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Retour sur l’aventure de Sekou Doumbouya à Detroit : un lancement rêvé, puis son issue malheureuse

Soirée sans lendemain.

source image : YouTube / Detroit Pistons

Pas besoin d’être intendant des Pistons pour dresser le constat, l’aventure de Sekou Doumbouya dans le Michigan fut un échec. Un échec collectif dont la dissection répartit la faute entre le joueur et l’institution, tous deux un poco responsables de cette séparation. Mais nul besoin de s’effondrer, tout n’était pas à jeter pendant ces 775 jours… désordonnés. On débriefe !

Nous sommes le 20 juin 2019, Sekou Doumbouya grimpe sur l’estrade du Barclays Center pour empoigner chaleureusement Adam Silver. Le Franco-Guinéen vient d’être sélectionné en quinzième position de la draft par les Detroit Pistons. Bien que la plupart des mocks l’annonçaient autour du huitième choix, la soirée est magnifique pour Sekou, faite d’embrassades familiales. Mais l’époque l’est davantage. Eh oui, le COVID-19 n’existe pas et surtout, une hype intense orbite toujours autour du prince de Conakry. Lâché par Poitiers à l’été 2018, Sekou s’est bien intégré au collectif limougeaud avant de bondir chez l’Oncle Sam. Les yeux sont maintenant rivés sur le freak tricolore au profil idoine pour s’imposer chez les grands baraqués. Chronologie d’un plan, qui aurait dû fonctionner.

Timide, comme tout invité. Bien sûr, il est toujours mal vu de poser ses pieds sur la table et d’aller se servir dans le frigo de son hôte, mais les débuts de Sekou sous le maillot de Detroit se font attendre. Comme si le Frenchie – victime de bizutage – s’était fait enfermer à double-tour dans son propre casier par Markieff Morris. En Summer League, il n’a le droit de croquer que dans un maigre match lors duquel il pose 9 points en 13 minutes. C’est ensuite la G League qui profite de notre Golden Boy, lui dérobant les deux premiers mois de la saison 2019-20. Mais mâle alpha qu’il est, Dwane Casey pose son derche en conférence de presse et joue logiquement la carte de la jeunesse, rappelant que – du haut de ses 18 ans – Sekou Doumbouya est le plus jeune joueur de NBA. La messe est dite, le tour de l’Orléanais viendra et coïncidence, ses performances dans la ligue des tocards mineure suivent instantanément : sur le mois de novembre, Sekou cale 17 points, 5,4 rebonds et 1,1 assist à 52% au tir dont 39% du parking. À son âge, la ligne de stats est sensationnelle et évidemment symptomatique d’une grande précocité, presque unique.

Ni une, Dwane Casey se la joue Jerry et aspire Sekou dans le roster fanion. Si le mois de décembre n’offre que 23 petites minutes de jeu au Frenchie, la chanson est bien différente en janvier. Oui, le Doums profite du troisième jour de l’an 2020 pour poser son premier double-double en NBA : 10 points, 11 rebonds et 1 interception contre les Clippers de Kawhi et Paulo. Pendant deux semaines, les soirs se suivent et se ressemblent pour Sekou qui claque 16 points et 10 rebonds sur les Warriors, 15 plaques contre les Cavaliers, 11 unités et 5 rebonds devant les Lakers, 16 puntos et 8 rebonds face aux Pelicans. Bref, personne n’imaginait de si bons débuts. En symbole de cette merveilleuse période, le poster du Franco-Guinéen venu mettre un terme à la carrière de Tristan Thompson. Certains répondront que sa carrière est terminée depuis qu’il a intégré « l’incroyable famille Kardashian », là n’est pas le sujet. Et puis, paradoxe total, Sekou rentre dans l’histoire le 16 janvier 2020 en lâchant 24 points à 77% au tir contre Boston. Une sortie qui fait de lui le deuxième plus jeune joueur de l’histoire à scorer 24 points en NBA. Devant lui ? Un dénommé Kobe Bryant, forceur de tir paraît-il. Juste derrière lui ? LeBron James, Kevin Durant et Dwight Howard.

« Ce poster, c’est une scène de crime. »

– Jalen Rose

On se marre bien, hein, quand tout fonctionne. Le seul petit souci qui devait être stipulé sous astérisque dans le mode d’emploi du Doums, c’est que l’engin arrête de fonctionner dès qu’il tope son meilleur niveau. Hormis 17 prunes contre Denver le 2 février, Sekou ne redépassera plus la barre des 10 unités de l’exercice 2019-20, après son excellente quinzaine en janvier. Une longévité de deux semaines donc, qui lui vaudra les moqueries de Dirk Nowitzki, Jean-Pierre Pernaut et Liliane de Scènes de ménages, dont la voix est encore imitée en 2021. Le 30 janvier, le cas Doumbouya est directement pointé du doigt en conf’ d’après-match : Dwane Casey s’assied, prend une grande respiration, déchire sa chemise par la seule force de ses pectoraux et dresse un torse plutôt velu devant l’assemblée de journalistes. L’entraîneur des Pistons regrette la série de quatre défaites consécutives puis secoue Doumbouya (lol) en admettant ne pas savoir « à quel point il faut mal jouer pour en arriver là ». Forcément, toper un plus/minus de -20 en seulement huit minutes de jeu traduit bien plus qu’une mauvaise perf, la tête ne suit pas. Soucieux de faire passer le message, Casey enfile alors son costume de sociologue et dresse un bien triste constat.

 « Il faut qu’on l’aide à retrouver la flamme parce qu’il a perdu ce zeste, ce feu qu’il avait en lui sur ses premières semaines. On va le remettre sur pied, c’est un gamin, on va l’aider à retrouver la flamme. »

– Dwane Casey

Retrouver la flamme, Sekou a la flemme. Vous l’aurez compris, la quête confiée par son entraîneur est aujourd’hui encore irrésolue, la faute à une saison sophomore venue offrir l’argument du bust aux Amerloques. C’est là qu’à notre sens, la franchise du Michigan a manqué le coche. Quand ton freak n’a que 20 ans, qu’il a déjà montré de très belles choses – même sur une courte durée – et qu’il vient d’achever la saison 2020-21 d’une manière plus commode que son contenu (24 points et 8 rebonds contre les Hornets), s’en séparer dans la foulée relève de la culture de l’instant. Si le problème est dans la tête, dans le manque d’envie, de grinta, alors il faut se donner les moyens de le résoudre en confiant potentiellement plus de responsabilités à Sekou. C’était souligné lors de sa belle période en janvier 2020, le Doums est transcendé par le prestige de l’adversaire. Bien sûr, on ne peut pas faire ce cadeau à tous les jeunots dont l’attitude est inadaptée, mais pourquoi jeter son prospect de 20 ans après deux saisons complètement vidées de leur challenge sportif, sans rien essayer ? Certains – et à juste titre – mentionneront cet épisode du 3 janvier 2020 lors duquel Sekou était arrivé en retard à l’entraînement qui précédait la rencontre face à Sacramento. Si les déviances de ce genre sont régulières, alors il est difficile de reprocher quoi que ce soit à Troy Weaver et ses nouveaux choix de draft. Une chose est sûre, les Nets seraient bien mal inspirés de ne même pas tester le gamin, car entouré d’un vestiaire comme celui de Brooklyn, Sekou pourrait profiter d’une pression positive. Quand c’est Jerami Grant ton voisin de casier, tu fais rapidement mine d’être impressionné puis quatre jours après tu l’appelles tonton. Quand c’est Kevin Durant, James Harden et Kyrie Irving, le respect force le boulot, rien que par peur de décevoir.

C’est triste pour Sekou. Comme l’impression qu’on ne lui a pas véritablement donné sa chance, et que peu à peu, le sport devient une affaire d’instant. Si des garçons comme Giannis jouissent aujourd’hui d’une telle carrière, c’est qu’ils ont disposé de temps pour se développer. Et vu le profil de Doumbouya, c’est regrettable.

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