Dossiers NBA

Le fail des Nets et des Lakers : les Superteams, un concept bientôt écrasé par les franchises stables de NBA ?

Le duel KD – LeBron est méga attendu à Cancun.

Source image : YouTube ESPN

Ils étaient les grands favoris dans leur conférence respective. Ils accumulaient plus de sélections All-Star que n’importe quelle autre équipe NBA. Et nombreux sont ceux qui les imaginaient s’affronter pour le titre en juin prochain. Mais aujourd’hui, les Nets et les Lakers sont en vacances ensemble du côté de Cancun pendant que les Playoffs battent leur plein. Preuve ultime que le succès ne s’acquiert pas uniquement en accumulant des grands noms. Preuve ultime que la continuité et l’équilibre collectif restent les vraies bases de la réussite d’une franchise. Preuve ultime que le basket reste avant tout un sport collectif dans lequel les individualités se démarquent, et non un sport où les individualités peuvent mener leur équipe au sommet sans véritable collectif. Et ça, ça fait beaucoup de bien à entendre. 

« On essaye de grandir en tant qu’équipe. Mais l’équipe d’en face, elle est au point au bon moment. Elle monte en puissance depuis Noël. » En seulement une phrase, Kyrie Irving a résumé la différence entre les Boston Celtics et ses Brooklyn Nets, balayés au premier tour des Playoffs par les Verts. À aucun moment, il ne parle d’un manque de talent, ce qui aurait été – il faut bien l’avouer – assez cocasse sachant que la franchise new-yorkaise possède peut-être le duo le plus doué techniquement de l’histoire.

Quelque part, cette série très attendue par la planète basket a représenté peut-être le plus grand symbole du fail des superteams en 2022 (Nets, Lakers), en contraste avec la montée en puissance d’équipes à la fois talentueuses mais surtout très bien structurées (Celtics, Grizzlies, Suns…). Elle montre que les bonnes habitudes construites tout au long de la saison régulière servent à quelque chose lorsque les grandes échéances du printemps arrivent, et qu’il n’y pas de raccourci vers le succès en NBA.

On entend souvent que la régulière et les Playoffs sont deux mondes différents. C’est vrai. Dans l’histoire, on a vu beaucoup d’équipes cartonner pendant 82 matchs avant de se planter sur la grande scène des séries éliminatoires. Le triple champion NBA Draymond Green l’a dit lui-même récemment, « les Playoffs c’est pas fait pour tout le monde ». Mais combien de fois a-t-on vu une équipe traversant une régulière médiocre – chaotique même dans le cas des Nets – se transformer soudainement en rouleau compresseur lors de la postseason pour aller loin ? Sorry les gars, le monde de la NBA ne fonctionne pas comme ça. C’est bien d’avoir du talent, il faut des stars pour remporter une bagouze, mais il n’existe pas de formule gagnante sans un minimum de continuité, de structure, et tout simplement de solidité collective.

Pas besoin d’être un détracteur avéré des Nets ou des Lakers pour savourer le fait que la simple accumulation de grands noms au sein d’une équipe ne signifie pas automatiquement titre NBA. On ne dit pas qu’on a pris un malin plaisir à voir ces deux superteams échouer en beauté en cumulant le chiffre impressionnant de zéro victoire en Playoffs cette année (pas de qualification en PO pour Los Angeles, défaite 4-0 pour Brooklyn), mais c’est un fabuleux rappel pour ceux qui auraient oublié que la réalité du terrain est bien plus importante que celle du papier.

Alors évidemment, ces échecs retentissants des Nets et des Lakers s’expliquent en partie par des circonstances défavorables ayant touché les deux équipes. Depuis la création du monstre à trois têtes Kyrie Irving – Kevin Durant – James Harden en janvier 2021 à Brooklyn, les trois joueurs ont rarement joué ensemble alors qu’ils cartonnaient quand c’était le cas. Entre les blessures des uns et des autres, l’épisode COVID avec Kyrie et finalement le transfert du Barbu à Philadelphie, on a l’impression que cette superteam n’a finalement jamais eu l’opportunité de maximiser son énorme potentiel, jusqu’à se retrouver à se faire sweeper à la fin du mois d’avril 2022. Côté Lakers, les pépins physiques de LeBron James et Anthony Davis ainsi que les diverses absences n’ont évidemment pas facilité le processus de maturation de l’équipe, surtout quand il a fallu intégrer un Russell Westbrook que les dirigeants des Lakers pensaient potentiellement complémentaire avec le King et AD (lol).

Mais au final, personne ne va trouver d’excuse à ces équipes, à juste titre.

Déjà parce que la majorité des franchises NBA ont été confrontées à une bonne dose d’adversité cette année (blessures, protocole COVID…), et puis parce que ce n’est pas toujours facile d’exprimer de la sympathie pour des superteams version NBA 2K qui sont basées dans des gros marchés comme New York et Los Angeles. On n’est pas là pour dire que les équipes de stars sont mauvaises pour la Grande Ligue, au contraire elles participent au rayonnement global de la NBA, qu’elles réussissent (Celtics 2008, Heat version Heatles, Warriors époque Kevin Durant, Cavaliers 2016) ou qu’elles se plantent (Lakers et Nets 2022). Mais c’est kiffant de voir que les véritables superteams de la NBA actuelle, ce ne sont pas celles qui accumulent les futurs Hall of Famers mais celles qui accumulent des valeurs comme la patience, le développement, l’équilibre collectif et la mise en place d’une vraie philosophie de jeu.

Si l’on se base sur l’état actuel de la Playoffs picture, on retrouve en demi-finale de Conférence Ouest les Suns, les Grizzlies, les Warriors et les Mavericks. Phoenix est devenu un modèle en matière d’ascension spectaculaire grâce notamment à l’arrivée de Chris Paul, mais les Suns étaient déjà sur le bon chemin avant la signature de CP3. Devin Booker, Deandre Ayton, Mikal Bridges, Cam Johnson… tous ces gars-là sont des produits made in Arizona qui ont grandi sous Monty Williams pour devenir des piliers du succès actuel des Cactus.

La jeune équipe de Memphis s’est quant à elle incrustée en un temps record dans l’élite de l’Ouest sous l’impulsion évidemment du phénomène Ja Morant, mais surtout parce qu’elle a réussi à remarquablement bien drafter ces dernières années (Desmond Bane, Brandon Clarke, Jaren Jackson Jr., Dillon Brooks) pour construire un collectif redoutable grâce à la patte Taylor Jenkins.

Concernant les Warriors, on connaît tous la culture de jeu qui a été construite autour des Splash Brothers à partir de 2012 (et qui explique pourquoi ils répondent au test du temps malgré les galères des deux dernières années), tandis que les Mavericks ont réussi à trouver un vrai équilibre autour de la superstar Luka Doncic en devenant une bien meilleure équipe défensive avec Jason Kidd.

Dans l’autre conférence ? On retrouve des équipes aux qualités relativement similaires. Les Celtics sont aujourd’hui basés sur une défense étouffante et ont grandi collectivement de façon très spectaculaire ces derniers mois derrière les exploits d’un Jayson Tatum en pleine ascension. En parlant de défense, le Heat reste également une référence car c’est tout simplement gravé dans la culture de cette franchise qui privilégie l’aspect collectif et qui est aujourd’hui réputée pour sa capacité à transformer des joueurs non draftés en role players de qualité (Max Strus, Gabe Vincent, Duncan Robinson, Omer Yurtseven, Caleb Martin). Chez nos amis les Bucks, ils ont aujourd’hui comme objectif de réaliser le back-to-back mais cela n’aurait pas été possible sans la présence d’un Giannis fidèle à la franchise qui a misé sur lui avec un 15e choix de draft, et les nombreux échecs des dernières années qui ont permis à cette équipe de progresser collectivement. Enfin, concernant les Sixers… nan désolé, on n’a pas envie de parler des Sixers.

Alors oui, c’est rafraîchissant de voir que c’est ce genre d’équipes qui dominent aujourd’hui les débats, après l’ère des superteams qu’on a pu vivre au cours de la dernière décennie et caractérisée par une véritable course à l’armement. C’est rafraîchissant de voir une NBA où des plus petits marchés sont sur le devant de la scène grâce à leur excellent travail de construction et où la parité est globalement de mise à travers la Grande Ligue. C’est rafraîchissant aussi de voir ces stars new generation qui grandissent en même temps que leur équipe (Devin Booker, Ja Morant, Trae Young, Anthony Edwards…) sous les projecteurs des Playoffs NBA.

Maintenant, est-ce que ce changement de dynamique en NBA va empêcher la création de nouvelles superteams à l’avenir ? Probablement pas. On aura toujours des grands joueurs qui voudront jouer avec d’autres grands joueurs pour augmenter leurs chances de titre tout en maximisant leur potentiel hors terrain dans un gros marché. Mais est-ce que les dirigeants y réfléchiront désormais à deux fois avant de privilégier l’ajout de stars à la présence de role players précieux ? Après le fail monumental des Nets et des Lakers cette année, c’est bien possible.

Et c’est tant mieux.

4 Commentaires

4 Comments

  1. Jack

    6 mai 2022 à 19 h 29 min at 19 h 29 min

    Top article !
    Cela fait du bien de voir que la continuité paie en NBA. Le parallèle avec le foot pourrait être intéressant, quand on voit les 4 demi-finalistes de la ligue des champions pour cette cuvée 2022.
    Hâte de voir la suite de ces playoffs !

  2. Moi

    7 mai 2022 à 6 h 43 min at 6 h 43 min

    Rien de bien nouveau.
    Des superteams qui se cassent la gueule, ça a toujours existé (TrailBlazers 2000, Lakers 2004). Les petits marchés qui réussissent aussi (Spurs).
    A croire que vous suivez la NBA depuis 10 ans seulement.

    • LeVerbe

      9 mai 2022 à 15 h 13 min at 15 h 13 min

      d’un autre côté la NBA se démocratise en France avec Bein sport qui diffuse des matchs en journée depuis 2012…soit 10 ans. et pour ma part dans les débats, l’argument du « je suis la NBA depuis les années 1990 » ne vaut rien car on connait les diffusions des matchs à cette époque (1 match par semaine, souvent le plus côté, à 3h du matin). bref tout ça pour dire que quelqu’un qui suit la NBA depuis 5 ans en sait beaucoup plus qu’un autre qui suit depuis les années 90 mais qui a arrêté quand Jordan a pris sa retraite. C’est vrai, les super team ont toujours existé mais le phénomène se multiplie depuis une dizaine d’années (« I bring my talent to South Beach ») et c’est toujours sympa d’avoir un article gratuit sur le sujet et le raison des échecs.

  3. Aurélien Locatelli

    8 mai 2022 à 17 h 19 min at 17 h 19 min

    Les lakers c’est un fail avec une bague comême. C’est plutôt ce panic trade avec westbrook qui reste une énigme. On pourrait ajouter les clippers et les bulls à la liste.
    Le sale retour de karma c’est pour les nets, ça reconstruisait bien malgré le poids du trade kg/pierce et va comprendre prq ils ont tt cassé en si peu de temps ? Eux limite c’est presque mérité vu comment ont été traités ceux qui avaient permis à la franchise de relever la tête.

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