Dossiers NBA

Lebron, Erik et le jeu « sans poste » : Three Peat en vue ?

Dans la nuit de jeudi à vendredi dernier, devant le match 7 des Finales, une question me trottait dans la tête : Comment se fait-il que ce Heat – qui joue petit, sans vrai présence intérieure et avec un meneur qui ne mène pas  – arrive à dominer ce superbe collectif de San Antonio ?

Je dois même avouer que, sans être un fan absolu des Spurs, voir Duncan, Parker, Ginobili et Popovich gagner un autre titre ensemble m’aurait bien plu. Rien que pour voir Pop’ et Timmy D. avec une 5ème bague, pour voir TiPi avec un deuxième MVP des Finales ou pour voir Ginobili raccrocher sur un titre, j’aurais aimé que les Spurs puissent venir à bout du champion en titre et maintenant double champion.
Et si Miami a réussi ce Back to Back historique, c’est parce deux hommes ont su se trouver, ont su se comprendre. L’un, Erik Spoelstra, a su trancher, prendre des décisions et faire en sorte d’optimiser la puissance de feu mise à sa disposition. L’autre, Lebron James, a su assumer la tactique mise en place par son coach. Une tactique sur mesure pour lui.

En faisant jouer son équipe en small ball, avec un seul intérieur et Lebron James en 4 (sur le papier), Erik Spoelstra permet à son MVP de trouver des espaces pour des pénétrations, de jouer au poste bas si son adversaire direct le «tient» bien dans le périmètre ou s’il n’est pas en forme au niveau de son shoot. Après c’est au coach de bien choisir les joueurs à mettre autour du King en fonction des formes du moment. Dans ce système, James peut beaucoup mieux exprimer toutes ses qualités que s’il est «coincé» dans un système plus classique avec deux vrais arrières et deux vrais intérieurs. On a du coup, un Heat qui joue un véritable jeu «sans poste» dans lequel King James a beaucoup la balle en main et ses partenaires jouent tous très au large en attaque pour ainsi étirer la défense adverse. Les rotations défensives deviennent plus compliquées à gérer pour l’adversaire quand il s’agit de laisser Ray Allen seul dans un coin ou Chris Bosh seul à 4 ou 5 mètres du cercle. Ce n’est pas non plus un hasard si Shane Battier a fini par se réveiller et a planté 6 tirs primés lors de ce match 7, ce n’est toujours pas du hasard si D-Wade a pu shooter 21 fois lors de ce même match… C’est tout simplement parce le jeu du Heat est plus fluide dans ce « small ball sans poste ». Le ballon circule mieux et les floridiens ont de bonnes positions de shoot au large. Rien à voir avec la bouillie proposée en Finales l’année dernière.

Wade et Spoelstra

Tu vois Dwyane, toi, tu vas là-bas… à l’opposé…

Pourquoi « sans poste » ?

Quand vous avez Lebron James dans votre équipe, vous devez faire tourner le jeu autour de lui. De toutes façons, James est un joueur qui a une grande dimension collective, il aime faire jouer ses coéquipiers, il ne va pas prendre tout les shoots en isolation. Il aime marquer des points mais aussi passer, prendre des rebonds, intercepter, contrer c’est un vrai « Point Forward » la définition même du all-around player. Un joueur extrêmement complet et polyvalent, un joueur qui peut jouer à tous les postes sur un terrain de basketball.  En plus avec ses 2m03, ses 115kg, sa vitesse, sa puissance, son endurance, Lebron James est très probablement l’athlète le plus impressionnant, le plus accompli que la NBA ait connu jusqu’à ce jour.
À un moment pendant le match 6 des Finales, je me suis bien dit : «Pop’ a raison d’obliger James à shooter dans le périmètre.» Oui, c’est vrai mais malheureusement pour les Texans, le King est sorti de sa boîte en 4ème quart dans le match 6 pour ramener l’équipe et permettre à Jesus de faire un miracle. Et dans le match 7, c’est carrément à coup de shoots à mi distance (2 d’affilée dans la toute fin de match) que James a tué les Spurs. On a bien sûr vanté, à juste titre, les excellentes prestations défensives de Kawhi Leonard sur le MVP mais il ne faut pas oublier que sur les Game 6 et 7, King James a passé 69 points à 47% dont 40% à 3 points, 22 rebonds, 15 passes décisives et 5 interceptions aux Spurs.

Après plusieurs matchs en demi teinte dans ces Finales, le MVP a su répondre à ses détracteurs, assumer les responsabilités confiées par son coach et faire ce qu’il fallait pour garder le titre à South Beach. Certes il n’était pas tout seul mais s’il n’évolue pas à son top niveau, ce jeu « sans poste » proposé par le Heat n’a plus aucun sens face à une équipe comme San Antonio. Une équipe parfaitement coachée qui, après avoir laissé filer la victoire (et donc le titre) dans le match 6 n’a pas pu offrir de réponses probantes aux problèmes posées par ce King avec 100% de liberté. Mais pourquoi parler de jeu « sans poste » ? Tout simplement parce le jeu de Lebron James est tellement spécifique en attaque  qu’il nécessite de la part de ses partenaires d’être capables de jouer assez loin du cercle, de bien couper ligne de fond mais clairement pas de « squatter » la peinture. Je me pose d’ailleurs la question de l’intérêt réel qu’aurait Miami à avoir un joueur qui demande régulièrement la balle poste bas, à moins qu’il ne soit très dominant bien sûr. Dans ce contexte, on retrouve Chris Bosh en train de tirer à 3 points, Chalmers bien planqué dans un corner, Dwyane Wade qui bricole et fait un peu de tout  quand  il le veut quand son genou lui permet. Il n’y a plus vraiment de postes attitrés en attaque et, pour l’instant, ça marche !

Je m’étais pourtant dit : «c’est bon, Tony va leur faire trop mal avec ses drives vu que Chalmers et Cole sont incapables de le tenir et qu’il n’y a que Bosh comme pseudo défense plus près du cercle ». Comme beaucoup, je n’avais pas vu venir le fait que Lebron allait aussi bien prendre les choses en mains en défense et il faut bien reconnaître que voir un tel colosse capable d’étouffer un joueur aussi rapide et habile sur pick and roll que Tony parker a quelque chose d’assez surnaturel. Que Parker se fasse plaisir face aux deux Steve des Lakers : c’est logique. Que Parker soit difficile à défendre pour Stephen Curry : encore une fois, c’est logique. Mais Parker venait de dominer outrageusement la redoutable défense extérieure des Grizzlies avant ces Finales. Et voilà notre Frenchie qui se retrouve coincé, avec moins de ballons, moins situations favorables en drive ou à mi distance parce qu’il est bien défendu par un joueur avec un physique d’ailier fort, un joueur que je ne pensais pas aussi à l’aise en défense sur l’homme, qui plus est sur un meneur…

lebron James défend sur Tony Parker

En fait Spoelstra a eu la bonne inspiration, je ne me risquerai pas à dire que le coach floridien est un grand tacticien ou un grand meneur d’hommes mais il a eu l’intelligence de mettre l’aspect tactique pur en retrait pour plutôt inculquer une philosophie de jeu globale à son effectif. Cette « philosophie » du small ball était bel et bien la clé pour battre ces Spurs. Ce small ball – dans lequel le Heat a pour objectif de défendre dur, de courir en transition, de laisser les clés du jeu à James et un peu à Wade sur attaque placée – a d’ailleurs été la clé tout au long de la saison. Une saison que le Heat a fini avec 66 victoires et le meilleur bilan de la ligue. Une saison au cours de laquelle ce même Heat a réalisé la deuxième plus longue série de victoires de l’histoire NBA (27 victoires). Pour la deuxième année consécutive, Lebron James a été élu MVP des Finales après gagné le titre en jouant « Point Forward » au sein d’un Heat au jeu « sans poste » voulu par son coach et approuvé par son leader.

Il y a de fortes chances pour que Miami continue sur cette lancée la saison prochaine car à moins d’un tour de magie made in Riley, je ne vois pas comment les Floridiens pourraient faire venir un pivot digne de ce nom qui pourrait partager la raquette avec Bosh ou Haslem. Dans cette configuration, jouer « petit » devient non seulement un choix philosophique mais aussi un choix adapté au roster actuel. Quelle équipe pourra alors proposer un système défensif capable de contenir ce King en mode Point Forward ? Quel choix vont faire les coachs adverses ? Tenter de mettre des grands pour dominer la raquette aussi bien en attaque qu’en défense comme l’a fait Indiana ? Ou bien tenter de s’adapter en proposant un 5 adapté avec le plus souvent un petit ailier en garde du corps de Lebron James comme l’a fait San Antonio ? Voilà le genre de dilemne que King James et son Heat vont poser aux entraîneurs adverses. Encore et encore… Suffisamment pour aller chercher un Three Peat ? Le rendez-vous est pris. Au roi d’être à l’heure…

2 Commentaires

2 Comments

  1. Rodmantheworm

    26 juin 2013 à 17 h 30 min at 17 h 30 min

    Il ne faut pas oublier que spo a commencé comme simple assistant vidéo et qu'il a même pas 45 ans. Je suis pas fan du heat ni de son coach mais il faut avouer que son parcours est vraiment pas mal !

    • @EasyLayUp

      27 juin 2013 à 11 h 21 min at 11 h 21 min

      Il connait le jeu. Il a su donner le bon esprit à ses joueurs. C'est déjà pas mal.

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