Old-School

Anniversaire : Larry Johnson, le petit délinquant devenu grand mère

Avant de devenir une star de la NBA, Larry Johnson était un petit délinquant du Sud de Dallas. Un mec condamné à finir en prison, camé, ou tué dans un règlement de compte. Une fois au sommet, il n’a jamais oublié qu’il avait grandi dans un quartier difficile et que si lui s’en était sorti, il était une exception.

« La NBA est pleine de joueurs noirs. On leur a offert de grandes opportunités, ils ont fait un pas de géant vers la reconnaissance sociale. Mais quel est le sens de tout ça ? Quand je retourne dans mon quartier, je vois les mêmes choses. Je suis le seul à m’en être sorti. Tous les autres sont morts, en prison, ont pris des drogues ou en ont vendus. Je suis censé être fier et heureux de ma réussite ? Oui, je le suis. Mais je ne peux pas oublier tout ce qui nous est arrivé pendant des années et des années. Notre communauté est toujours en bas de l’échelle sociale. » – Larry Johnson lors des NBA Finals de 1999 entre les Spurs et les Knicks.

Pour ses 45 ans, retour sur la genèse de son histoire, où comment le jeune condamné à l’échec d’un quartier de Dallas est devenu une grand mère respectée en NBA, au point de se permettre une telle sortie médiatique.

À Dixon Circle, Larry Johnson est un gosse à problème. Le désœuvrement le guette, et il s’occupe en volant, en cassant ou en se battant. Une vraie brute comme il le reconnait lui même, toujours fourré dans les sales coups.

« Je pouvais me battre pour un regard de travers… Je voulais être un dur. Je me battais, tous mes potes se battaient. C’était comme cela que l’on communiquait, en quelque sorte. » – Larry Johnson.

Larry Johnson est précoce pour les conneries. Sa mère qui l’élève seule est débordée. À 10 ans, il possède déjà un casier judiciaire chargé et il doit être envoyé dans un centre de redressement pour mineur. Par chance, l’établissement n’a pas de place pour l’accueillir. C’est donc la police locale qui va s’occuper de son cas.

Pour canaliser son énergie, le shérif du coin l’initie à la boxe. Parfait pour se défouler, et si Larry Johnson aime la bagarre, autant qu’il la pratique dans un cadre légal et éducatif. Il boxe pendant 5 ans, dont 4 au sein de la Police Athletic League. Le petit rebelle prend goût au sport. Il arrête ensuite la boxe pour faire du football (gardien de but), du football américain (quarterback) et du basket. Cela ne l’empêche pas pour autant de continuer de déconner à côté. Il faut dire que l’argent manque dans le foyer familial, et que le voisinage n’est pas des meilleurs. Forcément, les tentations sont grandes pour le jeune Larry Johnson, mais sa mère Dortha ne veut pas qu’il prenne un mauvais chemin. Laisse pas trainer ton fils.

« Dans le quartier, il n’y avait que des meurtres, des bagarres et des affaires de drogues. Toute cette violence l’a contaminé. Avec un tel voisinage, il n’était pas un si mauvais garçon au final. » – Dortha Johnson.

Heureusement pour Larry et sa mère, la police l’aide à s’en sortir. Toujours par le sport, plutôt que par la case prison. Il joue de plus en plus au basket. Il faut dire que les séances sont imposées par le shérif le weekend. Puis arrive le lycée. Il est envoyé à la Skyline High School, le grand lycée de Dallas. Loin de son quartier, loin des problèmes. Un étranger.

«  Durant les premiers mois, je me suis senti exclu. Je n’avais pas d’amis. Tout le monde savait que je venais de Dixon, la zone. On ne m’appelait jamais Larry. J’étais le gamin de Dixon ou le gamin du Sud de Dallas. »

Mais la discipline proposée ainsi que le programme de basket lui donnent un cadre pour progresser et éviter les ennuis. Le coach est dur mais juste. Larry soulève de la fonte, prend du muscle et surtout il mûrit. En quatre ans, l’équipe ne perdra pas un match à domicile et lors de sa dernière saison, LJ est désigné Lycéen de l’année. Il peut alors choisir, l’Université ou directement la NBA.

« J’avais la possibilité de devenir pro tout de suite après le lycée, mais c’était mal vu à cette époque. Mes notes n’étaient pas assez élevées pour que je puisse jouer en Division 1. Les gens me disaient « vas-tu aller en NBA? » Mais je n’étais pas assez mûr pour cela. J’avais le corps d’un bon vieux pro, mais j’étais immature dans ma tête. » – Larry Johnson.

Source : Odessa College

Source : Odessa College

Il passe donc deux ans en Junior College, à Odessa, où il continue sa progression et se prépare pour la fac. Il est élu deux fois joueur de l’année, affichant 22 puis 30 points de moyenne. Il est enfin prêt pour la NCAA.

« Ce fut une bonne expérience. J’avais un coach qui parvenait à attirer mon attention et qui me faisait passer de bonnes ondes. On jouait un bon basket. Ce fut une excellente préparation pour la fac. » – Larry Johnson.

Là, il choisit une Université à son image. Larry Johnson part pour Sin City, Las Vegas. UNLV. Les « Runnings Rebels » (tout un programme) ont une réputation qui n’a rien à envier à leur ville, puisque la fac traine quelques affaires de non respect des règles universitaires. L’année suivant le départ de Larry Johnson en NBA, UNLV sera d’ailleurs privée de March Madness pour cause de recrutement illicite.

Mais il y a même plus que cela. Les joueurs sont des rock stars qui jouent au streetball en NCAA. Et comme la ville n’a pas d’équipe professionnelle, ce sont les universitaires qui divertissent les flambeurs de Vegas.

« Vous devez vous rappeler qu’à Vegas, il n’y a pas d’équipe pro. Les seuls sports qu’il y a sont à UNLV. HBO a fait un documentaire sur nous et ils nous appelaient des rock stars. Quand j’y repense, c’est exactement ce que nous étions. Nous jouions la plupart de nos matchs en Californie. Quand on descendait du bus, il y avait foule. Quand on allait dans une salle, il y avait foule. Où que nous allions. C’était dingue. Les gens disaient qu’on était comme une équipe pro. À cette époque, je ne pense pas que nous aurions pu battre la pire des équipes pro en NBA. Nous aurions pu les gêner, faire qu’il y ait match entre nous. Mais je ne pense pas que nous ayons pu les battre. » – Larry Johnson.

Source: http://www.bullcitystateofmind.com

Source: http://www.bullcitystateofmind.com

Pourtant l’équipe a de la gueule. En plus de Larry Johnson, les futurs NBAers Greg Anthony et Stacey Augmon étaient dans l’effectif. Et cela se ressent dans les résultats. 35-5 la première année (1989-90), puis le billet pour le final four au terme de la March Madness. Après avoir éliminé en demi-finale Georgia Tech de Dennis Scott et Kenny Anderson, les Running Rebels doivent faire face à leurs opposés. Les Blue Devils de Duke. Les joueurs de « Coach K. », réputés pour leurs bonnes manières et leur intelligence. Les voyous contre les enfants de bonne famille. Le Bien contre le Mal.

« On nous décrivait toujours comme des truands. Les deux fois où on a rencontré Duke, on lisait dans les journaux que c’était le combat du Bien contre le Mal. Je pense que cette caricature nous a rendu plus forts encore. C’était toujours nous contre le reste de la Terre. On ne s’est jamais laissé abattre par ce que les gens pouvaient penser de nous. On a simplement fait tout ce qu’il fallait faire pour gagner. » – Larry Johnson.

Ils le font avec la manière. 103-73, 30 points, plus gros écart de l’histoire en finale NCAA. 22 points et 11 rebonds pour Larry Johnson.

« La puissance de Larry me laisse sans voix… Il doit être le joueur le plus costaud du circuit. En plus de ça, il est agile et il a du toucher. C’est un basketteur à part et il le sera pour les dix prochaines années. » – Mike Krzyzewski. 

Comme après le lycée, Larry Johnson a l’opportunité de passer pro. Avec sa saison (21 points et 11 rebonds de moyenne, All America First Team), il a sa place assurée dans le top 3 de la draft. Mais il préfère passer son diplôme et réussir le back-to-back avec UNLV, à l’instar de ce que réaliseront Joakim Noah, Al Horford et Corey Brewer avec les Gators plus de 20 ans plus tard.

« Je dois rester. C’est la meilleure chose à faire. Rien que pour m’ajuster au niveau de la Division I, je souffre. Je ne pense pas être prêt pour la NBA. » – Larry Johnson.

Mais les casseroles que trainent UNLV commencent à les rattraper. Peu importe, 1990-91 sera la dernière saison de Larry Johnson en NCAA, il ne connaitra pas la chute de la fac et le départ de son coach en 1992. L’équipe est au sommet du basket universitaire, arrivant à la March Madness avec un bilan de 27 victoires pour 0 défaite, le tout avec un écart moyen de 26,7 points. Ils sont ultra favoris à leur propre succession, avant de perdre leur seul match de la saison en demi-finale face à… Duke, emmené par Grant Hill et Christian Laettner. Le double exploit de finir invaincu et de réussir le back-to-back s’envole, tout comme Larry Johnson (23 points et 11 rebonds de moyenne, Joueur universitaire de l’année) qui rejoint la NBA, choisi comme top pick par Charlotte lors de la draft.  Son maillot (le #4) est retiré à l’UNLV, où il retourne en 2007 pour boucler son diplôme en sciences sociales.

En NBA, il confirme son potentiel dès sa première saison, élu Rookie of the Year avec des stats de 19,2 points, 11 rebonds et 3,6 passes. Sa côte grimpe en flèche, et Converse décide d’en faire sa figure de proue. Souhaitant tout d’abord jouer avec son nom et le lien qu’il crée entre Larry Bird et Magic Johnson, ils proposent un gros pactole à LJ (dès sa sortie de l’Université, même si la pub viendra plus tard). Il n’en sera rien et Larry Johnson deviendra… une grand mère.

« Quand j’ai signé avec Converse en sortant du College, ils m’ont dit que nous allions faire une pub avec moi, Larry Bird et Magic Johnson. Ils disaient qu’ils me mettraient sur un brancard, recouvert de manière à ce qu’on ne me voit pas. Larry Bird serait d’un côté et Magic Johnson de l’autre. Ils seraient docteurs. Ils créeraient le meilleur joueur de basket. Donc au moment de le nommer, Larry Bird dirait « Son nom doit être Larry » et Magic dirait « Son nom doit être Johnson. » Puis ils se chamailleraient en disant « Larry » et « Johnson. » Puis je me réveillerais. Donc j’ai signé avec eux. Puis ils sont revenus deux mois après que j’ai dépensé l’argent pour acheter une maison à ma maman et ils m’ont dit « Nous avons une autre idée. Nous allons te mettre une robe. » C’était Grandmama. j’avais dépensé l’argent donc je devais le faire, mais s’ils m’avais dit en sortant du College « Nous voulons que tu fasses Grandmama » je ne l’aurais jamais fait. »  – Larry Johnson.

Source: Sports Illustrated, photo propriété de Converse

Source: Sports Illustrated, photo propriété de Converse

Voilà comment le petit délinquant est devenu en 12 ans une grand mère respectée dans la ligue. Bien sûr, son histoire ne s’arrête pas ici. Mais voici le début de sa légende, qui le mènera jusqu’à la finale NBA de 1999 et qui verra sa carrière freinée puis finir trop tôt à cause de problèmes au dos. Il aura tout de même eu le temps de rentrer dans l’Histoire des Knicks et du Madison Square Garden pour son action à 4 points lors de la finale de conférence face aux Pacers. Je vous laisse en apprendre plus avec le sujet « The Ball Never Lies » qui lui est consacré. Joyeux anniversaire, Grandma!

Source image couverture: http://www.thesportsfanjournal.com

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