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Que sont-ils devenus – Adam Morrison : ex-égérie des Lakers, l’enfant béni de Gonzaga est resté à la maison

Adam Morrison

Aucun flow, mais tellement efficace.

Source image : YouTube

La NBA est le théâtre parfait pour réaliser des rêves de gosse, mais la NBA a également pour particularité de parfois éteindre la lumière plus vite encore qu’elle ne l’a allumée. Période creuse oblige, on se penche cet été sur des noms qui nous sont familiers, certains plus que d’autres, des noms qui nous « disent quelque chose » mais qui ne font plus vraiment les premiers titres. Des histoires qui ramènent à une douce mélancolie. Cold Case Affaires classées mais version NBA, avec l’ambition de vous donner quelques nouvelles de ces mecs qui ont fait partie fut un temps de notre quotidien. Huitième épisode ? Un bulldog qui pourrait coucher trois rottweiler, Sir Adam Morrison.

Adam Morrison. Pour tous les petits fans de Trae Young et LaMelo Ball dopés aux highlights de gosses malpolis, ce nom ne vous dit absolument rien. Aucune trace de ce flocage dans les magasins de basket, pas de récit sur son passage en NBA – ni sur les réseaux, ni dans un bouquin – et un blaze à poser des écrans pris en charge par la sécu. C’est un peu comme ça qu’on l’imagine : le monsieur lambda de la NBA, qui dépanne sans briller, d’une présence que peu retiendront. Qu’en est-il du véritable Adam Morrison ? L’un des joueurs les plus dominants de l’histoire de la NCAA, mué en grand tocard une fois l’échelon supérieur atteint. Né le 19 juillet 1984, Adam Morrison a été l’un des tout meilleurs à avoir porté le maillot des Bulldogs de Gonzaga. Il n’y a pas gagné de championnat ? Peut-être, mais comme aucun joueur ne l’a fait avec Gonzaga, il n’est pas fou que de le considérer comme dans le top 3 all-time de l’université, probablement derrière John Stockton et Domantas Sabonis. Sur le plan individuel – et c’est ce qui nous intéresse – l’Amerloque est resté trois saisons avec les Bulldogs, pour un dernier exercice à hauteur de, prenez une grande inspiration, 28.1 points à 50% au tir dont 43% du parking, 5.5 rebonds, 1.7 assist et 1.1 interception. Indécent.

Mais voilà, si l’on devait expliquer à un novice le décalage entre le championnat universitaire et la NBA, incarné par l’éternel questionnement du « pourquoi les meilleurs ne sont pas toujours considérés comme les meilleurs ? », c’est la carrière d’Adam Morrison qu’on lui conterait. Mesurer 2m03 pour 93 kilos est un excellent compromis pour un ailier de NCAA. La mobilité permet de dépasser ses vis-à-vis sur un drive, tout en conservant assez de puissance pour faire le ménage sous le cercle. Sauf qu’une fois sélectionné en 3e choix de la Draft 2006 par les Charlotte Bobcats, Morrison a fait une croix sur sa domination. Son statut est devenu celui d’un ailier trop lent, épuisé par un diabète de type 1, qui ne pouvait qu’envier la forme physique de ses nouveaux adversaires. La pauvreté statistique de sa saison rookie l’image bien : 11.8 points et 2.9 rebonds, mais surtout ce vilain pourcentage de 38% au tir. La suite ? Une blessure au genou le fout au placard sur tout l’exercice 2007-08, et « Ammo » – pourtant scoreur naturel – ne redépassera plus jamais les 4.5 points de moyenne.

Une seule bonne nouvelle ?

Deux titres avec les Lakers, en 2009 et 2010. En espérant qu’en dépit de son (très) faible temps de jeu, Morrison ait réussi à se persuader qu’il y a contribué.

La carrière d’Adam Morrison se lit sous deux angles : un roi sans couronne, devenu bust titré en NBA. Quelle ironie. T’as beau lâcher des grands 28 points de moyenne sur tous les ados du pays, impossible de ramener le premier titre de l’histoire de ta fac. A contrario, c’est en foutant rien – ou pas grand-chose – que Morrison a obtenu les premiers succès collectifs de sa carrière. Summum de la lose, à Los Angeles, il n’a fait parler de lui que pour sa mauvaise hygiène corporelle.

« Vous vous souvenez d’Adam Morrison ? Il n’a jamais pris la moindre douche, il chiquait du tabac, il portait les trois mêmes polos toute la saison… Et pourtant, c’était un joueur qui gagnait plein d’argent. Un jour, Gerald Wallace a dû le forcer à se doucher. Vous vous rendez compte ? Imaginez-vous contraint d’obliger un adulte à se doucher… Il aurait dû avoir honte. Il faisait la couverture des jaquettes de jeux vidéos, il faisait tout, et était de loin le pire et le plus dégoûtant. » – Jared Dudley, ex-coéquipier de Morrison aux Bobcats, pour le Washington Post

Bon, mis à part ce sous-approvisionnement en gel douche, qu’est-ce qui nous permet de qualifier Adam Morrison de « bust » ? Un 3e choix de draft qui ne dispute « que » 161 matchs dont 28 en tant que titulaire en seulement quatre saisons, pour des moyennes de 7.5 points à 37% au tir dont 33% de loin, 2.1 rebonds et 1.4 assist, c’est – malgré tout ce que ne montrent pas les chiffres – beaucoup trop fragile. Pour autant, sa carrière globale n’est pas un échec. Devenir l’un des meilleurs joueurs de l’histoire d’une fac comme Gonzaga est un superbe accomplissement que beaucoup sous-estiment par la centralisation de la NBA comme seul objectif d’un basketteur de haut niveau. Lui en tout cas, ne semble pas s’en morfondre. Douze ans après être sorti de nos radars – et bien qu’il reste très discret, à l’écart des réseaux sociaux – on a mené l’enquête sur sa nouvelle vie de retraité. Essayé en assistant coach des Bulldogs sur la saison 2013-14, il a vite lâché l’affaire, découragé par les déplacements à l’extérieur qui ne « collaient pas » avec sa vie de père. Il coanime aujourd’hui les podcasts « The Perimeter with Adam Morrison » et « Gonzaga Nation » qui lui donnent la libre parole sur l’actualité des Bulldogs. Il reste un fervent supporter de Gonzaga et n’hésite pas à encourager/conseiller les potentiels choix de draft de l’université, comme Joel Ayayi et Corey Kispert il y a un an.

 

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Pourquoi Adam Morrison s’investit-il davantage avec les Bulldogs qu’au sein d’une franchise NBA ? Son passage à l’université est absolument tout ce qui le définit. Son seul regret peut être d’avoir échoué en 2006 face à UCLA, en « Sweet Sixteen », soit à deux matchs de qualifier Gonzaga pour le premier Final Four de son histoire. Il aurait voulu rendre à l’université tout ce qu’elle lui a apporté, à savoir l’opportunité d’aller signer un chéquos à l’échelon supérieur, trois magnifiques saisons et un nom qui ne sera jamais effacé du grand livre de la NCAA. Son bilan final de 83 victoires pour 12 défaites avec les Bulldogs n’aura même pas suffi à atteindre l’« Elite Eight ». En même temps, quand le meilleur de tes coéquipiers s’appelle J.P. Batista (coucou le MSB), c’est un peu light pour espérer défier la Floride de Joakim Noah. Malgré tout, Adam Morrison ne sera jamais aussi bien traité qu’à la maison et on sent toujours, presque une vingtaine d’années après, que sa flamme de Gonzaguois (gentilé sorti au pif) ne s’estompe pas. Pour preuve, depuis 2017, il occupe le poste d’analyste à la radio « IMG » chargé de suivre/commenter les Bulldogs à l’antenne. Vous vous souvenez du buzzer de Jalen Suggs lors de la March Madness 2021 ? Lui, dans 60 ans, il ne l’aura toujours pas oublié.

Passé le moment émotion, l’info la plus cheloue à son sujet vient du podcast Pardon My Take. L’invité Kyle Wiltjer, ancien joueur des Bulldogs de 2014 à 2016 et ami de Morrison, a révélé l’existence d’un « bunker d’apocalypse » au domicile d’Adam. Pour reprendre les termes exacts de Wiltjer, Morrison « pense que quelque chose ne tourne pas rond en politique » et que « tout le monde est corrompu ». On ne voit pas de lien direct entre cette appréhension du jeu politique et un bunker d’apocalypse, mais c’est rien, c’est l’Amérique. Concentrons-nous sur ce qui nous intéresse, à savoir la réserve du bunker. Adam Morrison y stockerait de la nourriture en grande quantité et beaucoup d’armes. « Il pourrait survivre à tout » ironise Kyle Wiltjer. Quand on dit qu’il faut cultiver la différence, avec du recul, on tient quand même un sacré client. Diabétique, 3e choix de draft, bust, sent le foin et garde quelques fusils d’assaut au chaud : le genre de bonhomme qu’on n’oubliera pas.

Fin tireur, lent mais chirurgical, Adam Morrison n’a jamais trouvé son rythme en NBA. Pour autant, le goût laissé en bouche n’est pas aussi amer que pour le commun des busts. Il a fait son truc en NCAA, là où l’enjeu sportif est complètement démesuré, jusqu’à sécuriser son après-carrière derrière les micros. On ne le connaît pas, mais on le sent heureux.

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