Old-School

L’histoire du jour : quand les Suns loupaient Kareem Adbul-Jabbar, sur un simple « pile ou face »…

Parfois, le destin d’une franchise se joue à rien en NBA. Demandez-donc aux Suns ce qu’ils en pensent.

Source image : YouTube

Depuis que la NBA existe, les choix des dirigeants lors de la Draft influent énormément sur les performances à court et moyen terme de leurs franchises. Ce n’est pas un secret, c’est même une base : bien choisir ses rookies est une des qualités premières du front office de toutes équipes de la Grande Ligue. En 1969, il y avait un gars à ne rater sous aucun prétexte, un pivot de 2m18 du nom de Lew Alcindor. Et le 19 mars de cette année, sur un simple jet de pièce perdu par les Suns contre les Bucks, ce joueur – qui va devenir l’un des meilleurs de l’histoire – va rejoindre Milwaukee… 

Car en 1969, le système de Draft n’était pas aussi précis et détaillé qu’aujourd’hui. Déjà la NBA ne comportait que 14 équipes réparties en deux divisions, la Western (Ouest) et la Eastern (Est). Les deux premiers choix étaient automatiquement attribués au pire bilan de l’Est (les Bucks) et à celui de l’Ouest (les Suns). Ensuite les autres équipes draftaient en dans l’ordre en fonction de leurs bilans respectifs. Mais, pour départager les deux moins bonnes équipes de la saison et savoir qui aurait l’honneur de choisir en premier, ça ne s’est pas joué au bilan mais bien sur un simple pile ou face. Ce petit jeu fut mis en place depuis New York par le Commissionner de l’époque – J. Walter Kennedy – alors que les dirigeants des deux franchises concernées ont suivi « l’action » en conférence call au téléphone (pas encore de Skype à l’époque) depuis leurs villes respectives.

Imaginez un peu la scène. Le commissionner sort un pièce d’un demi-dollar de sa poche. Priorité à Phoenix qui a tout de même gagné le moins de match dans la saison et Kennedy demande donc aux Cactus sur quel côté de la pièce ils veulent parier. Réponse venue d’Arizona : « Face ». Le Comish’ lance alors la pièce en l’air, la récupère, la pose sur son bureau et annonce le résultat : « la pièce est retombée sur son côté Pile ». Le sentiment général en Arizona à cet instant ? La consternation. Jerry Colangelo – qui venait alors d’être embauché en tant que tout jeune (29 ans) GM de cette nouvelle franchise qu’étaient les Suns – raconte dans des propos rapportés par le L.A. Times qu’il a très mal vécu ce moment au point de quitter directement le bureau pour sauter dans sa voiture et rouler autour de Phoenix pendant des heures… Il savait qu’il venait de rater le meilleur joueur universitaire disponible. Mais savait-il qu’il venait carrément de laisser filer à Milwaukee le meilleur pivot de l’histoire, tout simplement un des joueurs les plus dominants que la Grande Ligue ait vu sur ses parquets ? Probablement pas. Pas encore.

Forcément, dans le Wisconsin, l’ambiance était toute autre. C’était la fête. Wes Pavalon – principal actionnaire des Bucks à l’époque – et son Vice-Président et General Manager, John Erickson – qui écoutaient avec attention ce coup de fil primordial – se sont jetés dans les bras l’un de l’autre avec un tel entrain que Pavalon a appuyé sa cigarette allumée sur l’oreille d’Erickson. Ce dernier ne s’en est jamais plaint comme il l’a raconté à Sports illustrated :

Cela m’a fait un peu mal mais je n’ai pas vraiment fait attention. Je m’en fichais totalement à partir du moment où je savais que nous avions Lew.

Et cet enthousiasme n’allait pas baisser car dès l’exercice suivant, l’apport d’Alcindor sera si marquant que les Bucks passeront de deuxième pire bilan de Ligue à finaliste de l’Est pour ensuite récupérer un certain Oscar Robertson l’été d’après et tout simplement aller gagner la seule bague de l’histoire de la franchise au bout d’une saison régulière dont l’ami Lew sera élu MVP et de Finales dont il sera également le MVP. Un sophomore MVP de saison régulière et des Finales… Pas mal. Un titre à la suite duquel Lew Alcindor décida de se convertir à l’Islam, devenant ainsi le mondialement connu Kareem Adbul-Jabbar. Un nom qu’il fera d’autant plus briller car après avoir passé six saisons chez les Bucks dont trois fois où il aura été MVP donc, il fut échangé et fila chez les Lakers où il restera 14 ans et amassera cinq nouvelles bagues, trois nouveaux titres de MVP de saison et un des Finales. Sans oublier non plus les lignes statistiques monstrueuses qu’il a envoyé tout au long de sa carrière et qui font de lui le scoreur le plus prolifique de l’histoire NBA (38 387 points), le troisième plus gros rebondeur (17 440) et contreur (3 189).

Voilà ce qu’a raté Phoenix… Car pendant que Jabbar sévissait pour le compte de Milwaukee, les Suns eux, se sont tout d’abord rabattus sur un autre pivot Neal Walk – qui s’avérera être un joueur correct mais sans plus – mais ils ont surtout connu des saisons pas évidentes au début des années 70 malgré la présence de joueurs très solides comme Connie Hawkins, Dick Van Arsdale ou Gail Goodrich. Ah si la pièce était retombée du bon côté, ce trio complété du maître du sky hook aurait certainement pu aller chercher la bague en 1970 au lieu de s’arrêter en demi-finales de l’Ouest. La superbe équipe de 1976 qui a disputé et perdu des Finales fabuleuses contre les Celtics de John Havlicek n’aurait pas craché sur l’apport d’un Jabbar qui tournait cette année-là à presque 28 points de moyenne accompagnés de 17 rebonds et 4 contres !

Mais on ne refait pas l’histoire, on la raconte, on l’écrit, on la subit… Et en ce 19 mars 1969, le moins qu’on puisse dire c’est qu’elle a été cruelle avec les Soleils d’Arizona, les privant d’un joueur immense et certainement d’un titre qui donnerait une toute autre image à la franchise encore aujourd’hui.

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