Dossiers NBA

Défense, jeu dur et grosses fautes…

Casser le bras de l’adversaire, ceinturer un joueur qui part au cercle, faire le coup de la corde à linge, sauter le genou en avant, laisser traîner le coude… Toutes ces expressions sont régulièrement utilisées par les observateurs, les commentateurs qui suivent le Basketball. Pourtant nous ne parlons pas ici d’un sport de combat même si ces termes font clairement plus penser au catch ou à la boxe Thai qu’à un sport collectif dont le but est de faire entrer une grosse balle orange dans un cercle.

Alors, pourquoi un tel vocabulaire ? Le basket est-il un sport où les coups pleuvent tant que ça ? Franchement, non. Et plus le temps passe, moins c’est le cas. Ces dernières années, les arbitres appliquent à la lettre les consignes, sanctionnant durement toute faute jugée trop violente, dangereuse pour le joueur qui la subit. Cependant, le basket reste un sport très aérien pratiqué par des athlètes dont le gabarit et la puissance associés aux enjeux très importants de certains matchs engendrent des contacts rugueux entre joueurs. Des contacts qui peuvent parfois mettre en danger l’intégrité physique des acteurs. Ce n’est pas nouveau, loin de là… On ne peut pas vraiment dire que le jeu se durcit avec les années, bien au contraire.
Quelles sont aujourd’hui les équipes dont le jeu pourrait être qualifié de «dur», de «méchant» ? Les Pacers ? Les Bulls ? Ces équipes sont très tournées vers la défense et n’hésitent pas à faire des fautes viriles. C’est vrai. Le 27 mars dernier, Lebron James s’était d’ailleurs plaint du traitement que lui avait réservé les Bulls de Joakim Noah et surtout Taj Gibson. Dans un match important car le Heat restait sur 27 victoires, Chicago a sorti un grand match défensif, un match dans lequel Lebron James était attendu de pied ferme dans la peinture notamment par Taj Gibson qui n’y est pas allé de main morte lorsqu’il s’est agit de stopper les pénétration du King.

 

Les Pacers, à travers des joueurs comme Roy Hibbert ou Tyler «Psycho T» Hansbrough, se sont parfois fait taxer de jouer dur, de donner des coups aux stars adverses afin de casser le rythme du match. Des critiques émanant également des joueurs du Heat comme Dwyane Wade ou King James qui sont logiquement pris pour cible par les défenses rugueuses des franchises de l’Est. Kevin Garnett a lui aussi eu droit à des critiques signalant ls mauvais coups qu’il était capable de distribuer au cours d’une rencontre. C’est bizarre, ces critiques s’abattent presque toujours sur les très bons défenseurs, sur les joueurs qui se donnent, qui n’ont pas peur des contacts qui font partie du Basket.

Cette saison, Dwight Howard, le néo-Rocket, s’est aussi plaint de recevoir des coups volontaires au niveau des épaules et des avant-bras. Des fautes grossières n’ayant pour but que de l’envoyer sur la ligne des lancers francs, voire d’appuyer là où ça fait mal car le pivot avait ouvertement expliqué que ses épaules le faisaient souffrir. Pauvre petit Lebron James, pauvre petit Dwight Howard. C’est vrai que Lebron james ne fait que 2m03 pour 115kg et que Howard ne fait que 2m12 pour 125kg… Ils n’ont pas les moyens de se défendre. Ils sont obligés de subir ces traitements «inhumains» que leurs adversaires leur infligent. C’est vraiment dur la vie de star en NBA. Ces joueurs se plaignent. Ils trouvent que Kevin Garnett ou Taj Gibson jouent trop dur, que ce n’est pas dans «l’esprit», que les arbitres devraient sanctionner plus durement ce qu’ils n’appellent plus des fautes mais de l’anti-jeu.

Ils se plaignent mais on a envie de leur dire : «Heureusement que vous n’avez pas jouer dans les années 80 ou les années 90 les gars». Ils n’ont, du coup, pas eu à affronter des joueurs comme Charles Oakley, Anthony Mason, Dennis Rodman ou le champion toutes catégories de la grosse faute : Bill Laimbeer.
Bill Laimbeer n’a jamais eu de surnom mais on aurait sans problème pu le baptiser le «découpeur masqué» tant il faisait goûter du coude, de genou et du parquet aux adversaires qui s’aventuraient à attaquer SON cercle. Le pivot des Pistons champions en 1989 et 1990 n’était pas le plus athlétique sur un parquet mais il n’hésitait pas à se mettre sur le chemin de tout joueur tentant un drive. Et, du haut de ses 2m11 (pour 113kg), le grand Bill mettait un point d’honneur à stopper l’attaque adverse quelques soient les moyens, et ce, toujours en râlant, en disant qu’il n’y avait pas faute, en mettant la pression sur les arbitres. Bill Laimbeer était, à juste titre, le joueur le plus détesté de toute la ligue. Il distribuait les coups, n’hésitait pas à découper un joueur alors qu’il était en l’air et donc très vulnérable. Il se battait, au sens propre du terme, avec tout adversaire frustré, énervé de subir tant de fautes. Bill Laimbeer n’avait peur de personne et malgré les critiques, il n’a jamais changé son « style » de jeu : découper et prendre des rebonds, voilà ce que faisait Bill Laimbeer sur un parquet.

Michael Jordan, Scottie Pippen, James Worthy ou Larry Bird peuvent en témoigner. En leur temps, ces stars se sont également beaucoup épanchées sur les fautes qu’elles subissaient lors de chaque match face à Detroit. D’autant plus, qu’à l’époque, les arbitres sifflaient beaucoup moins, ils protégeaient moins les attaquants. L’avantage était clairement souvent laissé à la défense, ce qui est de moins en moins le cas aujourd’hui. Ce n’est pas pour rien que ces Pistons, qui avaient mis en place ce qu’on appelle la «Jordan Rules», se faisaient appeler les Bad Boys mais ils avaient, à l’époque, la meilleure défense du pays. Une défense qui a sorti de playoffs les Bulls de Michael Jordan et les Celtics de Larry Bird à de nombreuses reprises.

« La règle (Jordan Rules) était la suivante : à chaque fois qu’il (Michael Jordan) avait la balle, il fallait le serrer de très près, l’empêcher de se déplacer. De même lorsqu’il tentait de prendre position au poste bas ou dans l’aile, il fallait le serrer, créer le contact, rendre la situation inconfortable pour lui. Nous ne voulions pas forcément jouer salement – je sais que beaucoup de gens le pensaient – mais devions aller au contact et être physiques.  »  Chuck Daily expliquant la Jordan Rules.

L’équipe de New York des 90’s avait, elle aussi, la réputation de jouer dur, de défendre le cercle de manière très limite. Des joueurs comme Charles Oakley ou Anthony Mason ne se sont pas fait que des amis au cours de leurs carrières mais ils étaient, avec Pat Ewing, les piliers de la meilleure défense du pays, eux aussi… Ces Knicks au jeu très physique, ces Pittbulls de la Grosse Pomme étaient comme les pistons, quelques années auparavant, l’une des meilleures équipes de la ligue. Coïncidence ? Certainement pas.
Jouer dur, défendre toute attaque de cercle ou verrouiller le rebond ne sont pas des choses aisées en NBA. Cela demande certes moins de talent pur que pour rentrer des lay-up improbables, enfiler les tirs primés comme des perles ou pour faire le spectacle à base de alley-oop mais cela demande une grande concentration, une bonne organisation et un mental d’acier… Des qualités toutes aussi importantes que le talent pur quand on a l’intention de briller collectivement au plus haut niveau du basket. Si aujourd’hui, Carmelo Anthony et Amar’e Stoudemire défendaient avec autant d’ardeur que leurs illustres prédécesseurs, les Knicks seraient de vrais candidats sérieux au titre NBA. Malheureusement, ces deux joueurs à 20 millions de dollars l’année n’en ont ni la volonté ni même l’idée…

L’idée ici n’est pas de faire l’apologie du coup de la corde à linge sur un joueur qui attaque le cercle. Bien évidemment, ces gestes sont répréhensibles et sont d’ailleurs durement sanctionnés quand ils arrivent. L’idée est plutôt de relativiser concernant l’engagement et les fautes dans le basket actuel. Les règles ont évolué, les coups de sifflets également mais les règles ne peuvent pas changer l’essence même d’un sport comme le basket dans lequel les contacts sont inévitables. En plus, aujourd’hui, une équipe qui jouerait comme jouaient les Pistons en 1989, finirait chaque match avec seulement 4 joueurs, subirait des suspensions régulières et ne pourrait en aucun cas aller chercher un titre ou même espérer aller loin en playoffs.

De tous temps, les grandes stars offensives de la balle orange ont du faire face à des adversaires qui usaient de tous les moyens pour les arrêter, des moyens parfois très «borderline» mais c’est aussi ça le sport de haut niveau. L’adversaire ne va pas non plus vous regarder jouer sous prétexte que vous êtes plus fort. Il n’est donc pas étonnant de voir des monstres offensifs comme Lebron James, Dwight Howard, Tony Parker et bientôt (vous verrez) Stephen Curry ou Kyrie Irving se faire violemment stopper par des défenseurs n’ayant plus d’autres solutions que d’attraper un bras, ceinturer, bref d’aller au contact. Ces stars n’ont pas le droit de se plaindre, ces contacts font partie du basket. Ils sont, en quelque sorte, la rançon du talent qui leur a été donné et cela n’a jamais empêché les vrais grands joueurs d’aller gagner des titres. Jamais…

Video illustrant la Jordan Rules :
[youtube width= »600″ height= »400″ video_id= »NLv2F33snCE »]

Une video pour les amateurs de « contacts rugueux »
[youtube width= »600″ height= »400″ video_id= »OKhdP1g0CQ0″]

Et inévitablement, une courte video sur le Grand Bill
[youtube width= »600″ height= »400″ video_id= »2fjbFvHifQw »]

Un poster de Laimbeer en pleine action sur Jordan

Cliquez pour commenter

Répondre

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *



To Top