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Ben Gordon s’ouvre comme jamais : entre parano, anxiété et tentative de suicide, l’ancien Bull raconte sa descente aux enfers

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Source image : YouTube

Malgré les préjugés qui existent toujours et le côté tabou qui continue de l’accompagner, le sujet de la santé mentale est de plus en plus discuté, notamment dans l’univers NBA. Des grands noms comme DeMar DeRozan et Kevin Love ont permis de mettre véritablement la lumière sur ce thème en dévoilant leurs démons intérieurs, et ils ont en quelque sorte ouvert la porte à d’autres athlètes pour en faire de même. Le dernier en date, c’est Ben Gordon, ancien joueur des Bulls qui a failli commettre l’irréparable. 

C’est dans un long papier sur The Players’ Tribune que Ben Gordon a dévoilé son histoire, ou plutôt sa descente aux enfers après sa carrière NBA. Un papier poignant, presque glaçant, dans lequel il raconte comment il a failli mettre fin à ses jours après avoir quitté la Grande Ligue. Pour ceux qui ne se souviennent que vaguement de ce joueur ou les plus jeunes qui n’ont pas pu le voir jouer durant ses meilleures années à Chicago, sachez qu’on parle là du Sixième Homme de l’Année 2005, trophée qu’il a remporté alors qu’il n’était que rookie. Une première dans l’histoire de la NBA. Il a évolué cinq saisons sous le maillot des Bulls, avec deux campagnes à plus de 20 points par match, et était même surnommé « Mr. Fourth Quarter » pour ses exploits dans les quatrièmes quart-temps. Il faisait partie du noyau (avec également Luol Deng et Kirk Hinrich) qui a redonné des couleurs à la franchise de Chicago après plusieurs années bien crades suite au départ de Michael Jordan & Cie. Mais après son départ de la Windy City en 2009, sa carrière n’a plus jamais eu la même saveur, lui qui est passé par Detroit, Charlotte et enfin Orlando. Il a joué ses derniers matchs NBA avec le Magic lors de la saison 2014-15, avant de véritablement plonger, lui qui a connu plusieurs arrestations après sa carrière de joueur – notamment pour violences – et même une hospitalisation pour problèmes psychologiques.

« C’était juste après ma dernière année dans la Ligue, et je vivais dans un immeuble brownstone à Harlem. J’avais perdu ma carrière, mon identité et ma famille, tout ça pratiquement en même temps. J’étais maniaco-dépressif. Je ne mangeais pas. Je ne dormais pas. »

Pensées profondes et obsessionnelles, anxiété, insomnie, paranoïa, attaques de panique, hallucinations, et l’impression d’être un zombie, toujours vivant physiquement mais mort à l’intérieur. Voilà l’état dans lequel se trouvait Ben Gordon, qui ne comprenait pas vraiment ce qui lui arrivait. Le seul scénario qu’il pouvait envisager ? Un scénario d’origine religieuse. La religion et la spiritualité font partie du personnage, et il pensait être « bloqué au purgatoire après la mort, entre le paradis et l’enfer ». Malgré tout ça, il n’avait alors aucune intention d’aller parler à un psy. Il considérait ce type de démarche inutile, et pensait que ses problèmes ne regardaient personne et qu’il devait les régler par lui-même, comme un homme. Sauf que ses problèmes sont devenus tellement difficiles à supporter qu’il a continuellement pensé au suicide pendant plusieurs semaines. Un jour, il a même regardé la mort en face.

« J’étais obsédé à l’idée de me tuer. C’est tout ce que je cherchais, je ne pensais qu’à ça. Une nuit, mes attaques de panique étaient tellement horribles que je ne pensais qu’à une seule chose, trouver une échappatoire. Croyez-moi, vous devenez comme un animal. C’est instinctif.

J’ai pris l’une de ces grosses cordes à sauter – celles en caoutchouc et bien épaisses – pour la mettre autour de mon cou. J’ai pris une chaise. Et je me suis pendu. Vraiment. »

S’il est aujourd’hui toujours en vie, c’est parce qu’il s’est rendu compte d’une chose au moment de sa tentative de suicide. Il a eu comme une révélation. Pour la première fois, il a réussi à se détacher mentalement de ses démons.

« Je sentais que mes vaisseaux sanguins présents dans ma tête étaient sur le point d’éclater, et c’est alors que j’ai eu cette pensée, sortie de nulle part. Cela ne m’était jamais arrivé avant.

‘Yo BG… Tu es vraiment sur le point de mourir. Tu ne veux pas mourir. Tu ne veux pas vraiment te tuer. Tu veux juste tuer ton anxiété. Tu veux vivre, B. Tu veux VIVRE, sale con. Fais ce qu’il faut pour te sauver.' »

Comment en est-il arrivé là ? Quelles sont les causes ? Qu’est-ce qui a provoqué cette descente aux enfers ? Si l’on en croit le témoignage de Ben Gordon, la fin de sa carrière NBA a en quelque sorte lâché les démons qui existaient en lui depuis son enfance, mais qui étaient sous contrôle grâce au basket. Son côté obsessionnel, sa mentalité de tueur, sa volonté de détruire… Gordon pouvait exprimer tout ça sur les parquets de la Grande Ligue. Et on peut dire que cette mentalité a aidé l’ancien joueur des Bulls quand il s’agissait de faire mal à l’adversaire. Par contre, une fois que la structure apportée par sa carrière NBA n’était plus là pour canaliser « sa colère, sa douleur, sa peur et ses regrets », les choses ont commencé à sérieusement dérailler pour lui. Ben Gordon ne s’est pas vraiment exprimé sur les véritables origines de ces différentes émotions ou les traumatismes qu’il a pu vivre par le passé, mais il a tout de même raconté en détail l’expérience qu’il a traversée quand il a été interné dans un hôpital psychiatrique en 2017, après l’une de ses arrestations. Une expérience « terrifiante », qu’il avait du mal à saisir à l’époque et qui a provoqué un phénomène de dissociation avec sa propre personne.

« J’étais convaincu d’être un clone. Le corps dans lequel je suis ne peut pas vraiment être mon corps. Impossible. »

Au final, ce sont paradoxalement ces différentes arrestations et une thérapie imposée qui ont permis à Ben Gordon de reprendre sa vie en main. Se livrer à un psy, même s’il était très réticent au départ, a aidé l’ancien joueur des Bulls. Pendant des mois, Ben a pu s’exprimer sans être jugé, ce qui lui a permis de mieux se comprendre et surtout de s’accepter. Et s’il a décidé de mettre en lumière ses galères à travers un papier sur The Players’ Tribune, c’est parce qu’il pense que son histoire peut aider d’autres athlètes qui traversent des problèmes similaires.

« Je sais que pour les athlètes, tout ça ressemble à des conneries, ça sonne soft. Nous sommes conditionnés pour penser comme ça. C’est presque un lavage de cerveau. Mais la raison pour laquelle je vous raconte mon histoire, c’est parce que je sais – je sais – qu’il y a des joueurs qui ont besoin d’aide. À ces joueurs, je leur dis, ‘Ne vous inquiétez pas’.

Vraiment. Va chercher de l’aide. Trouve un psy, assieds-toi et parle de tes emmerdes, frère. »

L’histoire de Ben Gordon est un exemple frappant de la transition parfois très difficile que peut connaître un athlète après sa carrière professionnelle. Certains rencontrent de gros problèmes financiers, d’autres des problèmes psychologiques très sérieux. Au final, on ne peut qu’applaudir l’initiative de l’ancien joueur des Bulls, car ce témoignage poignant permet de faire avancer un peu plus la discussion autour des soucis de santé mentale. 

Source texte : The Players’ Tribune

2 Commentaires

2 Comments

  1. RIP

    24 février 2020 à 14 h 19 min at 14 h 19 min

    Merci beaucoup pour votre travail. Je pense que les sportifs qui racontent publiquement leurs difficultés (ici mentales) ainsi que la manière dont ils les ont affrontées est l’un des aspects les plus important du sport en général (voire le plus important). En effet, en plus d’aider les athlètes professionnels connaissant les mêmes problèmes à mieux les affronter, ces témoignages aident aussi les non sportifs professionnels. Tous le monde peut être fragilisé par les aléas de la vie. Comme Tyson Fury en box, raconter ce genre d’histoires aident beaucoup de personnes à se rendre compte de leur maladie et à la combattre efficacement. Donc je pense qu’il ne faut pas hésiter à souligner à quel point les athlètes ayant le courage de témoigner sur leur faiblesses inspirent et aident les gens même hors de leur sport.

    • Nicolas Meichel

      24 février 2020 à 21 h 46 min at 21 h 46 min

      Tout à fait d’accord avec ça, et c’est notamment pour cela qu’on met la lumière sur ces témoignages. Souvent les gens peuvent avoir une certaine perception des athlètes de haut niveau mais ils sont humains et j’applaudis les athlètes qui mettent en avant leurs galères et qui n’ont pas peur de briser une certaine image. Montrer de la vulnérabilité, ce n’est pas toujours évident mais ce témoignage de Ben Gordon va aider beaucoup de gens qui ont vécu ou vivent le même type de problèmes.

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