One-on-One

Shawn Kemp, cette figure des nineties qui a enflammé Seattle

Quand on parle de Shawn Kemp, on pense à Seattle, à son duo avec Gary Payton ou encore aux dunks affolants claqués par l’intérieur. Mais le Reign Man, c’est aussi une personnalité unique, un bon vivant attiré par la fête et une fin de carrière en chute libre. Retour sur le parcours de l’une des figures des années 1990.

Le 29 septembre 2008, le club italien de Premiata Montegranaro résilie le dernier contrat de la carrière de basketteur de Shawn Kemp. Le natif de l’Indiana n’aura donc jamais disputé de matchs officiels avec son équipe et il balance alors un petit arrivedeci à son passé de joueur professionnel. Fin de l’histoire et retraite par la petite porte pour un Shawn qui est alors âgé de 38 ans. Qu’on se le dise tout de suite, le Reign Man aurait mieux fait de prendre sa retraite bien plus tôt.

Après son départ des SuperSonics en 1997, il ne sera en effet plus jamais le même. Seattle, c’était sa ville, celle pour qui il a tout donné, une histoire d’amour de huit campagnes NBA qui commence au soir de la Draft 1989. Les Sonics jettent leur grappin sur un minot de 19 piges qui n’a pas joué en NCAA à cause de mauvais résultats scolaires, et d’une histoire de chaînes en or volées poussant le bougre à quitter Kentucky pour Trinity Valley (un établissement de seconde zone dans le Texas). Un choix payant pour Seattle comme pour Kemp, puisque quelques années plus tard lorsque Shawn quitte la Cité émeraude pour rejoindre Cleveland, il est alors un quintuple All-Star – champion du monde avec Team USA en 1994 – qui a fait vibrer la fanbase des Sonics à de nombreuses reprises. Shawn Kemp aux Sonics, c’est un potentiel de 20 pions, 10 rebonds et 36 dunks chaque soir mais surtout un duo inséparable avec Gary Payton à partir de 1990. Bien avant Chris Paul et Blake Griffin, lob city passait par Seattle.

“On était amis hors des terrains et c’est pour cela que l’on se trouvait aussi facilement sur le terrain. On traînait tout le temps ensemble, jour et nuit. On sortait le soir, on allait jouer au billard et on racontait des conneries pendant des heures.”

– Shawn Kemp sur sa relation avec The Glove (via le podcast Sonics Forever)

Bien accompagnés par Detlef Schrempf et sous les ordres de George Karl, les deux potes insufflent le fameux “Sonic Boom” qui mènera la franchise jusqu’aux portes du titre en 1996, échouant face aux Bulls de Michael Jordan. Six campagnes à plus de 55 victoires en saison régulière, une Finale NBA et la période la plus populaire de l’histoire des SuperSonics. Populaire seulement, car pour ce qui est des titres, Seattle ne peut que compter sur la bagouze de 1979 glanée sous l’impulsion du trio Dennis Johnson, Gus Williams et Jack Sikma. Mais dans les nineties, la hype Sonics est bien réelle et les énormes highlights de Shawn Kemp – qui tourne tout de même à 16,2 points et 9,6 rebonds de moyenne de 1989 à 1997 – en sont l’une des raisons principales. Dans le flot immense des actions de l’intérieur, bien difficile de n’en choisir qu’une mais comment ne pas penser à cet assassinat en 1992 sur le pauvre Alton Lister, à l’occasion du Game 4 du premier tour des Playoffs contre les Warriors.

Le dunk, la salle qui explose, la célébration… tout y est, ce qui nous donne une scène absolument mythique dans l’histoire de Shawn Kemp mais aussi de la NBA. Des actions de ce genre, le bougre en est friand et elles lui vaudront le surnom de “Reign Man”, qui se transformera en “Rain Man” en référence au temps pluvieux de Seattle. Bestial et taillé dans la roche, l’intérieur était monté sur ressort et il aura fait vivre des cauchemars à de nombreux cercles. Ses petites sucreries alliaient puissance et spectacle, alors on se rappelle forcément du type comme l’un des meilleurs dunkeurs de l’histoire. Qui n’a jamais vu cette fameuse photo de Shawn Kemp lors du Slam Dunk de 1991 ? Foutez-lui des ailes et il se tire six mois par an avec les oiseaux migrateurs.

Le “règne” de Shawn Kemp demeure néanmoins sans couronne, et il se base sur un prime intense et finalement assez court. Probablement parce que Kemp, ce n’était pas qu’un basketteur, c’était aussi un sacré ambianceur de soirée, et pas qu’à l’intérieur de la salle des Sonics.

“On avait généralement un DJ, de la bière, un jacuzzi et tout ce que de jeunes hommes peuvent vouloir pour s’amuser. Les meilleures fêtes auxquelles j’ai pu participer sont celles que j’organisais moi-même. J’ai compris qu’elles avaient tendance à être un peu trop importantes lorsque des joueurs des Blazers commençaient à revenir tous les soirs alors qu’ils habitaient à deux heures de route.”

– Shawn Kemp

Transféré à Cleveland en 1997 après des disputes concernant une prolongation de contrat, Shawn Kemp y marquera l’histoire en devenant le premier Cavalier à être titulaire au All-Star Game en 1998, mais le lock-out qui suit sonne comme le début de la fin pour lui. Lorsque la saison 1998-99 reprend enfin en janvier, Kemp est en surpoids et ira même jusqu’à inventer des histoires fumeuses pour justifier certains de ses retards, comme l’explique le journaliste Terry Pluto qui suivait les Cavs à l’époque :

“Shawn Kemp était en retard pour prendre l’avion, il l’était d’ailleurs souvent à Cleveland. Il commençait à être à court d’excuses et il a donné aux Cavs celle-ci : ‘Mon chien s’était endormi devant ma voiture et j’ai dû attendre qu’il se réveille’.”

Surpoids, manque de ponctualité, sexe (il est père de sept enfants avec six femmes différentes…), problème d’alcool et même consommation de drogues dures, tout ça joue de très mauvais tours à un Shawn Kemp vieillissant qui traînera par la suite son spleen de Portland à Orlando au début des années 2000, sans jamais retrouver le basket qui était le sien à Seattle. La rubrique fait divers a alors remplacé les Top 10 qu’il alimentait par les passes de notre bien-aimé Gary Payton.

Au final Shawn Kemp, c’est l’histoire d’un joueur qui aura marqué sa génération et les années 1990, avant d’être rattrapé par ses excès. Beaucoup de hype, de highlights et de petites anecdotes salées qui ont fait de lui un profil très populaire… même si en fin de compte son CV sportif n’est pas aussi épais que ne l’était son talent. C’est peut-être aussi pour ça qu’il n’est pas au Hall of Fame à l’inverse de son pote Gary.

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Sources texte : Sonics Forever, Cascadia, SLAM rewind, NBA Alumni, Cleveland Scene.

1 Comment

1 Comment

  1. Philippe Girr

    26 novembre 2022 à 22 h 04 min at 22 h 04 min

    Peut-être le joueur le plus spectaculaire de l’histoire. Des dunks absolument phénoménaux, un régal. Belle époque que ces années 90.

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