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La Dream Team 1992 – 30 ans après : Christian Laettner, la présence controversée d’un joueur universitaire parmi les stars de NBA

Christian Laettner Dream Team

Intrus ? Peut-être. Heureux ? Certainement.

Source : YouTube

C’était il y a trente ans. Déjà. Trente ans que les États-Unis obtenaient l’autorisation d’envoyer des joueurs NBA participer aux Jeux Olympiques. Trente ans que, de ce fait, la « Dream Team » était créé. Trente ans qu’une simple équipe de basketball prenait une dimension jusqu’alors jamais vue. Records, légendes, influence… cet été TrashTalk a décidé de revenir avec vous sur toutes les histoires qui ont fait de cet effectif l’un des plus mythiques de l’histoire du sport. Sortez vos Hoverboard, montez dans la Delorean et lancez Johnny B. Goode sur l’autoradio car il est temps de revenir en 360 degrés sur ce qu’il s’est passé il y a… 360 mois. Quatrième épisode ? La présence controversée de Christian Laettner – alors joueur universitaire – dans la sélection américaine. 

Épisode précédent : La Dream Team 1992 – 30 ans après : P.J. Carlesimo, l’assistant-coach de Chuck Daly dont la carrière fut… mouvementée

La Dream Team, c’est quoi dans l’imaginaire des gens ? Sans aucun doute, Michael Jordan, Larry Bird et Magic Johnson. Bien sûr, ce sont les noms qui ressortent le plus mais disons qu’avec onze hall of famers dans la liste, tous pourraient être cités. Les moments délirants de Charles Barkley, les sorties en détente sur les ramblas de John Stockton… On pourrait passer une journée et une nuit à décrire ce qui fait la légende de chaque membre de Team USA à Barcelone. Pourtant, l’un des noms de cette sélection n’est pas souvent mentionné dans ces récits. Ce blaze en question, c’est celui de Christian Laettner. Joueur universitaire ayant achevé son cursus en 1992 après avoir dominé les raquettes de NCAA pendant quatre ans, la tradition à l’époque. Star de Duke, il a mené les Blues Devils à deux titres consécutifs en 1991 et 1992. Pour le contexte, le garçon vient donc de triompher avec sa fac, tout en étant le leader de l’équipe et en envoyant 21,5 points, 7,9 rebonds, 2 passes et 2,1 interceptions de moyenne. Les réseaux sociaux n’existaient pas encore à l’époque, mais on se doute bien qu’un tel prospect aurait cassé Twitter en 2022. Aux États-Unis en tous cas, pas besoin de téléphones car la TV et les journaux fonctionnent assez bien. Laettner est une star, un vrai phénomène sportif dépassant le basket et promis à un radieux avenir en NBA. À l’été 92 justement, il est drafté en troisième position par les Wolves. Qui sont les deux types devant lui ? Attention, mouillez vous la nuque : Shaquille O’Neal en premier, Alonzo Mourning en deux. On est d’accord, ce ne sont pas des rigolos. Question qui devrait venir maintenant : pourquoi Laettner et non le Shaq’ ou Mourning ? Pourquoi ne pas prendre une douzième joueur également issu de NBA ?

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Sachez qu’en premier lieu, le comité olympique des USA ne souhaitait prendre que onze joueurs NBA, et laisser le dernier spot à un joueur NCAA prometteur. Bien sûr, O’Neal et Mourning apparaissent à postériori comme des joueurs d’un tout autre calibre que Laettner, mais le contexte n’allait pas en leur faveur à l’époque. O’Neal le reconnaîtra lui-même, lors d’une interview donnée à ce sujet pendant les Finales NBA de 2012 au magasine SLAM.

« J’étais en colère. J’étais jaloux, mais j’ai ensuite réalisé que même si j’étais un joueur plus explosif, plus puissant… Christian Laettner avait des fondamentaux légèrement meilleurs que les miens. En plus, il a fait ses quatre années et a été diplômé. Je pense que cela m’aura aidé à grandir en tant que joueur. »

– Shaquille O’Neal

Quand on connaît la suite de la carrière du Big Diesel, ce n’est peut-être qu’un mal pour un bien. En tout cas, c’est avec un très grand bonheur que Christian a lui pris part à l’aventure catalane. Logiquement, il n’a pas joui d’un temps de jeu extraordinaire mais cela lui aura permis de vivre des moments juste uniques. Ses moyennes durant la quinzaine ? 4,8 points, 2,5 rebonds et 1 interception en 7,9 minutes. Le seul joueur qui a joué moins que lui ? John Stockton. Au delà des moments de basket, le fait d’avoir pris part à ce groupe rend tout simplement Laettner heureux. À l’occasion du 20e anniversaire des Jeux de Barcelone, « l’intrus » – comme beaucoup l’appellent – a évoqué pour le journal l’Équipe ses souvenirs.

« Le comité de sélection m’avait préféré à Shaq’ et à Alonzo, et c’était très bien ainsi. Sans ça, je n’aurais jamais vécu le meilleur moment de ma carrière. Gagner l’or olympique avec Michael Jordan, Magic Johnson, Larry Bird… »

Se retrouver avec des joueurs de légende ? En tant que néophyte qui n’a encore jamais foulé le moindre parquet de NBA ? Ça veut aussi dire chambrage, bizutage et on en passe. Rajoutez par dessus le marché que des mecs comme Charles Barkley ou Michael Jordan – qui ne sont pas les derniers pour faire du zèle – étaient dans le groupe, toujours prêts à se marrer. Jamais loin du rookie pour lui jouer un tour, ces deux derniers ont d’ailleurs marqué l’ailier-fort. C’était avant les JO, mais l’anecdote est légendaire.

« Dans la Dream Team, j’étais le commis de Charles Barkley et Michael Jordan. Je portais tout le temps leurs valises, je leur achetais à bouffer. Ils aimaient bien me titiller, comme avant le premier match de qualification olympique contre Cuba, à Portland. Au moment où mon nom a été appelé par le speaker pour que je rejoigne l’équipe au milieu du parquet, j’ai perdu mon bas de survêtement… Charles et Michael étaient derrière moi et pleuraient de rire. »

Les longs débats post Dream Team qui remettent en question la légitimité de Christian Laettner dans ce groupe ? Le garçon n’en a que faire, et on le comprend. Même quand il s’agit d’un membre de l’équipe. Au sein du groupe en lui même, la présence d’un jeune à peine sorti de la fac faisait et fait toujours débat. Et pour cause, certains auraient préféré qu’un joueur NBA soit sélectionné comme douzième homme. Dans son bouquin Unguarded, Scottie Pippen va très clairement en ce sens. Si pour certains, la sélection d’un gamin ajoute de la légende et du charme à cette équipe, pour le lieutenant de MJ, ce n’est pas franchement le cas.

« J’étais d’accord avec tous les choix qui ont été faits, sauf celui de Christian Laettner. Je ne pensais pas qu’il collerait, et j’avais raison. Le comité aurait dû choisir un autre joueur NBA, et bon nombre d’entre eux étaient dignes d’avoir cet honneur. Mon préféré, c’était Dominique Wilkins. »

– Scottie Pippen

Dominique Wilkins était bien sûr l’un des joueurs qui animaient la Grande Ligue en 1992, mais le véritable joueur qui aurait pu intégrer l’équipe à ce moment là était Isiah Thomas. Star des Bad Boys de Detroit et surtout double champion NBA 1989 et 1990, le meneur était au coeur de pas mal d’embrouilles avec beaucoup de membres de l’équipe. Le style de jeu très sale de Detroit et les écarts de comportements en match auront sans doute eu raison de la confiance des autres membres de l’équipe. Les batailles rugueuses avec les Bulls en Playoffs et notamment cet épisode du serrage de main avec Michael Jordan n’y sont pas pour rien nom plus, puisque Mike aurait selon certaines rumeurs fait pression en coulisses pour que Thomas ne vienne pas. Eh, même le gars le plus chill du groupe aka David Robinson n’était pas d’accord avec une sélection de Zeke, donc bon.

Quand tu as une certaine réputation, celle d’un ‘Bad Boy’ et que tu en tires de la fierté, les gens ne t’aimeront pas. Est-ce vraiment étonnant que des gens disent qu’ils n’ont pas envie de jouer avec des ‘Bad Boys’ ? Lorsqu’il s’agit de mettre une équipe sur pied, l’alchimie est importante. Vraiment. Tu ne peux pas faire semblant que ça ne compte pas. Pour cette équipe [NDLR : La Dream Team] en particulier, il est clair que c’était quelque chose à prendre en considération pour toutes les personnes impliquées »

– David Robinson, pour NBC Sports Chicago

Christian Laettner pourra le raconter à ses petits enfants : il a sans doute fait partie de l’équipe la plus légendaire du basket, de l’équipe la plus légendaire des Jeux Olympiques. Vu par beaucoup comme l’homme qui n’était pas à sa place, il aura quand même contribué à façonner la legacy d’un groupe qui va révolutionner son sport et le faire entrer dans sa phase d’explosion mondiale. 

Sources : l’Équipe, Unguarded, NBC Sports Chicago, ESPN, SLAM, realgm.com

 

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