One-on-One

Manu Ginobili, merci.

Manu Ginobili

Manu Ginobili, merci pour tout, sincèrement.

Source image : nba league pass

Ce weekend, à Springfield dans le Massachusetts, loin de Bahia Blanca en Argentine où il est né, Manu Ginobili va rentrer au Hall of Fame. La consécration suprême pour tout basketteur, et le point final logique sur l’immense carrière d’un des plus grands compétiteurs de l’histoire du basketball.

Par où commencer.

Par les évidences, peut-être ? Envoyer le CV de manière un peu formelle ?

Voyons voir.

Emanuel David Ginóbili Maccari, né le 28 juillet 1977 à Bahia Blanca donc, ville côtière placée à 600 bornes au sud de Buenos Aires.

23 saisons professionnelles jouées dans l’univers fantastique du basketball, 16 en NBA, 7 hors-NBA.

16 saisons passées en NBA, 16 avec les Spurs, 16 années à porter ce maillot noir et blanc comme Batman porte sa cape, chassant les chauve-souris à mains nues par certains soirs d’automne (sic).

Manu, un des deux seuls joueurs de l’histoire de notre sport à avoir remporté, inspiration, 1 titre de champion d’EuroLeague, 1 titre de champion NBA et 1 titre de champion olympique.

Manu, l’homme qui a démocratisé l’Eurostep en NBA bien avant que les James Harden et autres Ja Morant de la dernière décennie s’en emparent et l’améliorent.

Je répète.

Manu, l’homme qui a démocratisé l’Eurostep en NBA.

Il y a quoi, 2 sélections au All-Star Game (seulement), 1 titre de 6ème homme de l’année (seulement) et une 57ème place à la Draft 1999 (seulement) ?

Boarf…

Trois fois rien.

C’est quand même nettement moins bien que des multiples All-Stars, qui ont été drafté haut, sont des figures commerciales emblématiques de leur génération et dont le maillot s’est vendu et se vend encore à foison. On est hyper loin des plus grands joueurs de ce sport sur le papier, des athlètes les mieux payés de tous les temps. Ou comme diraient certains génies sur Twitter, c’est même pas un titulaire en NBA lol.

Alors oui, c’est vrai. Quand on voit ce CV, on a envie de dire doucement amigos. 

Et pourtant, toutes celle et tous ceux qui ont vécu la carrière de Manu Ginobili lâchent un sourire en lisant ces quelques lignes.

Pourquoi ? Et bien tout simplement parce que El Manu, c’était bien plus que ça. Et c’était même, par définition, l’inverse parfait d’un simple CV.

« Pour nous, joueurs non-Américains, parfois c’est difficile de croire en nous et de rêver de grands accomplissements. Mais tu nous as permis de rêver grand, et tu nous as montré qu’on pouvait être de grands joueurs dans cette Ligue. » – Giannis Antetokounmpo

« Tu représentes exactement la manière dont le basketball devrait être joué. Avec passion, avec joie, et en étant un grand champion tout du long. » – Stephen Curry

« Tu as été la personne que j’ai regardé en premier, lorsque j’ai décidé que j’allais être 6ème homme pour de bon. Ton style, ton talent, ton esprit de compétitivité et ton désir de gagner vont nous manquer. » – Jamal Crawford

Il y a toujours des manières très différentes de voir le basket et de l’apprécier. Chacun sa came, chacun sa façon de développer sa passion. C’est même assez drôle à observer, dans la grande colocation des fans de NBA. Dans un coin, on a les rois des highlights. Dans un autre, on a les pros des statistiques et des stats avancées. On a aussi les fervents défenseurs de leur franchise, ou de leur joueur, les FC LeBron ou les ThunderFan77 de nos réseaux. Il y a les silencieux, les podcasteurs, les je regarde aucun match en direct mais aussi les je regarde tous les matchs en direct. Il y a les basketteurs qui regardent du basket, et les non-sportifs qui se shootent à la NBA. Il y a les lecteurs, les clasheurs, les trolleurs, les fans de posters, de crossovers, de gros contres. Les c’était mieux avant et les ok boomer. Les je déteste Curry et les j’adore Curry. On a ceux qui critiquent pour critiquer, et ceux qui interviennent pour faire avancer le sujet. Il y a ceux qui pensent constamment au passé, et ceux qui ne se souviennent plus de ce qui a eu lieu il y a 48h. Il y a les rois du collectif, et les dingues d’isolation.

Et au milieu de tout ça ? Il y a Manu Ginobili.

L’homme qui ne rentre dans aucune case, mais qui fait pourtant l’unanimité.

Personne, et je dis bien personne qui a vu ou connu la carrière de Manu Ginobili peut détester ce joueur. C’est strictement impossible.

Allez-y, demandez autour de vous. Ce n’est juste pas décemment possible de détester ce joueur.

Spectaculaire ? Vainqueur ? Humble ? Check, check, check.

Représente son pays avec amour ? Donne absolument tout sur le terrain ? Pas trop de fric ? Check, check, check.

Loyal envers ses équipes ? Coéquipier parfait ? Intelligent sur et en dehors des terrains ? Check, check, check.

Technique ? Athlétique ? Polyvalent ? Check, check, check.

Le seul lobby qui peut en vouloir à Manu Ginobili, c’est celui des coiffeurs. Et même les plus grandes calvities de ce monde l’ont remercié pour ce qu’il a fait.

Plus sérieusement, il y a quelque chose d’absolument évident et unanime avec Manu qui fait de lui une légende vivante, et pas seulement en NBA. Combien de pays rêveraient de voir un athlète faire exploser un sport, hissant tout un peuple sur ses épaules pour aller jusqu’au sommet du monde, la médaille d’or olympique ? Et combien, parmi ces joueurs, pèteraient un câble de par leur notoriété, finiraient dans des histoires troublantes, ou se plaindraient de leur temps de jeu et de leurs responsabilités ? Qui, en ce bas monde, peut combiner autant de détermination pour gagner n’importe quel match, la dimension collective afin d’y arriver, et l’humilité dans la victoire comme la défaite… pendant plus de 20 ans ?

Alors oui, certains se doutaient de la plume qui allait écrire ce papier.

Et oui, je ne vais pas le cacher car je l’ai souvent répété : aucun joueur me fera ressentir ce que Manu Ginobili m’a fait ressentir pendant sa carrière.

C’est un amour qui ne se partage pas, car il est unique.

Mais c’est aussi bien, parfois, de prendre le temps pour dire à quelqu’un qu’on l’aime.

Alors pourquoi j’aime Manu Ginobili ?

Pour tous ces passages en force provoqués à 40 ans. Pour toutes ces actions folles dans les quatrièmes quart-temps. Pour ce dunk sur la tête de Chris Bosh, pour les gobelets foutus sous les fesses de Tim Duncan quand il s’assoit sur le banc. Pour ces improvisations en plein temps mort, cette faute stupide sur Dirk qui part au and one, mais ces trois-points rentrés dans la foulée parce que je ne pouvais que t’excuser. Pour ce maillot argentin porté avec la fierté d’un enfant devant son père, pour cette incapacité à abandonner le moindre match. Pour cette folie avec Luis Scola, Andres Nocioni et la Generación Dorada. Pour ce trio avec Manu, Tim et les Spurs.

Pour ces sourires, ces conférences de presse, pour cette conscience du monde dans lequel tu vivais, pas seulement en tant qu’athlète mais aussi en tant que modèle que les jeunes devaient suivre. Pour ce respect absolu de tes adversaires comme eux t’ont respecté, pour ce sens ultime du sacrifice pour le bien du collectif. Pour l’abandon de ton corps sur les terrains de basket, pour ce poing rageur fermé après un gros panier, pour ce nez, oh ce nez. Pour ces envolées, ces Eurosteps, ces lassos à la Bodiroga, ces side-steps, pour ces véritables leçons techniques données toutes ces années. Pour ce maillot rentré systématiquement dans le short, parce que c’est comme ça qu’on nous a dit de faire quand on était petits.

Pour ce modèle de carrière apporté dans notre sport mais que personne ne veut vraiment suivre, pour le simple fait de l’avoir tenté. Pour ce nom au devant du maillot qui a toujours été plus important que celui de derrière. Pour ces records collectifs, cette domination extraordinaire si on y regarde de plus près. Pour cette simplicité des choses, face à l’immensité de tes accomplissements. Pour ces cafés avec Boris, ces photos avec Tiago et Patty. Pour ces têtes d’ahuri à chaque prise, chaque selfie. Pour cette combinaison du si proche et du si loin, si proche de nous dans ces gestes du quotidien, et si loin de par la grandeur des actes et des accomplissements. Pour cette sérénité permanente, celle d’avoir en tête et dans son coeur un joueur que n’importe quelle équipe, n’importe quel coach, n’importe quel coéquipier et n’importe quel fan aimerait avoir.

Pour cette classe, tout simplement, et cette représentation de la dynastie Spurs mieux que quiconque.

Pour tout ça, et bien plus encore, merci.

Merci, Manu Ginobili.



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