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LaMelo Ball et Ja Morant, symboles d’une nouvelle génération à la mentalité old school : « Vous arrivez dans une équipe, vous y restez »

Ja Morant LaMelo Ball 21 octobre 2021

On aime ça !

Source image : Montage via YouTube

Ils jouent tous les deux au poste de meneur de jeu. Ils possèdent tous les deux un énorme talent. Ils sont tous les deux au début de la vingtaine. Ils évoluent tous les deux dans un petit marché. Pas besoin de chercher bien loin pour se rendre compte que LaMelo Ball et Ja Morant ont beaucoup de points communs. Mais ce qui les rapproche peut-être le plus à ce stade de leur carrière, c’est la volonté de construire quelque chose de grand avec la franchise où ils ont été draftés. Les mouvements de stars, comme on en voit tant dans l’ère actuelle, ça n’a pas l’air de les faire kiffer. 

31 points, 9 rebonds, 7 caviars pour l’un. 37 points, 6 rebonds, 6 assists pour l’autre. Dès l’Opening Night, LaMelo Ball et Ja Morant ont frappé fort, comme s’ils voulaient envoyer un message à la NBA tout entière. Le premier est devenu le plus jeune joueur de l’histoire de la NBA (20 ans et 59 jours) à démarrer une saison avec une performance à au moins 30 points, 5 rebonds et 5 passes, tandis que le second a enchaîné les highlights de folie tout au long de sa rencontre face aux pauvres Cavaliers. « MVP ! MVP ! » a-t-on entendu du côté de Charlotte et Memphis la nuit dernière, des chants bien mérités vu leurs très belles performances. Alors évidemment, on n’y est pas encore hein, et il reste 81 matchs à jouer rien que cette saison. Mais les deux derniers Rookies de l’Année représentent la pièce maîtresse de leur franchise respective. Deux franchises qui rêvent de tutoyer les sommets sous l’impulsion de leur jeune star, chacune semblant posséder toutes les qualités nécessaires pour porter une équipe sur leurs jeunes épaules. Le talent évidemment, le côté showman aussi, mais surtout cette capacité à transcender un groupe dès qu’un orteil est posé sur le parquet. En l’espace d’un an, LaMelo Ball – troisième choix de la Draft NBA 2020 – a tout simplement transformé les Hornets, la franchise de Michael Jordan passant du statut d’équipe sans grande saveur à véritable équipe League Pass. Et en plus du spectacle proposé par les Frelons, ces derniers sont passés d’un bilan de 23 victoires pour 42 défaites à un total de 33-39 en 2020-21, avec une défaite au play-in tournament, juste avant les Playoffs. Les Hornets auraient même pu les atteindre sans la blessure au poignet de Ball en cours de saison (21 matchs ratés de suite, bilan de 10-11). Si LaMelo n’était pas la seule raison de la progression de Charlotte (arrivée de Gordon Hayward, grosse saison de Terry Rozier…), on ne connaît pas beaucoup de rookies ayant eu d’entrée un impact aussi important sur leur équipe. Mais Ja Morant – deuxième choix de la Draft 2019 – fait aussi partie de ceux-là. Alors que les Grizzlies avaient officiellement fermé le fameux chapitre Grit & Grind au cours de la saison 2018-19 pour commencer une reconstruction, ils n’ont pas dû attendre très longtemps pour retrouver les Playoffs. Première année de Ja Morant ? Bilan ultra surprenant de 34-39, avec une élimination au stade du play-in tournament dans la bulle de Mickey. La saison passée ? Saison positive (38-34), avec ticket validé pour les Playoffs, où les Grizzlies sont tombés contre la meilleure équipe de saison régulière (Utah) malgré un Ja Morant énorme.

Quand vous évoluez dans un marché comme celui de Charlotte ou Memphis, recruter des stars sur le marché de la Free Agency est très compliqué. On va être honnêtes, ces deux villes ne représentent pas vraiment les destinations les plus glamour de la NBA, et c’est difficile pour elles de rivaliser avec des villes « carte postale » comme Los Angeles, San Francisco, New York ou encore Miami. C’est pour cela que la Draft est tellement importante pour les équipes de « petit marché », car c’est à travers la Draft qu’elles peuvent obtenir cette pépite qui peut changer la trajectoire de la franchise pour les dix ou quinze années à venir. Autrement dit, dans ce type de marchés, on a rarement d’autres choix que de miser sur les balles de ping-pong, le scouting et le secteur développement de l’organisation. Mais pour remporter le jackpot, ça demande forcément un certain alignement de planètes, avec la bonne opportunité qui tombe au bon moment. Des jeunes joueurs prometteurs qui arrivent en NBA et qui peuvent faire une carrière solide dans la Grande Ligue, on en voit tous les ans. Des talents générationnels qui peuvent transformer une franchise ? Ils sont beaucoup plus rares. L’avenir nous dira jusqu’à quel niveau LaMelo Ball et Ja Morant peuvent monter mais ce qui est certain aujourd’hui, c’est que ces deux phénomènes n’ont pas froid aux yeux. Dans le dernier sondage réalisé par la NBA auprès des managers généraux, LaMelo et Ja faisaient partie des joueurs ayant récolté quelques votes (7% pour Morant, chiffre inconnu pour Ball) concernant la question « Qui a le plus de chances d’exploser en 2021-22 ? ». Avec les grandes choses qu’ils ont déjà montrées depuis leur arrivée en NBA, leur ascension est attendue à travers la Ligue et on connaît beaucoup de dirigeants qui adoreraient construire leur franchise autour de ces gars-là. Et c’est probablement encore plus le cas après les récentes déclarations de Ball et Morant.

« J’ai l’impression d’avoir cette même mentalité qu’ils [les anciens joueurs, ndlr.] possédaient à l’époque. Tout ce qui concerne le fait de changer d’équipe et tout ça, ils ne faisaient pas ça avant. Vous arrivez dans une équipe, vous y restez.

Tu es supposé rejoindre cette équipe pour y construire quelque chose. C’est comme ça que ça devrait se passer selon moi. Surtout quand tu es un choix de draft élevé, où tu rejoins logiquement une équipe pas trop bonne, et tu essayes de la faire progresser. Pour moi, c’est tout le processus. »

– LaMelo Ball, via The Athletic

Dans l’ère du player empowerement où de nombreuses superstars ont changé d’écurie au cours des dernières années, c’est un discours qui va à contre-courant de la tendance actuelle. Clairement, les années 2010 ont été celles où les meilleurs joueurs de la NBA ont commencé à véritablement « prendre leur indépendance », entendez par là prendre en main leur carrière pour tenter de la maximiser sur et en dehors des terrains. Et pour beaucoup de ces stars, un départ était nécessaire pour cela, que ce soit à travers la Free Agency ou en demandant tout simplement un transfert à leur franchise. LeBron James a quitté Cleveland pour monter un Big Three à Miami avec Dwyane Wade et Chris Bosh en 2010, Kevin Durant a lâché Oklahoma City pour rejoindre Golden State à l’intersaison 2016, Kawhi Leonard est passé des Spurs aux Raptors avant de signer aux Clippers, James Harden a rendu la situation invivable lors de ses dernières semaines chez les Rockets pour obtenir son transfert chez les Nets, et désormais on a Ben Simmons qui fout le bordel chez les Sixers parce qu’il veut quitter Philadelphie malgré le fait qu’il lui reste quatre années de contrat pour 145 millions de dollars. Est-ce que le player empowerement va trop loin aujourd’hui ? Est-ce que le player empowerement représente une bonne chose pour l’équilibre franchises – joueurs ? Les avis divergent beaucoup par rapport à ces questions et on n’est pas là pour y répondre aujourd’hui. Par contre, LaMelo Ball et Ja Morant ne donnent pas l’impression de vouloir s’inscrire dans cette tendance. Visiblement, ils préfèrent suivre la route de stars comme Stephen Curry, Giannis Antetokounmpo, Damian Lillard ou encore Bradley Beal, eux qui font un peu figure d’exception, même si les rumeurs sont devenues de plus en plus insistantes concernant les deux derniers au fur et à mesure que la frustration s’accumulait. Ces quatre-là évoluent toujours sous les couleurs de leur franchise d’origine aujourd’hui, Giannis ayant même réussi à porter son équipe jusqu’au titre NBA il y a quelques mois, ce qui représente le rêve ultime pour Ball et Morant. Alors que LaMelo s’est clairement exprimé contre le mouvement des meilleurs joueurs, Ja affirme plus que jamais son amour pour Memphis tout en nous informant également de son allergie envers les départs de stars.

« J’aime tout ici. J’ai l’impression que c’est ma maison, que ce soit au niveau du front office, des fans, la communauté. Tout le monde m’a accueilli comme un membre de la famille, et je ne pouvais rien demander de mieux pour moi et ma famille.

Je ne suis pas trop fan des départs. Tant que je suis là, je suis là, je suis concentré là-dessus. Peu importe ce qui se passe, je veux tirer le meilleur de chaque situation, continuer de jouer aux côtés de mes coéquipiers, gagner des matchs, jouer devant nos fans et faire tout mon possible pour continuer d’apporter de l’amour.

Je suis venu ici pour gagner. Je veux aller plus loin que les deux dernières années. Je veux remporter un titre. »

– Ja Morant, via The Athletic

LaMelo Ball et Ja Morant peuvent-ils devenir les prochains leaders d’une tendance nouvelle, celle où les stars restent dans leur franchise d’origine tant qu’elles n’ont pas atteint l’objectif ultime ? Vont-ils marcher dans les traces de Curry, Giannis et Dame et inspirer les autres joueurs de leur génération à faire de même (coucou Zion Williamson), jusqu’à influencer ceux qui viendront après ? Même s’ils en ont clairement le mindset aujourd’hui, impossible évidemment de répondre à ces interrogations à l’instant T, seul le futur peut y répondre. Car on sait très bien que les discours et les mentalités peuvent changer assez rapidement. Un exemple tout bête ? En juillet 2010, Kevin Durant avait tweeté, quote : « Désormais tout le monde veut jouer pour le Heat et les Lakers ? Qu’en est-il de la compétition et essayer de rivaliser avec ces gars-là ? ». On connaît la suite. On ne dit pas que Ball et Morant vont rejoindre une superteam dans six ans hein, juste qu’il ne faut pas prendre les déclarations actuelles comme une vérité future, surtout de la part de jeunots qui viennent à peine de débarquer en NBA. Que se passera-t-il si les Hornets sont incapables de passer un tour de Playoffs lors des quatre ou cinq années à venir ? Est-ce que Ja Morant kiffera toujours autant Memphis si les Grizzlies tombent sans arrêt face à des poids lourds de l’Ouest comme les Lakers, les Clippers ou d’autres ? Peut-être que Ball et Morant continueront de tout donner pour leur franchise, et ça sera très honorable de leur part, mais peut-être qu’ils estimeront que la meilleure chose à faire sera de partir, et il faudra aussi respecter ça. Beaucoup de paramètres peuvent évidemment rentrer en compte, des paramètres qui n’existent même pas encore à l’heure actuelle.

Une chose est cependant certaine. Pour changer les mentalités, pour lancer une nouvelle mode, cela passe par les superstars. C’est comme ça que fonctionne la NBA, point barre. Une ligue de stars, où on se regarde et on s’observe. Quand LeBron James, Dwyane Wade et Chris Bosh ont décidé d’utiliser leur statut d’agent libre pour se réunir en 2010 sous le maillot du Heat, ils ont complètement changé la dynamique de la NBA. Certes, ce n’est pas ce trio qui est à l’origine des superteams qui ont marqué la dernière décennie, les Heatles voulant surtout répondre au challenge que présentait le Big Three des Celtics créé en 2008 avec Paul Pierce, Kevin Garnett et Ray Allen. Par contre, « The Decision » de LeBron a clairement propulsé la NBA dans l’ère du player empowerement et du player movement. Si on a du mal à voir les joueurs lâcher le pouvoir et l’autonomie qu’ils ont pu obtenir ces dernières années, il existe sans doute un scénario dans lequel on assiste à une nouvelle tendance, avec plus de superstars qui décident de rester dans leur franchise d’origine pour tenter d’aller chercher un titre. Mais comme dit au-dessus, cela passe par des porte-étendards. Comme Giannis, comme Curry, comme Lillard, comme Beal, comme Karl-Anthony Towns, et peut-être comme Ball et Morant un jour. En remportant le titre avec les Bucks lors des derniers Playoffs, Giannis Antetokounmpo a prouvé que c’était toujours possible de gagner dans un petit marché, sans rejoindre une superteam. Cela peut représenter une énorme étape dans ce changement potentiel de mentalité à travers la Grande Ligue, surtout dans l’ère Twitter où le nombre de bagues est devenu un élément crucial pour la legacy d’un joueur. Mais il va sans doute falloir plus qu’un Giannis, et plus qu’un titre NBA, pour véritablement inverser la tendance. LaMelo Ball et Ja Morant peuvent-ils vraiment y participer ?

LaMelo Ball et Ja Morant ont tout ce qu’il faut pour devenir deux des plus grandes stars de la NBA des années 2020. Et ils ont le potentiel pour être encore plus que ça. Avec leur talent, leur charisme, leur côté showman et leur capacité à sublimer leur franchise actuelle, les deux phénomènes ont les moyens pour faire de Charlotte et Memphis des équipes qui comptent vraiment en NBA. Il faudra alors les célébrer comme il se doit, pour montrer aux stars de demain que c’est cool aussi d’emmener sa franchise d’origine vers les sommets de la Grande Ligue.  

Source texte : The Athletic

2 Commentaires

2 Comments

  1. Sebb

    21 octobre 2021 à 21 h 38 min at 21 h 38 min

    J’adore ces déclas, mêem si en effet on verra dans 5 ou 6 ans, après la prolongation max du contrat rookie.
    Si ces joueurs sont de calibre MVP, alors c’est possible de gagner un titre avec leur franchise d’adoption, cf Giannis, pour peu qu’il y ait un bon front-office, re-cf Giannis.
    Où même sur le tard, à la Dirk, ce que je souhaite à Lillard par exemple, plutôt dans ce cas la.
    En tout cas c’est rafraichissant, j’avoue avoir du mal avec les Clippers-Lakers-Nets qui rassemblent des stars sans identité de franchise (à part l’identité « rassembler des stars » comme les Lakers l’ont toujours fait).
    Go les gars Ja et Lamelo, et Go Nuggets, go Jazz, go Suns, go Hawks et consort qui se développent principalement en interne, et respect aux KAT, BB, et autres.

  2. Zac Izback

    22 octobre 2021 à 1 h 00 min at 1 h 00 min

    « ils préfèrent suivre la route de stars comme Stephen Curry, Giannis Antetokounmpo, Damian Lillard ou encore Bradley Beal, eux qui font un peu figure d’exception »
    Euh.. ça commence à en faire des exceptions, surtout quand on y ajoute Jokic, Booker, KAT et toutes les jeunes stars/superstars qui jusqu’à preuve du contraire n’ont jamais manifesté l’envie de bouger.
    Et là ça devient complètement ridicule d’affirmer qu’il y a une grande tendance selon laquelle les grands joueurs demanderaient à se faire trader quand bon leur semble (ou partiraient à la FA) et qu’il ne subsiste que quelques exceptions à la règle.
    Il me parait plus juste de parler de 2 grandes tendances qui s’affrontent, quand bien même il y en ait une bien plus médiatisée que l’autre.

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