Futures stars

On est allés au « Axe Euro Tour » : l’élite des prospects français versus Bronny James et sa clique, récit d’une soirée un peu hors du temps

Axe Euro Tour

« Roman Domon, DONNE-MOI TON SHORT ! »

Source image : TrashTalk

« Tout le bonheur du monde réside dans l’inattendu », défendait Jean d’Ormesson. Dès cet instant, heureux qui comme TrashTalk s’est déplacé au palais des sports Maurice Thorez de Nanterre pour y voir Bronny James escalader le cousin d’Alexis Ajinca, le tout sous les yeux de Tyronn Lue, Nicolas Batum et Hugo Ekitike. Pouvait-on sincèrement rêver d’un meilleur 15 août ?

Il est 19h. Nous arrivons devant le palais des sports Maurice Thorez où, une heure avant le début des hostilités, s’est déjà formée une file d’attente d’une vingtaine de mètres. La billetterie n’est là que pour renseigner, l’évènement se jouera à guichet fermé. Ce soir, aucune trace de Luke Fischer, Benjamin Sene ou encore Chris Horton, mais la présence aussi insolite qu’exceptionnelle des joueurs du California Basket Club, parmi lesquels Bronny James, Bryce James, Justin Pippen et Ashton Hardaway. Les noms ne sont pas illusoires, ces quatre ados sont bien des « fils de » venus à Nanterre pour y affronter l’élite des prospects français, U16, U17 et U18 confondus. L’agence sportive « Comsport », importateur n°1 des basketteurs français en NBA, a effectivement profité du passage de ces phénomènes surmédiatisés – et donc des caméras d’ESPN 2 – pour présenter ses pépites à la planète basket. À la base, les 3000 spectateurs ne se sont pas forcément déplacés dans l’espoir d’un résultat tricolore, mais plutôt pour se faire une idée sur le niveau véritable de ces quatre « fils de » dont, en dépit d’innombrables vidéos de highlights lesquelles omettent trop souvent de recenser les pertes de balles – on ne savait rien de vérifiable. Ainsi, quand ils viennent à nous – entre une date à Londres et une seconde à Rome – rien ne vaut une bonne paire d’yeux et un siège au premier rang de Maurice Thorez pour se faire sa propre idée sur les gamins de nos idoles.

Il est 19h55. Les hymnes nationaux résonnent dans un palais des sports mué en chaudron. Par « chaudron » on entend bien sûr qu’il y règne une grosse ferveur, mais pas que. Il fait 43 degrés dans l’enceinte et chaque objet susceptible de servir d’éventail – accréditation, prospectus ou même une cannette vide – provoque un duel à mort entre ses courtisans. Malgré cette chaleur, de sacrés guests ont répondu présent. De passage à Paris, Tyronn Lue s’installe dans le petit carré VIP, quelques minutes avant que Victor Wembanyama ne le rejoigne. Ni une, leur poignée de mains fait le tour des internets. On aperçoit aussi Amara Sy, l’Amiral, fraîchement nommé directeur sportif du Paris Basketball, et Clarence Nadolny, le Français de Texas Tech qui entre dans son année senior. Le speaker, agréablement anticonformiste, annonce également la présence de Hugo Ekitike, la dernière recrue du Paris Saint-Germain. Nicolas Batum s’est quant à lui levé très/trop tôt le matin, et n’arrivera qu’à la mi-temps. Qu’a-t-il loupé ? Trois fois rien, juste un probable morceau d’histoire.


Quelle était la probabilité de voir un jour Bronny James poser son premier appui sur un logo Leclerc avant d’écrabouiller, main inverse, le cousin d’Alexis Ajinca ? Partagée par LeBron James et Stephen Curry, cette action a octroyé un bel écho à l’événement, qui ne s’est pour autant pas limité à la mise en lumière de Bronny. En première mi-temps, le Français Bilal Coulibaly a littéralement fait se lever les foules en interceptant une mauvaise passe du fils James, avant d’aller claquer un sac à dos en très haute altitude. Dès lors, l’ambiance vire en arène de combat. De chaque lock-down d’un tricolore sur Bronny découlent des hurlements de gladiateurs en tribune. Le traitement maison par excellence. En second du général Coulibaly, Roman Domon – annoncé poste 3 mais que l’on a trouvé génial à la création – éclabousse lui aussi la rencontre de sa netteté. Lorsque le blondinet du BCM Gravelines est sur le parquet, les séquences offensives françaises gagnent en structure et la pureté de son jeu n’échappe à aucun observateur présent dans la salle. Sa mécanique de tir, bien que peu académique et propulsée vers l’avant, fait mouche à une vitesse impressionnante. Et puis, sa nonchalance lui façonne un flow tellement unique. L’impression qu’il a interro de SVT à 8h le lendemain et que son seul souci est de terminer le match pour aller réviser la division cellulaire des eucaryotes. En bref, cette sélection française a du charme mais se voit dominée à l’entracte, 50 à 41, par des Californiens dépendants de Bronny (16 points). L’autre fils James, Bryce, qui n’est qu’un 2007 (son frère est un 2005) n’a pas encore foulé le parquet.

À la reprise, Ashton Hardaway sort un peu de sa boite dans un registre pas évident à cerner. Un poil rondouillard, le fils de Penny évolue sur le poste 2 et parvient, sur un ou deux drives, à faire la différence au physique. Mais comme le reste des coéquipiers de Bronny, il ne parvient pas à inscrire son bon passage dans la durée. Peu à peu, l’avance des cainris dégraisse et le trio Bilal Coulibaly – Roman Domon – Maxim Logue s’empare de la rencontre. Le dernier nommé, pensionnaire de l’INSEP, a désossé la raquette californienne tout en faisant étalage d’une chouette polyvalence : capable de remonter le ballon, de filer en drive ou de conclure un alley-oop en déséquilibre, son alliage toucher/puissance/agilité a probablement tapé dans l’œil des scouts présents à Maurice Thorez. Il a surtout permis aux Français d’infliger un 20 à 5 aux cainris en sortie de vestiaire. Ce run a complètement désarmé Bronny James, alors auteur de sa cinquième faute, et dans l’obligation de sortir sans ponctuer sa perf’ à 25 points par une victoire. C’est rageant, mais le meneur d’1m91 a balayé bon nombre de nos a priori. Il est un vrai joueur de basket-ball, propriétaire d’une impressionnante palette aérienne, et capable de prendre le lead quand ses coéquipiers sont à la masse. À un an d’une arrivée en NCAA, claquer 25 perles contres des jeunes ayant déjà la fibre professionnelle est annonciateur d’une grande maturité. Ce que n’a pas encore son frère dont l’entrée en seconde période n’a provoqué pour seules réactions que des : « Oh elles sont trop stylées ses lunettes ». Tranquille : il n’a que 15 ans et avoisine les 2m, ça viendra quand ça viendra.

On ne l’a pas souligné plus haut mais la rencontre s’est terminée par une entrée d’Oscar Wembanyama (2007), le jeune frère de Victor, passeur décisif pour un ultime tomar de Bilal Coulibaly. Ce dernier a été élu MVP de la rencontre, en dépit de notre béguin pour Roman Domon. Les deux prospects repartent quoiqu’il arrive en ayant gagné le cœur du public. L’un a scoré 25 points à 8/10 au tir et intercepté 5 ballons, l’autre n’a inscrit “que” 12 unités mais s’est illustré par son importance capitale dans la victoire des Bleus, 97 à 85. On lève également le pouce pour le catch-and-shoot de Melvin Ajinca et le potentiel de Tidjane Salaun, qui mesure 2m05 tout en évoluant à l’aile. Les Choletais l’appellent le « French KD », les autres, plus objectifs, attendent que ce 2005 règle la mire pour commencer à s’enflammer. De notre côté, on s’est régalés en tous points. Le privilège d’assister à la première très grosse action de Bronny James en carrière, couplé à cette curiosité satisfaite vis-à-vis des nouvelles générations françaises, ont fait de cette deuxième pige du « Axe Euro Tour » une grande réussite. Avant de s’y rendre, l’évènement sentait le All-Star Game de Wish où deux équipes d’ados encore irréguliers allaient s’échanger des parpaings contre le plexi. On a finalement eu le droit à un vrai spectacle, bien que dénué de systèmes – tous les joueurs n’étant pas habitués à évoluer ensemble – entre deux équipes investies dans leur quête de succès, et mises sous pression par le prestige et le poids de certaines paires d’yeux en tribune. Une belle promotion pour la formation française, y’a plus qu’à investir dans une clim.

Immense succès que ce passage du Axe Tour à Nanterre. Des purs talents qui ont montré les dents – Coulibaly, Domon, Logue, Salaun, Ajinca, Owona et compagnie – contre une équipe de « fils de » que l’on attendait de pouvoir jauger. De surcroît les présences de Victor Wembanyama, Tyronn Lue et Nico Batum ont ajouté un peu de prestige à un évènement dont la marge de progression se situe exclusivement dans la logistique. Tu règles ça, et c’était parfait.

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