One-on-One

Si Kobe Bryant était encore là, il nous dirait ceci : relevez-vous, embrassez la vie, et bossez avec passion pour réaliser vos rêves

Kobe Bryant

« Mettez un pas devant l’autre, souriez et continuez à avancer. »

Source image : YouTube

Quasiment deux jours sont passés depuis la terrible disparition de Kobe Bryant, ce dimanche. L’impression que cela fait davantage un mois et demi tant le temps passe au ralenti, mais voilà – aussi – le challenge qui nous est imposé aujourd’hui. Un challenge qui nous lie tous, étrangement, à Kobe : celui de tourner la page et d’avancer la tête haute, comme lui nous dirait de le faire en premier.

Mardi matin, 9h.

Encore une journée qui démarre, une comme les autres sur le papier. Le café est là, le mug pareil, le clavier est le même, rien d’anormal ou de différent au premier abord. Et pourtant, tout semble si différent. Il y a ce mal-être qui perdure, une sensation partagée par tous ceux qui souffrent de cette tragédie. Comme si on avançait au ralenti, les pieds dans le béton. Comme si le cerveau était bloqué sur pause depuis 48h. Oui, ok, faut aller au boulot, déjeuner à midi et rentrer ce soir pour dîner. Logique, rien de nouveau là-dessus. Mais les goûts et les couleurs ne sont plus tout à fait les mêmes dans le moment présent. On se dit que ça va passer… mais pas maintenant.

Il y a ceux qui ne réalisent pas encore la nouvelle, et ne savent pas comment faire pour avancer. Il y a ceux qui nous écrivent (vous êtes nombreux, on vous remercie) pour nous témoigner leur douleur, leurs histoires, et ont juste besoin d’une main à attraper, d’une oreille à laquelle parler. Certains avancent plus vite que d’autres, d’autres avancent moins vite que certains. L’envie de taper un basket ? Pas trop. En gros, c’est le bordel. Et la même expression vient en tête, que ce soit dans l’insomnie de la nuit ou au réveil ce matin.

Putain, ça suffit oui…?

D’habitude.

Ce terme est important : d’habitude. D’habitude, on se réserve le droit de parler de basket, de basket, et de basket uniquement. Nous le faisons sous différentes formes, chaque jour, en comptant sur nos repères et automatismes pour ce faire. Il y a une certaine routine dans la forme, d’ailleurs. Une routine réconfortante. Match du soir, preview, recherche d’infos, coucou au matin, check-up à midi, et ainsi de suite. D’habitude, on peut compter sur cette base pour aller de l’avant, et faire fonctionner notre petite machine locale. Cette habitude, vous l’avez certainement, vous aussi, dans votre vie. Quelle qu’en soit la forme.

Peut-être que vous lisez cet article à la pause dej.

Ou bien dans les transports.

Peut-être que vous défilez cette phrase en terminant votre clope, ou votre café. Assis, ou debout.

Peu importe le modèle, qui appartient à chacun, on peut compter sur celui-ci pour se sentir rassuré. C’est notre petite recette à nous, à chacun d’entre nous. D’habitude, on entretient ce modèle pour qu’il reste chouchouté dans un coin de notre vie. Il est là, dans le paysage, sans faire de bruit. C’est rassurant. Et d’habitude, on sait comment faire au cas où quelque chose d’exceptionnel arrive. On a notre propre méthode et on l’applique avec conviction pour éviter de se sentir instable, bancal. D’habitude, on a une idée de comment agir et réagir face à la tristesse.

Mais soyons clairs aujourd’hui. Soyons honnêtes et disons les choses comme elles sont.

On parle du jour le plus triste dans toute l’histoire de la NBA.

On parle d’un des jours les plus tristes dans toute l’histoire du sport moderne.

Un des plus grands athlètes de tous les temps est mort, à 41 ans, avec sa fille de 13 ans dans ses bras.

Le décès de Kobe Bryant est d’une telle violence et soudaineté qu’il n’y a aucune place pour le « d’habitude ».

Voilà de quoi il s’agit.

Alors évidemment, de manière consciente et pragmatique, certains auront envie de faire leurs recherches, pour comparer. Une triste recherche, mais une recherche tout à fait compréhensible. L’autre événement qui vient en tête, c’est l’annonce de la séropositivité de Magic Johnson, le 7 novembre 1991. Mais n’allons pas plus loin, pas maintenant. Nous aurons l’occasion de le faire, collectivement, à l’avenir.

Si nous tenons à mettre des mots sur ce que représente la mort de Kobe Bryant, c’est tout simplement pour réaliser la puissance et le poids de ce moment, puis avancer ensemble. C’est pour ne pas avoir peur d’affronter ce que c’est pour ce que c’est, et ne pas avoir honte de réagir comme nous réagissons. D’habitude, on prendrait quelques jours pour s’en remettre, et on aurait quelques éléments auxquels se raccrocher. D’habitude, on ne serait pas aussi fragiles, aussi instables. Mais il n’y a pas de « d’habitude » ici.

Pour des milliers de basketteurs et basketteuses qui ont trouvé leur refuge dans le basket-ball, c’est comme si on souillait leur temple sacré. Comme si quelqu’un était entré et avait tout saccagé, comme un tremblement de terre venu défoncer nos fondations. Combien sommes-nous à avoir développé cette passion et cette curiosité pour la balle orange ? Combien sommes-nous à avoir entretenu une relation intime avec ce sport, dans sa pratique, sur les terrains ou devant un écran ? La mort de Kobe provoque ce sentiment inimaginable et pourtant si réel, celui d’avoir perdu un membre de sa famille. Il est important de le lire, de l’écrire, de le sortir, quelle que soit la manière, pour extérioriser cette boule au ventre et avancer la tête haute. Chacun la durée de son deuil, chacun sa façon de se recueillir, mais impossible de tourner la page sans faire face à cette triste réalité.

____

C’était une envie soudaine, plus qu’autre chose. L’envie de voir Kobe dans un de ses nombreux documentaires. Le revoir jouer, le revoir parler. Mais surtout l’entendre, en fait. Ce lundi soir, après une journée exténuante et qui semblait interminable, je décidais de regarder Musele documentaire de Kobe Bryant diffusé sur Showtime en 2015. On vous le conseille, plus que jamais actuellement. Le savant du basket, toujours aussi précis, rayonnait par ses descriptions méticuleuses. Le père de famille, troublé par ses erreurs passées, touchait par la transparence de ses propos. Et au milieu de tout ça ? Une idée émergeait, une pensée, forcément liée à Kobe lui-même.

Mais que ferait Kobe à notre place ?

Ce dimanche, lorsque la NBA a appris la terrible nouvelle, un débat a eu lieu autour des matchs de la nuit. Est-ce qu’il était vraiment intelligent et bienveillant de laisser les joueurs s’affronter entre eux, avec un coeur aussi lourd et autant d’émotions en tête ? Est-ce que la meilleure des choses à faire n’était pas d’annuler ces matchs… ou de se retrouver sur le terrain, justement ? Si la décision finale continue et continuera à alimenter la discussion, la Ligue a plutôt opté pour une série d’hommages sur le parquet, entre les 24 puis 8 secondes écoulées sur l’horloge, les messages écrits sur les chaussures des joueurs, et les maillots 8-24 portés avec fierté pendant les introductions. Le match entre Clippers et Lakers, qui devait avoir lieu ce soir, a été reporté. Mais la NBA a décidé de continuer.

Et quelque part, la vie continue.

C’est ce que Kobe nous dirait.

C’est ce que Kobe nous a toujours dit, en fait.

Passez un bon moment, profitez de la vie. La vie est trop courte pour s’enfoncer ou se sentir découragé. Il faut continuer à avancer, continuer à aller de l’avant, mettre un pied devant l’autre, sourire et enchaîner.

Peut-être qu’elle est là, après tout, la lumière au bout du tunnel. Peut-être qu’elle est ici, la main tendue, la porte qui s’entrouvre et nous permettra prochainement de tourner la page. Elle vient de Kobe lui-même, et de son héritage unique. Les accomplissements ? Ce n’est pas très pertinent. Nous n’avons pas besoin de savoir qu’il a plus de 30 000 points en carrière, 5 titres de champion NBA, 2 titres olympiques et 20 saisons passées dans une seule et même franchise. Nous n’avons pas besoin de faits, son Dunk Contest, ses All-Star Games et ses Playoffs. Ce dont on a peut-être besoin, c’est de se rappeler ce que représentait Kobe avant toute chose. Avant que ce soit une page Wikipédia ou un simple CV.

Kobe affrontait les obstacles comme peu l’ont fait.

Kobe jouait avec la douleur comme peu l’ont montré.

Kobe devait sortir des flammes de l’hélico et sauver les rescapés. C’était la suite logique de ce qu’il nous avait toujours montré.

L’obstacle, la douleur, ce sont toutes les personnes qui sont profondément touchées par cette tragédie qui y font face aujourd’hui. Et si la méthode ou la durée, la recette ou le timing appartiendront à chacun, il faut avant tout se rappeler ceci. Si Kobe était assis à côté de nous aujourd’hui, et qu’il nous voyait en peine, sur pause, meurtris, il nous taperait dans le dos en nous disant de nous relever. Kobe nous tendrait la main et nous rappellerait qu’il n’y a pas d’obstacle tant qu’on ne s’en impose pas. Que la douleur physique est momentanée, mais que l’esprit contrôle tout le reste.

Kobe nous jurerait que s’il faut traverser deux fois l’océan Atlantique à la nage pour ne plus ressentir la moindre peine aujourd’hui, il pourrait y arriver et prendrait son plus beau maillot de bain dans la minute. Et quelque part, on le croirait. Car rien ne semblait impossible et infaisable avec lui.

C’est ça, l’héritage de Kobe, dans le monde du sport, dans nos temples sacrés dédiés au basket, et dans la vie d’une manière générale. Cette capacité quasi-inhumaine à dépasser les limites, à affronter la douleur, à chercher encore plus loin dans l’excellence et le bonheur, pour atteindre un sommet qui ne semble pas exister. Vous êtes prof ? Alors soyez le meilleur prof possible. Vous êtes étudiant ? Alors étudiez jusqu’à en perdre conscience et devenez le meilleur ou la meilleure dans votre domaine. Vous faites tel ou tel métier ? Vous êtes passionné ?

Alors foncez.

Acceptez les obstacles qui surviendront sur votre chemin. Appréciez chaque moment de votre aventure, bon comme mauvais. Comprenez que de perfection il n’y a pas, mais que le chemin qui mène vers cette perfection illusoire vous rapprochera du bonheur.

Ça y est.

Il est 14h, je peux enfin commencer à tourner la page.

Merci, Kobe.

6 Commentaires

6 Comments

  1. Véro

    28 janvier 2020 à 14 h 46 min at 14 h 46 min

    Mardi, je sors du lit à midi. Pas dormi de la nuit. Vers 2h, un orage est venu mettre du baume sur mon insomnie. En janvier, inhabituel. J’aime penser que quelque part il n’est pas étranger au fait que Kobe n’est plus parmi nous mais qu’il a peut-être rejoint une autre forme d’existence. Peut-être.

    La gueule de bois continue (la plus longue de toute ma vie, je ne pensais pas que c’était possible). Dans ma tête, j’ai toujours pensé à la manière avec laquelle je réagirais à la mort d’un proche et je me disais que le cas échéant je serais prête à traverser ça. Je n’étais clairement pas prête pour ce que je traverse aujourd’hui.

    2020, j’étais sur un petit nuage parce que j’avais pris des bonnes résolutions (je n’en prends jamais). J’arrêtais l’alcool (au profit du café qui allonge mes journées), j’allais enfin arrêter de me laisser marcher sur les pieds et surtout j’allais enfin me lancer dans mes projets d’écriture que je postpose depuis si longtemps.

    Il y a quelques temps, j’ai renoué avec le basket et ça m’a fait un bien fou.

    Petite c’était ma passion, passion que mon père avait partagée avec moi. Il était entraîneur et me prenait avec lui au cours de ses entraînements, avec des plus grands que moi, ce qui n’est en fait pas l’idéal.

    Mon père et moi partagions des moments privilégiés sur le terrain de basket en plein air près de chez ma grand-mère, parmi les meilleurs moments de ma vie.

    Quand j’étais seule, et ses moments étaient nombreux, la balle orange était ma seule compagne. Je n’avais pas de panier alors j’en avais dessiné un à la craie sur le mur du garage. Et je jouais, des heures, sans voir la lumière du soleil.

    J’ai grandi, j’ai fait des études, j’ai rencontré des garçons, j’ai fait ma vie loin de cette passion.

    Quand j’ai renoué avec le basket c’était grâce à vous, Trashtalk, et j’ai senti à ce moment-là qu’une pièce qui manquait en moi depuis des années était à nouveau en place. Un équilibre était rétabli et ça me rendait tellement heureuse.

    Mon père a coupé les ponts avec moi et j’espère chaque jour qu’on pourra à nouveau partager notre passion à l’avenir.

    En attendant, le basket était pour moi un refuge, une famille… et Kobe en faisait partie.

    Aujourd’hui c’est cette pièce de mon puzzle qui me fait mal, c’est plus qu’une légende que je ne connaissais pas personnellement, c’était Kobe, le père de toute la communauté NBA, chez qui j’avais trouvé adoption.

    Alors, je vais faire comme vous, la vie continue et je vais prendre les conseils de Kobe au pied de la lettre, qu’il soit un père spirituel pour moi jusqu’au bout et m’encourage dans mes rêves, sur la piste desquels je m’étais fixée de marcher cette année.

    Merci Trashtalk de nous accompagner dans ces moments, merci Bastien pour cet article qui prouve que j’avais encore quelques larmes en stock.

    Je vous aime et je souhaite beaucoup de courage à tous ceux qui auront lu ces lignes, quelle que soit votre histoire et la manière avec laquelle vous traversez cette épreuve. Respect à tous ! On va s’en sortir !

    • Nelson Baptista

      28 janvier 2020 à 15 h 59 min at 15 h 59 min

      Peace! Bon courage!

  2. Nelson Baptista

    28 janvier 2020 à 15 h 53 min at 15 h 53 min

    Merci pour tes textes Bastien, merci de partager ton émotion avec nous, beaucoup comme moi en ont besoin, besoin de comprendre ce qui nous arrive aussi. J’ai 31 ans, j’ai grandi en France, j’ai commencé à suivre vraiment le Basket lors des Finals de 2002, j’ai pas perdu un match de ces Finals, je suis immédiatement tombé amoureux de… Shaq (et des Lakers). Puis les Spurs sont entrés dans la danse, TP éclairait mes nuits, quand Shaq et Kobe se sont séparés je me suis glissé dans la roue du Shaq et j’ai un peu laissé tomber Kobe même si je n’ai jamais cessé de regarder ses Highlights… Je vis maintenant au Portugal, je suis père de famille d’une petite Valentina qui a 2 ans et un petit Raúl nous rejoindra à la mi-mai, pendant les play-offs. Ma femme est portugaise, ici il n’y a presque pas de culture basket, lundi matin aucun journal sportif n’a fait sa Une sur la mort de Kobe, ils ont préféré titrer sur une nouvelle victoire de Benfica. Ma femme me voit triste depuis deux jours, j’ai souvent la larme à l’oeil, mais elle comprend pas vraiment. De mon côté je me dis qu’elle n’a pas eu la chance de voir évoluer Kobe pendant 20 ans et de comprendre la puissance du truc. Je suis triste donc. J’en étais presque venu à me demander si j’en faisais pas un peu trop, si j’avais pas actionné sans m’en rendre compte le mode maso, mais grâce à ton texte je sais que je n’en fais pas trop non. Je sais que ça va aller mieux, show must go on, mamba mentality, mais que rien ne presse, que tout ça est trop réel pour être pris à la légère… chacun sa manière de faire face à l’inimaginable comme tu dis, faire face à cette terrible image d’un père et d’une fille qui périssent ensemble alors que l’avenir leur appartenait. J’adorais Kobe depuis sa retraite, voir cette générosité et ce soucis de l’autre et des plus jeunes en particulier prendre le dessus sur ce jusqu’au-boutisme et cet égoïsme qui étaient presque flippant à voir sur un parquet. T’as raison en fait, c’est comme si un membre de la famille était parti, faut pas avoir peur de le dire tel quel. Merci encore pour tout ton/votre taf chez Trash Talk. RIP Kobe & Gigi, bon courage dans votre deuil à tous ceux qui ont la haine d’avoir perdu Kobe comme ça. Go Lakers.

    • Véro

      28 janvier 2020 à 16 h 32 min at 16 h 32 min

      Courage aussi ! Ca rassure de voir que d’autres traversent aussi un vrai deuil (que les gens autour de nous ne comprennent malheureusement pas tous). Merci pour ton témoignage <3

  3. magickb

    28 janvier 2020 à 16 h 57 min at 16 h 57 min

    joli texte bastien!merci ça fait plaisir de voir qu’on est pas seul surtout TOI le fan des spurs éternel rival de kobe!on s’était vu au salon du livre à colmar je vous avais dit que non moi j’étais  » plus branché magic que kobe  » ce qui est vrai mais cette tragédie….pu**** j’ai été bien plus secoué par l’annonce du décès de kobe que par l’annonce de la retraite de magic!!!peut être c’était parce que magic était ma 1ère idole et que j’étais gamin donc je me rendais pas vraiment compte je sais pas ou bien peut être que je suis plus touché parce que maintenant je suis adulte et père de famille et que je n’imagine même pas ce que peut ressentir sa famille avec la perte de gianna etc…
    hier j’ai passé mon temps a chercher des hypotétiques infos qui démentiraient le crash je me disais que c’était pas possible je me suis même engueulé avec ma femme parce que je lui disais que c’était des conneries surement que ça serait démenti dans la journée etc…mon gamin de 5ans qui me dis : « mais papa les lakers sont forts ils vont quand même gagner  » pour me réconforter du coup je l’ai pris contre moi et on s’est maté des reportages sur les lakers et sur kobe et je l’ai couché en lui disant :  » tu verras cette saison labrute va ramener le titre aux lakers  » et il me dit :  » tu l’aimes pas alors pourquoi il va gagné?  » et je finis  » là c’est différent il aura tous les supporters des lakers avec lui mais il aura surtout kobe et sa petite fille qui le surveillent et qui l’aideront  »

    go kobe!

  4. Blouson Noir

    29 janvier 2020 à 2 h 02 min at 2 h 02 min

    Faut surtout que vous preniez tous les gens que vous aimez et que vous le leur disiez, parce qu’un jour ça s’ra plus possible.

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