One-on-One

L’adieu au Roy

Le dramaturge et romancier français Eric-Emmanuel Schmitt a dit «Un roi n’est roi que parce qu’il a des ennemis, qu’il en triomphe et qu’il s’en fait respecter » – L’Evangile selon Pilate.

Pour Brandon Roy, les ennemis sont ses genoux. Et les blessures qui vont avec. Les avis médicaux qui annoncent une carrière écourtée. À 26 ans, arthrite aux genoux, impossible à opérer. Passer du statut d’All Star indiscutable et franchise player à celui de simple joueur de rotation. Être amnistié. Revenir après une saison et une opération (une de plus) au plasma enrichi en plaquettes, comme Kobe Bryant. Pour rien. Ou si peux. 5 misérables matchs avec les Wolves avant de devoir repasser sur le billard. Et être coupé. Aujourd’hui, à presque 29 ans, Brandon Roy ne reviendra plus. Il le sait. Il le dit.

« Mes jours en tant que basketteur sont finis. Ce n’est pas un secret. »

Cette nouvelle est presque passée inaperçu en cette fin de mois de juin. Il est vrai qu’il ne s’agit pas d’une surprise, ni forcément d’une annonce officielle. Mais elle laisse peu de place au doute. Ou plutôt à l’espoir. Car avant cette descente aux enfers, B-Roy était un joueur de grande classe. Petit retour sur sa trop courte carrière, en particulier sur l’un de ses derniers matchs, en playoffs face à Dallas, qui illustre parfaitement le talent et la grandeur de ce joueur.

Brandon Dawayne Roy (de son vrai nom) est né en juillet 1984 à Seattle. Il effectue sa High School et son College en restant bien dans l’état de Washington. Considéré comme l’un des meilleurs joueurs du pays après son lycée, il pense se présenter immédiatement à la draft en 2002, sans passer par la case NCAA, comme il était encore possible de le faire à cette époque. Surtout que Roy connait des difficultés pour les études. Après plusieurs tentatives pour passer le test académique d’entrée pour l’université, il réussit enfin à atteindre les minima. En attendant, il lavait les conteneurs sur les docks de Seattle.

Une fois à l’Université de Washington, B-Roy va jusqu’au bout de son cursus. Sur l’ensemble de sa carrière NCAA, il tourne à 14,4 points (20,2 lors de la dernière année), 3 passes (4,1), 5 rebonds (5,6), le tout en 27,6 minutes.  Lors de son année Senior, il reçoit le titre de PAC 10 player of the year.

Drafté par Minnesota au 6ème choix de la draft 2006, il est immédiatement échangé contre Randy Foye (7ème choix) pour signer aux Blazers, à proximité de son état natal. Il débute d’ailleurs sa carrière par un match… à Seattle. Rookie de l’année, il reçoit 127 des 128 premières places lors du vote. Mais déjà des blessures l’empêchent de participer à l’ensemble des matchs, en jouant uniquement 57 rencontres, le second plus faible total pour un Rookie of the Year.

En 2007-2008, il confirme ses bonnes dispositions. Portland envoie même Zach Randolph, alors capitaine de l’équipe, à NY pour laisser le leadership à B-Roy. Sélectionné par les coachs pour participer au All Star Game à la Nouvelle Orléans (en plus du match entre rookies et sophomores), il joue blessé tout le weekend. Il marque 18 points (meilleur performance à égalité à l’Ouest) en 29 minutes (plus gros temps de jeu à l’Ouest). Malheureusement, sa blessure le gêne lors des semaines suivantes. Il joue tout de même 37,7 minutes par match (74 rencontres) pour 19,1 points, 5,8 passes, 4,7 rebonds, à 45% aux tirs dont 34% à 3 points. Sa carrière NBA est alors bien lancée et dans le même temps, Portland construit grâce à la draft un noyau de jeunes joueurs talentueux appelé à jouer les premiers rôles dans la conférence Ouest (Roy, Aldridge, Batum, Oden, Fernandez…). Les saisons suivantes doivent alors permettre à ce groupe de progresser sous les ordres de Nate McMillan pour s’affirmer au sommet de la ligue.

Mais comme un mauvais présage, Roy doit se faire retirer un bout de cartilage  du genou gauche avant la saison 2008-2009. Opération bénigne qui lui permet d’être présent lors du premier match de la saison, mais qui annonce une (des) saison galère pour Portland en général et B-Roy en particulier au niveau des blessures. Greg Oden, le pivot dominant qui devait faire passer un palier aux Blazers est déjà presque à la retraite même s’il réussit sa saison la plus aboutie (61 matchs, 9 points et 7 rebonds de moyenne), ce qui n’empêche pas la franchise de l’Oregon de finir la saison avec un très bon bilan de 54-28 (4eme place à l’Ouest) avec un B-Roy taille patron : 9ème au classement du MVP, record de 52 points face à Phoenix en décembre, et quelques game winners bien sentis. Il devient alors le premier joueur des Blazers depuis 1992 à apparaitre dans une All NBA team (Second Team)

Il signe l’été suivant un contrat max sur 4 ans avec une cinquième année en option. Malheureusement, pour lui, pour les Blazers mais aussi pour nous, ses genoux ne peuvent pas lui en offrir autant. Cette saison 2009-2010 est marquée par une cascade de blessures pour Roy et l’ensemble de l’effectif de Portland. Fernandez, Batum, Roy, Outlaw, Oden, Prizbilla et même McMillan le coach passent plusieurs semaines par la case infirmerie. Et pourtant, toujours emmenés par un excellent B-Roy (21,5 points,  4,4 rebonds, 4,7 passes à 47% et 33% à 3 points), les Trails Blazers se qualifient encore pour les playoffs (6ème à l’Ouest, 50 victoires-32 défaites). Blessé depuis début avril, Roy n’est de retour que pour le 4ème match du premier tour des playoffs face à Phoenix. Si cela est suffisant pour remporter le match, c’est trop peu pour battre les Suns sur la série. Ce n’est que partie remise, les Blazers ne seront pas toujours aussi touchés par les blessures. Et Brandon Roy est un véritable leader tirant son équipe vers le haut. Il fait de nouveau partie de la All NBA Third team.

Malheureusement, la saison 2010-2011 est du même acabit, voire pire pour B-Roy. S’il débute bien la saison, ses genoux vont une fois de plus le rattraper et le clouer au sol.  Après avoir subit une arthroscopie aux deux articulations récalcitrantes, il va devoir se contenter d’un rôle de remplaçant au temps de jeu limité jusqu’à la fin de la saison régulière qu’il termine avec les pires stats de sa carrière: 12,2 points, 2,6 rebonds et 2,7 passes en moins de 28 minutes de jeu et seulement 23 titularisation sur 47 matchs. Suffisant pour qualifier cette saison encore les Blazers pour les playoffs avec 48 victoires, grâce à l’arrivée de Gerald Wallace ainsi qu’à l’émergence de Batum, Wesley Matthews et surtout LaMarcus Aldridge, nouveau franchise player. C’est au premier tour face aux Mavs que Brandon Roy va écrire l’une des plus belles lignes de son histoire.

Vexé par son faible temps de jeu, frustré de ne pas avoir l’impact qu’il pouvait avoir par le passé et déçu par la tournure de la série (2-0 pour Dallas avant d’aller jouer à Portland), il exprime son mal être à la presse. Son désir de faire plus en jouant plus. Il s’en excusera aussitôt auprès de ses coéquipiers et du staff.

Puis vient le game 3 de la série, remporté par Portland avec un bon Brandon Roy en sortie de banc. 16 points et 4 passes décisives. On pense alors que l’équilibre est trouvé entre le repos du guerrier pour ménager ses genoux et un temps de jeu suffisant pour peser sur le résultat du match. Que Portland peut alors ennuyer Dallas.

Game 4. Dallas prend le dessus sur Portland lors du début de la seconde mi temps. Les Blazers semblent perdus. 67-44 pour les visiteurs à 40 secondes de la fin du 3ème quart temps. Même les fans de Portland, pourtant parmi les plus chauds de la ligue, n’y croient plus vraiment. Un premier 3 points de Roy, juste avant la pause. Histoire de sauver l’honneur, ne pas prendre une valise à domicile. Puis pendant les 12 dernières minutes, B-Roy va enchainer. 18 points et 4 passes décisives sur le dernier quart pour  celui que Kobe considère comme le joueur le plus difficile à défendre. Et une remontée fantastique de Portland.

« Nous aurons besoin de magie pour l’emporter »

Savait-il qu’il serait le magicien qui allait transformer le match et relancer (temporairement) la série?

Gérald Wallace après coup dira:

« Ce que j’ai fait dans le 4ème quart-temps ? Je me suis mis dans un coin, et j’ai regardé le Brandon Roy Show »

Laisser la magie des playoffs opérer. Et Roy écrire sa légende. Et dans cet exploit, ne pas oublier ses coéquipiers.

 « Franchement, je ne sais même pas comment exprimer ce que je ressens, dira le joueur après le match. J’avais juste besoin de prendre quelqu’un dans mes bras. J’étais simplement heureux de les avoir à mes côtés. C’était comme un moment irréel. C’était un match et un retour incroyables. Avec tout ce que j’ai vécu cette saison… Voir les gars me féliciter et me prendre dans leurs bras. C’est vraiment un moment unique. »

Des joueurs et un public avec les larmes aux yeux. Tout comme les journalistes. Forcément, quand on sait à quel point Portland a la poisse et comme Roy s’est battu pour revenir, cela se comprend.

Pour moi, sa carrière s’est arrêtée là, à la fin de cette série. Et je garde l’image de ce match comme le résumé de la carrière de Brandon Roy. Peu importe qu’il ait été amnistié par Portland et qu’il ait ensuit signé pour 5 misérables matchs aux Wolves.

Malheureusement B-Roy n’a pu être le roi qu’il aspirait être. Il n’a pu triomphé de ses genoux, ennemis implacables et briseurs da carrière.

Il paraît que les grands joueurs ne meurent jamais. Pourtant, B-Roy prend sa retraite. Malgré son talent, son physique n’a pas suivi. Il reste alors les souvenirs, le « si seulement », et l’imagination pour rêver de la carrière qu’il aurait pu connaitre. Et le respect qu’il inspire. Congrats and thanks, Mister Roy.

3 Commentaires

3 Comments

  1. UrbanPlayer

    26 juin 2013 à 21 h 35 min at 21 h 35 min

    Merci beaucoup pour cette article !

  2. sisco

    26 juin 2013 à 22 h 09 min at 22 h 09 min

    super article

  3. sisco

    26 juin 2013 à 22 h 09 min at 22 h 09 min

    super article

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