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Gregg Popovich réaffirme son désamour pour les tirs du parking : 20 ans de haine, ça se fête non ?

Gregg Popovich

Quand tu détestes les tirs du parking en 2018, forcément tu tires la gueules.

Source Image : nba league pass

Gregg Popovich est un ovni en NBA. Pas de ceux que l’on voit passer quelques secondes sans vraiment comprendre ce que l’on a perçu. Non, une bizarrerie géniale et adoubée de tous, qui scintille dans le ciel de la Grande Ligue, toujours dans la même constellation texane depuis bientôt 22 ans. À vrai dire, beaucoup de fans sont nés en même temps que la série de participation aux Playoffs de Pop. Alors quand il parle, on écoute. Et on a trouvé plus régulier que ses résultats : son rejet du tir à trois-points.

Puisque les médias sollicitent l’avis tactique du boss de San Antonio depuis son arrivée dans la Ligue, il est normal de le voir se répéter sur certains points. Non, ce n’est pas la vieillesse qui fait radoter Pop, c’est une tête dure, parfois à l’extrême. Un côté vieux jeu pour certains, certes, mais pour d’autres un garant du basket à papa, du beau basket, fait de redoublement de passe de déplacement et de décalage, celui aussi de l’isolation, du post-up et des gros coups de derrière d’un intérieur sous le cercle. Vous aurez donc compris que la tendance actuelle du pull-up à trois-points en contre-attaque, du shoot extérieur à tout prix, même forcé, a fait piquer plus d’une crise à ce bon vieux Popovich. Alors, de son statut de grand ponte de la balle orange, Gregg Popovich ne perd pas une occasion de réaffirmer son désamour du parking. Il y a peu de choses qui se répètent quand on suit la NBA, mais Pop ne fait rien comme tout le monde et on ne se lasse pas de cette crise annuelle contre les tirs longue distance. Vous n’en avez jamais entendu ? C’est un must see. Cette fois-ci, c’est dans une interview accordée à Bulls.com que le coach des Spurs se lâche :

« De nos jours, il y a une exagération des tirs à trois points parce qu’ils sont approuvés comme analytiquement corrects. Aujourd’hui, vous regardez une feuille de statistiques en fin de match et la première chose que vous regardez sont les trois points. Si vous les mettez et que l’autre équipe non, vous gagnez. Vous ne prêtez même pas attention aux rebonds, aux pertes de balle ou à quel point les transitions défensives ont été impliquées. Vous n’en avez rien à faire. Les trois points ont ce genre d’impact et c’est démontré par la manière dont tout le monde joue. […] Je hais les trois-points, je les ai toujours détestés. Je les hais depuis 20 ans. C’est pour cela que je blague toujours sur le fait de savoir si nous allons aller plus loin : instaurons une ligne à quatre points. Parce que si tout le monde aime les trois, ils adoreraient les quatre. Les gens sauteront de leur siège si vous pouviez obtenir une action à cinq points. Ce serait génial. Il n’y a plus de basket, il n’a plus sa beauté. C’est assez ennuyant. Mais c’est comme cela, nous devons travailler avec. »

La tête dure, la leçon, la nostalgie de la « beauté » du jeu. Tout y est. On connaît donc cette position depuis très longtemps, mais cette fois, NBC Sports s’est appliqué à produire un tableau comparant, pour chaque année, le pourcentage de tir pris derrière l’arc des Spurs avec le taux moyen de toute la Ligue. Et surprise : sur ces 20 saisons, de 1999 à 2019, seules six saisons sont bien en-dessous de la moyenne NBA, sept saisons sont dans la moyenne, et donc sept autres sont bien au-dessus. Au final, les Spurs de Pop ont suivi comme les autres équipes la tendance du tir extérieur au fil des saisons, ils l’ont même bien souvent devancé. Pas vraiment punk donc, car sur cette période, le pourcentage de tirs tentés du parking par les Texans est passé de 14% en 1999, à 27% aujourd’hui, soit une évolution tout de même bien en accord avec l’évolution générale de la Ligue. Gregg Popovich ne part pas à la guerre avec un arc et des flèches, il est lui aussi passé aux missiles longue distance.

Ça ne vous aura pas échappé d’ailleurs, mais Coach Popovich sort régulièrement vainqueur des batailles vers le titre : cinq fois champion NBA en 1999, 2003, 2005, 2007 et 2014. Ça classe un monsieur, si jamais vous aviez encore besoin de le faire. Quelle place occupent ces fameux tirs de loin dans ces titres ? Eh bien surprise, encore : sur cinq titres, trois d’entre eux (2003, 2005, 2007) avec un taux de trois points tentés dans le top 10 de la Ligue. Pour quelqu’un qui le déteste tant, il lui doit beaucoup. Un peu d’ingratitude Mr Popo ? Gregg Popovich est loin d’être sectaire, il sait très bien qu’il ne faut pas se priver d’une arme qui, au-delà du scoring, apporte un spacing si précieux au système des Spurs.

En fait, la véritable séparation avec la tendance du trois points s’est faite lors de son basculement dans l’outrance : c’est à partir de 2016 que l’écart entre taux de trois points des Spurs et du reste de la Ligue s’est agrandi subitement, soit, comme par hasard, pile l’année de l’avènement de Golden State et de ses Splash Brothers. Des dizaines et des dizaines de bombes du parking par match, c’en est trop pour ce maniaque de l’équilibre offensif, du système bien exécuté, des lay-ups faciles en fin de possession. Au final, il est assez étrange de se rendre compte que le coach le plus référencé, le plus respecté et perçu comme un génie par beaucoup, soit en tel décalage avec ceux-là même qui l’adorent. Rarement un coach aura été autant reconnu par ses pairs tout en rejetant l’arme principale, le fondement même du jeu offensif moderne.

Si Gregg Popovich déteste les trois points, il est bien contraint de l’utiliser un minimum dans le jeu moderne. Et si l’on en croit le nombre de sorties médiatiques qu’il offre sur le sujet, tout cela semble le frustrer. Idéaliste mais compétiteur, Pop préfère gagner en râlant sur le jeu moderne que perdre en sectaire absolu de la « beauté » du jeu. Ceci dit, ce qui est bien quand on est coach et président des opérations basket, c’est qu’on a choisi ses joueurs : plus facile de justifier l’absence de tir à trois points quand on se base sur DeMar DeRozan et LaMarcus Aldridge.

Sources texte : NBC Sports, Bulls.com

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