Old-School

Chick Hearn : la voix purple, sweet and gold des Lakers

Chick Hearn 21 Novembre 2022

Rien que la photo donne les larmes aux yeux.

Source Image : Youtube

C’était il y a 57 ans : le 21 novembre 1965 débutait une série ininterrompue jusqu’à notre siècle, en l’an 2001. Trente-six années durant, Chick Hearn s’est présenté tous les deux, trois, quatre ou cinq soirs derrière son micro pour commenter les Lakers sous les projecteurs de trois salles différentes. Son histoire est celle d’une légende à l’héritage trop important pour le laisser dans l’ombre. Récit.

Aucun doute sur l’hétérogénéité des générations qui nous lisent. Toutefois, pas certain que le lectorat ait été témoin de ce qu’était la NBA dans les années 60. Un peu de contexte s’impose : quand Francis Dayle “Chick” Hearn enfile son casque dans la Memorial Sports Arena de Los Angeles pour la toute première fois, la NBA n’a pas – mais alors pas du tout – la stature qui est aujourd’hui la sienne. Primo, la Ligue ne compte que huit équipes : les Boston Celtics, les New York Knicks, les Los Angeles Lakers (fraichement débarqués de Minneapolis), les Detroit Pistons, les Warriors à l’époque sur la côte Est à Philadelphie, les Hawks alors situés à St. Louis, les Royals de Cincinnati (ancêtres des Kings de Sacramento) et enfin les Syracuse Nationals (qui deviendront les 76ers de Philadelphie).

Pour une petite anecdote marrante sur les Syracuse Nationals, c’est par ici, sinon on continue.

À cette époque, les Celtics commencent tout juste leur dynastie avec “seulement” deux titres, pendant que Wilt Chamberlain sort d’une saison rookie phénoménale avec un trophée de Rookie de l’année… et celui de MVP. L’intérieur des Warriors de Philly installe tranquilou-bilou ses records. Côté jeunesse, si Wilt the Stilt est désormais sophomore, Oscar Robertson fait ses grands débuts en NBA.

Et les Lakers, ça donne quoi ? Les Purple & Gold viennent de débarquer dans la Cité des Anges. Auparavant, la franchise évoluait dans le grand nord américain de Minneapolis, sous les couleurs bleu ciel et jaune, qui apparaissent aujourd’hui sur des maillots « flashback » à Los Angeles. À partir de 1958, l’institution Lakers s’articule autour d’Elgin Baylor, ailier scoreur et premier joueur à amener des finitions plus aériennes dans le jeu. Il est rejoint par le rookie Jerry West en 1960, premier « combo guard » de l’histoire, dont la silhouette est aujourd’hui encore utilisée pour le logo NBA. Le duo californien prend du volume, même si Baylor est plus « flashy » que son coéquipier.

Hearn arrive donc à une période mitigée pour les Lakers. La franchise est régulièrement en tête de sa conférence (division à l’époque) mais ne parvient jamais à effacer les Celtics en Finales. Pas de problème pour Chick qui, contrairement aux joueurs de l’époque, aura la chance de connaître les plus belles épopées de l’histoire des Lakers. Une carrière de commentateur est un poil plus longue que celle de joueur (bien plus longue).

Précisons qu’à l’époque, une retransmission d’un match de basketball ne se regarde pas mais s’écoute, d’où le statut majeur du commentateur. Et c’est en cela que Chick Hearn lance sa légende : une voix d’une musicalité parfaite, et particulièrement adaptée à ce rôle. Cette place de n°1, Chick la conserve 40 ans durant. Il a fait vibrer petits et grands au rythme des dribbles de Jerry West, Magic Johnson ou Kobe Bryant, et occupe désormais une place très spéciale dans le cœur des fans qui l’ont connu/entendu.

Ce qui a par dessus tout rendu Chick Hearn célèbre à son époque, outre la rivalité avec son homologue de Boston, Johnny Most (à retrouver dans Le Plus Grand Livre de Basketball de tous les temps, selon TrashTalk), ce sont les fameux « Chickisms ». Majuscule au début du terme, en référence à Chick Hearn bien entendu. Si l’on vous dit : « DeAndre Jordan et lancer-franc », vous répondez… « airball ». C’est un « Chikism ». Tout comme les « triple-doubles » ou autres « dribble drives », et ce jusqu’au légendaire « slam dunk ». D’autres phrases, moins connues, ont également contribué à bâtir la légende de Francis Hearn, toujours prêt à faire un trait d’humour. Un soir de match, Chick met en doute les annonces des Lakers à propos du nombre de supporters présents dans la salle.

« S’il y a vraiment 18 000 personnes ici ce soir, une bonne partie ont choisi de se déguiser en sièges ! »

Jamais à court de commentaires, Hearn n’hésitait pas non plus à s’en prendre aux arbitres quand ces derniers, selon lui, ne sifflaient pas assez.

« Il aurait pu siffler ça même en braille ! »

Enfin, Bleacher Report a classé les 20 meilleurs « Chickisms » avec en tête, un commentaire sur les blowouts infligés par les Lakers à leurs adversaires.

« Ce match est dans le frigo ! La porte est fermée, les lumières closes, les œufs refroidissent, le beurre se durcit et la gelée gigotte ! »

Bon, si les commentaires pour le moins créatifs de Chick passent mal la barrière de la traduction, il faut s’imaginer à l’époque le grain de folie nécessaire pour divertir tout un audimat chaque soir de match. Et si l’on parle de « chaque soir », ce n’est pas pour rien. N’ayant manqué que deux matchs des Lakers de ses débuts en mars 1961 au début de l’exercice 1965-66, le Broadcaster n’en loupera plus un seul jusqu’au 16 décembre… 2001. Oui, plus de 37 ans sans manquer un match derrière son micro. 3338 parties consécutives, une éternité à l’échelle de la NBA. À titre de comparaison, la carrière NBA la plus longue en termes de matchs joués est celle de Robert Parish, avec… 1611 matchs, soit moins de la moitié (et pas de suite) !

Au-delà du style, c’est avant tout par son expérience que Chick Hearn a marqué les Lakers. Il a tout connu. À cette époque, les Californiens ont surtout connu des hauts. Du début de carrière de Hearn en 1961, à son dernier match commenté en 2002, L.A ne manquera les playoffs qu’à trois reprises. Au cours de la série de Chick, les Lakers affichent un étincelant bilan de 1930 victoires pour 1069 défaites, soit 64,4% de succès en 37 saisons. Sur cette même période, les Purple & Gold disputent 18 Finales NBA et en remportent la moitié. Mais si ce sont bien les joueurs qui rapportent les titres, Chick fait partie intégrante de la culture et de l’esprit de la franchise.

À la suite du titre de 1972, seul titre de la carrière de Jerry West notamment, Fred Schaus, ancien coach devenu General Manager des Angelinos, laisse sa place à Pete Newell. Arrivé de Houston, ce dernier décide de prendre Chick en tant qu’assistant. Hearn occupe ce poste jusqu’en 1980, année du premier titre de l’époque « Showtime » lors de laquelle le jeune Magic Johnson, dans sa saison rookie, sera nommé MVP des Finales NBA aux côtés du vétéran Kareem Abdul-Jabbar.

Depuis la cabine de commentateur, Francis Hearn verra ensuite Pat Riley prendre les rennes des Lakers, et apporter à l’armoire de la franchise quatre titres supplémentaires. Il sera témoin de la retraite de Kareem Abdul-Jabbar en 1989, de l’annonce de la séropositivité de Magic Johnson deux ans plus tard, de la draft de Kobe Bryant en 1996 et de l’arrivée du Shaq la même saison. Définitivement et indéniablement, en fin de carrière, Chick Hearn est un véritable historien.

S’il doit mettre fin à sa série de matchs consécutifs le 16 décembre 2001, on se doute bien que ce n’est pas pour un problème de trafic sur le périph’. Malheureusement, Chick, âgé de 85 ans, doit subir une intervention de chirurgie cardiaque qui l’écarte des parquets pour un temps. De retour le 9 avril 2002, dans l’un des derniers matchs de saison régulière des Lakers (une victoire face au Jazz), Hearn commentera sa dernière rencontre deux mois plus tard. Ce match, c’est le quatrième et dernier des Finales opposant ses Lakers aux Nets du New Jersey. Hearn termine sa carrière dans l’ombre de Lakers au sommet, validant leur premier et unique three-peat depuis le déménagement à Los Angeles. Au cours de la parade de champions, Chick officiera même comme maître de cérémonie. Sa dernière apparition publique auprès des Lakers. Comment rêver d’une plus belle fin ?

Chick Hearn décède le 5 août 2002 et laisse aux Lakers, à la ville de Los Angeles et au monde du sport tout entier, un immense héritage. En témoignent son intronisation au Naismith Memorial Basketball Hall of Fame en 2003, la « Chick Hearn Court », allée menant à l’entrée de la Crypto.com Arena du Staples Center, la bannière à son nom dans la mythique salle des Lakers ou encore son étoile sur le Walk of Fame de Hollywood Boulevard et sa statue sur Star Plaza. Et même… son propre perso dans les Simpson.

On ne va pas se mentir : non, le terme “légende” n’est absolument pas exagéré quand on parle de Francis “Chick” Hearn. Quarante années à commenter les highlights de stars et les multiples titres de l’une des histoires les plus riches de NBA. Son héritage est incommensurable.

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