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Le départ de Kyrie Irving et le renouveau des Celtics : un changement radical mais un sujet bien plus complexe qu’il n’y paraît

kyrie irving

Les Celtics, c’est le jour et la nuit par rapport à la saison dernière. Mais le départ d’Uncle Drew n’explique pas tout.

Source image : NBA League Pass

Auteurs d’un début de saison très convaincant après une saison 2018-19 décevante, les Celtics ont retrouvé le sourire et leur solidité collective. Pour beaucoup, ce renouveau s’explique surtout par le départ de Kyrie Irving, très critiqué pour sa responsabilité dans les difficultés de Boston la saison dernière. Mais si les résultats des Verts actuellement soutiennent clairement cette théorie, attention à ne pas tomber dans un raccourci extrême. Parce que la Terre, qu’elle soit plate ou non, ne tourne pas autour d’Uncle Drew. 

Ces derniers jours, en marge de la double confrontation entre Boston et Brooklyn, pas mal de discussions autour de Kyrie Irving et son rôle dans la campagne très compliquée des Celtics l’an passé ont eu lieu. Un sujet souvent mis sur la table la saison dernière mais aussi durant l’été suite à son départ vers les Nets, et qui est donc revenu dans l’actu récemment. Si Uncle Drew n’a pas participé aux retrouvailles avec ses anciens coéquipiers, il s’est bien rendu compte de l’hostilité du public bostonien à son égard. Entre sifflets et moqueries, pour ne pas dire insultes, les fans des Verts voient Kyrie comme l’ennemi public numéro un après ce qu’il s’est passé en 2018-19. D’une manière générale, dans l’univers de la NBA, c’est lui qui est pointé du doigt en premier pour expliquer l’échec des Celtics, favoris en début de saison mais éliminés de façon assez pathétique par les Bucks en demi-finales de conférence après une régulière à peine positive. Logique d’un côté étant donné qu’il était censé être le leader de l’équipe et qu’il a échoué dans ce rôle-là, comme il l’a dit lui-même lors du Media Day des Nets. Soulignant notamment la mort de son grand-père (survenue en octobre 2018, juste après son annonce au public de Boston concernant une prolongation de contrat) comme raison pour expliquer ses changements d’humeur, son repli sur soi et son manque de connexion avec les autres membres de l’équipe, Irving a forcément contribué au malaise et à la tension qui existaient dans le vestiaire de Boston. Ses critiques occasionnelles envers ses jeunes coéquipiers, visiblement pas encore assez expérimentés à son goût par rapport aux grosses ambitions de la franchise, ont évidemment pesé aussi dans le marasme général, qui a en plus été accentué par la pression médiatique, les grosses attentes, ainsi que les rumeurs d’un éventuel départ de KI durant l’été. Donc oui, la responsabilité de Kyrie dans ce bordel est indiscutable. Et si l’on en croit son ancien coéquipier Marcus Smart, interrogé dans le cadre d’un long papier sur le sujet signé Jay King qui couvre l’équipe pour The Athletic, les Celtics ont eu beaucoup de mal à cerner Uncle Drew. Ils ne savaient pas vraiment à quoi s’attendre avec lui jour après jour, ce qui a rendu les choses très difficiles.

« Ce n’est pas qu’on ne savait pas comment se comporter autour de lui. C’est plus qu’on ne savait pas comment lui allait agir. On ne savait pas de quelle humeur il était et ce qu’il traversait. Et c’était difficile pour nous car quand quelqu’un traverse quelque chose dans sa vie, et vous ne savez pas de quoi il s’agit, c’est difficile de voir ce qui ne va pas avec lui, c’est difficile d’apporter de l’aide. Ce n’est pas contre Kyrie, c’est plus un mécanisme de défense que vous avez en tant qu’être humain. Et il n’était pas ici depuis assez longtemps pour s’ouvrir comme il l’aurait probablement voulu, et cela l’a probablement affecté un peu. »

La réputation de Kyrie Irving a pris un sacré coup après l’épisode de Boston. Mauvais leader, mauvais coéquipier, cancer dans le vestiaire, joueur talentueux mais individualiste… toutes ces choses-là ont été dites et ça continue aujourd’hui, car il faut bien dire que le début de saison ne joue pas en sa faveur, bien au contraire. Cette année, les Celtics ont retrouvé leur panache, leur fierté, leur cohésion et leur collectif, des ingrédients cruellement absents l’an dernier. Ils ont remporté 13 de leurs 18 premiers matchs, ils sont solides des deux côtés du terrain, on sent qu’ils se battent les uns pour les autres, avec au milieu de tout ça un Kemba Walker exemplaire dans son rôle de nouveau leader de Boston. Selon une source de l’équipe mentionnée dans l’article de Jay King, « c’est le jour et la nuit » par rapport à la saison passée. Ça parle beaucoup plus, on n’est plus dans une ambiance tendue, plus personne ne flippe pour dire des choses, contrairement à l’an dernier où certains avaient l’impression de marcher sur des œufs. Forcément, difficile de ne pas faire un lien direct avec le départ de Kyrie Irving. Et comme si ça ne suffisait pas, le script qui s’écrit actuellement à Brooklyn, la nouvelle équipe d’Uncle Drew, n’est pas non plus à l’avantage du meneur All-Star. Malgré les très grosses performances d’Irving en début de saison, les Nets ont connu des résultats collectifs décevants, eux qui représentaient l’une des belles surprises l’année dernière avec D’Angelo Russell à la mène. Mais en plus, les hommes de Kenny Atkinson sont actuellement dans une bonne période pendant que Kyrie est à l’infirmerie, avec six victoires en huit matchs et un Spencer Dinwiddie qui cartonne en meneur titulaire. Certaines rumeurs négatives ont même fait surface par rapport au comportement d’Irving à Brooklyn. Bref, tous les signes pointent en sa direction pour expliquer à la fois le renouveau des Celtics et les quelques galères des Nets. C’est donc aujourd’hui un jeu d’enfants si l’on veut se déchaîner contre lui.

Pourtant, la vérité, c’est que c’est bien plus compliqué que ça.

Récemment, avant la première rencontre entre les Celtics et les Nets, Danny Ainge avait une nouvelle fois défendu Kyrie Irving, disant que c’était injuste qu’il soit pris pour cible pour expliquer les galères de Boston l’an passé et le renouveau des Verts cette saison après son départ. En tant que boss du sportif, Danny sait que les torts sont partagés et il n’a jamais hésité à prendre sa part de responsabilités dans cet échec, ce qui est normal étant donné que c’est lui qui a monté l’équipe. D’après ses propres mots, Ainge aurait dû agir pendant la saison en réalisant quelques transactions afin d’alléger un effectif très talentueux, très profond, mais sans doute un peu trop. Lors des Playoffs 2018, quand Kyrie Irving et Gordon Hayward étaient à l’infirmerie, les Celtics avaient réalisé un parcours exceptionnel grâce notamment aux belles performances des jeunots Jayson Tatum, Jaylen Brown et Terry Rozier. Durant la campagne, ces gars-là avaient montré qu’ils n’avaient pas peur d’être dans la lumière malgré leur manque d’expérience. Alors forcément, c’était un peu difficile pour eux d’accepter un rôle moins important au moment du retour de Kyrie et Hayward. Jaylen et Scary Terry ont passé une grande partie de la saison dernière dans un costume de remplaçant et cela avait eu un impact négatif sur eux et donc sur l’équipe. Avec un roster XXL, des mecs au caractère fort et de très grandes attentes, la situation dans sa globalité n’était déjà pas facile à gérer à la base et on a vu à quel point le coach Brad Stevens a galéré dans sa recherche d’équilibre collectif. Reconnu pour ses qualités de tacticien et sa capacité à développer des jeunes joueurs, Stevens a par contre montré des limites en matière de management d’égos et de leader de vestiaire. Il y a eu des tensions au cours de la saison – on se rappelle par exemple de cette petite embrouille entre Jaylen Brown et Marcus Morris lors d’un temps mort – et les Verts n’ont jamais réussi à trouver cette cohésion qui avait tellement caractérisé l’équipe de 2017-18. Donc on parle là d’un bordel global, dans un contexte particulier, et où Kyrie ne représente qu’une partie de l’équation.

« Je pense que les gens voient ça comme une dichotomie, avec ou sans Kyrie, mais je pense que c’est l’opportunité qui est différente. Pour moi, ce n’est pas tout blanc ou tout noir, Kyrie ou pas Kyrie. Je vois que j’ai une opportunité que je n’avais pas l’an dernier. Ce n’était pas de la faute de Kyrie si je n’avais pas cette opportunité. Les gens le blâment, mais ce n’était pas de sa faute si je n’étais pas sur le parquet ou si je n’avais pas un certain nombre de minutes. On ne peut pas lui mettre ça sur le dos. »

– Jaylen Brown (via The Athletic)

Le but ici n’est pas de défendre Kyrie Irving pour minimiser son rôle dans l’échec de Boston la saison dernière. Et le départ d’Uncle Drew, associé à l’arrivée de Kemba Walker, a clairement aidé à changer la dynamique. Mais la différence entre les Celtics de l’an dernier et ceux de cette année s’explique par de multiples raisons, certaines liées à Kyrie et d’autres non. Comme l’indique Jaylen Brown juste au-dessus, lui comme d’autres joueurs profitent de certaines opportunités cette saison qui n’existaient pas l’an passé car l’effectif est aujourd’hui plus léger. Niveau talent, c’est moins fort intrinsèquement mais on sait bien qu’une équipe n’est pas simplement une somme d’individus. Les choses sont plus claires à Boston aujourd’hui, plus établies, avec des mecs qui connaissent leurs rôles. Brad Stevens n’est désormais plus confronté au casse-tête de la saison dernière. Et ceux qui ont vécu le drama de l’an passé, de Jaylen Brown à Marcus Smart en passant par Jayson Tatum et Gordon Hayward, font ce qu’il faut pour ne pas revivre le même épisode en essayant de mieux communiquer. Alors évidemment, ça aide d’avoir un Kemba Walker positif, un Kemba qui encourage ses nouveaux potes, un Kemba qui ne dégage pas une impression de supériorité étant donné qu’il vient d’arriver et qu’il possède une faible expérience en Playoffs. Mais ça aide aussi d’avoir un Hayward beaucoup plus en jambes et libéré que l’an passé où il revenait de sa terrible blessure, même s’il est aujourd’hui de retour à l’infirmerie à cause d’une main cassée. Avec les nombreux changements de l’intersaison et la baisse des attentes autour de la franchise, les Celtics ont pu repartir du bon pied dans un costume d’outsiders qui leur correspond beaucoup mieux que celui de favoris.

S’il y a bien un avant et un après Irving à Boston, les choses ne sont donc pas aussi binaires. Et si on veut utiliser la bonne forme récente des Nets sans Kyrie pour prouver que ce dernier est vraiment le problème numéro un, il vaut mieux d’abord checker le calendrier de Brooklyn avant de trop s’avancer. Oui, la bande à Kenny Atkinson a remporté six de ses huit matchs pendant l’absence d’Uncle Drew, alors qu’elle possédait un bilan de 4-7 avec le meneur All-Star dans ses rangs. Mais sur ces six victoires, les Nets ont battu Chicago, Charlotte, Sacramento, New York et Cleveland. Pas vraiment ce qu’on peut appeler des cadors du game. Celle de vendredi face aux Celtics au Barclays Center est le seul succès contre une équipe possédant un bilan positif. Donc attention aux conclusions hâtives. Et puis concernant les bruits de couloir par rapport à ses soi-disant changements d’humeur depuis qu’il est à Brooklyn, Kenny Atkinson et d’autres joueurs des Nets (Spencer Dinwiddie, Jarrett Allen, DeAndre Jordan) sont montés au créneau pour le défendre, parfois même avec humour. Lors du Media Day d’avant-saison, Kyrie avait déclaré qu’il voulait se montrer plus honnête avec ses coéquipiers à Brooklyn et qu’il avait appris de son expérience aux Celtics. Pour l’instant, même si les résultats purement sportifs ne parlent pas pour lui, rien de vraiment concret ne remet en cause cela. Il semble donc nécessaire de prendre un peu de recul afin d’avoir une vision plus globale, mais surtout plus juste sur l’ensemble de la situation, avec ses causes et ses conséquences. Un recul d’ailleurs prôné par Kyrie Irving lui-même, qui a lâché un très long message sur les réseaux sociaux après la rencontre entre les Celtics et les Nets à Boston, où il a été conspué malgré son absence. Un message dans lequel il critique le spectacle NBA et tout le cirque qui va avec, en opposition à des choses beaucoup plus importantes dans la vie, comme la perte d’un proche ou la santé mentale.

Kyrie Irving possède sa personnalité, sa vision des choses, et est souvent incompris. Il représente une cible idéale des critiques pour toutes les raisons expliquées plus haut, mais beaucoup d’autres paramètres sont à prendre en compte. Et puis comme l’ont très bien dit plusieurs membres des Celtics tout récemment, c’est vraiment l’heure de passer à autre chose. L’image de Kyrie saluant chaleureusement ses anciens coéquipiers de Boston, vendredi après la victoire des Nets, est idéale pour tourner la page.

Source texte : The Athletic

1 Comment

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  1. pvseeb

    1 décembre 2019 à 13 h 21 min at 13 h 21 min

    merci de remettre les choses dans le contexte. Gordon Hayward a été nul a chier l année derniere. Brad stevens a tenter de l intégré malgré des performances nul a chier au détriment de mecs qui étaient plus performant.

    ENsuite les média je trouve ont et continuent a alimenter cela . Pas simple d avoir un vestiaire sain quand l environnement exterieur fait tout pour le plomber. Des sujets autour de kyrie font le buzz, les medias ne vont donc pas s arrêter la. Aucun joueur en NBA, n a autant de pression mediatique que Kyrie. L Homme fait ses propres choix, libre a lui. La NBA c est un business. IT l a appris a ses depends. Le fait que KI tourne le dos a Boston en ne resignant pas, c est regrettable mais Les opportunités font que tu changes tes plans , est ce quelque chose que l on peut blamer. Une serie de playoff ou un joueur est nul a chier , il y en aura toujours….
    la serie contre les buck s: kyrie 35,6 % au shoot, Tatum 36,4 gordon 34,4 scary terry 28,6. l équipe est passée au travers. Kyrie n a pas non plus su s adapter a la situation. plutot que de forcer les shoots il aurait du donner la balle a ceux qui étaient plus adroit. Mais c est aussi au coach de donner ses directives et de faire les ajustements en cours de match quand tu consultes la feuille de stats en temps réels. voila

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