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Les Milwaukee Bucks ont dit stop les premiers : un symbole loin d’être dû au hasard

Sterling Brown Black Lives Matter 27 aout 2020

À de nombreux égards, l’équipe de Milwaukee est particulièrement concernée par la situation aux États-Unis actuellement.

Source image : YouTube/Milwaukee Bucks

En boycottant un match de Playoffs pour la première fois de l’histoire de la NBA ce mercredi soir, les Bucks se sont naturellement positionnés en porte-paroles du mouvement qui a ensuite été suivi par l’ensemble des équipes censées jouer hier. Plus qu’une coïncidence du calendrier, l’équipe de Milwaukee est particulièrement concernée par la situation aux États-Unis actuellement.

C’est tout sauf un hasard si ce sont les Bucks qui sont à l’origine de ce mouvement de contestation historique de la part des joueurs NBA. Géographiquement d’abord, Kenosha – la ville du Wisconsin où Jacob Blake a été grièvement blessé par balles par la police et où deux manifestants ont été tués ces derniers jours – se trouve seulement à une cinquantaine de kilomètres au sud de Milwaukee. Cette dernière, plus grande agglomération de l’État, est également la plus ségréguée du pays selon un rapport de la Brookings Institution partagé par le Milwaukee Journal Sentinel en 2019. Certains joueurs ont même pu en faire la triste expérience par eux même, en commençant par Sterling Brown. Dans une longue tribune intitulée « Votre argent ne peut pas me faire taire » publiée en juillet dernier sur la plateforme d’expression des athlètes The Players’ Tribune, l’ailier issu du second tour de draft en 2017 expliquait comment il s’est retrouvé tasé et plaqué au sol avec le genou d’un officier sur la nuque et un autre debout sur sa cheville pour un stationnement interdit à Milwaukee le soir du 26 janvier 2018. Peu écouté dans un premier temps, il a dû attendre la publication de la vidéo de l’interpellation musclée sur Internet pour que l’on prenne au sérieux ses accusations d’usage excessif de la force. Brown est depuis lancé dans un conflit judiciaire avec la mairie et son département de police, de qui il a refusé un chèque de 400 000 dollars qui devait servir à acheter son silence.

« Combien de fois quelque chose comme ça se produit sans qu’il y ait de caméra pour filmer ? Combien de fois cela arrive à quelqu’un qui n’est pas un joueur NBA et qui n’a pas la même plateforme que moi pour que les gens l’écoutent ? […] Sans la vidéo, personne ne m’aurait cru. Sans la vidéo de George Floyd, seuls qui savent qu’ils peuvent être arrêtés et harcelés quotidiennement seraient en train de réclamer la justice dans les rues. […] C’est pour ça que j’ai rejeté l’offre d’indemnisation de la ville de Milwaukee l’année dernière. Je veux plus que juste de l’argent. Je veux que les policiers soient respectueux et soient tenus responsables quand ils franchissent la ligne. »

Ayant lui-même un père policier, ce natif de Maywood dans la banlieue de Chicago a donc un vécu personnel en ce qui concerne l’injustice raciale tant dénoncée dans le pays. En 2015, c’est un autre joueur de l’effectif des Bucks qui avait vécu une situation « dégradante et raciste » à Whitefish Bay en se voyant refuser l’accès à une bijouterie à l’entrée alors qu’il venait acheter une montre. Appelées par les employés de l’établissement, deux voitures de police arrivent rapidement sur les lieux pour venir interroger John Henson sur ses intentions et contrôler sa voiture avant de rassurer les propriétaires en leur assurant qu’il n’y avait pas de danger et qu’il ne s’agissait pas d’un cambrioleur. Choqué et humilié par ce qu’il venait de se passer, l’intérieur avait alors témoigné sur Instagram (le contenu du post est encore disponible sur ESPN) avant de recevoir des excuses du propriétaire de la boutique en question. Au travers de ces deux exemples, on constate que les joueurs de Milwaukee ont un vrai passif comme victimes de racisme ces dernières années et les membres du roster actuels ont d’ailleurs fait partie des premiers représentants de la communauté NBA à participer aux manifestations de lutte contre le racisme, l’injustice et les violences policières suite au meurtre de George Floyd le 25 mai 2020. En tête de cortège, Sterling Brown sait qu’il mène une lutte bien plus importante que toutes celles qu’il a pu mener jusqu’à présent. Il y a un an, Kyle Korver s’était lui aussi longuement exprimé en tant que joueur blanc dans une autre tribune titrée « Privilégié » à propos des injustices raciales qui persistent dans son pays. Un thème qui, visiblement, rassemble tout le monde dans le vestiaire des leaders de la saison régulière.


Pour toutes ces raisons, voir les Bucks en première ligne au moment de prendre une décision aussi forte et symbolique était tout sauf une surprise. Les joueurs font corps et restent undivided pour reprendre le slogan de leur dernière campagne dans leur quête de justice. Après avoir essayé de joindre le procureur général du Wisconsin, l’ensemble des joueurs de Milwaukee sont ainsi restés plusieurs heures dans l’intimité du vestiaire pour partager leurs idées et leurs convictions dans le but de mettre des mots sur leur ressenti et de rédiger un communiqué qui sera ensuite lu par George Hill et Sterling Brown devant les médias afin de demander aux faiseurs de loi d’agir vite. La photo est déjà historique et se retrouvera peut-être dans des bouquins dans quelques années pour se souvenir de ce moment qui a ensuite inspiré les autres équipes à faire de même en boycottant à leur tour les deux autres rencontres prévues ce mercredi 26 août. Mais c’est surtout en pleine conscience de la situation que les joueurs ont agi au sein de la bulle.

Et puisque la franchise ne fait qu’un, du bas jusqu’en haut de la pyramide, les propriétaires n’ont pas tardé à soutenir publiquement leurs joueurs dans leur mouvement par l’intermédiaire d’un communiqué signé par Marc Lasry, Wes Edens et Jamie Dinan. Avant même de se réunir avec leurs homologues des 29 autres équipes aujourd’hui, il semblait important pour ce groupe d’investisseurs mené par un homme d’affaires marocain de naissance d’afficher son soutien de manière spontanée et naturelle dans cette lutte sociale.

« Nous soutenons entièrement nos joueurs et la décision qu’ils ont prise. Même si nous n’étions pas au courant avant, nous les aurions suivis de bon cœur. La seule manière de provoquer un changement et de mettre en lumière les injustices raciales qui se produisent devant nous. C’est ce que nos joueurs ont fait et nous allons continuer de nous tenir à leurs côtés pour demander une prise de responsabilité et du changement. »

Unis et déterminés, dans leurs actes et leur communication, les Bucks sont à l’origine d’un mouvement inédit en NBA. Personne ne sait encore jusqu’où cela ira, mais en étant les premiers à appuyer sur pause au milieu d’une saison où ils font figure de favoris, les joueurs de Milwaukee souhaitent montrer qu’ils sont prêts à aller jusqu’au bout pour obtenir justice sociale.

Sources texte : Milwaukee Journal Sentinel, Brookings Institution, The Players’ Tribune, ESPN

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