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Bill Russell et Red Auerbach, un duo joueur-coach qui a marqué la NBA : récit d’une amitié dépassant le simple cadre de la balle orange

Red Auerbach Bill Russell

Merci pour tout Bilou, et bon voyage.

Source image : YouTube

Étoile parmi les étoiles, Bill Russell s’est éteint ce dimanche à l’âge de 88 ans. Une fin paisible, pour celui qui aura laissé une empreinte indélébile dans l’histoire de la Grande Ligue. Superstar en son temps, Bill Russell est une légende absolue ayant fait passé le jeu dans une autre dimension. Drafté par les Boston Celtics en 1956, le pivot y aura par la suite disputé toute son immense carrière. Derrière cette décision ? le mythique Red Auerbach. D’abord coach puis président des Celtics par la suite, Red peut se targuer d’être une figure importante dans l’aventure de Bill Russell en NBA, tant la relation entre les deux était unique. 

Emmenés par le génialissime Bob Cousy, les Boston Celtics version années 50 sont une formidable machine offensive, capable de faire le show chaque soir. Parmi les teams ayant inscrit le plus de points en NBA à cette époque, la franchise coachée par Red Auerbach est malgré tout à la peine défensivement. Pour preuve, entre 1950 et 1956, les C’s ne sont jamais parvenus à se hisser jusqu’aux finales NBA, échouant à plusieurs reprises en finale de Conférence. A chaque problème sa solution, et Red se met alors en tête de signer un joueur plus défensif, capable de faire passer un cap à son équipe. Alors que la Draft 1956 approche et que Boston détient le septième choix, le légendaire coach au cigare entend parler d’un jeune joueur du nom de Bill Russell. Un jeune intérieur de San Francisco doué de qualités athlétiques exceptionnelles mais a priori limité offensivement. Qu’importe pour Auerbach qui décide quand même de tenter le coup. Les Celtics envoient Ed Macauley et Cliff Hagan aux Hawks (de Saint-Louis à l’époque) et récupèrent donc le second pick de draft. Le pari est risqué pour l’époque, tant l’importance du secteur défensif est relative. Il en faut cependant bien plus pour faire douter Red Auerbach et Bill Russell débarque alors en NBA, le gamin de l’université de San Francisco est désormais joueur pour les Boston Celtics. La légende de William Felton « Bill » Russell peut commencer.

Dès sa première saison en NBA, le fit entre les deux hommes est évident. Pour preuve, Auerbach fait de Russell la pièce centrale de sa défense. L’impact du rookie sur le jeu est démentiel. Véritable monstre dans la raquette, Bilou écrase ses matchups les unes après les autres et gobe les rebonds à tour de bras. Red Auerbach a trouvé son joyau, il ne lui reste désormais plus qu’à le polir. Pour tirer le plein potentiel de son pivot, il met en place un système de jeu basé sur la transition rapide après rebond, c’est le début du légendaire run and gun. Les Celtics déroulent et terminent la saison 1956 avec un bilan de 44 victoires pour 28 défaites. Petit bonus sympa, les C’s décrochent par la même occasion leur premier ticket pour une finale NBA, face aux Hawks de Saint-Louis emmenés par le mythique Bob Pettit. La série est extrêmement serrée et atteint son point d’orgue le 13 avril 1957 lors du Game 7. Bill Russell envoie du bois, capte 32 rebonds et s’offre un contre ultra-clutch sur Jack Coleman, désormais connu sous le nom de « Coleman play ». Ils l’ont fait. Red Auerbach et son poulain offrent aux Boston Celtics le premier titre de leur histoire. Le premier chapitre d’une glorieuse épopée s’écrit en lettres d’or, et la bannière glanée par les deux hommes trône désormais au plafond du Boston Garden pour l’éternité.

Les fondations d’une équipe all-time sont posées et la suite n’est en pas moins glorieuse. Sur les bases d’une jolie composition estampillée Hall of Fame (Russell, K.C Jones, Bill Sharman ou encore Bob Cousy pour ne citer qu’eux) les C’s mettent en place une domination totale et absolue. Sous la houlette de Red Auerbach, la bande à Bill remporte neuf titres de champion dont huit consécutivement, entre 1959 et 1966. A l’issue de la saison 1965-66, le tacticien des Celtics annonce se retirer de son poste d’entraîneur pour devenir directeur de la franchise. Le poids de l’héritage laissé par Red est lourd, trop lourd à porter pour n’importe quel coach classique. Non, pour Auerbach, son successeur est évident, ce sera Bill et personne d’autre. Plus qu’une relation joueur/coach, Russell et lui ont développé autre chose. Une amitié simple mais si sincère, entretenue par un irrépressible désir de gagne. Gagner, gagner et encore gagner, les deux hommes se cultivaient sur cette base, loin de tout faux-semblant. Bill Russell racontera d’ailleurs dans son livre au titre si éloquent : « Red and Me : My Coach, My Lifelong Friend » :

« Nous ne savions pas grand-chose de la vie privée de l’autre. Aucun de nous deux ne savait si l’autre était Républicain ou Démocrate. Je ne savais pas s’il allait à la synagogue, et il ne savait pas si j’allais à l’église. Pour beaucoup de gens, cela peut paraître étrange mais pour nous, c’était la routine. C’était comme ça que nous étions, et nous aimions cela ainsi.« 

Si l’on peut dire de Red qu’il était le feu, Bill était sans aucun doute la glace. Coach colérique et tempétueux, Auerbach s’adoucissait pourtant à la simple présence de Bill Russell. Duo complémentaire sur le parquet comme en dehors, les deux hommes se sont toujours complétés à la perfection. Sans-cesse en quête de victoires, le pivot a vite compris que le comportement autoritaire et parfois détonnant de son coach allait finalement de paire avec son ardent désir de succès. Franchissant parfois les limites du raisonnable, Red pouvait pourtant toujours compter sur Bill Russell pour assurer ses arrières. Admirez plutôt l’anecdote : lors d’un match face à Wilt Chamberlain, le coach des Celtics s’en est pris au « Big Deeper » de manière un peu trop véhémente. Vous vous en doutez, on n’énerve pas le gros Wilt sans conséquences et ce dernier s’est alors dirigé vers Auerbach pour lui coller une bonne grosse mandale. C’était toutefois sans compter sur l’intervention de Bill Russell, se dressant alors entre les deux pour expliquer au « Stilt » qu’avant de s’en prendre à Red, il devrait d’abord lui passer dessus. L’anecdote est savoureuse et parfaitement fidèle à la relation entre les deux icônes des C’s. Bien plus développée qu’une connexion joueur/entraîneur classique, de l’amitié des deux hommes a découlé une dynastie sans égale dans l’histoire de la Grande Ligue. Se poussant mutuellement et se soutenant sans-cesse, chacun a grandement contribué au mythe de l’autre. Deux immenses hommes dont les exploits seront contés encore longtemps. Superstars en leur époque, les noms de Red Auerbach et Bill Russell noirciront les tableaux de la Grande Ligue pour toujours.

Si Red Auerbach s’en est allé il y a 16 ans maintenant, c’est désormais au tour de son grand pote de le rejoindre. Deux légendes du jeu sont désormais éteintes, mais les vestiges de leur succès passé culminent à jamais dans l’enceinte du Garden. Champions parmi les champions, Red Auerbach et Bill Russell auront marqué la NBA par une domination unique et sans-partage. Symbole ultime de la gagne, il ne fait aucun doute que ces deux étoiles continueront de se battre pour briller très fort là-haut, bien plus fort que toutes les autres.

Sources texte : ESPN, YouTube

 

 

 

 

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