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Zoom sur les huées pour Anthony Davis mercredi soir : le syndrome du retour du fils (non) prodigue sur ses terres

maillot jersey

Qu’est ce qui nous amène dans notre raisonnement de fan, à brûler le maillot d’un gars qu’on a vénéré ?

Source image : YouTube

Le mono-sourcil le plus fourni et talentueux de NBA était donc de retour sur les terres de ses premières années en NBA. Un retour à la maison pour un joueur comme Davis, qui a marqué de par sa grandeur tout un segment de l’histoire d’une franchise, est toujours un moment majeur d’une saison, et de la carrière même du basketteur concerné. Le débat est toujours assez épineux concernant l’accueil réservé à un ancien franchise player. Doit-on dissocier l’artiste de l’homme ? Doit-on commémorer chaleureusement les beaux souvenirs du passé ? Ou plutôt matérialiser une amertume de ce qu’aurait pu être le futur ? La question est délicate, et la réponse juste n’existe pas. En tout cas, Anthony Davis a eu le droit aux traditionnels « booo » des fans de Louisiane lors de son retour la nuit dernière au Smoothie King Center. Le disrespect/troll allant encore un peu plus loin, quand le mec responsable de la sono a balancé le thème de la Marche Impériale de Star Wars pour l’introduction d’avant-match de l’ailier-fort. Toute cette mise en scène n’a pas vraiment perturbé AD, qui a répondu avec classe en lâchant 41 points sur son ancienne équipe. Un record historique pour un gars qui faisait son retour chez son ex.

Dans une NBA, où la notion de fidélité d’un joueur promis à une seule franchise est morte avec les retraites de Dirk, Kobe et Tim, le phénomène voyant une (super) star faire son comeback dans sa maison natale se démocratise depuis quelques années. Petit retour sur ces All-Stars et/ou âmes d’une équipe qui sont retournés dans leur équipe de cœur, mais avec le maillot de l’ennemi. Les contextes de chacune de ces situations sont variables, et influencent donc l’accueil du public qui a été réservé aux anciennes gloires de la franchise.

Allez (café). Premier cas, et pas des moindres, le retour d’un certain LeBron sur ses terres de Cleveland. Un titre NBA change beaucoup, beaucoup de choses. Quand le King était revenu à la maison avec le maillot du Heat en 2010, le ville de l’Ohio avait basculé dans l’insurrection. Mais le 21 novembre 2019, quand LeBron James fait un second retour dans sa franchise de cœur il est finalement acclamé comme il se doit avec une vidéo hommage et une foule en liesse et pleine d’amour. La boucle du Kid from Akron est bouclée.

Autre retour d’un enfant du pays, Derrick Rose, un gars de Chicago qui a grandi avec le beau maillot des Bulls. Le MVP de 2011 avait fait un premier retour avec les Knicks en 2016, avec un bel accueil mais quelques huées mineures. Nouvelle venue avec les Wolves cette fois la saison suivante, et nouvelle standing ovation. Enfin, la dernière venue de Derrick au United Center se fit avec un maillot des rivaux de Detroit sur le dos. Aucune importance pour les fans des Bulls, qui vont à nouveau sortir un superbe hommage à l’idole de toute la ville. Des « MVP MVP MVP !!! » en pagaille pour Derrick, des cris de joie à chaque panier marqué. Ce jour là, toute une salle a supporté davantage un joueur adverse que sa propre équipe, et l’amour entre Rose et Chicago est déjà éternel.

Dans le genre émotion certaine et respect intemporel, on demande un petit gars du Massachusetts avec un bandeau sur la tête. En mars 2019, Isaiah Thomas est au TD Garden de Boston. La franchise verte fait toujours les choses bien. Et une vidéo tribute sort de nulle part en plein milieu d’un temps-mort dans le premier quart. Un beau « Thank you IT ! » vient ponctuer le montage émotion et une série de chauds applaudissements, Thomas est en larmes, les frissons sont garantis.

 

Autre montage hommage, à la gloire de DeMar DeRozan cette fois-ci, le 22 février 2019 à Toronto. Le meilleur marqueur de la franchise se lève au milieu du terrain sous une standing ovation. La main d’abord posée sur le cœur, puis levée vers le ciel. Son pote Kyle Lowry est debout en applaudissant vigoureusement. Ces images sont belles, et les remerciements pour neuf années de bons et loyaux services à la solde de LeBron James sont on ne peut plus réussis.

La mode du franchise player tradé sans prévenir à également eu raison de Blake Griffin, anciennement visage des Los Angeles Clippers. La démonstration émotive est moins présente chez l’ailier fort pendant son tribute projeté sur les écrans géants. Blake reste assis sur son banc, le visage baissé, sûrement avec quelques remords à l’encontre de son ancienne franchise, en témoigne une poignée de main refusée avec son ancien boss Steve Ballmer avant la rencontre. Mais Griffin reste un gars sûr et se lèvera la main en l’air pour saluer son ancien public. La rancune de l’ancien vainqueur du Slam Dunk Contest se traduira sur le parquet avec un sympathique… 44 points, 8 rebonds et la gagne pour le nouveau franchise player de Detroit.

Carmelo Anthony, lui, a eu le droit non seulement a une ovation, mais en plus de la part du meilleur public basket de la planète. Malgré les déceptions collectives des Knicks de l’ère Melo, le Madison Square Garden n’oublie pas les nombreux faits d’arme de l’ailier pour la Big Apple.

Autre franchise quittée avec pertes et fracas, autre retour très très chaleureux dans son ancienne maison, avec… DeMarcus Cousins, qui a fait les beaux jours des Kings pendant plus de six saisons. Le 26 octobre 2017, Boogie, sous ses nouvelles couleurs de la Nouvelle-Orléans, embrassait chèrement l’accueil fait par les fans de Californie. Les années du pivot passées à Sacto ne furent pas toujours colorées, mais DMC restera un King à jamais.

Enfin, comment clôturer ce panel de belles retrouvailles entre anciens joueurs et leurs franchises de coeur sans évoquer les Grizzlies de Memphis. L’équipe du Tennessee a tiré une croix sur son Grit and Grind, laissant partir les joueurs les plus emblématiques de son histoire. Alors, quand Tony Allen, Mike Conley et Zach Randolph ont chacun fait leur retour au FedExForum, l’ambiance fut magnifique. Trois vidéos hommage, trois standing ovations, trois reconnaissances éternelles. En attendant Marc Gasol. Memphis n’a pas l’histoire la plus prestigieuse de NBA, mais la franchise sait comment honorer la gloire de ses futurs maillots retirés.

Pour tous ces joueurs, les retrouvailles furent belles. Chacun des moments mentionnés ci-dessus représentent tout simplement de purs instants émotionnels qui font la beauté de la NBA. Bien sûr, le monde dans lequel nous évoluons n’est pas exclusivement rose et onctueux. D’autres retours furent moins célébrés, encore moins acclamés, et au contraire décriés. Une rupture entre deux parties est la plupart du temps synonyme de regrets laissés, de peine non digérée. Et même dans la Grande Ligue, ces symptômes sont bel et bien présents. Anthony Davis et les Pelicans demeure l’exemple le plus récent, mais il y a d’autres anciennes gloires qui furent bafouées par ceux qui jadis les adulaient.

L’ami letton Kristaps Porzingis en a fait les frais il y a quelques semaines. Le prodige européen avait demandé son transfert de New York, notamment car c’est le giga bordel perpétuel chez les Knicks. Difficile d’aller à l’encontre de cet argumentaire. De retour au Garden, KP s’est fait huer… et ses Mavs ont perdu. Et pour ponctuer une soirée bien foirée, Porzingis s’est même trompé de vestiaire à la mi-temps, en se dirigeant vers le locker room des Knicks avant de reprendre ses esprits. Le plus dur est passé pour The Unicorn, qui peut désormais pleinement savourer du temps de jeu avec Doncic et compagnie.

Autre joueur malmené par une foule NBA, Jimmy Butler, de retour dans le Minnesota le 30 mars 2019. Bon, pour le coup, les raisons qui expliquent cet acharnement de 20 000 âmes en rogne à l’encontre d’un seul type peuvent être fondées. Jimmy avait tout simplement mis son ancienne équipe à feu à sang en interne, en s’attirant les foudres d’à peu près tout le monde, et en pulvérisant le cinq majeur lors d’un practice dénudé de preuve tangible mais déjà culte. Officiel, Jimmy Butler sait comment quitter une équipe avec classe.

Et si les circonstances du départ de Jimmy Buckets sont spéciales, qu’en est il du cas Kawhi Leonard ? Le mystère plane toujours deux ans près que l’ailier ait quitté sa franchise formatrice. Un gros imbroglio en interne entre San Antonio, qui possède pourtant le label de « Institution NBA la plus clean et la mieux gérée depuis 20 ans », et un MVP des Finales pourtant pas réputé pour ses frasques hors terrain, toujours est-il que le divorce fut crade. Et la foule du AT&T Center s’en est donné à cœur joie pour réprimer Kawhi a chaque toucher de balle.

Allez, un autre ailier All-Star de l’Ouest qui a quitté la franchise qui l’avait drafté. Gordon Hayward et le Jazz, c’était une belle histoire qui durait depuis 2009, mais lors de la Free Agency de 2017, l’homme au numéro 20 rejoint son ancien coach universitaire de Butler, Brad Stevens, pour porter le maillot vert des Celtics. Hayward revient à Salt Lake City le 9 novembre 2018, et se fera lui aussi huer pendant la majorité de la rencontre.

Enfin, dernier cas et non des moindres, le retour de Paul George à Indianapolis le 13 décembre 2017. Cet exemple est à tempérer car le public n’avait pas non plus fait de Paulo l’ennemi public numéro un lors de ce match. Des huées certes, pas une bronca à l’unisson pendant 48 minutes… mais pas de vidéo tribute non plus. Des sentiments partagés sur le traitement à donner pour l’ancien de la maison, puisque PG13 avait bien décidé de se barrer de l’Indiana, mais en prévenant auparavant sa franchise, offrant l’opportunité aux Pacers de préparer son départ et donc de récupérer une belle contrepartie en le tradant. Geste plutôt classe de George, qui permettra notamment à son ancienne équipe de récupérer Victor Oladipo et Domantas Sabonis en retour.

Le contexte du départ initial est donc prépondérant à l’accueil réservé d’un ancien joueur de la maison. L’équation semble extrêmement basique. Si un joueur a explicitement annoncé sa volonté de quitter son équipe, alors la communauté se sentira trahie et agira en conséquence. A contrario, si ce sont les managements d’une équipe qui invitent, de leur propre initiative, un joueur à prendre la porte, alors standing ovations, vidéos hommage et séquences émotion seront de sortie. Il est intéressant de noter qu’en dépit du résultat qui demeure toujours le même (c’est-à-dire le départ d’un top joueur d’une équipe), ce sont les circonstances et raisons du départ qui vont déterminer tout le traitement réservé à un joueur, mais également, toute la remise en perspective des services passés offerts à l’équipe. C’est en quelque sorte la motivation même de l’action qui conditionne l’héritage historique d’un joueur vis-à-vis d’une franchise.

Source texte: NBA 

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