One-on-One

Anthony Edwards : derrière le talent, le sourire et les grandes déclas, une story marquée par une double tragédie familiale

Avant ses grands débuts en Playoffs, retour sur le parcours douloureux de celui qu’on surnomme « Ant-Man ».

Source image : NBA League Pass

Vainqueurs des Clippers au play-in tournament dans une ambiance de folie, les Wolves ont validé leur ticket pour les Playoffs après des années de misère. L’un des grands acteurs de cette qualification ? Anthony Edwards, qui a particulièrement brillé dans le match le plus important de sa jeune carrière. Mais derrière son immense talent, sa joie de vivre contagieuse et la grande gueule qui caractérise « Ant-Man » se cache une story marquée par une double tragédie familiale. Retour sur le parcours de la pépite de Minnesota avant son arrivée sur la grande scène des Playoffs.

Anthony Edwards est assis là, sur le podium face aux journalistes, avec son maillot des Wolves sur le dos et à côté d’un Pat Beverley encore en transe suite à la victoire XXL de Minnesota face aux Clippers. L’arrière des Loups a forcément le smile, il vient d’aider sa franchise à atteindre les Playoffs pour la première fois depuis 2018 et seulement la deuxième depuis les années Kevin Garnett au début du nouveau millénaire. Au cours de la conférence de presse, « Ant-Man » n’hésite pas à lâcher de grandes phrases parce qu’il n’est pas du genre à avoir la langue dans sa poche. « Ils étaient effrayés à l’idée de défendre sur moi, et j’en ai profité » balance-t-il au micro sans sourciller. Certains prendront peut-être ça comme de l’arrogance, mais c’est juste Anthony Edwards qui fait du Anthony Edwards. Un gamin qui ne se prend pas la tête, qui dit ce qu’il pense, qui respire la confiance et qui profite à fond du moment présent. Autant de traits de personnalité qui l’ont aidé à devenir l’un des piliers d’une équipe NBA compétitive alors qu’il est à peine dans sa deuxième saison chez les grands. Mais cette personnalité, elle s’est forgée comme chez tout le monde à travers l’influence de son entourage ainsi que ses expériences vécues. Et justement, « Ant-Man » en a du vécu pour un jeunot de seulement 20 piges.

2015, année noire pour la famille Edwards

Atlanta, le 11 février 2019. Ce jour-là, dans sa ville natale et à l’intérieur du gymnase de son lycée où il s’est imposé comme le meilleur prospect du pays, Anthony Edwards est sur le point d’annoncer devant les caméras de CBS Sports l’identité de l’université qu’il va côtoyer pour la prochaine étape de sa carrière. L’ensemble de sa famille est derrière lui, avec notamment son petit neveu qu’il prend dans les bras au moment de dévoiler son choix. Et là surprise, ce dernier porte un t-shirt de la fac locale de Georgia sous son mini-gilet Adidas. Malgré la sollicitation d’universités plus prestigieuses comme Kentucky, North Carolina, Kansas ou encore Florida State, « Ant-Man » enfile donc une casquette des Bulldogs sous les applaudissements de ses proches.

Vous vous demandez peut-être pourquoi Edwards a décidé de snober certains des meilleurs programmes NCAA pour privilégier celui de Georgia, plus connu pour ses résultats en foot US qu’en basket. La présence du coach Tom Crean fait partie des raisons qui expliquent son choix, ce dernier ayant entraîné Dwyane Wade à Marquette et Victor Oladipo à Indiana, deux arrières représentant de véritables sources d’inspiration pour « Ant-Man ». Mais la vraie raison dépasse largement le cadre du parquet.

« Sans ma famille, je ne suis rien. »

Rester proche des siens, à la maison, dans son État natal. Et pour cause, quatre années auparavant, la famille Edwards est touchée par une double tragédie alors qu’Anthony n’a que 14 ans et qu’il est en quatrième. Sa mère Yvette est frappée par un cancer et décède en janvier 2015. Quelques mois plus tard, c’est sa grand-mère Shirley – chez qui il a tant joué au ballon avec ses deux frangins – qui perd la vie pour la même raison. Anthony Edwards vient de voir ses deux plus grands repères s’envoler brutalement, lui qui a en plus perdu une sœur avant sa naissance et grandi avec un père souvent absent dont le plus grand héritage est le surnom « Ant-Man » qu’il a laissé à son garçon. C’est son frère Antoine et sa sœur Antoinette qui doivent ainsi prendre l’autorité parentale, tandis que des membres de l’entourage step-up pour qu’Edwards reste sur le droit chemin. Son coach perso Justin Holland, son ancien entraîneur de football et ami de la famille Andrew Banks, ou encore son coach de basket en AAU Dana Watkins sont tous là pour aider Anthony à traverser cette épreuve qui paraît insurmontable.

« En 2015, j’ai perdu ma mère et ma grand-mère. C’était pas facile. J’ai tout simplement continué à jouer au basket. Avec mon frère, on s’est dit qu’on n’allait pas arrêter de jouer, car si elles étaient encore parmi nous, elles nous diraient de continuer. J’ai mis tout mon énergie dans le basket. J’ai arrêté de me prendre la tête avec tout le reste. »

Continuer coûte que coûte, c’est ce qu’Yvette et Shirley auraient voulu, elles qui encourageaient constamment Anthony au cours de ses plus jeunes années. Notamment au bord des terrains de… foot US, sur lesquels Edwards mettait la misère à tout le monde quand il avait seulement huit ou neuf ans. Parce que oui, « Ant-Man » est plus balle ovale que balle orange à la base. Mais une fracture de la cheville l’a poussé à quitter le gridiron pour véritablement privilégier les parquets, conscient que ses qualités athlétiques de folie pouvaient l’emmener bien plus haut dans le monde du basket. Comme quoi, le hasard fait parfois bien les choses.

« Ma mère, c’était la meilleure femme du monde. J’étais son préféré. Je dormais avec elle, elle m’apportait à manger tard le soir quand elle rentrait du boulot, elle prenait ma défense quand je m’embrouillais avec mon frère et ma sœur. Elle m’a donné la motivation pour progresser chaque jour. Quand je vais à la salle, je n’ai pas besoin que mes entraîneurs me disent « Surpasse-toi ». Ma mère et ma grand-mère me le disaient déjà. »

Durant les 32 matchs joués sous le maillot de l’université de Georgia lors de la saison 2018-19, Anthony Edwards porte le numéro 5. Pourquoi le 5 ? Car sa maman et sa mamie sont toutes les deux décédées un 5 du mois. C’est un joli moyen pour « Ant-Man » de rendre hommage aux deux femmes les plus influentes de sa vie mais leur absence pèse évidemment beaucoup. Car même s’il a souvent le sourire, un tel traumatisme « frappe directement le cœur » pour reprendre les mots de son grand frère Bubba, et « Ant-Man » est plutôt du genre à intérioriser.

« Ma grand-mère était notre colonne vertébrale. Elle nous disait, ‘peu importe ce qui arrive dans la vie, souris car tu as pu te réveiller pour profiter d’une nouvelle journée’. C’est pourquoi les gens me voient toujours avec un sourire sur le visage, peu importe ce qui se passe. Je ne laisse rien transparaître. »

Le parquet est l’endroit sacré où Anthony peut libérer toutes ses émotions. Cependant sa seule saison à Georgia est caractérisée par des hauts et des bas. Certains soirs, Edwards montre clairement pourquoi il est le meilleur prospect du pays. D’autres, il brille par son manque d’implication et de concentration, à tel point que certains scouts NBA se demandent si Anthony a ce qu’il faut en matière d’instinct de compétition pour cartonner un jour au plus haut niveau. Sera-t-il l’un de ces joueurs qui fera une carrière tout juste honnête en se reposant uniquement sur son immense talent ? Ou possède-t-il la motivation pour véritablement le maximiser ? Voilà le genre de questions qui entourent le bonhomme à sa sortie de l’université. Son coach à Georgia Tom Crean n’hésite d’ailleurs pas à le dire avant la Draft NBA 2020 : Edwards a besoin de structure, de stabilité, de soutien, et des bonnes personnes autour de lui afin qu’il puisse devenir la meilleure version de lui-même.

Malgré les doutes pouvant entourer Anthony Edwards, les Minnesota Timberwolves misent sur la pépite avec le premier choix de la Draft NBA 2020. Peut-être que la story du garçon a plus inspiré les dirigeants que les critiques existant à son sujet, car beaucoup de gamins n’en seraient pas arrivés là après avoir vécu un tel traumatisme à seulement 14 ans. Dans un climat COVID qui force alors la Grande Ligue à organiser la Draft en visio (quelle époque), « Ant-Man » apprend la nouvelle depuis chez lui, à Atlanta, avec sa famille. Deux tableaux représentant sa mère et sa grand-mère sont minutieusement placés à ses côtés, et Anthony porte un t-shirt avec leurs noms marqués dessus et des ailes d’ange. « Elles sont toujours avec moi » déclare-t-il alors, la casquette des Wolves fièrement fixée sur la tête. Avec toujours le même objectif : rendre fières maman et mamie.

Des premiers Playoffs pour prendre une nouvelle dimension

En marquant 30 points au play-in tournament face aux Clippers tout en se montrant bien clutch dans les ultimes instants de la rencontre, Anthony Edwards a prouvé qu’il n’est pas du genre à être effrayé par les grands moments. Premier match de postseason en carrière, une place en Playoffs en jeu, quasiment 19 000 fans au taquet… on connaît beaucoup de sophomores qui auraient été envahis par l’enjeu. Mais pas « Ant-Man ». Probablement que son parcours de vie a quelque chose à voir avec ça. Car si cette rencontre face à Los Angeles représentait l’une des plus importantes dans l’histoire récente des Wolves (et on l’a clairement vu au moment de la grande célébration après le buzzer), au final ça restait un match de panier-ballon. Rien de plus. Et quand l’arbitre lance la balle en l’air pour donner le coup d’envoi, il n’y a qu’une seule chose qui compte pour Anthony : prendre du plaisir en faisant abstraction de tout le reste afin de jouer son meilleur basket. Tous les plus grands possèdent cette capacité en plus de leur immense talent, et Edwards semble avoir tout ce qu’il faut pour justement intégrer l’élite de la NBA un jour.

« En dehors du terrain, il est toujours positif. Toujours. Et puis avec son talent, ses skills… c’est fou, il a une chance de devenir vraiment, vraiment, vraiment spécial. »

– Pat Beverley sur Anthony Edwards

La prochaine grande étape pour lui, c’est celle qui arrive : un premier tour de Playoffs face aux Memphis Grizzlies du phénomène Ja Morant. La postseason, c’est véritablement le moment où on se fait une réputation, où on gagne le respect de ses pairs, où on peut entrer dans une nouvelle dimension. Et pour Anthony Edwards, ce sera surtout l’opportunité de montrer qu’il fait clairement partie de cette catégorie de jeunes stars qui vont faire la NBA d’aujourd’hui mais surtout de demain. Oui, il possède un statut de premier choix de draft, mais il a vu LaMelo Ball remporter le titre de Rookie de l’Année en 2021. Oui, il fait partie des joueurs de moins de 21 ans ayant marqué le plus de points dans l’histoire de la Ligue (juste derrière LeBron James, Kevin Durant et Carmelo Anthony, plutôt pas mal), mais il n’a pas encore participé au All-Star Game. Et oui, il a lâché certains des plus beaux highlights qu’on a pu voir en NBA au cours des deux dernières saisons (pauvre Yuta Watanabe…), mais le tout sous le maillot d’une franchise habituellement moribonde et réputée pour son côté dysfonctionnel ainsi que ses résultats médiocres.

Ces Playoffs 2022, ils se transformeront peut-être en véritable coming-out party pour Anthony Edwards. Non pas qu’on s’attende à ce qu’il porte les Wolves vers un énorme upset sur le deuxième de la Conférence Ouest, mais AE1 a typiquement le profil du mec capable d’enflammer une série à travers son talent, ses qualités athlétiques, sa grande bouche et son mindset. Dans sa tête, il se dit sans doute qu’il a tout ce qu’il faut pour regarder Ja Morant droit dans les yeux des deux côtés du terrain et mettre en difficulté les Grizzlies, comme on a déjà pu le voir en saison régulière. Et c’est exactement pour cette raison que cette série entre Minnesota et Memphis risque de faire de grosses étincelles, peu importe l’écart de niveau séparant les deux équipes sur le papier. Et de tout là-haut, Yvette et Shirley seront évidemment à fond derrière lui pour l’encourager.

De cette double tragédie familiale en 2015 à la magie des Playoffs en 2022, Anthony Edwards a parcouru beaucoup de chemin. Et aujourd’hui il semble prêt à utiliser la grande scène de la postseason pour franchir un gros cap dans sa carrière après avoir aidé les Wolves à redresser la barre sous les ordres de Chris Finch. Un conseil : attachez vos ceintures, « Ant-Man » est sur le point de s’envoler.     

Sources citations : ESPN/The Undefeated, The Old Man and the Three

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