One-on-One

Le Game 5 de Kevin Durant à la table des plus grandes perfs all-time : difficile à classer comme dirait l’autre, mais le débat existe

Kevin Durant 16 juin 2021

LeBron 2012, Magic 1980, Jordan 1997, KD 2021.

Source image : NBA League Pass

Dans la nuit de mardi à mercredi, on a vécu un moment rare. Le genre de moment où l’on se dit, « J’y étais, j’ai vu ça en direct ». En marquant 49 points avec 17 rebonds et 10 passes décisives pour guider une équipe des Nets largement diminuée à la victoire face aux Bucks, Kevin Durant a sorti un match tout simplement héroïque, un match qui peut définir une carrière et qui intègre clairement la catégorie all-time. 

On a voulu attendre une journée pour avoir un minimum de recul sur la performance exceptionnelle de Kevin Durant à Brooklyn dans le Game 5 face aux Bucks. Du recul pour pouvoir mettre un peu en perspective ce qu’on vient de voir, même si on a évidemment toujours des frissons même plus de 24 heures après. Dans l’ère de Twitter où on aime comparer, débattre et classer, sans doute un peu trop parfois, la question suivante est assez vite arrivée sur la table : où se situe ce chef-d’œuvre de KD dans la hiérarchie des plus grandes perfs de l’histoire de la NBA ? Pour pouvoir y répondre, l’une des portes d’entrée est de se baser sur des critères qui définissent une performance all-time. Les stats, le contexte, l’enjeu, le résultat final, l’impression de domination laissée par le joueur, les actions décisives… il y a pas mal de cases à cocher pour pouvoir intégrer cette catégorie ultime dans laquelle se retrouvent les plus grandes légendes du jeu. Parfois, dans le feu de l’action, quand on est devant une performance exceptionnelle, on peut avoir tendance à s’enflammer un peu et ainsi surévaluer la portée de cette dernière. C’est humain. Rien que dans ces Playoffs NBA 2021, on a vécu des moments épiques avec le Game 6 de Kawhi Leonard qui a permis de sauver les Clippers à Dallas, ou les 55 points de Damian Lillard à Denver. Est-ce qu’on peut parler pour autant de perfs all-time ? En soi oui, mais celle de Leonard a été réalisée dans un premier tour de Playoffs tandis que Dame est reparti avec une défaite dans les dents. Mais dans le cas de Kevin Durant, il n’y a pas grand-chose à redire. Quand on a regardé KD réaliser le match de sa vie, on savait tout de suite qu’on était devant un moment d’histoire.

49 points, 17 rebonds, 10 passes décisives, 2 contres, 3 interceptions, 16/23 au tir, 4/9 du parking, 13/16 aux lancers-francs, le tout en… 48 minutes. Pas besoin d’en rajouter, les stats parlent d’elles-mêmes. Jamais, dans l’histoire des Playoffs NBA, un joueur n’avait terminé un match en 45-15-10. Rien que ça déjà, ça vous place la performance de Kevin Durant dans le haut du panier. Mais bien évidemment, ce match de KD, c’est tellement plus que des chiffres. On était dans un Game 5 de demi-finales de Conférence Est entre deux poids lourds à égalité 2-2, les Nets d’un côté et les Bucks de l’autre. Un match crucial donc pour atteindre le dernier carré des Playoffs. Milwaukee, après deux victoires à la maison, possédait tout le momentum du monde pour prendre le contrôle de la série, surtout avec les blessures qui ont frappé les stars de Brooklyn. Kyrie Irving, blessé à la cheville lors du Game 4, était indispo pour la cinquième manche. James Harden, absent depuis le début de la série à cause d’un bobo à l’ischio, a certes fait un admirable retour pour le Game 5 mais il était sur une jambe. Pour la faire courte, le Big Three des Nets qui devait tout casser sur son passage en Playoffs s’est transformé en Big One, avec un Kevin Durant obligé de porter les siens comme jamais sur ses épaules pour donner la moindre chance à son équipe. Car en face, il y avait du Giannis Antetokounmpo, du Khris Middleton, et du Jrue Holiday. Tout ça pour dire que si on suit la logique, les Nets n’étaient pas censés gagner ce Game 5 contre Milwaukee. Mais Durant fait partie de ces monstres du jeu qui sont capables de défier la logique. KD ne voulait tout simplement pas goûter à la défaite mardi, alors il a guidé les siens de la première à la dernière minute du match – littéralement – en enchaînant les exploits, notamment dans le money time, pour finalement repartir avec la win 114-108. Et c’est ce qui propulse véritablement la perf’ de Durant à un niveau all-time. On l’a vu réaliser des centaines de cartons offensifs depuis le début de sa carrière. On l’a vu évoluer pour devenir un joueur ultra complet et capable de vraiment peser défensivement en plus de son talent offensif quasiment inégalé dans l’histoire de son sport. Ce Game 5 contre les Bucks, c’était Kevin Durant à son sommet, dans un match ultra important, au moment où son équipe avait le plus besoin de lui. Un alignement des planètes très rare, qu’on voit peut-être une fois tous les dix ou quinze ans.

Si les Nets arrivent à survivre face aux Bucks pour ensuite aller jusqu’au bout et chercher le titre de champion NBA, ce Game 5 de KD prendra encore une autre dimension. Il sera alors considéré comme le plus grand moment de la carrière de l’un des meilleurs joueurs de tous les temps, un moment qui propulse la legacy du bonhomme à un niveau supérieur et qui définit une carrière. Sa performance pourra alors rivaliser avec les 45 points – 15 rebonds de LeBron James à Boston en 2012, les 45 points de Michael Jordan à Utah pour le titre en 1998 ou son Flu Game l’année précédente, ou encore les 42 points – 15 rebonds – 7 passes de Magic Johnson en tant que rookie pour aider les Lakers à gagner la bague à Philadelphie en 1980 malgré l’absence de Kareem Abdul-Jabbar. Il y en a quelques autres qui mériteraient d’être citées, notamment avant l’ère moderne (coucou Bill Russell et son 30-40 lors du Game 7 des Finales NBA 1962), mais vous voyez où on veut en venir. Et si jamais Brooklyn chute, que ce soit contre Milwaukee ou lors des tours suivants, le match de KD restera comme un incroyable chef-d’œuvre qu’il faudra admirer pour ce qu’il était à l’instant T. Un peu comme les 63 points de Michael Jordan à Boston en 1986, les 48 pions de LeBron à Detroit en 2007, ou les 48 d’Allen Iverson face aux Lakers de Shaquille O’Neal et Kobe Bryant en 2001. On n’oublie pas non plus les 56 unités de Charles Barkley en 1994 contre les Warriors, les 49 points – 25 rebonds – 6 contres d’Hakeem Olajuwon en 1987 contre les Sonics, ou les 43 pions d’Isiah Thomas en Finales NBA 1988 contre les Lakers malgré une cheville en vrac. Que des perfs qui ont marqué l’histoire des Playoffs. À l’heure de ces lignes, on ne peut donc pas encore véritablement mesurer la portée de la performance de Kevin Durant, on ne pourra le faire qu’à la fin des Playoffs 2021. On sait déjà qu’elle est all-time, mais elle peut devenir all-time++ si elle représente le moment marquant d’un run vers le titre NBA, ce qui serait le troisième de KD après les deux remportés avec les Warriors.

En attendant de voir comment la campagne des Nets va se terminer, il semble important aujourd’hui de juste savourer ce qu’on vient de vivre. Il semble important de se rendre compte de la chance qu’on a de voir évoluer un véritable monstre de la balle orange au sommet de son art. Jamais, dans l’histoire du jeu, on a pu observer un mec de 2m10 capable de dribbler avec la technique et la mobilité d’un arrière tout en shootant comme un tireur d’élite. Kevin Durant est une formidable anomalie du basket, profitons-en au maximum car on fait partie de ceux qui pourront dire « J’ai assisté au prime de KD en direct ». N’oublions pas qu’il y a deux ans et une semaine, Kevin Durant s’écroulait sur le parquet des Raptors à cause d’une rupture du tendon d’Achille. Une blessure dévastatrice qui a obligé KD à rester éloigné des terrains pendant une saison complète. À la fin des Finales NBA 2019, on pouvait légitimement se demander si Durant allait retrouver son meilleur niveau, si on allait revoir un jour le grand KD. Car ils sont nombreux à avoir vu leur carrière dérailler à cause d’un tendon d’Achille qui pète. Et on n’en connaît pas beaucoup qui sont revenus à leur meilleur niveau. Mais Kevin Durant fait partie de ceux-là. Giannis Antetokounmpo l’a dit après le Game 5, « Durant est le meilleur joueur du monde aujourd’hui ». Pas besoin d’être un spécialiste du basket pour s’en rendre compte. Alors oui, on peut dire beaucoup de choses sur KD. Pour de nombreux amoureux de la NBA, sa décision de rejoindre les Warriors version 73 victoires en 2016 reste toujours en travers de la gorge. Certains estiment qu’il a besoin de gagner un autre titre ailleurs pour prouver qu’il est un vrai champion et qu’il peut porter une équipe sur ses épaules. D’autres lui reprochent son addiction à Twitter et ses faux comptes. Donc non, le personnage Kevin Durant ne fait pas l’unanimité. Par contre, ce qui fait l’unanimité, c’est le niveau d’excellence qu’il est capable d’atteindre avec un ballon de basket dans les mains. Un niveau d’excellence rarement observé dans l’histoire.

Quoi qu’il arrive dans ces Playoffs, la date du 15 juin 2021 restera pour toujours associée à Kevin Durant. Une soirée mémorable, une soirée all-time, une soirée durant laquelle KD a atteint des sommets où se retrouvent seulement quelques-unes des plus grandes légendes de la NBA. Apprécions le monstre, car on n’est pas près de revoir un autre Kevin Durant. 

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