Old-School

C’était il y a un an – le boycott dans la bulle d’Orlando : retour sur un acte fort en plein cœur d’une année… compliquée

Bucks

Historiquement inoubliable.

source image : NBA League Pass

Il est de ces épisodes que l’on ne puisse oublier, non pas que les images squattent inlassablement nos nuits, mais plutôt par devoir de mémoire. Cela fait maintenant un an qu’un événement est venu – en réaction à de l’injustice raciale extra-sportive – modifier la perception que beaucoup se faisaient du rôle d’un joueur NBA. Surhomme, oui, mais homme avant tout.

C’est un mercredi 26 août 2020 qui rentrera dans l’histoire, de la NBA et du sport en général. Face aux violences policières qui ont eu lieu sur Jacob Blake à Kenosha dans le Wisconsin ce lundi, les Bucks et le Magic ont décidé de ne pas jouer le Game 5 de leur série de Playoffs, menant à une vague de grèves qui met actuellement la NBA en stand-by.

À l’époque, nous n’avions pas le recul nécessaire pour évaluer l’état provoqué par ces quelques lignes. Révoltés, scandalisés, haineux, mais heureux, heureux qu’un grand collectif porté par la mondialisation réagisse enfin aux injustices raciales dont le sol américain était terrain de jeu. S’arrêter de dribbler pour des raisons sanitaires mais rester indifférent devant la bêtise humaine, c’était inenvisageable. Alors, quand un officier a tiré sept balles dans le dos de Jacob Blakes, seulement trois mois après que George Floyd fut asphyxié sous le genou d’un policier blanc à Minneapolis, le vase de l’indignation a débordé. « Black Lives Matter, Say Their Names, I Can’t Breathe, Justice, Peace, Equality, Freedom », lisait-on sur la gravure supérieure au dos des maillots des joueurs, juste avant l’agression de Jacob Blakes. Mais cet événement est venu remettre en cause l’utilité de cette sélection de phrases, comme si les mots ne suffisaient plus et que d’une ère de symboles, nous devions alors évoluer vers une ère d’actions. En porte-parole de cette nécessité, les joueurs des Bucks et du Magic ont – plutôt que de disputer le match 5 de leur série – préféré rester aux vestiaires. Les réseaux s’affolent quand les Adrian Wojnarowski, Shams Charania et autre Marc Stein annoncent la nouvelle : le match est officiellement annulé. C’est un boycott historique auquel nous assistons, magnifiquement porté par les mots de Jayson Tatum : « Être un homme noir en Amérique aujourd’hui, c’est un sujet plus important que le basket-ball ». Une vérité que personne ne peut ignorer, c’est d’ailleurs pourquoi en ce mercredi 26 août, la solidarité de tous fut exemplaire.

À la hauteur du statut qui est le sien, LeBron n’a pas été le seul à réagir en sacrifiant ce qui est figure de proue dans sa vie, à savoir une partie de basket-ball. Les matchs Bucks – Magic, Rockets – Thunder et Lakers – Blazers sont donc tous trois annulés, conférant à ce boycott une dimension collective primordiale à sa crédibilité. Le mérite de l’acte domine alors sa portée et même si la WNBA n’est pas une ligue aussi suivie que celle de leurs homonymes masculins, les joueuses ont fait preuve de classe : les trois rencontres de la soirée n’auront pas lieu, et l’effectif des Washington Mystics se tient dans le rond central, un genou à terre, arborant fièrement un t-shirt avec 7 impacts de balle dans le dos. Le rendu est choquant, glacial, pique le pusillanime dans son immobilisme certain, mais tape là où ça fait mal. Bon nombre de questions viennent alors à l’esprit de tous, parmi lesquelles l’une fait tiquer les costards de tout en haut : les Playoffs 2019-20 seront-ils annulés ? Les sponsors, les équipementiers, les droits TV… tant de préoccupations secondaires qui font que les joueurs réussissent avec brio leur prise d’otage sur les créanciers de la Grande Ligue. L’acteur reste le pilier du film et le producteur aura beau injecter autant d’argent qu’il veut, si son acteur ne veut pas jouer, il ne joue pas. C’est pourquoi en ce mercredi 26 août 2020, le basket-ball américain demande des garanties.

Un match de NBA, puis tout le reste. Si Kenny Smith a quitté le plateau d’ESPN en soutien aux joueurs, le mouvement franchit la barrière orange et file placer les autres sports en stand-by. Les Brewers, en baseball, annoncent qu’ils ne joueront pas ce soir, et la MLS décide de stopper son activité dès le lendemain. Comme énoncé précédemment, les pertes financières – même si secondaires – peuvent être colossales et c’est pourquoi la NBA annonce organiser une réunion avec les propriétaires des différentes franchises. En cas de geste fort et engagé de leur part, les Playoffs pourraient à nouveau être envisagés par les joueurs, mais si ça bloque, l’issue de l’exercice 2019-20 restera alors inconnue. Initialement contre cette reprise, les Lakers et les Clippers ont finalement changé d’avis, LeBron James et Lou Williams ayant informé le reste du comité de leur décision. Si plusieurs joueurs émettaient eux aussi des réserves, le président du syndicat des joueurs Chris Paul et son premier vice-président Andre Iguodala ont assuré qu’une reprise était dans leur meilleur intérêt, rien que pour l’image renvoyée. Et apparemment, les engagements pris lors de la réunion des proprios du jeudi matin ont grandement satisfait les joueurs présents. Les Playoffs reprennent donc trois jours après le boycott et le message envoyé est parfaitement reçu. Oui, le jeu n’est pas focalisé que sur les événements de parquet et la lutte contre l’injustice raciale siège tout en haut de ses préoccupations. Personne n’oubliera et les grands noms retiendront, une sollicitude qui plane désormais au-dessus de ceux qui ont le pouvoir, de changer les codes.

« Savez-vous combien c’est dur de dire à son fils de 14 ans, que j’ai peur pour lui quand il quitte la maison ? Car les hommes noirs sont une espèce menacée. » – Robert Horry, en larmes

Fiers. Fiers de constater que la NBA fut la première ligue à se dresser devant l’injustice raciale qui subsiste depuis maintenant trop longtemps chez l’Oncle Sam. On peut dire ce que l’on veut, minimiser l’événement et critiquer l’utilité d’un boycott sur un terrain de basket-ball, mais l’acte est venu fendre des symboles parfois trop peu efficaces. Enfin.

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