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Allen Iverson Night : Retour sur 2001, année de la consécration

Difficile de parler de la carrière d’Allen Iverson sans s’arrêter sur sa meilleure saison en NBA, d’un point de vue individuel, et collectif, et qui a pris par surprise tous les observateurs NBA de l’époque. Les 76ers, jusque là équipe correcte de la Conférence Est, mais incapable de passer le second round des Playoffs lors des deux saisons précédentes, sont sur le point d’exploser, à cause des tensions entre la star Iverson, et le coach Larry Brown.

La saison régulière

Eté 2000: La rupture évitée

Arrivé en 1997, pour redresser une franchise en perdition, après un record de 22/60, qui a tout de même vu le couronnement de AI au titre de Rookie of the Year, Larry Brown a réussi à diriger tout le monde vers le bon cap, mais la défaite face à Indiana, futur finaliste, au second round en 2000 annonce un été apocalyptique pour la franchise. Et les attentes sont justifiées.

Larry Brown annonce qu’il ne veut plus travailler avec Iverson, lassé de ses absences et retards à l’entraînement, de son manque de discipline en général. Allen en fait de même, mais les Sixers choisissent de le trader lui, à la demande du coach, plutôt que de renvoyer Brown.

S’en suivent plusieurs mois de rumeurs incessantes envoyant « The Answer » aux quatre coins du pays (un trade était validé aux Clippers avant d’être refusé au dernier moment pour raisons salariales), mais à l’orée du training camp, rien n’est fait, et le boulet Iverson est plus que jamais présent.

C’est alors que va se produire l’élément déclencheur de cette extraordinaire saison, l’histoire dit que c’est Iverson qui prendra son téléphone pour s’excuser auprès de Larry Brown, et du président Pat Croce, pour leur dire qu’il est prêt à faire la meilleure saison de sa carrière, et à enfin faire face aux responsabilités qui pèsent sur ses épaules. C’est ainsi que Allen Iverson est nommé capitaine de l’équipe lors du training camp.

Tout le monde passe donc l’éponge sur les deux dernières années et se remonte les manches pour le début de la nouvelle saison.

Un départ canon à 10/0, suivi de nouveaux tumultes

Aussi tôt le coup d’envoi de la saison donné, les 76ers mettent le bleu de chauffe et remportent leur 10 premiers matches, menés par un Iverson stratosphérique, et par une pléiade de role players prêts à donner tous leurs shoots à leur star tels que Aaron McKie, Eric Snow, Theo Rattlif, ou Tyrone Hill.

Le génie défensif de Larry Brwon fait le boulot de ce côté du terrain, et la magie d’Allen Iverson fait le reste en attaque. Tout le monde joue dur, comprend son rôle, et Philadelphie épate la galerie.

Tout va pour le mieux pendant quelques semaines, au moins sur le terrain. A l’extérieur, la personnalité d’Iverson continue de faire des émules, et son manque d’entrain pour l’entraînement est palpable.

Après une défaite face à Dallas suivie d’un meeting entre le staff et les joueurs, Allen Iverson dérape et a des mots envers son coach, Larry Brown choisit de prendre ses distances vis-à-vis de l’équipe, et propose sa démission, alors que les Sixers ont un record de 18/6.

Les vétérans que le coach a lui même choisis pour entourer sa star lui demanderont un à un de revenir diriger le vaisseau, et Larry Brown acceptera finalement de retourner coacher in extremis.

Le All Star Game brillant de AI, suivi de l’arrivée de Mutombo

Au All Star break, Philadelphie possède le meilleur record de la Conférence Est, ce qui permettra à coach Brown de prendre les rennes d’une équipe de l’Est, dans laquelle figure bien sûr un certain Allen Iverson.

AI marquera 25pts dont 15 dans le dernier quart, dans la victoire de l’Est, 111-110, et sera nommé MVP du All Star Game.

Il aura, lors de la remise de son trophée par David Stern, une pensée pour son coach lors de son petit discours, une attention qui montre bien que les deux ont passé un cap, et sont prêts à tout casser lors de la deuxième partie de saison.

Le All-Star Game 2001 de AI, et la remise du trophée :

Dans les jours qui suivent ce week-end de bonheur pour Philadelphie, les Sixers effectuent un move capital à la deadline, en envoyant Theo Ratliff, blessé, à Atlanta, contre la sensation Dikembe Mutombo. Ce transfert va donner encore plus de légitimité à une équipe qui n’en avait plus vraiment besoin, et va surtout propulser les 76ers vers une fin de saison de rêve.

La pluie de récompenses en fin de saison régulière

Phila continuera de mener la Conférence Est jusqu’au bout, terminant avec un record à 56/26, et fera un carton absolu dans les différentes remises d’awards qui suivent le terme de la saison régulière.

Dikembe Mutombo est nommé Defensive Player of the Year, Aaron McKie 6th man of the Year, et Larry Brown, Coach of the Year.

Bien entendu, Allen Iverson est pour sa part nommé MVP de la saison régulière, avec des moyennes de 31,1pts; 3,8rbds; 4,6pd; et 2,5int par match en 71 matches, terminant meilleur scoreur, et meilleur intercepteur de la ligue.

Une consécration à tous points de vue pour « The Answer« , puisqu’en plus de briller individuellement, il a réussi à faire jouer la plupart de ses coéquipiers à un niveau de jeu inespéré venant d’eux. Le niveau d’exigence affiché par Iverson et son coach en début de saison a payé.

Reste maintenant le plus dur, parvenir à assumer son statut lors des Playoffs.

 

Les Playoffs de la Conférence Est

Round 1: Les retrouvailles avec Indiana

L’ironie du sort voudra que Philadelphie affronte Indiana au 1er round des Playoffs, l’équipe précédente de Larry Brown, qu’il a échoué à emmener en Finales, et surtout l’équipe qui vient de sortir les 76ers deux fois de suite au 2nd round, la motivation est donc au top pour le tandem Brown/Iverson.

Et le Game 1 va tout de suite bien plomber l’ambiance. Dans une salle comble, Phila s’incline 79-78 sur un tir assassin de Reggie Miller, après avoir mené de 18pts.

Mais cette fois les Sixers se rebelleront, ils remporteront les trois matches suivants pour gagner la série 3-1. Un blow out dans le Game 2, et deux victoires consécutives au forceps à Indiana, et le démon Pacers sera enfin exorcisé pour Philadelphie.

Une victoire aussi significative psychologiquement aura surement servi de ressort aux 76ers pour la suite de la compétition.

Round 2 : La rencontre avec Vince Carter, autre star montante

Difficile de trouver plus grosse antithèse à l’époque, à Allen Iverson. Vince Carter, décrit comme le nouveau Michael Jordan, ancien de North Carolina, et à la personnalité joviale et appréciée du grand public, se dresse face au rebut égoïste AI.

Et comme prévu, la série prendra vite la tournure d’un duel entre les deux scoreurs que tout oppose. Après deux victoires de chaque côté, lors des quatres premiers matches de la série, Allen Iverson choisit le Game 5 à Philadelphie, date de la remise officielle de son titre de MVP de la saison régulière en préambule du match, pour écrire pour la première fois sa légende.

On dit toujours que le Game 5 est le tournant d’une série de Playoffs, et AI l’a bien compris. Il inscrit 52pts, alors que les 76ers tronçonnent les Raptors 121-88, et pour la première fois de sa carrière, tout le pays est derrière lui.

Les 52 points de Iverson, le 16 Mai 2001, pour fêter son titre de MVP :

Les Raptors feront le job lors du Game 6 à Toronto, et mettront en place la scène pour un Game 7 attendu avec impatience à Philadelphie.

Les Raptors ont tout mis en œuvre pour stopper la seule arme de Philadelphie, Iverson, avec une prise à deux constante sur lui, mais c’est là que Larry Brown lui montrait la lumière, exhortant AI à être beaucoup plus passeur, et à trouver ses coéquipiers, forcément ouverts.

Allen Iverson finira le match avec 16pd, son record en carrière, et le tir de la gagne de Vince Carter ricochera hors du panier, pour une victoire 88-87 des 76ers.

Résumé du Game 7 remporté par Philadelphie :

C’est fait, le vilain Allen Iverson triomphe du si populaire Vince Carter, et cette série marque enfin un changement de rôle entre les deux, Iverson devenant le « gagnant », et VC le « loser ». « The Answer » n’a jamais aussi bien porté son surnom.

Finale de l’Est : La revanche des role players :

En Finale de Conférence se présente une autre équipe solide, les Bucks, coachés par l’expérimenté George Karl, et menés par un trio complémentaire, Sam Cassell, Ray Allen, et Glenn Robinson.

Après une victoire de chaque côté lors des deux premiers matches, Allen Iverson doit rendre les armes pour le Game 3 à Milwaukee,pour cause de blessure. Les si critiqués coéquipiers de AI vont devoir montrer de quoi ils sont faits, alors que la raclée leur est déjà promise.

Les « reserves » s’inclineront avec les honneurs, 80-74, et prouveront à un Iverson convalescent qu’il peut largement compter sur eux pour la suite de la série.

AI reviendra pour gagner le match 4, avant que les deux côtés ne puissent se départager lors des deux confrontations suivantes, laissant encore place à un game 7 à Philadelphie.

Et encore une fois, « The Answer » répond présent. 44pts, et une victoire aisée 108-91 pour les 76ers, propulsés en Finales par leur star, Milwaukee est trop court pour lutter.

Le Game 7 face à Milwaukee :

 

Les Finales NBA

Shaq, Kobe, et les Lakers sont donc les ultimes adversaires des 76ers d’Iverson, ils se présentent avec la ferme idée que Shaquille O’Neal aurait du être le MVP de la saison régulière, comme motivation supplémentaire pour ces Finales.

Les Lakers sont les gros favoris, déjà auréolés d’un titre de champions en 2000, et auteurs de 3 sweeps consécutifs dans les Playoffs de l’Ouest, Philadelphie représente l’étape finale vers le « Repeat« , les Sixers partent en véritable underdog de la série.

Game 1: Le Staples Center choqué

Comme escompté, L.A. piétine Phila dès le début du match. Les débats s’équilibrent par la suite, et le match part en prolongation. C’est lors de la prolongation que Allen Iverson écrira encore un peu plus sa légende, en tirant son équipe vers la victoire avec 48pts, et certainement le shoot le plus mythique de sa carrière, sur la tête de Tyronn Lue, au cours de cette même prolongation.

Los Angeles est battu pour la première fois de ces Playoffs, et Philadelphie vient encore de réaliser un exploit improbable, qui leur permet de rêver d’une victoire finale, un beau cadeau d’anniversaire pour Allen Iverson qui fête ses 26 ans le lendemain de la victoire.

Le Game 1 à L.A. :

Game 2 : La résistance des 76ers ne suffit pas

Piqués au vif, les Lakers ne répètent pas leur erreur passée. Los Angeles aura mené tout le match, jusqu’à un run tardif de Philadelphie, qui ramène le déficit à 2pts, avant un shoot décisif de Derek Fisher (déjà à l’époque), qui évite aux Lakers l’accident industriel catastrophique, avant un enchaînement de 3 matches consécutifs à Phila.

Avec un score de 1-1, le retour de Kobe Bryant sur ses terres natales s’annonce périeux, tant les 76ers ont brillé à domicile, précédemment lors de ces Playoffs.

Games 3, 4 et 5 : Le fiasco de Philadelphie

Le Game 3 sera le plus serré des trois restants. Malgré les blessures, et malgré l’agression incessante de Shaq et Kobe Bryant, les 76ers parviennent à rester dans le match, et à n’être derrière que d’un point dans la dernière minute. Malheureusement, c’est Robbert Horry (déjà à l’époque aussi) qui douchera les espoirs des Sixers dans ce match, et leur mettra un énorme coup derrière la tête, le seul qu’il ne seront pas capables de surpasser.

Le match 3 est perdu, 96-91, et cette fois ci, les joueurs de Philadelphie semblent vraiment à cours de réponses. Pire encore, les rumeurs selon lesquelles Larry Brown arrêterait de coacher à cause de soucis de santé après cette série font doucement surface, et finissent certainement par pomper les dernières onces d’énergie restantes chez Iverson et ses coéquipiers.

Les matches 4 et 5 ne seront qu’un formalité pour les Lakers, face à des Sixers épuisés par leurs longues séries déjà jouées dans les Playoffs de la Conférence Est, L.A. gagnera un autre titre l’année suivante, et s’affichera comme l’équipe du début du siècle.

Allen Iverson terminera ces Playoffs à 32,9pts de moyenne, sa meilleure moyenne en carrière en post season, et 661 tirs tentés sur les Playoffs, ce qui reste encore un record aujourd’hui, et montre à quel point son équipe était dépendante de lui.

 

Que restera-t-il de cette saison mémorable ?

Si elle s’est terminée de manière assez décevante, la saison 2001 d’Allen Iverson, et des 76ers, aura au moins permis au joueur, honni pour son égoïsme, de se racheter une image, et de forcer le grand public à parler de lui comme d’un basketteur de talent, et non plus comme d’une diva au comportement totalement déconnecté de la réalité.

Malgré les tensions avec son coach Larry Brown, au début de la collaboration entre les deux, Iverson aura réussi à finalement s’ouvrir le temps d’une saison, et à laisser un coach Hall of Famer, exploiter son talent au maximum, le menant à son seul titre de MVP de la saison régulière en carrière.

La suite ne sera malheureusement pas rose pour AI, il n’atteindra plus jamais les Finales de Conférence avec Philadelphie malgré deux apparitions en Playoffs les deux années suivantes avec Larry Brown, parti en 2003. Son association ratée avec Chris Webber marquera la fin de son aventure à Philadelphie.

Il est échangé à Denver fin 2006, et fera une dernière pige sans briller,  d’une vingtaine de matches en 2010. Il reste quand même l’idole des temps modernes de toute une franchise, qui manquait de tels joueurs depuis les années Erving, et l’un des joueurs majeurs du début du 21ème siècle, amenant son style inimité, et ouvrant une nouvelle voie pour les joueurs de petite taille en NBA.

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