Old-School

Artis Gilmore : l’un des joueurs les plus puissants à avoir foulé un parquet, on a tendance à l’oublier

Artis Gilmore

Happy Birthday, A-Train !

Source image : youtube

Il est ce type de joueur qui tombe un peu dans les oubliettes, que l’on ne mentionne qu’à certains évènements particuliers. Mais cette date du 21 septembre est une parfaite occasion pour lancer la machine à remonter dans le temps, afin de revenir dans les années 70 – 80. Aujourd’hui, Artis Gilmore fête ses 69 ans, et il est temps de rappeler à quel point le pivot a dominé les débats, que ce soit en ABA ou en NBA. Avec ses 2m18 et ses 109 kg, Gilmore est l’un des joueurs les plus puissants à avoir foulé un parquet NBA, mais malheureusement, l’un des joueurs dont on a un peu oublié l’existence. Allez, session de rattrapage.

Quand on pense à Chicago, on pense à Michael Jordan, ou à Cristiano Felicio. Rien d’étonnant me direz-vous, mais si vous demandez aux fans des Bulls leur joueur préféré parmi ceux qui ont connu la période avant MJ, un nom leur vient à l’esprit tout naturellement : Artis Gilmore. Avant les années de triomphe, Chicago a connu un trou d’air entre 1975 et 1984 avec pour seul rayon de soleil Artis Gilmore, un pivot puissant, jamais dans la finesse, formidable rebondeur et énorme défenseur. Si certains peuvent citer Joakim Noah, Gilmore est le meilleur pivot de l’histoire de la franchise, ce qui vous donne un petit aperçu du bonhomme. Mais avant de marquer à jamais l’histoire de Chicago, Artis a d’abord marché sur la NCAA en signant notamment deux saisons à 20 points et 20 rebonds de moyenne à Jacksonville, et en remportant le championnat en 1970. Encore plus fort, sa moyenne de 22,7 rebonds sur une saison est la meilleure marque de l’histoire du championnat universitaire. En 1971 arrive le choix auquel chaque prospect devait faire face à l’époque : aller en ABA ou en NBA. Et Gilmore n’a pas vraiment été aidé car il a tout simplement été drafté… dans les deux ligues. D’un côté, les Kentucky Colonels le sélectionnent, étant la seule équipe capable de lui offrir un gros contrat (2,5 millions de dollars sur 10 ans). De l’autre, il faut attendre le 7ème tour et le 117ème choix pour voir le nom de Gilmore annoncé par les Bulls. Comme toute légende, son parcours est unique : il décide alors que ses victimes seront les joueurs de l’ABA. Nouvelle ligue, nouvel environnement, le pivot ne connaît pas le terme « temps d’adaptation ». Dès sa première année, il marche sur tout le monde, tournant à 23,8 points de moyenne accompagnés de 17,8 rebonds par match. Impressionnant ? Certainement, mais à côté  de ses cinq contres par match, ça l’est encore plus. Les distinctions commencent déjà à pleuvoir pour Gilmore dès sa première saison : il est tout simplement élu rookie de l’année et MVP, devant des gars comme Rick Barry ou Julius Erving. La consécration avec Kentucky arrivera en 1975 avec un titre de champion et de MVP des Finales à la clé, mais on aura besoin d’un peu plus qu’une petite ligne pour parler de cette série dans laquelle Gilmore nous montre ce que « monstrueux » signifie. En 1976, l’heure de l’ABA est révolue et il est temps de rejoindre la Grande Ligue, la NBA. Et qui d’autre que les Bulls pour se jeter sur le pivot qu’ils convoitaient depuis cinq ans maintenant. Gilmore restera six saisons dans l’Illinois, illuminera à l’époque le Chicago Stadium chaque soir, posant lors de la saison 77-78 sa meilleure ligne de stats en NBA : 23 points, 13,1 rebonds et 2,2 contres à 60 % au tir, et sera récompensé par quatre sélections au All-Star Game sous le maillot des Bulls. Mais il ne sera jamais assez entouré : un petit premier tour de Playoffs en 1977 perdu face aux Blazers, futurs champions, et un sweep subi en demi-finale de conf’ en 1981 face aux Celtics, alors que Jerry Sloan était revenu au bercail en tant que coach des Bulls. Sa pige de quatre saisons aux côtés de George Gervin à San Antonio sera un échec malgré deux nouvelles présences au match des étoiles, Gilmore est vieillissant et passe sous la barre du double-double de moyenne lors de la saison 1985-1986. Bouh, la honte. Revenu à Chicago pour jouer avec les prometteurs Jordan, Pippen et Grant, il repart dans la foulée chez le champion en titre, Boston, histoire d’avoir cette bague qui récompenserait son immense carrière. Fin d’une ère pour Boston car les Celtics sont battus par les Bad Boys de Detroit : Gilmore a malheureusement sa place parmi les monstres sans bagues qui ont foulé un parquet NBA. Il a montré que la transition ABA – NBA était plus que possible, marquant l’histoire de ces deux ligues et du basket en général. Tombé dans l’oubli, ce n’est qu’en 2011 qu’il fera son entrée au Hall of Fame, pour rejoindre le banc des plus grandes légendes de la balle orange, où une place lui sera toujours réservée.

« En grandissant dans ma ville natale, jouant avec de vieilles balles qui ne rebondissaient même pas, portant des vêtements et des chaussures qui n’étaient pas à la bonne taille, j’idolâtrais des joueurs comme Bill Russell, Wilt Chamberlain, Jerry West ou Oscar Robertson. Je n’aurais jamais imaginé qu’un jour, mon nom serait aux côtés des leurs au Hall of Fame du Basketball » – Artis Gilmore, lors de son discours d’intronisation au HoF.

Lors de l’annonce, en 2011, de l’entrée de Gilmore au Panthéon du Basket, on aurait pu reprendre ses mots et affirmer : on  n’aurait jamais imaginé qu’une telle légende ait dû attendre tant d’années pour enfin être honorée. Un joueur qui nous a offert des moments uniques dans l’histoire, même s’ils remontent à plus de 40 ans. Ses exploits en ABA ont petit à petit été oubliés alors qu’ils sont à l’image même du joueur. Ses Finales en 1975 face aux Indiana Pacers par exemple, une performance individuelle et collective hors du commun. Kentucky, champion cette année et coachée par Huble Brown, est la meilleure équipe de tous les temps pour Gilmore, rien que ça. Le pivot, accompagné par Dan Issel dans la raquette, va marcher sur ses adversaires tel un professionnel en National 3. Il va sortir deux énormes performances qui resteront gravées dans les bouquins d’histoire : 41 points et 28 rebonds lors du Game 3 qui permet aux Colonels de mener 3-0 dans la série. Indiana remporte le match 4, mais quand Gilmore décide d’en finir, il n’y a plus rien à faire. Lors du match du titre, il claque 28 points et 31 rebonds. Il n’a jamais dominé plus que cela dans les récompenses individuelles ni collectives, et ce titre de 1975, bien qu’il soit en ABA, est une consécration pour le joueur. Mais l’histoire aurait été bien différente sans la présence d’un homme en particulier : Kareem Abdul-Jabbar. Gilmore a toujours eu cette place de second, cette place qui relègue un incroyable joueur derrière un gars encore plus impressionnant. Souvent décrit comme le deuxième meilleur pivot de la ligue derrière KAJ, Gilmore a subi face au meilleur marqueur de l’histoire. Que ce soit individuellement ou collectivement, il a toujours été en dessous. Mais nous fêtons son anniversaire, alors on est obligé de mentionner ses deux plus belles actions face au pivot des Bucks et des Lakers, en commençant dans les années 80.

Cette action est légendaire, les deux meilleurs pivots se rentrant dedans dès que l’occasion se présente. Lors d’une contre-attaque, Gilmore reçoit la balle sur la ligne des lancers, petit pas, prend son envol… et écrase Kareem. Trop fort, trop long, trop puissant, trop bon en transition; cette action est la parfaite illustration d’Artis l’artiste sur un parquet. Mais pour voir sa meilleure action face à KAJ, il faut revenir en 1971, alors qu’il venait d’être drafté par Kentucky. Lors d’un match d’exhibition face aux Bucks, Gilmore va nous offrir l’un des moments les plus fous de sa carrière : il contre le skyhook de Kareem. On peut rappeler trois joueurs ayant réussi cet exploit : Ralph Sampson, Wilt Chamberlain et Poodle Willoughby. Mais aucun de ces contres n’est aussi impressionnant. Certes, il y a sûrement goaltending, mais la hauteur à laquelle Gilmore touche la balle grâce à sa détente et à la longueur de ses bras est impressionnante. Gilmore a eu ses moments de gloire face à KAJ, mais s’est résout à passer dans l’ombre de son adversaire, et ce n’est pas l’éclosion de Moses Malone qui l’aidera. Artis Gilmore se serait éclaté dans la NBA d’aujourd’hui, même s’il n’avait pas de tir extérieur. Il était un point d’ancrage dans la raquette, en attaque comme en défense, il adorait courir, pouvait finir en finesse comme en puissance. Son surnom « A-Train » n’est pas un hasard… Et plus important encore, il était épargné par les blessures, et pour un gars de près de 2m20, c’est assez rare. 670 rencontres jouées d’affilée entre 1971 et 1979 pour le meilleur contreur de l’histoire de l’ABA, et le plus adroit de l’histoire de la NBA (59,9 % au tir). 11 fois All-Star en 17 saisons et membre du Hall of Fame, nous tenons une légende mes amis.

On ne doit pas oublier les premières années de la ligue qu’on chérit tant. Les noms de Bill Russell, d’Oscar Robertson, de Wilt ou de KAJ nous viennent à l’esprit, mais d’autres monstres du basket ont foulé les parquets dans les années 60 à 80. Et Artis Gilmore fait partie de ces gars, il était donc temps de remettre un peu de lumière sur ce joueur unique. Il a illuminé l’une des franchises les plus mythiques, nous a offert des moments et des performances inoubliables. Le voir intronisé au Hall of Fame en 2011 n’était qu’une suite logique à une carrière hors du commun. Joyeux Anniversaire, Artis Gilmore. 

Source texte : NBA.com, BallisLifeBasketRetro

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