilleurs marqueurs du match nous semblent à des années-lumière de notre connaissance. Pour les Nets, Dennis Hopson plante 24 points, alors qu’en face Terry Catledge (25 points) et Reggie Theus (21 points) ne parviennent pas à amener le Magic à sa première victoire. L’essentiel est ailleurs, le Heat de Miami n’est plus tout seul en Floride, le Magic est prêt à s’embraser dans sa nouvelle salle, surnomée l’O-Rena. À l’extérieur, le complexe blanc est fermé par des coins arrondis et étroits. Devant la salle, de grands escaliers se présentent face aux spectateurs avant de pénétrer dans le nouvel antre du basket à Orlando. À l’intérieur, du classique. Raquettes bleues et noires, énorme écran à 360 degrés posé au plafond, parquet sobre, et le logo de la franchise au milieu de ce dernier. Orné d’une étoile argenté à la place du « A », le logo du Magic restera bien sûr inaltérable au centre du terrain, jusqu’à la fermeture de la salle. Dix ans après son ouverture, l’Orlando Arena change de nom et l’entreprise Toronto Dominion rachète les droits de naming. Place à la  TD Waterhouse Centre jusqu’en 2006, nom remplacé par l’Amway Arena. Pour l’anecdote, Richard DeVos, le co-fondateur de l’entreprise Amway, est le propriétaire du Magic dès 1991.

Complexe omnisports, l’O-Rena a accueilli énormément d’événements sportifs et de concerts. La salle est d’ailleurs inaugurée par un spectacle de l’humoriste Bill Cosby, et sera la scène de chanteurs comme Elton John ou Bruce Springsteen. Niveau balle orange, l’Amway Arena fut la salle du Orlando Miracle, équipe WNBA de la ville qui n’aura duré que trois saisons entre 1999 et 2002 avant d’être délocalisée dans le Connecticut. Le Magic devient très vite l’attraction de la ville de 160 000 habitants, quand certains talents émergent et des monstres explosent. En 1992, la magie opère et fait apparaître Shaquille O’Neal à Orlando. Les matchs à 40 points – 20 rebonds sont fréquents à domicile comme à l’extérieur. Performance étoilée de l’O-Rena, le public floridien assiste au carnage du 20 avril 1994 : 53 pions et 18 rebonds. Le 10 mars 2004, dans un style aux antipodes du Big Diesel, Tracy McGrady dépasse le Shaq et plante 62 points à la maison, record de points de la franchise toujours d’actualité, à domicile s’il vous plaît. La jeunesse de la franchise à l’Amway Arena se termine enfin le 26 mai 2010, par une victoire en Finale de Conférence face aux Celtics. Menés 3-0 dans la série, Orlando gagne les deux suivants dont le Game 5 à la maison dans une ambiance électrique. Finalement trop courts, les hommes de Stan Van Gundy n’iront pas en Finales NBA et le 26 mai 2010 marquera la fin de l’épopée magique à l’Amway Arena. Et Dieu sait que les souvenirs sont nombreux en 21 ans de NBA.

Meilleur souvenir à l’Amway Arena

Entre l’avènement de Shaquille O’Neal, la grâce de Penny Hardaway et le talent offensif de Tracy McGrady, l’Amway Arena a connu, très vite, de grands joueurs et de magnifiques moments, dans sa jeune histoire. Comment ne pas oublier le All-Star Game 1992, le dernier de Magic (cela ne s’invente pas) Johnson à ce moment-là, en retraite depuis 1991 et son test positif au VIH. Acclamé par une foule en délire, Magic plante ce soir-là 25 points et devient MVP de la rencontre sans avoir disputé une seule minute durant la saison. Tout cela réuni dans la salle de la toute jeune franchise du Magic, trois ans après sa création. Que demander de plus ? Mais si vous demandez à n’importe quel fan d’Orlando son meilleur souvenir à domicile, les points convergent majoritairement vers le Game 6 des Finales de Conférence 2009, avec un Dwight Howard en état de grâce.

Depuis 2004, le Magic organise son équipe autour de son pivot drafté cette année-là. Dwight Howard contre tout ce qui bouge, est un excellent défenseur tout en étant imprenable dans la raquette. Il faut donc des gros shooteurs pour accompagner D-12. Le process se met tranquillement en marche, pour arriver à son climax lors de la saison 2008-09. Dirigée par Stan Van Gundy, l’équipe arrivé à maturité avec ses snipers Hedo Turkoglu, Jameer Nelson et Rashard Lewis. Saison maîtrisée, Playoffs maîtrisés direction les Finales de Conférence face aux Cavaliers de LeBron James. Malgré un King à 38,5 points de moyenne, les Cavs sont menés 3-2 avant le Game 6, à l’Amway Arena, totalement couverte en bleu et blanc et à guichets fermés. Le Magic a l’occasion de retrouver les Finales 14 ans après 1995, à la maison, devant un public en feu. Sur la série entière, Dwight Howard tourne en 25,8 pions et 13 rebonds mais le 30 mai 2009, D-12 explose tout.

Dès le début de match, le pivot du Magic pose les bases d’une journée qui pourrait très vite s’annoncer cauchemardesque pour les Cavs. 13 points sur les 30 d’Orlando à la fin du premier quart-temps, puis 8 unités avant d’aller au vestiaire avec 21 points et 6 rebonds dans la poche droite de son short.  Si le Magic veut passer les Finales de Conférence, il faut un D-12 en mission. Jeu au poste, gros dunks, skyhook, claquette tout y passe dans cette première moitié de rencontre, et ni Zydrunas Ilgauskas, ni Anderson Varejao ne sont parvenus à stopper Dwight. Le pivot continue son entreprise de démolition durant la seconde mi-temps, où il alterne avec des passes décisives en direction du parking. Rashard Lewis et Jameer Nelson s’occupent de planter à trois-points. Orlando maîtrise son sujet de bout en bout, aucun défenseur de Cleveland ne peut contenir Dwight Howard, résultat, 19 points en deuxième période pour un total de 40 points et 19 rebonds, avec en prime un joli 12/16 aux lancers.

Cleveland est K.O, le Magic l’a fait, chez lui. Orlando ira défier les Lakers pour un premier titre NBA. Mais ces Finales seront maîtrisées comme des rois par les Purple and Gold, derrière un Kobe Bryant stratosphérique et MVP des Finales. Le Magic gagnera quand même le premier match de son histoire lors d’une série contre le champion de l’Ouest à l’Amway Arena, une victoire pour rendre un dernier honneur au parcours de l’équipe durant toute cette saison 2008-09. Car la franchise de la ville de Mickey aurait pu ouvrir une parenthèse enchantée, un soir de Finales en 1995. Mais un sort maléfique s’est abattu sur l’Orlando Arena, un sort qui reste encore gravé comme le pire souvenir de l’ancienne salle du Magic.

Pire souvenir à l’Amway Arena

Après trois saisons dans les bas-fonds de la Conférence Est, le Magic enclenche enfin les victoires après l’arrivée de Shaquille O’Neal dès 1992. Un joueur instantanément mis à la place qui est la sienne, celle de franchise player. Alors forcément, il faut mettre du beau monde autour du Big Diesel pour faire avancer le navire Magic. Cela tombe bien car le front office de la franchise a la bonne idée d’échanger Chris Webber contre Anfernee ‘Penny’ Hardaway à la Draft 1993. Meneur, le garçon s’occupera de gaver Shaq au poste ou en alley-oop, mais aussi et surtout d’être bon au scoring. Résultat, une année après son arrivée le Magic peut compter sur un Penny à 20,9 points de moyenne et un Shaq à 29,3 unités. Derrière, Dennis Scott, Horace Grant et Nick Anderson complètent le duo infernal. Orlando illumine la saison 1994-95 et termine 1ère de l’Est. Après s’être fait éliminé au premier tour la saison passée, le Magic revient bien plus fort avec l’ambition du titre.

Malgré quelques frayeurs face aux Pacers de Reggie Miller en Finales de Conférence, Orlando est très solide dans cette campagne de Playoffs, seulement la deuxième de leur histoire mais avec déjà, les Finales NBA atteintes. Premier exploit pour la toute jeune franchise qui seulement six ans après sa création a l’opportunité d’être championne NBA. Face à Houston, la série débutera par deux matchs dans l’Orlando Arena. Inutile de mentionner que toute la Floride est en transe dans la salle et attend de son équipe, une première victoire à ce niveau de compétition. Certainement enivrés par l’atmosphère brûlante, le Magic éteint les Fusées lors du premier quart-temps par un cinglant 30-19. À la mi-temps l’écart de 11 points est maintenu, retour aux vestiaires à 61-50 pour Orlando. Le rêve est permis. Sauf qu’en deuxième mi-temps Hakeem Olajuwon et sa bande renversent tout et entament le dernier quart-temps en tête, 87-80.

Le Magic revient grâce à son public et avec son duo intenable Shaq – Penny (29 points chacun) et mène de 3 points à 10 secondes de la fin. Le rêve n’est plus permis, il est dans les mains d’Orlando. Houston n’a aucune solution à part celle de faire faute. Dans la précipitation générale, le ballon arrive dans les mains de Nick Anderson, coup de sifflet, rendez-vous sur la ligne des lancers-francs. Il ne suffit que d’un panier pour mettre les Rockets à 4 points et plier le match. Shooteur honnête, Nick Anderson manque un, puis deux lancers francs. Mais l’arrière assure le rebond et doit à nouveau se présenter sur la ligne. L’échéance n’est que retardée, impossible de manquer quatre lancers-francs de suite. Anderson envoie le ballon partout sauf dans le panier, 0/4, rebond Houston et temps-mort demandé. La tension est à son paroxysme, toute l’O-Rena est choquée des quatre échecs, mais Orlando a toujours 3 points d’avance et il reste 5 secondes. Une éternité en basket, un plateau pour Kenny Smith qui envoie une bombe derrière l’arc, 110-110, prolongations. Ces cinq minutes en enfer ne choisissent leur camp qu’à 0,3 seconde du terme. Alors qu’il ne reste qu’une poignée de secondes à jouer, le score est de 118-118. Après un tir manqué de Clyde Drexler, Hakeem Olajuwon pousse le ballon dans le panier par une claquette pleine de sang-froid. Les Rockets gagnent et anéantissent le Magic et son public. Orlando devait tuer ce match cinq minutes auparavant, mais après quatre occasions données, Houston crucifie son adversaire.

Les quatre lancers de Nick Anderson pèseront un poids insurmontable dans la tête des hommes de Brian Hill, qui se feront sweeper par les Fusées. Un souvenir traumatisant pour la plus grande majorité des fans de la franchise, et un cataclysme sur les épaules de Nick Anderson, surnommé Nick The Brick ou Brick Anderson dès la fin du match, et pour l’éternité. Ou quand une histoire de rebonds peut changer le cours d’un match, d’une série, d’une ville et d’une destinée entière.

Maillots retirés au plafond de l’Amway Arena

  • Aucun maillot retiré au plafond de l’Amway Arena

Palmarès à l’Amway Arena

  • Champions de Conférence (1995 et 2009)
  • Champions de Division (1995, 1996, 2008, 2009 et 2010)
  • Meilleur bilan : 60-22 (1996)
  • Pire bilan : 18-64 (1990)

La suite

Fermée en 2010 puis démolie en 2012, l’Amway Arena aura propulsée le Magic très haut en faisant plus que rivaliser avec Miami et être LA franchise de Floride sur plusieurs saisons. Parti de joueurs de deuxième voire troisième zone, le Magic a construit son identité dans sa salle durant les décennies 1990 et 2000. Si aucun maillot n’a jamais été accroché au plafond de l’Amway Arena, l’Amway Center devrait accueillir un certain numéro 12 dans les prochaines années. Car depuis les années 2010, le Magic a perdu de sa superbe au fil de sa saison et les spectateurs attendent désormais un autre visage après Shaq et Dwight pour, qui sait, aller conquérir le premier titre de la franchise.

Le contrat de naming avec Amway court toujours et le Magic ne souhaite de toute façon pas effacer de sa mémoire ce qu’il s’est passé dans son ancienne demeure. Là où tout à commencé pour cette franchise en 1989. 

Source image : YouTube/NBA


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