Old-School

Kenny Anderson : le meilleur et le pire, six pieds au-dessus de la terre

Kenny Anderson

Encore un talent formé par les rues de New York.

Source image : YouTube

Six pieds, c’est 183 centimètres. Et même si ces fameux centimètres sont au centre de pas mal d’attentions ces derniers jours, cela reste une taille très petite pour pratiquer le basket à haut niveau. Surtout quand on sait qu’un joueur NBA mesure en moyenne autour de 2 mètres. Oui autour, car ça dépend s’il porte des chaussures ou pas, et de qui certifie la mesure apparemment. Kenny Anderson fait-il exactement 1m83 ? Pas sûr mais il est « petit » pour la Grande Ligue, ce qui ne l’a pas empêché de connaître une vraie gloire et de vraies galères. Comme un grand…

En introduction d’un article publié dans Sports Illustrated le 28 mars 1994, Phil Taylor écrivait :

« Il y a une sombre légende qui entoure les héros des playgrounds de la ville de New York. Pour chaque gars qui devient une star, pour chaque Lew Alcindor [Kareem Abdul-Jabbar, ndlr] ou Bernard King, il y en a des dizaines qui ne deviennent rien d’autre que des mauvais souvenirs, des fantômes de l’asphalte parti en prison ou vendre de la drogue ou qui ont juste abandonné. »

L’article en question a pour titre : « Point of light », avec un sous-titre indiquant : « Kenny Anderson is one ex-playground star who still shines ». Sous-titre que l’on peut traduire par : Kenny Anderson est une ex-star des playgrounds qui brille encore. Phil Taylor raconte le parcours de ce lutin des parquets, de ses débuts sur le bitume de la Big Apple aux Nets du New Jersey en passant par le lycée new-yorkais de Archbishop Molloy où il a tout cassé et l’université de Georgia Tech où il a… tout cassé. Taylor explique comme il est difficile de traduire un gros talent pour le basket sur les playgrounds en une carrière en NBA. Et il prend Kenny Anderson en exemple de réussite. Il faut dire qu’à ce moment-là, Kenny Anderson vient d’être All-Star – élu titulaire par les fans – pour la première et unique fois de sa carrière. Après une première saison timide en sortie de banc et une deuxième sous forme de montée en puissance très sérieuse, l’ami Kenneth envoie du lourd en cet exercice 1993-94 avec 38 double-doubles points/passes, 3 triple-doubles et une ligne de stats dont la qualité se passe de commentaire sauf peut-être sur le pourcentage de réussite au tir qui est loin d’être dingue : 18,8 points par match accompagnés de 3,9 rebonds, 1,9 interception et surtout 9,6 passes décisives qui le placent dans le top 5 des meilleurs passeurs cette saison-là.

« Si vous listez les meilleurs meneurs de la Ligue, vous devez mentionner son nom. » Derek Harper en mars 1994, à propos de Kenny Anderson.

En mars 1994, Harper vient d’arriver (depuis deux mois) chez les Knicks, le voisin new-yorkais pensionnaire du mythique Madison Square Garden. Mais Harper est bien obligé de reconnaître que le boss du poste 1 dans la ville joue dans la franchise rivale. Kenny Anderson est alors au sommet de sa gloire. Dans le sillage de son duo énorme avec Derrick Coleman, les Nets sont en train de filer en Playoffs pour la troisième année de suite. Son jeu sent le rue mais il a trouvé le parfait équilibre entre ses qualités venues du Queens et la rigueur, le sens de la gestion, nécessaires pour tenir le poste 1 dans la Grande Ligue. Il s’appuie sans modération sur sa vitesse dévastatrice et son handle de streetballer qui lui permet des fantaisies tout aussi efficaces que ravissantes pour les yeux des fans. Spin moves à pleine vitesse, floater si un intérieur vient lui barrer la route, finition tout en toucher sans hésiter à monter au dunk de manière explosive si l’occasion se présente, Anderson possède la panoplie complète du slasher qui met la défense adverse sous une pression permanente. Un slasher sachant slasher mais sachant aussi passer donc. Car au-delà de sa technique, celui qu’on surnomme Mr Chibbs montre des qualités de vision du jeu, de vista et de compréhension tactique qui lui permettent d’atteindre un niveau supérieur à bien d’autres fabuleux manieurs de ballon. Sur ce point, le petit Kenny peut remercier ses anciens coéquipiers de playground qui l’ont toujours « obligé » à leur faire des passes plutôt que de tenter de scorer.

Comme Rod Strickland qui arrivé avant lui en NBA mais qui ne percera vraiment qu’après lui, Anderson est en train de confirmer – une fois encore – que l’asphalte de la ville qui ne dort jamais (Strickland est originaire du Bronx) est un terreau parmi les plus fertiles pour le basket et notamment pour ce qui est de nous approvisionner en meneurs tout aussi spectaculaires que talentueux et flashy. En septembre 2008, Rod et Kenny seront d’ailleurs intronisés au Hall of Fame de la ville de New York. A l’époque, la carrière d’Anderson est déjà finie depuis trois ans. Sur le papier. Car sur le terrain cela fait bien plus longtemps. Cela fait plus dix ans et ce passage chez les Blazers lors de la saison 1996-97 ou peut-être allez, la saison 1999-00 chez les Celtics. Toujours est-il qu’après avoir atteint ou plutôt entrevu les sommets au milieu des années 90, Kenny Anderson a subi une lente mais inexorable descente aux enfers. De blessures en mauvais choix, la carrière du brillant numéro 7 des Nets s’est effritée. Et comme beaucoup d’autres avant et après lui, il n’a jamais retrouvé le niveau de jeu qui nous a tant ébloui.

Pire encore, les ennuis vont le poursuivre et lui gâcher la vie même une fois éloigné des parquets. En 2005, alors qu’il vient tout juste de raccrocher les sneakers et qu’il a tout de même empoché plus de 63 millions de dollars en 14 ans à écumer les planches, il n’aura d’autre choix que de se déclarer en faillite personnelle. Ses deux divorces et ses sept enfants biologiques sont clairement à la base de cette banqueroute. Cette première énorme claque en amènera d’autres, comme ce renvoi d’un poste de coach en 2013 après qu’il se soit fait arrêter pour alcoolémie au volant. Tous ces démons, Kenny Anderson va les affronter et même les raconter dans un documentaire paru en 2016 – ayant pour titre « Mr Chibbs » – et dont le but est de sensibiliser les jeunes joueurs sur les dangers de la célébrité et des millions de dollars qui coulent sur les stars NBA. Pour boucler la boucle des malheurs, alors qu’il était en train de remonter la pente, il a failli nous quitter définitivement en février dernier. Un AVC a provoqué son hospitalisation mais n’a pas eu raison de lui.

Vous l’aurez compris, le gaucher du Queens n’est pas du genre à lâcher l’affaire dans la difficulté. Depuis une quinzaine d’années, la vie ne lui a pas fait de cadeau mais l’image à retenir de Kenny Anderson est celle d’un petit bonhomme qui – même ce fut trop court – a réussi à éclabousser aussi bien le bitume que les parquets de son talent de basketteur. 

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