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Anthony Davis : Itinéraire d’un futur MVP ?

Actuellement titulaire au sein de Team USA aux championnats du monde, Anthony Davis est sans aucun doute l’avenir de la NBA.  Avec une histoire assez particulière, ce joueur qui a longtemps évolué sous les radars a réussi à se frayer un chemin pour devenir une des sensations du basket mondial. On vous propose ici de découvrir un peu son histoire, du lycée à la sélection américaine, en passant par Kentucky et la Nouvelle-Orléans.

 Anthony Marshon Davis Junior est né le 11 mars 1993 à Chicago, dans l’Illinois.  Son père, Anthony Davis Senior, et sa mère Erainer étaient déjà les parents d’une petite Iesha avant d’avoir des jumeaux : une fille, Antoinette, et donc Anthony Jr.

Beaucoup d’entre vous connaissent déjà l’histoire un peu particulière de ce joueur  qui a eu la chance, comparativement à d’autres, d’avoir une véritable cellule familiale et des modèles à suivre. Anthony a grandi dans le sud de la Windy City, et était sans doute trop jeune pour se rendre compte de l’impact que pouvait avoir le GOAT sur la ville. Jeune lycéen, il suivait les cours à la « Perspectives Charter School », une école pas forcément réputée pour son programme basket. La division où joue l’équipe, la « Blue League » n’est pas forcément la plus respectée : alors que la ville de Chicago est réputée pour former des joueurs de talent, son faible niveau n’incite pas les différents médias à s’y intéresser. D’autres lycées comme Simeon (où a évolué Jabari Parker), Warren ou encore Whitney Young (lycée de Jahlil Okafor) sont bien mieux évalués. En termes de ligue, c’est la  Red Division qui attire les regards. Et franchement, « Perspectives HS» ne cherche pas vraiment à améliorer son niveau sportif, bien plus concentrée sur ses résultats dans le domaine des mathématiques, ou des sciences. Pour tout vous dire, l’école n’a même pas de gymnase !

Le Chicago Sun Times a observé plus de 700 joueurs en 2010, principalement dans l’agglomération. Et Anthony Davis, qui s’est avéré plus tard être le meilleur lycéen du pays, ne faisait pas partie de ces jeunes. Le coach de Simeon, Robert Smith, se souvient :

La plupart des entraîneurs de la South Side le connaissait comme le petit mec qui allait dégainer à trois points en Junior High. Il n’y avait aucune école qui mourrait d’envie de le récupérer dans son équipe.

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Anthony fait alors 1,83 m. En un été, il prend 2,5 cm et finira l’année à 1,93 m.  Toujours arrière lors de cette deuxième saison, il bosse avec ses cousins sur un programme d’entrainement concocté par son oncle, mais destiné à des joueurs extérieurs. Et le gamin continue de grandir. Il commence sa saison Junior, à 16 ans, en mesurant 2,03m, remerciant  sans doute un bon patrimoine génétique de ne pas avoir subi une croissance si rapide sans souffrir des genoux.

L’engouement commence à monter autour du joueur, si bien que sa famille hésite alors à le changer d’école, pour qu’il puisse évoluer à un plus haut niveau : Simeon, Hyde Park ou Bogan ? Finalement, une connaissance d’Anthony Senior, le coach du lycée Hyde Park de Chicago, Donnie Kirksey,  lui conseillera de laisser son fils dans son environnement.

S’il est assez bon, ils viendront le chercher où qu’il soit.

Anthony Junior continuera donc dans ce lycée, qui finira la saison avec un bilan de 8 – 15. Le buzz grandit autour de lui et malgré les résultats moyens de son équipe, ils sont invités à venir joueur dans l’Ohio, ou encore à Colombus. Une rencontre face à Whitney Young est même télévisée.

Mes coéquipiers et moi, on nous a permis de voir et d’expérimenter de superbes choses. Et tout le monde me disait toujours :  « merci d’être aussi bon ».

En effet, les statistiques vous classent alors le bonhomme. Par match, c’est 32 Jordan, 22 Rodman, sans oublier 6,5 Manute Bol.

Je pense que j’ai pas mal joué. J’aurais aimé que nous ayons plus de victoires,  mais on va essayer d’en prendre quelques autres.

CTFL Perspectives09

Qu’importe, le gamin grandit tranquillement, avec ses potes et ses parents, sous le radar d’une folie qui a brisé de trop jeunes joueurs. Quand ses camarades passent leurs pauses déjeuner à s’essayer au Yoga ou à trainer, le jeune joueur shoote, et dunke, à en abimer le panier situé dans l’enceinte de l’établissement. Petit à petit, la renommée du joueur s’accroît.  Il devient unanimement considéré comme un prospect dans le top 5 national. Son jeu n’a pas forcément changé, mais il culmine dorénavant à 2m10. Et quand son coach Cortez Hale lui demande comment il a fait pour grandir autant durant l‘été précédant sa dernière année, prétextant vouloir utiliser la méthode pour augmenter la taille de tous ses joueurs, Anthony lui répond : « J’ai juste bien dormi, coach ». Avec sa taille et ses talents précédemment développés pour un jeu extérieur, Davis voit sa popularité prendre des proportions énormes, à l’échelle locale.

J’ai du changer mon numéro de téléphone plusieurs fois, mais tout va bien. Beaucoup plus de gens me remarquent et viennent me voir, pour me demander des autographes.

J’ai toujours senti que j’étais aussi bon que quiconque dans cette ville, et une fois que j’ai commencé à jouer, le bouche à oreille a fait son boulot.

La folie commence à pointer le bout de son nez et le lycée est débordé. L’administration n’arrive pas à gérer l’engouement existant autour de sa pépite.  Et le coach Cortez Hale nous sort une anecdote plutôt sympa :

L’administration de l’école n’avait aucune idée de comment faire pour gérer un athlète de ce niveau, quelque soit le sport qu’il pratiquait.  « Comment on gère ci, comment on gère ça ? ». Et c’était à moi, le directeur athlétique et quelques responsables de l’école d’essayer de trouver des solutions, parce que c’est arrivé si vite. Après un moment, on a commencé à s’habituer, et on lui disait (NDLR : à Anthony Davis) que c’était parti pour durer.

En avril de sa dernière année de lycée, il rejoint la team Meanstreets, ce qui lui permet de joueur durant l’hiver et l’été, sur l’ensemble du territoire, pour toujours plus d’expérience. Joe Henricksen, un recruteur – analyste, le classe même parmi les 10 meilleurs prospects qu’il a pu voir dans l’était d’Illinois, avec des joueurs comme Kevin Garnett, Derrick Rose, ou encore Quentin Richardson. Excusez du peu.

Je ne voulais pas m’enflammer après l’avoir vu juste une fois, mais après plusieurs scoutings à différents évènements, il est clair qu’il est un des meilleurs joueurs dans le pays. Il fait 2m10 et est incroyablement doué à la passe, pour tenter à 3 points, il a un petit shoot à mi-distance, et il peut vraiment déranger défensivement avec sa longueur et son sens du timing.

Sa fin de cursus au lycée lui permet de cumuler les honneurs : McDonald’s All-American en 2011, dans le 5 des meilleurs lycées d’USA Today avec Michael-Kidd Gilchrist, Bradley Beal, Austin Rivers et James McAdoo, entre autres.

Les offres des universités arrivent alors en masse. Syracuse, Ohio State, DePaul, Xavier tentent de gagner l’attention d’un gamin qui a constamment évolué sous les radars, sans jamais véritablement bouleverser les lycées de sa ville. Finalement, c’est Kentucky et John Calipari qui ajouteront le phénomène à leur programme.  Et avant le début de la saison, le joueur est déjà prévu comme premier pick de la draft 2012. 14,2 points à 62,3%, 10,4 rebonds, et 4,7 blocks par match dans sa première et seule saison à l’université, ça classe un joueur, non ? Surtout dans un programme aussi élaboré et reconnu que celui de Kentucky. L’équipe gagnera d’ailleurs le titre NCAA face aux Kansas Jayhawks, et Davis termine MOP du Final Four.

Anthony Davis Championship Kentuckuy

Que faire, alors ? Contrairement, par exemple, à l’équipe des Florida Gators de Joakim Noah et Al Horford qui, en leur temps, décidèrent de continuer ensemble l’aventure pour faire le doublé NCAA, l’ensemble du starting five de Kentucky passe à l’étape supérieure : Les freshmen Anthony Davis, Kidd-Gilgchrist et Teague, et les sophomores Jones et Doron Lamb. Le gamin de Chicago est alors unanimement reconnu comme un des meilleurs « One and done », ces joueurs qui ne passent qu’une année à la fac, de l’histoire de Kentucky.

 

Un événement va lui permettre d’accélérer, une nouvelle fois, sa reconnaissance et son niveau d’expérience. La sélection américaine, qui se prépare pour les jeux Olympiques de Londres, accumule les forfaits, notamment celui de Dwight Howard, supposé être le pivot titulaire et indiscutable. Contre toute-attente, Anthony fait ses preuves et devient le premier joueur depuis Emeka Okafor à participer à une compétition internationale avec la Team USA sans aucune expérience NBA préalable. Au sein de cette équipe, il devient le partenaire de LeBron James, Kobe Bryant, Kevin Durant, Carmelo Anthony, Chris Paul, Kevin Love, et bien d’autres. Il gagne la médaille d’or face à une énorme équipe d’Espagne et accumule bons conseils et avis sur l’éthique de travail nécessaire pour réussir pleinement sa carrière chez les professionnels.

J’ai piqué des trucs dans chacun de leurs cerveaux. Kobe m’a pris sous son aile et m’a dit : « Ça va aller, continue juste de travailler. » J’ai beaucoup traîné avec lui, juste à essayer de voir qui il était et pourquoi il le faisait. J’ai beaucoup appris de lui. J’ai appris beaucoup de chacun de ces gars. Ils m’ont juste dit de jouer et d’être moi même. De prendre du plaisir.

Team USA 2012

La première saison du joueur n’est pas rose puisque ses Hornets (à l’époque, la franchise portait toujours ce nom), qui l’ont drafté en première position, ne gagnent que 27 rencontres.  Le joueur, lui, effectue une campagne rookie prometteuse avec 13,5 points, 8,2 rebonds, 1,8 contres et 1,2 interceptions. Cependant, il ne sera pas désigné Rookie of the Year, le titre étant décerné à Damian Lillard de Portland, qui se montre tout simplement incontournable, à ce moment là. Cité plusieurs fois par les observateurs pour un trophée de Most Improved Player en 2013, c’est finalement Goran Dragic qui l’emporte. Pourtant, le joueur a bien amélioré ses statistiques, arrivant à des moyennes de 20,8 points à 52%, 10 rebonds, 2,8 blocks et 1,3 interceptions par rencontre. Le souci, c’est que les Pelicans n’ont pas vraiment décollé, leur bilan passant timidement à 34 rencontres gagnées. Un parallèle à faire sur sa carrière en High School, lorsqu’il produisait des grosses statistiques sans gagner ?

En tous les cas, comme on dit, « les vrais reconnaissent les vrais ».  En envoyant un sms à Kevin Durant lors de l’officialisation de son titre de MVP, le joueur du Thunder ne l’a pas simplement remercié, mais lui a répondu : « Tu es sur le chemin pour en avoir un, toi aussi. »

Quand ce genre de gars te dit ça, c’est juste incroyable.

Incroyable, vraiment ? Le mec a simplement 21 ans, et nous sort déjà des sacrés statistiques alors qu’il n’est encore qu’un sophomore – deuxième année – dans la ligue.  Après ce parcours un peu particulier, Anthony a cependant, toujours la tête sur les épaules.

Je veux que les gens disent que je travaillais dur, et que j’aidais mon équipe. Je veux que les gens disent de moi que je n’étais pas juste un bon joueur, mais que j’étais, pour sur, un Hall of Famer.

Anthony Davis a encore une marge de progression. Encore assez fin, une prise de muscle, sans aller jusqu’à le ralentir, pourrait lui permettre de mieux résister aux molosses des raquettes. Et cette éthique de travail, il semble l’avoir trouvée, à travers ce profond désir de concurrencer des joueurs comme Durant, à la course pour le titre de MVP, bien sûr, mais également à la recherche d’un titre. Carlos Daniel, directeur athlétique des New Orleans Pelicans, qui travaille tous les jours avec lui, en parle :

Je sais qu’il veut y arriver. Je pense qu’il peut être génial. Il y a cependant une différence entre un bon joueur et un joueur génial. Il y a quelques bons joueurs dans cette ligue, mais vous devez avoir un autre genre de dévouement pour être génial. Et je pense qu’il l’a.

Cet été, Anthony a d’ailleurs pris du poids, du muscle. Par exemple, il a arrêté de prendre n’importe quoi au petit déjeuner, et laisse à des professionnels le soin de lui préparer des plats lui permettant de subvenir aux besoins d’un sportif de haut niveau, entre entraînements et repos.

Pour être efficace,  un joueur doit en effet être sur le terrain, et AD a loupé 18 rencontres lors de sa première saison, et 15 lors de la seconde. Peut être encore moins lors de la troisième ? Pensez à sa progression chiffrée, et vous vous rendrez compte que le bonhomme est prêt à passer à la prochaine étape. Déjà monstrueux défensivement, avec 6,7% des tentatives à 2 points adverses contrées lorsqu’il se trouve sur le terrain (meilleur statistique NBA), Davis est le « pivot » (si on peut le considérer comme tel) qui marque le plus par possession avec 1,19 points, un chiffre qui le place seulement derrière Durant, LeBron, Nowitzki, Love et Harden. Progressant constamment, ses chiffres pourraient continuer à grossir, notamment offensivement si son arsenal lui permet petit à petit de tirer – avec efficacité – de plus en plus loin. Pourquoi pas à terme, à l’instar d’un Chris Bosh, développer un shoot cohérent à 3 points, tout en gardant une efficacité redoutable aux alentours du cercle ? Et on n’oublie pas non plus son principal atout : son côté athlétique, comme le dit son coéquipier Jrue Holiday :

Il vient juste d’avoir 21 ans, et c’est ça le plus fou à son propos. Et il peut sauter ! Je vous jure que je lui ai lancé des ballons tout en haut du panneau, et il les a récupérés. Vous ne pouvez pas savoir à quel point il est athlétique tant que vous ne l’avez pas vu en personne.

De retour sur ses terres de Chicago avec le magazine américain Slam, Anthony Davis avait l’air de bien gérer la situation, toujours la tête sur les épaules. Il a pris l’habitude de se rendre sur le campus du lycée pour remettre dans le droit chemin les élèves qui en sortent, leur rappelant l’importance de l’école, lui qui, sans une croissance exponentielle durant sa période au lycée, aurait sans doute finit avec un boulot lambda. Et à ceux qui croiront qu’il fait ça uniquement dans le but de satisfaire au programme « NBA Cares », son ancien coach en rigole :

On avait l’habitude de le dire, mais finalement, c’est juste Anthony qui fait du Anthony, honnêtement.

Surnommé EyeBrow pour sa pilosité sur développée au niveau des sourcils, du niveau d’Emmanuel Chain de la grande époque, le joueur a un sacré recul, n’hésitant pas à se mettre en scène de façon ridicule dans des publicités :

Anthony Davis est donc humble, avec une tête bien faite, des fondamentaux excellents, une taille extraordinaire et des capacités athlétiques monstrueuses. Et si on comprend les gens qui pensent que tant que LeBron et KD feront partie de la ligue, le titre de MVP sera systématiquement dévolu à l’un des deux, on met tout de même une pièce sur le joueur des Pelicans. Peut être pas maintenant, non. Mais le jour où il arrivera à faire gagner son équipe, Anthony Davis fera partie de la course. Incontestablement.

Sources images : Slam, NBA.com

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