Dossiers NBA

Chicago Bulls : Melo à tout prix ?

Entre le combat de Derrick Rose avec ses genoux, le départ du taulier Luol Deng et la modification constante de l’anciennement si talentueuse « Bench Mob » des Bulls, les espoirs de titre de la franchise (n’en déplaise à Joakim Noah) se sont envolés, entre la poisse qui les a accompagnés ces dernières saisons et la pingrerie de leurs dirigeants (car les deux dernières raisons évoquées sont purement financières et ont affaibli le sportif). Aujourd’hui, une conclusion évidente par rapport à cette situation est que Chicago aurait besoin d’une nouvelle superstar avant de pouvoir de nouveau être considéré comme un contender, et que cette superstar serait Carmelo Anthony. Ça tombe bien, les Bulls pourraient faire l’effort de le récupérer cet été. Depuis plusieurs semaines, devant la difficulté des Knicks à offrir à Melo une équipe compétitive, le rapprochement entre Anthony et Chitown s’est fait naturellement, toutes les rumeurs étant bonnes à prendre pour alimenter le fantasme des fans du United Center d’une arrivée prochaine de l’ailier All Star. Mais serait-ce un si bon coup pour les Bulls?

Depuis début février, Chicago a repris sa marche en avant malgré l’absence de Rose et le trade de Deng, dans le sillage d’un Noah qui a franchi un palier. Avec un jeu basé sur la défense et le collectif, ils occupent la quatrième place de la faible conférence Est et devraient pouvoir se glisser jusqu’en demi finale de conf’, pour donner du fil à retordre à Miami ou Indiana, mais sans réel espoir de qualification, et donc encore moins de titre. Cette saison n’est donc pas l’objectif pour les Bulls qui espèrent redevenir compétitifs (pour le titre) dès l’an prochain.

Ce que les Bulls ont

Ils disposent pour cela d’un noyau de joueurs intéressants et adaptés à leur philosophie. Jimmy Butler, Mike Dunleavy, Taj Gibson, Joakim Noah et Tony Snell seront encore présents l’an prochain. Tant qu’il n’est pas amnistié (nous y reviendrons un peu plus tard), Carlos Boozer aussi. Mais ce groupe a un coût : $44,5 millions, auxquels il faut ajouter les $18,9 du contrat de Derrick Rose. La marge de manoeuvre pour cet été sera donc étroite, sachant qu’il faut aussi prendre en compte leur premier tour de draft, ainsi que celui des Bobcats (protégé s’il est dans les 10 premiers). Et pour finir, les Bulls espèrent faire venir Nikola Mirotic. C’est bon, le niveau salarial pour payer la taxe est quasiment atteint. Reste à réussir à prolonger Hinrich et/ou Augustin pour le minimum et cela boucle le roster. Ce n’est pas forcément un problème pour les Bulls, car cet effectif est solide.

Source: Rob Grabowski-USA TODAY Sports

Source: Rob Grabowski – USA TODAY Sports

Assez pour aller au bout? Beaucoup semblent penser que non et qu’il faut absolument une nouvelle star pour permettre à Chicago de lutter pour le titre. Permettez moi d’émettre des doutes sur cette affirmation. En 2011, avec des joueurs en bonne santé, les Bulls sont arrivés en finale de conférence. Il s’agissait de la première année de Thibodeau à la tête des Bulls, et l’effectif était jeune. Les deux post seasons suivantes ont été biaisées par les blessures au sein de l’équipe, l’handicapant trop pour pouvoir prétendre briller. De ce fait, nous ne connaissons pas vraiment le potentiel des Bulls tels qu’ils sont actuellement. Rien ne garantit qu’ils ne soient pas en mesure de remporter le titre avec un Derrick Rose en excellente santé. Ce que nous savons, c’est que sans lui, ils sont restés compétitifs. Reste à voir son niveau à son retour, sa santé et comment il pourra s’intégrer dans le collectif. L’assemblage de stars n’est pas la seule solution. Lorsqu’on voit Indiana accrocher Miami l’an dernier, tout comme San Antonio, cela montre qu’une équipe peut aller au bout (ou presque) en s’appuyant sur d’autres idéaux. Les Bulls ne sont pas obligés de construire en faisant venir une nouvelle star (Carmelo Anthony dans notre cas).

En effet, la force des Bulls repose sur leur collectif et leur défense, et tant que Tom Thibodeau sera le coach de cette équipe, cela ne changera pas. Ils ont prouvé à maintes reprises qu’ils pouvaient gagner des matchs sans avoir plusieurs joueurs à plus de 20 points de moyenne. Ils ne cherchent pas à marquer plus que leurs adversaires, mais à les détruire en défense. Peuvent ils gagner un titre de cette façon? Rien ne prouve le contraire cette fois encore.

Tom Thibodeau a fait sortir prématurement Joakim Noah du match de samedi contre les Grizzlies

Source:  Nam Y. Huh – AP Photo

Ce que les Bulls veulent

Une deuxième star, une deuxième star… Chicago dispose déjà de deux stars dans son effectif. Si l’une (Derrick Rose) est blessée en ce moment, la deuxième brille depuis le début de l’année 2014. Joakim Noah est maintenant cité parmi les 10 meilleurs joueurs actuels de la ligue. Bien sûr, on peut débattre si cela est légitime ou pas. Mais le fait que la discussion existe prouve qu’il est maintenant une star NBA. Arrêtons donc de penser qu’il faut une nouvelle star à Chicago. Ce qui leur faut, c’est un nouveau scoreur, capable de soulager Derrick Rose. Les deux choses ne sont pas synonymes. Pour revenir à Jooks, il est d’ailleurs une star bien qu’il ne soit pas un scoreur. Et Carmelo Anthony lui est une star parce qu’il est un scoreur d’exception.

Depuis le départ de Ben Gordon lors de la free agency 2009 en direction de Detroit, les Bulls recherchent un joueur pour apporter des points. Boozer devait être celui-ci, mais il n’a pas apporté satisfaction, car trop inconstant. Un joueur capable de porter le ballon, de créer son shoot et d’aller au panier. Ajoutons à cela le départ de Deng en janvier, et le poste d’ailier titulaire est vacant (ou occupé par défaut par Mike Dunleavy Jr.). Ailier scoreur disponible (ou pas loin)… le rapprochement avec Carmelo Anthony est facile.

Ce que coûterait Melo aux Bulls

Vous me direz donc, comme beaucoup, que Carmelo Anthony est exactement ce type de joueur. Et le fait qu’il soit une star ne gâche rien. Le big three Rose-Anthony-Noah aurait fière allure, et l’idée de voir Melo apporter son jeu offensif à l’armée défensive des Bulls fait saliver. Oui, en effet, dans un monde génial où la franchise de l’Illinois pourrait tout simplement ajouter Carmelo Anthony à leur effectif sans perdre aucun joueur. Dans ce cas là, l’idée serait parfaite. Mais malheureusement, ce n’est pas le cas, et l’arrivée de Monsieur LaLa Vasquez aurait un coût très important. Plus de $20 millions par an, disons même $23 millions. Comment parvenir à libérer cette somme?

Tout d’abord, l’amnistie de Carlos Boozer. Depuis le temps que cette histoire traine, cela va bien finir par arriver. Pas si sûr à mon avis. Parce que même en se libérant du contrat de Boozer pour le salary cap, les Bulls devront toujours $16,8 millions à leur power forward. Donner autant d’argent juste pour dire « au revoir » à un joueur, tout le monde ne peut pas se le permettre. Et même quand on peut le faire (les Bulls sont valorisés à $1 milliard et ont réalisé un profit de $52 millions l’an dernier), certains refusent. C’est le cas de Jerry Reinsdorf, proprio économe (pour ne pas dire radin) de la franchise.

« Personne ne peut être sûr du retour de Rose à son niveau de MVP, mais tout le monde peut être sûr d’une chose: le but de la franchise n’est pas de gagner un titre mais d’éviter la taxe et les taxes répétitives pour apporter les profits les plus rapides au propriétaire. Comme les Bulls ont laissé partir joueur talentueux sur joueur talentueux pour des questions d’argent – Omer Asik, Kyle Korver et Deng- ils se sont affichés comme une franchise dans un grand marché  avec une mentalité de petit marché. » – Adrian Wojnarowski.

Cette mentalité est à prendre en compte au moment de réfléchir à l’avenir de Boozer. Oui, il touche aujourd’hui $16,8 millions pour seulement apporter 14 points et 8 rebonds. C’est cher, très cher. Mais plus rentable que lâcher la même somme pour aucun apport, même si ces millions ne seraient plus pris en compte dans la masse salariale. Les Bulls les devront quoiqu’il arrive à Boozer, qu’il reste ou qu’il soit amnistié. De plus, se séparer de lui signifie laisser l’opportunité à un challenger de le récupérer pour un salaire dérisoire. Sachant qu’il touchera son argent des Bulls, pas besoin de signer un gros contrat. Imaginons un instant qu’il se contente du minimum salariale à South Beach… Chicago se tirerait une balle dans le pied! Garder Carlos Boozer une saison de plus n’est pas la fin du monde et reste une hypothèse très crédible. Ses 14 points et 8,4 rebonds par match, sa capacité à rentrer des jump shots à mi distance et sa vision sous estimée de passeur sont toujours agréables à avoir. Mais pour récupérer une superstar, le front office semblerait prêt à faire cet effort financier et prendre le risque de voir Boozer signer chez un adversaire pour le titre.

Carmelo Anthony vs Carlos Boozer

Source: USA TODAY Sports

Alors acceptons que Boozer soit amnistié. Les Bulls auraient alors une masse salariale de presque $47 millions pour 2014-15. À moins que Melo accepte de signer pour un salaire de $13 ou $14 millions, ils devront se débarrasser d’autres joueurs. Il faudrait alors également renoncer à D.J. Augustin et Kirk Hinrich, laisser Nikola Mirotic un an de plus en Europe, se débarrasser d’un (ou deux) premier tour de draft et se séparer de Mike Dunleavy et/ou Taj Gibson. Donc tout reconstruire ou presque, à l’instar de ce que les Knicks ont dû faire pour récupérer Carmelo Anthony en 2011. C’est d’ailleurs une partie des causes des maux actuels de New York. Voilà qui doit faire réfléchir les Bulls.

Mais ce n’est pas la seule question à se poser pour Chicago. Celle du système dans lequel faire évoluer Melo en est une aussi. Peut-il jouer dans une équipe où il n’est pas lui même le système offensif? Cela avait fonctionné avec Billups aux Nuggets (sans pour autant les mener au titre ni même en finale NBA), mais peut-il cohabiter avec un meneur comme Derrick Rose qui a lui aussi besoin d’avoir le ballon dans les mains? Carmelo Anthony peut-il avoir de l’impact sans être celui par qui tous les ballons passent? Ces interrogations sont importantes. Qui plus est, elles sont couplées au niveau de Rose à son retour. Une inconnue de plus à gérer pour les Bulls.

D’autres possibilités (surtout une) pour les Bulls

Carmelo Anthony n’est pas la seule possibilité pour Chicago. D’autres joueurs seront disponibles cet été. Certes, moins talentueux, mais qui correspondent peut être plus à l’identité de l’équipe. Et qui seront moins chers surtout.

Une des pistes serait le retour de Luol Deng. Son séjour aux Cavs lui a montré à quel point le vestiaire des Bulls était sein. De plus, sa valeur a baissé car il n’est pas aussi bien utilisé par Mike Brown que par Tom Thibodeau. Cependant, il n’est pas sûr qu’il souhaite revenir, et comme Carmelo Anthony, il a déjà la trentaine, ce qui peut être un frein pour Chicago. La même question, voire encore plus, se poserait avec Paul Pierce. Ces pistes sont donc peut crédibles.

Prenons plutôt l’exemple de Lance Stephenson(14,1 ponts, 7,3 rebonds et 4,9 assists), considéré comme le plan B des Bulls en cas d’échec avec Melo. Est-ce que Chicago va chercher à le récupérer? Là n’est pas la question. Je souhaite juste montrer pourquoi Gar Forman et John Paxson doivent étudier sérieusement d’autres possibilités que le joueur des Knicks. Je ne dis pas que l’arrivée de Carmelo Anthony serait une mauvaise chose, mais juste qu’il y a d’autres alternatives à explorer, et qui ne sont pas forcément moins bonnes.

Stephenson n’est pas considéré comme une star contrairement à Carmelo Anthony. Mais il est un scoreur solide (14,1 points à 49,5% dont 33,8% à 3 points). Il peut remonter le ballon, créer son shoot et attaquer le panier. Ce sont les besoins des Bulls. Alors oui, Melo est meilleur. Mais ce qu’il apporte en plus de Lance Stephenson sont pas des nécessités, mais des subtilités qui vont faire joli. Et surtout, le joueur des Pacers est bien moins cher. En se basant sur un joueur comme DeMar DeRozan, il peut prétendre à une dizaine de millions de dollars par an ($9,5 millions pour le joueur des Raptors). Soit une différence de $13 millions par rapport à Carmelo Anthony. Se séparer de Carlos Boozer et Mike Dunleavy Jr. serait suffisant pour accueillir le guard d’Indiana, et permettre ainsi à Jimmy Butler de retrouver son poste naturel d’ailier.

Lance Stephenson prend le dessus sur Carmelo Anthony

Source: Michael Conroy – Associated Press

La question ne se pose pas alors en terme de qui choisir entre Melo ou « Sir Lancelot », mais plutôt entre Anthony ou Stephenson, Gibson, Mirotic et le tour de draft des Bulls via les Bobcats. La balance n’est plus la même.

Les Pacers ne pourront pas forcément retenir leur shopping guard. Ils ont déjà une masse salariale de 66,8 millions de prévu pour l’an prochain, sans prendre en compte la possible signature de Lance Stephenson ou Evan Turner. Ni l’augmentation future de Paul George, qui à elle seule fera passer les salaires à $71,9 millions. Impossible de prolonger « Born Ready » sans payer la luxury tax, ce qui parait peu probable sachant que les Pacers l’évitent depuis 2005-06, et qu’Indiana reste un petit marché. Si Stephenson prend $9 millions pour aller à Chicago, cela laisse aux Bulls un peu plus de $6 millions pour Mirotic (voire un contrat de $27 millions sur 4 ans). Plus que ce qu’il touchera au Real, donc suffisant pour lui faire traverser l’Atlantique. Les Bulls auraient alors un 5 majeur composé de Rose, Stephenson, Butler, Gibson et Noah, avec Snell, Mirotic et deux premiers tours de draft sur le banc. S’ils parviennent en plus à signer Hinrich pour le minimum vétéran et Augustin avec la mid level (ou moins), l’effectif aura de la gueule. Alors oui, cette équipe ne possède pas de superstar autre que Rose, mais pour autant, a-t-elle moins de chance de réussir qu’une construite avec Carmelo Anthony mais sans Augustin, Gibson, Mirotic et avec un tour de draft en moins? La première solution offre un roster bien plus équilibré et avec plus de profondeur, le tout avec des titulaires tous âgés de moins de 30 ans.

Source: Suntimes.com

Source: Suntimes.com

Les choix de Gar Forman cet été vont dessiner le visage des Bulls au moins jusqu’à la fin du contrat de Derrick Rose. Chicago peut accueillir Carmelo Anthony et (re)devenir un contender pour la saison prochaine. Mais le coût d’une telle opération est élevé, trop élevé pour le retour sur investissement. La responsabilité d’un GM n’est pas de récupérer une star dans son équipe, mais de l’améliorer. En laissant filer Gibson, Dunleavy, un tour de draft et en retardant l’arrivée de Mirotic, pas sûr que cela soit le cas. Même si Melo est un finisseur hors pair (mis à part Kevin Durant), il ne vaut pas ce risque. Sans compter que Carmelo Anthony n’a pas encore opt out et que l’arrivée de Phil Jackson va sûrement lui donner envie de rester à Big Apple.

Le modèle de l’agrégation de star est à la mode en NBA, mais il y a d’autres façons de gagner. San Antonio l’a prouvé durant les années 2000 en construisant autour de joueurs draftés chez eux et en misant sur le collectif en plus de l’exceptionnel Tim Duncan. Ginobili et Parker ont explosé ensuite en s’épanouissant dans un jeu d’équipe qui n’a pas d’égal en NBA. Il faut pour cela savoir être patient. Les Bulls peuvent déjà s’appuyer sur un noyau jeune et pas dénué de talent qui embrassent la philosophie prônée par Tom Thibodeau. Même s’ils ne parviennent pas à récupérer un joueur de la trempe de Stephenson cet été, ils peuvent continuer avec le même groupe un an de plus. Savoir prendre son temps afin de trouver les pièces manquantes pour construire sur leur défense et obtenir une alchimie offensive pour franchir un palier. Et prier pour que la santé soit là les prochaines saisons. Et non pas Carmelo Anthony. Surtout que ce dernier devrait prolonger à New York, Phil Jackson souhaitant construire avec lui. Il a d’ailleurs affirmé lors de sa conférence de presse qu’il n’avait aucun doute sur le fait que Melo pouvait progresser et ferait partie de l’avenir de la franchise. Fin du débat, les Bulls peuvent passer à autre chose.

Source image couverture: Howard Simmons – New York Daily News

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