Dossiers NBA

[Story] Jimmy Butler, de SDF à la NBA

Séries cultes, joueurs de légende, rivalités exacerbées, parcours atypiques… Régulièrement, une histoire sur la NBA pour briller en société. Alors profitons de cette période creuse et sans match pour nous cultiver un peu.

Nous allons commencer cette rubrique avec le sophomore de Chicago, Jimmy Butler, qui a été sous les feux des projecteurs cette saison grâce à sa défense sur Kobe Bryant puis LeBron James en Playoffs.
Mais ce qui nous intéresse chez ce jeune joueur, ce n’est pas que le basket, mais surtout son parcours, qu’il a longtemps gardé secret. Petit flashback.

Né en 1989 au Texas, il ne connaitra pas son père qui abandonne le foyer alors que Jimmy n’est qu’un nourrisson. Treize ans plus tard, le jeune Butler devra lui aussi partir, mais pas par choix.

« Je n’aime pas ton regard. Va-t’en. »

Ce seront les derniers mots que sa mère lui dira.

À un âge où les ados pensent avant tout aux filles, au sport, voire à l’école (plus rare, je le concède), il se retrouve sans maison, sans famille, sans argent. Il va alors devoir  survivre seul, en squattant chez des amis, allant d’une famille à l’autre. Avec un échappatoire, le basket. Il va d’ailleurs commencer à attirer l’attention et l’été avant son année senior au lycée. Il est suivi, mais malheureusement pas par les coachs de Divison 1 NCAA, mais à un niveau local, il se révèle comme une potentielle star à Tomball, où il vit.  Il est d’ailleurs suivi par un jeune homme de 2 ans son cadet, Jordan Leslie. Jimmy a alors 17 ans et la rencontre entre les deux teenagers se fait évidemment sur un terrain de basket, lors d’un concours à 3 points improvisé entre eux. Ils deviennent alors amis et Leslie invite régulièrement Jimmy chez lui pour jouer à la console et notre jeune SDF va alors profiter du toit de la famille.

La mère de Leslie, Michelle Lambert, est d’abord réticente à accueillir Jimmy.  Elle vit avec ses 4 enfants d’un premier mariage. Son nouveau mari en a également 3. Le foyer ne roule pas sur l’or. Et Jimmy n’a pas forcément bonne réputation. Il est donc autorisé à rester, mais que pour 1 ou 2 nuits à la fois. Mais chaque soir, l’un des enfants réclame son tour : « Ce soir, Jimmy reste pour moi ». Finalement,  il deviendra après quelques mois un membre de la famille. Mais avec des restrictions, qu’il n’avait jamais connues. Un couvre-feu pour rentrer le soir, l’obligation d’aller en cours et d’améliorer ses notes, des corvées à la maison. Elle lui a demandé d’être un « role model ».

« Je lui ai dit que mes enfants l’admiraient. Il devait éviter les problèmes. Travailler dur à l’école. Il devait être un exemple. Et vous savez quoi ? Jimmy l’a fait. Tout ce que je lui demandais de faire, il l’a fait sans poser de questions »

Butler appartient alors à une famille, pour la première fois de sa vie.

Il devient dans le même temps une star pour Tomball High School, terminant son année senior à 19,9 points et 8,7 rebonds par match. Insuffisant cependant pour retenir l’attention des grosses écuries NCAA. Il jouera donc au Tyler Junior College, près de chez lui. Il terminera meilleur scoreur de son équipe en freshman et sera alors courtisé : Marquette, Kentucky, Clemson, Mississipi State et Iowa State lui font une offre. C’est sa mère d’adoption qui lui conseillera Marquette pour des raisons scolaires. Parce qu’il lui fallait un bon diplôme en cas d’échec au basket. Il sera la première recrue du nouveau coach Buzz Williams, qui voyait grand pour lui.

« Je n’ai jamais été plus dur avec un joueur que je l’ai été avec Jimmy. J’étais sans pitié avec lui parce qu’il ne savait pas à quel point il pouvait être fort. Toute sa vie on lui a dit qu’il n’était pas assez bon. Ce que je voyais, c’était un gars qui pouvait avoir de l’impact pour notre équipe de tellement de manières »

Mais d’échec, il en fût presque question lors de ses débuts à Marquette. Il passa son année sophomore sur le banc pour 5,6 points et 3,9 rebonds. Barré par Wes Matthews and Lazar Hayward. Lui qui était le go-to-guy avant, se retrouve limité et frustré. Une nouvelle expérience pour lui. Une nouvelle opportunité de mûrir et progresser.

« J’ai été encadré par les meilleurs. Ces gars m’ont tellement appris sur comment jouer et comment être un homme […] Je veux être un type sur qui mon équipe et mon coach peuvent compter. C’est ce que je veux être »

En senior, il attire l’attention des scouts NBA par sa polyvalence et sa capacité à défendre sur plusieurs postes. Malgré cela, Jimmy Butler joue sans savoir qu’il est observé. Il ne pensait pas pouvoir jouer en NBA avant que la saison ne soit terminée.

« J’étais juste concentré sur notre équipe, et nous faire gagner »

Le point culminant de cette saison se déroulera  lieu lors de la « senior night ». Ce soir là, Michelle Lambert l’accompagne à son entrée sur le parquet, comme le veut la tradition. Il s’agit pour eux deux d’un grand moment d’émotion car personne ne connaît vraiment l’histoire de Butler. Il est un membre de la famille, et Michelle est sa mère.

«Je lui rends hommage pour m’avoir aidé à devenir qui je suis. Je l’aime. Vous pourriez penser qu’elle m’a donné naissance. C’est ma famille. C’est Michelle Lambert. Elle est ma mère»

Finalement, Jimmy Butler racontera son histoire en juin 2011 lors d’une interview à Chad Ford (ESPN). Parce que la NBA est tellement médiatisée que la vie d’un joueur est scrutée. Parce que les questions à son sujet ont été soulevées par les GM lors des entretiens pré draft :

« Son histoire est l’une des plus remarquables que j’ai vues dans mes nombreuses années de basketball. Il y a eu temps de fois dans sa vie où il était voué à échouer. Chaque fois, il a réussi à surmonter des obstacles énormes. Quand vous parlez avec lui – et il hésite à parler de sa vie – vous avez juste cette sensation que ce kid a cette grandeur en lui »

Mais surtout, Jimmy Butler voulait montrer qu’il était fier de son parcours, qu’il lui avait permis de devenir l’homme et le joueur qu’il est maintenant. S’il est fier de cette interprétation de son histoire par les GM, il craignait tout de même d’être pris en pitié. Ce dont il a horreur. Son parcours, sa vie, c’est sa force.

« Il n’y a aucune raison d’avoir pitié. J’aime ce qui m’est arrivé. Cela a fait de moi ce que je suis. Je suis reconnaissant des défis auxquels j’ai fait face. »

Pas de pitié alors pour Jimmy Butler. Seulement du courage. Comme lorsqu’il défend maintenant sur les meilleurs joueurs NBA. Parce que son parcours lui a appris que tout était possible. En prenant les choses les unes après les autres, jour après jour. Toute sa vie il a dû lutter contre les doutes des gens.  Mais ils ne connaissaient pas son histoire. Maintenant si. Ils sont donc prévenus. Tout ce dont Butler a besoin, c’est qu’on lui donne sa chance. Comme Michelle Lambert l’a fait. Comme les Bulls le font.

Source : Chad Ford, ESPN

Cliquez pour commenter

Répondre

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


To Top