Mavericks

La transition Dirk Nowitzki – Luka Doncic : est-ce qu’on n’aurait pas ici la plus belle manière possible d’enchaîner deux décennies ?

Luka Doncic Dirk Nowitzki 20 décembre

Une photo : trente ans de domination.

Source image : YouTube

Public service announcement, les lignes qui suivent sont à déguster avec un paquet de marshmallows et avec un verre de vin millésimé, avec modération bien sûr. Car la gestion de cette place de leader à Dallas c’est tout simplement du management all-time, un peu de chance au départ dans les deux cas mais au bout du compte un bilan so creamy, magnifié donc par deux blondinets venus du Vieux Continent. Oh la belle (double) histoire.

10 avril 2019, les Dallas Mavericks s’imposent à l’American Airlines Center face aux Suns dans un match sans aucun enjeu sportif. Sauf que ce qu’il se passe ce soir-là au Texas vaut peut-être plus qu’une qualification en Playoffs. Ce soir-là ? Luka Doncic et Dirk Nowitzki sont ensemble sur le terrain, pour la dernière fois. 21 points, 16 rebonds, 11 passes et 3 steals pour Luka, huitième triple-double de sa saison rookie, et… 30 points pour Dirk, devant son public, et ce pour la dernière fois de sa carrière. Une double-performance qui résume parfaitement l’état d’esprit des fans devant ce duo qui n’en aura finalement été un que durant une saison, mais dont l’enchevêtrement est juste parfait dans l’histoire de la franchise.

Flashback, nous sommes le 24 juin 1998 à… Vancouver, dans moins de trois semaines Zinédine Zidane sera le nouveau favori aux prochaines présidentielles, mais ce soir-là c’est surtout la Draft NBA qui occupe les esprits des fans de la balle orange. Les Mavericks possèdent alors le sixième choix, voilà ce que ça fait d’être une équipe moyenne depuis bientôt dix ans, et avec ce sixième choix les Texans jettent leur dévolu sur… Robert Traylor, monstre physique en provenance de Michigan. Rien à dire, le garçon va gober du rebond en NBA autant qu’il gobe du poulet à chacun de ses réveils. Rien de bien excitant non plus car si celui que l’on surnommera plus tard Tractor Taylor (et qui décèdera beaucoup trop jeune, paix à son âme) est un prospect de haut niveau, son nom n’est pas non plus synonyme de scènes de liesse populaire à Dallas. Tant mieux finalement car quelques minutes plus tard Bébert n’est déjà plus un Maverick, car quelques minutes plus tard Don Nelson et sa clique échangent leur pick 6 contre le pick 9 des Bucks, un certain… Dirk Nowitzki. Le jeune Allemand avait tapé dans l’œil des scouts des Mavs toute la saison à Wurzburg (en… deuxième division allemande) et avait fini de les faire craquer lors du Hoop Summit de mars après s’être quasiment évadé d’Allemagne en lousedé car il était à l’époque en plein service militaire…

Ah l’histoire, elle tient parfois à tellement peu de choses.

C’est donc un grand échalas mal dégrossi de 2m13 mais au poignet de feu qui débarque en juin 98 à Dallas, et l’histoire n’en sera que magnifique. La NBA dit alors adieu – c’est ce qu’elle pense – à un certain Michael Jordan et se cherche de nouveaux héros. La première saison de celui que l’on surnommera bientôt Wunderkind est discrète, les leaders s’appellent alors Steve Nash, Cedric Ceballos ou Michael Finley, mais dès la seconde Dirk va très vite s’imposer comme celui par qui l’équipe doit gagner. Titulaire dès sa saison sophomore, le grand blond avec un poignet all-time n’est pas un Pierre Richard et devient très vite un joueur qui compte en NBA. les Playoffs sont ratés de peu en 2000 également, quelques semaines avant que David Trézéguet devienne le favori des présidentielles, mais derrière ce seront douze postseasons consécutives qui seront validées, avec au bout la gloire que l’on connait mais également une histoire parmi les plus folles de tous les temps en NBA. MVP en 2007 (premier non-américain de l’histoire de la Grande Ligue) un an après une Finale perdue de haute lutte face au Heat d’un autre genre de MVP, Dirk Nowitzki est au sommet de sa gloire individuelle mais connait malheureusement, quelques semaines plus tard, son pire souvenir collectif en carrière. Damned. Une saison magnifique mais conclue par… une élimination… au premier tour… par des Warriors huitièmes de Conférence et dans un mood exceptionnel. Mode We Believe activé à l’Oracle, mode dépression de mise à Dallas, le blondinet prend une énorme claque et décide avec son mentor Holger Geschwindner de partir s’isoler quelques semaines en Australie, avec comme seuls amis des bières et une guitare. Blackout total, mais blackout nécessaire pour un homme qui a alors besoin de faire le vide pour rester au sommet individuellement, pour trouver la route de sommets collectifs devenus LE but ultime de Dirk. Un Graal que toucheront finalement Dirk et les Mavs quatre ans plus tard dans un reveal face au Heat, un Heat cette fois-ci renforcé par LeBron James et Chris Bosh excusez du peu. Jason Terry et Shawn Marion pour entourer leur leader, DeShawn Stevenson ou Tyson Chandler pour défendre the land, Peja Stojakovic car il méritait une bague, J.J. Barea pour jouer les mascottes aux côtés de Jason Kidd et même Ian Mahinmi qui s’incruste à la fête, chacun de ses gars voit Dirk Nowitzki atteindre avec eux son zénith en tapant les invincibles Heatles. Mark Cuban chiale, Holger chiale, Dirk chiale et toute l’Allemagne chiale car l’histoire est belle. MVP, champion NBA et bientôt l’un des sept joueurs all-time à plus de 30 000 pions en carrière, voilà le genre de sucrerie offerte par Dirk Nowitzki à Dallas, on dit merci l’armée teutonne de s’être faite enrhumer.

1998 – 2019, 21 saisons donc de présence allemande et bouclée à Dallas, et si les dernières saisons ont surtout permis de se rendre compte que la vie est dure à quarante balais et avec cinq genoux en moins, la dernière des représentations du natif de Wurzburg a surtout permis à la fanbase texane d’assister à l’un des passages de témoin les plus parfaits qui soit.

Flashback, nous sommes le 21 juin 2018 à Brooklyn, dans moins de trois semaines Kilian Mbappé sera le nouveau favori aux prochaines présidentielles, mais ce soir-là c’est surtout la Draft NBA qui occupe les esprits des fans de la balle orange. Depuis quelques temps déjà un jeune Slovène fait les gros titres, mais il fait également débat. Aussi précoce qu’intraitable en Europe, Luka Doncic est champion d’Europe et membre du meilleur cinq de la compétition lors de l’Euro 2017, à 18 ans vindieu, et un an plus tard il devient à 19 ans le meilleur joueur de Liga mais également d’Euroleague, compétition référence qu’il remporte avec le Real Madrid. Quelques mois avant la Draft NBA ? On se dit que c’est du tout cuit mais ce serait mal connaître une partie des scouts américains, qui flippent probablement de revivre l’effet Rubio (tellement précoce mais finalement pas si foufou) ou pire, l’effet Andrea Bargnani, immense prospect dont le plus beau highlight restera au bout du compte un dunk raté avec les Knicks. La Draft se rapproche, un dénommé Deandre Ayton semble promis à des Suns possédant le premier choix, mais derrière c’est ouvert et c’est un peu la course à qui aura le plus de couilles en sélectionnant cet « étranger ». A ce moment-là on sait, nous, ici, que celui qui tentera sa chance tirera le gros lot, mais les dirigeants NBA ne le savent pas encore. Ayton est appelé en 1 par les Suns, pas de surprise, les Kings sélectionnent ensuite… Marvin Bagley III (mais les Kings fans vous diront aujourd’hui avec du sang dans les yeux que ce Louis Labeyrie athlétique était le meilleur des choix), et c’est ensuite aux… Hawks de choisir. Le nom de Luka sort alors du chapeau mais immédiatement l’alerte Woj résonne puisque Luka Doncic part en fait à Dallas, dans un échange le voyant croiser le meneur aux bouclettes Trae Young. Arrangement à l’amiable, entre temps les Grizzlies pickeront Jaren Jackson Jr. et on est bien content pour eux, mais c’est donc bien au Texas que le génie slovène débutera son histoire d’amour avec la NBA, sur les terres d’un autre européen doué pour la balle orange.

Un soir de Draft, un échange entre deux franchises, deux blondinets venus d’Europe, vous nous voyez venir ?

Oh le flair. Oh le flair de Mark Cuban et ses équipes, qui ont donc décidé de surfer sur leur belle étoile de 98 en jetant leur dévolu sur celui qui divisait tant et on se demande encore pourquoi. Dès l’annonce de l’échange de pick les conclusions vont bon train, Luka débarque pour prendre la relève de Dirk et que ça marche ou non d’ailleurs… le scénario semble parfait.

Amis de Sacramento, Phoenix ou Atlanta nos condoléances, car à l’heure de ces lignes… le constat est sans équivoque. Car aujourd’hui Louis Labeyrie tente de gagner sa place dans le starting five des Kings et cela semble être son seul but dans la vie, Deandre Ayton voudrait grandir et a donc testé la technique Richard Virenque avant de prendre  matchs de suspension et Trae Young tente tant bien que mal de faire oublier ce soir de juin à ses Hawks en envoyant lui aussi du lourd à chaque branlée reçue par sa franchise. Luka Doncic ? Rookie Of the Year en 2019, à deux poils de cul d’une sélection au All-Star Game. Accélération. 20 décembre 2019, on parle aujourd’hui d’un candidat au trophée de MVP, larguant chaque soir ou presque une nouvelle mixtape historique comme on largue une caisse devant les Zamours, en même temps qu’il offre victoire sur victoire aux Mavericks. Rejoint cet été par un autre phénomène européen en la personne de Kristaps Porzingis, Luka est aujourd’hui le gendre idéal de toutes les ménagères américaines et la nouvelle bonne raison de rêver pour Mark Cuban et tous ceux ayant du sang maverick dans les veines…

Jusqu’où ira le phénomène Luka Doncic ? Peut-il succéder à la légende Nowitzki en portant Dallas jusqu’à une nouvelle bague ? Le potentiel individuel semble infini, l’onde positive qu’il dégage actuellement est assez incroyable et même inédite, et rien n’indique donc, pour l’instant, que toute cette folie puisse n’être qu’éphémère. From 1998 to 2019 with Dirk, from 2018 to… 2039 with Luka ? La conclusion est terriblement hâtive et un milliard de choses peuvent se passer d’ici-là, mais si les Mavs réussissent leur coup, ils auront donc traversé quarante ans de NBA sur les épaules de deux génies européens et ça, c’est assez unique en son genre…

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