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Grit and Grind : la fin d’une ère mais un héritage éternel à Memphis

Grit and Grind

Le seul endroit du monde où un 72-68 correspond à une orgie de basket NBA.

Source image : YouTube/Memphis Grizzlies

Véritable anomalie dans la NBA contemporaine, le Grit and Grind n’a pas remporté de titre à Memphis mais il a marqué toute une génération de joueurs et de fans au cours de la dernière décennie. Une époque où personne ne voulait croiser les Grizzlies et encore moins être défendu par Tony Allen et toute sa bande de givrés pendant 48 minutes ou sur toute une série. Bienvenue dans le Tennessee, mais ne vous approchez pas trop, l’Ourson griffe.

Parmi les franchises à l’identité la plus marquée dans les années 2010, les Grizzlies peuvent se vanter d’avoir développé leur propre style, au même titre que le Run and Gun des Suns ou la période Lob City chez les Clippers. Surnommée Grit and Grind à la suite d’une interview de Tony Allen encore révolté par le forfait de son coéquipier Rudy Gay en saison régulière pour une blessure à l’orteil en 2011, cette philosophie de jeu pourrait se résumer à une pace excessivement lente et un don de soi de tous les instants en défense. Mais ce serait un blasphème de s’arrêter là sans rendre hommage à ses plus fervents artisans. On a déjà cité l’un de ses symboles en introduction mais il n’était pas seul à défendre ce mode de vie dans la capitale du blues. Avec lui, Zach Randolph, Mike Conley et Marc Gasol ont aussi porté haut et fort ces valeurs d’un autre temps et contraires tout ce que l’on pouvait voir dans le reste de la Ligue. Le dernier représentant de cette époque, l’ancien meneur au plus gros contrat de la Ligue, a été tradé dans l’Utah l’été dernier mais personne n’oubliera ce chapitre magnifique dans l’histoire de cette jeune franchise. D’ailleurs, s’il ne fallait retenir qu’une chose des 25 premières années d’existence des Grizzlies, ce serait bien celle-là et ils ne s’y sont pas trompés en préparant le retrait des maillots des deux premiers nommés en attendant que les deux autres ne prennent leur retraite.

Présenté comme ça, on dirait presque une secte avec ses quatre gourous clairement identifiés. Soit on aime, soit on déteste mais personne ne peut contester son efficacité, du moins jusqu’à un certain point. De 2011 à 2017, Memphis a toujours eu un bilan positif et n’a pas raté une postseason, la troisième série la plus longue à l’époque. Cela a commencé par un upset historique contre les Spurs en avril 2011 et la réputation du Grit and Grind n’a cessé de grandir à partir de là. Demandez à Tony Parker quel souvenir il en garde. Tout au long de ce premier tour, Mike Conley et Tony Allen vont asphyxier le backcourt texan tandis que les deux gros shorts s’occupaient du cas de Tim Duncan. Pourtant, c’est peut-être lors des deux années suivantes que le copyright va être déposé pour de bon dans la tête des gens. Favoris au moment de croiser les Clippers de Blake Griffin, Chris Paul et DeAndre Jordan au premier tour des Playoffs 2012, les Oursons lâchent une avance de 27 points et se font surprendre d’entrée par une équipe pratiquant un style de jeu aux antipodes du leur. Ça cavale dans tous les sens et ça envoie du alley-oop une action sur deux, comme si on diffusait un film en couleur dans un cinéma des années 50. Memphis arrachera quand même une belle à domicile mais le Game 7 tombera finalement dans les mains des anciens spécialistes des demi-finales de Conférence. Pourtant, en sept manches, le score ne sera monté au-dessus des 100 unités qu’à deux reprises. Ça change des 154-148 auxquels on assiste tous les soirs dans la NBA actuelle, hein ? Si vous préférez les orgies offensives, c’est bonheur, mais les abonnés du FedExForum sont à deux doigts de lâcher une galette en ouvrant les boxscores chaque matin. Chacun son éducation comme on dit.

En tout cas, la leçon de 2012 a été retenue et les changements ne se font pas attendre au sein du groupe de Lionel Hollins. A mi-saison déjà, les dirigeants prennent une décision étonnante en se séparant de leur seule menace offensive derrière l’arc en la personne de Rudy Gay. L’ailier scoreur est envoyé à Toronto contre Tayshaun Prince, des Tucs et une orange. En réalisant un tel trade, Memphis fait all-in sur sa défense et assume son manque de shooting en optant pour du slow-tempo et des séquences au poste de ses deux gros. La recette a l’air de fonctionner car les Grizzlies terminent avec la pace la plus faible de la Ligue (88,4 possessions par match), la meilleure défense (89,3 points encaissés de moyenne) et la deuxième meilleure au rating (100,3 unités toutes les 100 possessions) ainsi que son record de franchise au nombre de victoires (56-26). Forts de leur cinquième place, les soldats du Tennessee recroisent les Clippers, encore au premier tour. Après une petite période d’adaptation, Memphis réalise un gentleman sweep en gagnant quatre rencontres de suite pour envoyer les Voiliers en vacances encore plus tôt que d’habitude grâce à un Zach Randolph au sommet de son art (4-2). En demi-finale, c’est un autre récent tombeur des Grizzlies qui va subir la loi de la nouvelle philosophie locale. Finaliste en titre, le Thunder se fait manger tout cru dans la raquette avec un Z-Bo en double-double sur la série alors que Big Spain n’est pas encore capable de toucher le cercle du parking mais passe une vraie mixtape à Kendrick Perkins des deux côtés du parquet. Quand on a dix fois le QI de son adversaire direct, ça peut toujours aider mais c’est surtout en défense que la troupe est infernale en limitant systématiquement OKC sous les 100 points dont un 87-81 dans le Game 3. La revanche des Spurs en finale de Conférence et le sweep sont anecdotiques tant Memphis a réussi à impressionner avec une identité de jeu atypique mais qui colle tellement bien aux exigences des Playoffs.

Cela reste à ce jour la meilleure saison de l’histoire de la franchise, mais la campagne de Playoffs 2015 fut quand même un grand moment qui permit d’ancrer un peu plus cette culture Grit and Grind dans l’ADN de la franchise. Encore une fois sans l’avantage du terrain dès le premier tour à cause de l’ancienne règle qui offrait encore cet honneur aux vainqueurs de Division (coucou Portland), les Grizzlies frôlent le sweep face à l’un des meilleurs backcourts du pays. Damian Lillard tourne à 16,1% du centre-ville sur la série et l’absence de Mike Conley à partir de la moitié du Game 3 ne va pas empêcher Memphis de s’offrir le droit d’affronter les Warriors, dont ils avaient déjà stoppé une série de 16 victoires consécutives en cours de saison, au tour suivant. L’état de santé de Conley inquiète après le coup de coude involontaire de C.J. McCollum lui fracturant le visage. Le soldat est cloué au lit dans son hôtel à San Francisco et le moindre rayon du soleil auquel il est exposé lui provoque des vomissements. Mais en face, le MVP n’a aucune pitié et Mike se sent obligé de revenir pour aider ses coéquipiers à lutter. Rudy Gay peut prendre des notes. Dix jours après son choc avec l’arrière des Blazers, le point guard est de retour les yeux encore injectés de sang avec un masque posé sur le nez comme unique armure pour venir s’occuper du cas de Stephen Curry. Le Game 2 se déroulera comme dans un film. Tout réussit à Mike Conley qui termine meilleur marqueur du match et limite Baby Face à 19 points dont un très cheum 2/11 de loin et seulement quatre petits lancers provoqués. On pensera même que les hommes de Dave Joerger vont créer l’exploit lorsqu’ils remportent le troisième acte mais ils s’inclinent finalement avec les honneurs au bout de six manches. L’important est ailleurs car le symbole est fort et désormais bien ancré. Battus d’avance selon les bookmakers, cette bande de potes n’a jamais rien lâché et a répondu aux flèches longue distance par des forêts de bras levés et des cours de danse dans la peinture. A l’image de Mike Conley, le sens du sacrifice était total et on se rappellera longtemps de son visage masqué et du « First-Team All-Defense » de Tony Allen gueulé à même le sol après chaque interception. Maintenant on comprend mieux pourquoi la franchise attend que tout le monde raccroche pour habiller un peu le plafond de sa salle avec les numéros de ses guerriers légendaires.

Aujourd’hui, les Grizzlies sont redevenus une équipe de fin de tableau avec l’une des pires défenses de la Ligue. Mais leur franchise player, Ja Morant, porte encore ce symbole avec lui et les dirigeants ne pouvaient pas mieux tomber. Snobé par les grosses facs américaines, il a tracé sa propre route vers le second choix de Draft NBA et il domine déjà la NBA dans son année rookie à l’un des postes les plus relevés en NBA. Le relais est assuré, mais ne vous attendez pas à voir les Grizzlies à appuyer sur la pédale de frein, maintenant ça joue à 1000 à l’heure. L’état d’esprit Grit and Grind va vivre autrement mais une chose est sûre, il ne bougera pas de Memphis.

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