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Le drame Eddie Griffin : une carrière fatalement guidée par la dépression, l’alcool et la violence

Eddie Griffin

Promis à un brillant avenir, Eddie Griffin était également dépressif et avait un certain penchant pour l’alcool. Tout ça l’a conduit à une fin tragique…

Source : YouTube

Considéré comme un véritable diamant brut lors de ses années NCAA, Eddie Griffin n’a jamais su franchir le cap en NBA, la faute à une instabilité émotionnelle qui lui a fait faire énormément de conneries et un penchant extrême pour la boisson. Lorsque l’on cumule les deux, cela donne une issue forcément tragique. Retour sur le chemin de croix d’un bonhomme aussi talentueux qu’immature, relaté longuement par Grantland.

Après des années lycée remarquables du côté de Philadelphie, à la Roman Catholic High School pour être plus précis, Eddie Griffin décide de s’inscrire à la fac de Seton Hall, puis il y jouera en NCAA, dans l’équipe des Pirates. Là-bas, Griffin dégomme tout, même un peu trop. Il le fait au sens figuré en s’imposant comme l’un des meilleurs prospects à venir pour la future Draft NBA en posant 17.8 points, 10.8 rebonds et 4.4 contres lors de sa saison freshman (première année), étant même capable de tirer de loin, un ailier moderne en avance sur son temps le type ! Sauf qu’en dégommant tout, il le fait aussi au sens propre en ayant de nombreuses embrouilles avec ses coéquipiers, capable de les menacer lorsqu’ils ne lui filent pas la gonfle, voire carrément de se battre avec eux. Un certain Ty Shine en a fait les frais après avoir ignoré Griffin en attaque.

“Continue de m’oublier et tu verras ce qu’il va se passer à la fin du match !”

Eddie Griffin, probablement frustré par la défaite qui a suivi face à Georgetown, a tenu parole en envoyant ses phalanges dans le faciès de son coéquipier à la fin du match, qui aura eu besoin de plusieurs points de suture pour se remettre de cette agression.

Le tempérament de Griffin était déjà connu au lycée, où il s’était déjà castagné avec des membres de son équipe en plein réfectoire, entraînant même son renvoi, il s’est confirmé en NCAA. Sauf que son potentiel est également monstrueux et le risque vaut à l’époque le coup d’être tenté, les scouts NBA le savent bien. Connaissant cela, il décide de s’inscrire à la Draft de 2001, en sachant qu’il y’a une forte probabilité d’être sélectionné haut et donc de se faire de l’oseille en sortie d’université.

“Je vais avoir de l’argent, c’est sympa”

Alors qu’il aurait pu être sélectionné bien plus haut dans une draft qui regorge malgré tout de talents draftés avant lui comme Kwame Brown ou Eddy Curry, les Nets le sélectionnent en 7ème position mais l’envoient directement chez les Rockets en échange de Jason Collins, Brandon Armstrong et du 13ème choix de cette même Draft qui deviendra Richard Jefferson. Houston compte sur lui pour entamer sa reconstruction avec Steve Francis et Cuttino Mobley depuis la retraite de Clyde Drexler en 1998 et le départ chez les Raptors d’Hakeem Olajuwon.

Sur le terrain, Griffin montre de belles choses mais ne parvient pas encore à se faire une place au soleil malgré les attentes et un potentiel certain. Lors de sa première saison, il tourne à 8.8 points, 5.7 rebonds et 1.8 contre par match, faisant notamment de lui le 13ème meilleur contreur de la NBA. Il est attendu au tournant la saison suivante, mais une progression insuffisante et un manque de sérieux conjugués à l’arrivée de Yao Ming en ville assombrissent son avenir dans le Texas.

Lors de sa saison sophomore, Griffin ne montre pas de progression avec une ligne statistique de 8.6 points, 6 rebonds et 1.4 contre par rencontre. Pire encore, il semble avoir un réel problème avec la boisson et avec la violence et autre genre de souci… Griffin semble être victime d’une dépression. Les Rockets l’ont bien remarqué : il est de plus en plus difficilement joignable par ses employeurs, il est absent à plusieurs entraînements et il loupe même volontairement un vol d’équipe en coupant son téléphone. Il a même été accusé de violences conjugales en cognant sa petite amie et en tirant sur elle et sa voiture. C’en est trop pour la franchise texane qui décide de se séparer de lui alors que la saison 2003-2004 n’a même pas encore commencé. Son avocat tente d’analyser le personnage.

“C’est un adulte qui n’a jamais grandi, il a une âme d’enfant mais c’est un alcoolique notoire. Il y avait toujours de l’alcool avec lui… Mais le pire, ce n’est pas qu’il sortait faire le fou en boîte de nuit ou pour faire la fête. Il buvait secrètement. Sans l’alcool, il aurait été cet ailier fort que les Rockets recherchaient, et sans ça il était vraiment un type formidable.” – Rusty Hardin

Griffin est condamné à 18 mois de prison avec sursis pour cette histoire avec sa petite amie. Il arrive tout de même à trouver un point de chute en signant chez les Nets, toutefois, il manque l’intégralité de la saison pour se rendre en cure de désintoxication et vaincre ses démons avec l’alcool, il ne prend part à aucun match avec les Nets puisqu’il les quitte à l’issue de la saison. Il a même tenté de s’inviter à un mariage auquel il n’était pas convié, faisant peur à tous les invités et tentant même de se battre avec certains. C’est là que certains ont réalisé à quel point le problème de Griffin était grave et démentiel.

Les Timberwolves lui tendent la main et le signent pour la saison 2004-2005, et décident même de faire en sorte qu’il soit à côté de Kevin Garnett dans le vestiaire afin que ce dernier puisse le prendre sous son aile. Cependant, malgré un nouveau contrat de 3 ans et 8 millions de dollars, rien n’y fait, Griffin ne progresse pas et n’arrive pas à se débarrasser de ses vieux démons. Il se fait remarquer en tamponnant un SUV sur un parking de façon volontaire et selon des témoins, il aurait même été ivre en train de se faire du bien devant un film interdit aux mineurs, le tout en conduisant. Kamoulox. Il serait entré dans le magasin à proximité en hurlant qu’il n’avait pas de permis, en racontant au propriétaire de la voiture endommagée qu’il pouvait lui repayer celle de son choix, tout en le conjurant de ne pas porter plainte. Finalement les policiers arrivent sur place mais ne font rien de plus. Il se fait également suspendre pour 5 matchs pour avoir enfreint le règlement antidopage de la ligue. Lassés par son attitude à Minneapolis, ses dirigeants le coupent après seulement 13 matches en 2006-2007.

Eddie Griffin souhaite tout faire pour revenir à son niveau et évoluer ne serait-ce qu’en Europe pour un contrat qui aurait déjà été celui de la dernière chance selon son coach de l’époque Dwane Casey. Mais de dernière chance il n’aura pas. Au volant de son SUV, il ignore un passage à niveau alors que la barrière est baissée, le train passant à ce moment là percute la voiture du joueur qui prend feu. Le joueur décède sur le coup, les analyses révèlent qu’il avait 3 fois la dose d’alcool légale dans le sang. Le corps est tellement amoché qu’il faut aller jusqu’aux examens dentaires pour déterminer l’identité d’Eddie Griffin, ses poumons se sont décrochés, son foie et ses reins ont été lacérés, et son corps en grande partie brûlé. Un suicide est évoqué lorsque l’absence de traces de freinage est découverte aux abords de la voie ferrée. Fin de la partie.

John Lucas, qui l’avait aidé lors de ses déboires avec la boisson, et qui a lui-même été en proie à ce genre de soucis, est à la fois infiniment triste, mais tente de relativiser au maximum lorsqu’il évoque la mort de Griffin.

“Si c’est vrai, il est désormais libre, là où il voulait être. Il devait grandir et murir, mais c’était une belle personne. Je suis dévasté… Vraiment dévasté.”

Ce triste événement est la preuve ultime que le joueur était tout sauf remis de sa dépression et de ses soucis d’alcoolisme. Sa famille ne s’en inquiétait pas trop a première vue, lorsqu’il ne décrochait pas le téléphone car c’est une chose qu’il avait l’habitude de faire. Mais sa mère était bien évidemment effondrée d’apprendre la nouvelle. Lui qui souhaitait enfin s’en sortir et écrire une nouvelle page plus valorisante dans sa carrière de basketteur, et plus largement dans sa vie.

Eddie Griffin a connu un destin tragique, il était quelqu’un de seul qui se réfugiait dans la violence et l’alcool, mais lorsqu’il était avec ses proches, il était décrit comme une personne calme et sociable. Sauf que malgré les mains tendues de toutes parts, il n’a pu échapper à cette fin horrible. RIP Eddie.

1 Comment

1 Comment

  1. Mendès

    29 janvier 2019 à 16 h 55 min at 16 h 55 min

    Merci d’avoir écrit un article sur l’un de mes joueurs préférés. Dommage de ne pas développer plus sa courte expérience chez les Wolves, il m’avait conquis c’était la première fois que je voyais un type enchaîner autant de contres et de trois points ! Et sa relation avec KG était intéressante… quelle tristesse son décès.

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