One-on-One

L’interview complète de Tony Parker expliquant sa retraite : sortez les mouchoirs, le patron a été très généreux…!

Tony Parker
Source image : NBA league Pass

C’est le lundi 10 juin 2019, aux alentours de 18h, que Tony Parker a annoncé sa retraite. Une fin de carrière méritée, et une dernière interview long format donnée à Marc J. Spears de chez The Undefeated pour écrire les dernières lignes d’un bouquin mémorable. Et parce qu’on aime nos copains qui détestent l’anglais, on vous a traduit cette merveille ci-dessous.

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Quand avez-vous réalisé que vous ne pouviez plus être Tony Parker ?

La saison passée était vraiment différente pour moi. J’ai passé un bon moment à Charlotte, c’était très différent pour moi après 17 saisons passées chez les Spurs. Je savais donc que bien des choses avaient changé, et j’était très nostalgique.

Le fait d’être loin de ma famille qui est à San Antonio, ça aussi, ça a joué un petit rôle dans ma décision. J’en suis donc venu à la conclusion suivante, c’était l’heure de tourner la page. J’ai plein de merveilleuses choses dans ma vie, j’ai une belle famille, de beaux enfants, je souhaitais simplement passer davantage de temps avec eux.

Est-ce qu’il y a eu un match, ou un moment où vous vous êtes dit que c’était l’heure ?

Lorsque la saison fût terminée, j’ai su que c’était la fin.

Et comment avez-vous abordé la chose avec sérénité ?

C’est marrant car c’est ma famille plutôt que mes amis qui me disent, allez, encore une saison, encore une saison. Alors que moi ? Cela faisait longtemps que j’étais serein devant cette décision car je m’y étais préparé. Tout ce que je gère, dont les deux équipes que je possède en France et mon école internationale qui ouvrira en septembre, j’ai tellement de choses en cours que j’ai toujours été serein devant cette décision.

Je me disais que quand cela viendrait, je serais prêt à laisser le jeu aux plus jeunes. Ce sport est pour les jeunes, donc c’est pour cela que personnellement j’ai compris très tôt que quand ce serait l’heure d’y aller, je serais en paix.

Il y a quelques années, vous m’aviez dit avec conviction que vous vouliez jouer 20 saisons en NBA. Qu’est-ce qui a changé ?

C’est encore le cas, je voulais jouer 20 saisons et je pense que je peux encore jouer. J’ai fait une bonne saison avec les Hornets, j’étais en bonne santé. Mais en même temps, je ne vois pas de raison de jouer 20 saisons.

Quelle était la différence entre le fait de jouer pour les Spurs et pour les Hornets ?

Pendant 17 ans, chaque saison a démarré chez les Spurs avec le sentiment qu’on avait une bonne chance de remporter le titre. C’était donc assez bizarre d’arriver dans une nouvelle équipe et de se dire que vous n’avez aucune chance de remporter le titre. Et même si j’ai passé de bons moments là-bas, les coéquipiers étaient supers, au final je joue au basket pour remporter quelque chose. Cela a été ainsi avec l’équipe de France lorsqu’on se battait pour une médaille d’or, et cela a été ainsi avec les Spurs lorsqu’on se battait pour un titre.

Du coup, si je ne joue pas pour le titre, je me demande en quelque sorte pourquoi jouer ? C’est ainsi que ce fût très différent, pour moi mentalement, car je devais rester concentré et motivé de jouer à ce jeu que j’ai, car j’aime gagner.

La NBA a eu la possibilité de faire ses adieux à Dirk Nowitzki et Dwyane Wade tout au long de la saison, auriez-vous aimé un tour d’honneur comme eux ?

Non, clairement pas. C’est marrant car c’est mon frère qui m’a demandé cela. Il m’a demandé si je ne voulais pas faire comme Dwyane et Dirk, et je lui ai dit que ce n’était pas possible car ce n’était pas sous le maillot des Spurs. Donc pour moi, c’était différent. Wade l’a fait avec le maillot du Heat, Nowitzki avec le maillot des Mavs, c’était une belle façon de terminer leur carrière. Alors que moi j’étais là-bas à Charlotte, donc je ne ressentais pas le besoin de recevoir d’au-revoir. Pour moi, le vrai au-revoir se fera quand j’aurai mon maillot retiré à San Antonio ou quand j’intégrerai le Hall of Fame.

Que pensez-vous de ce que vous avez accompli ?

Je me sens très chanceux d’avoir pu jouer pour une grande franchise, avec de grands coéquipiers et un grand coach. Ce qu’on a eu là-bas fût très spécial. Et c’est marrant car tout au long de l’année à Charlotte, j’ai réalisé encore plus que ce qu’on avait à San Antonio était vraiment très spécial. On parle de 17 saisons ensemble, toutes les victoires, être parmi les meilleurs en ce qui concerne les victoires dans l’histoire des Playoffs ou les trios, tous ces records. Maintenant, je réalise de plus en plus ces choses en détail que l’on a accompli.

Est-ce que les retraites de Tim Duncan et Manu Ginobili ces dernières années ont eu un impact sur vous ?

Disons que cela a eu un impact, mais en même temps, comme je vous l’ai dit par le passé je me voyais vraiment jouer 20 saisons avec les Spurs. En discutant avec Tim et Manu, ils m’ont aidé petit à petit, je me suis dit que j’étais prêt car ce n’était plus pareil sans eux deux.

Qu’ont-ils dit quand vous leur avez annoncé la nouvelle ?

Ils m’ont demandé si j’étais sûr de ma décision, je leur ai dit que oui, et ils m’ont dit que si j’étais sûr de moi ils étaient contents pour moi, qu’on a réalisé de grandes choses ensemble et qu’ils sont impatients de me mettre une raclée au tennis et de se voir encore plus ensemble.

Donc vous leur avez annoncé la nouvelle pendant un match de tennis ?

Non, je leur ai dit au déjeuner par téléphone. Puis on s’est vus, on a joué au tennis et on en a reparlé après.

Comment les gens se souviendront-ils de vous, selon vous ?

Je pense qu’on se souviendra de nous ensemble. C’était super de partager ce moment avec eux. C’est fou. On vient de trois univers différents et on a réussi ensemble. Voir le maillot de Tim retiré, puis celui de Manu, c’était très émouvant pour celui de Manu car vous revivez tous ces grands moments et vous pensez à ce que vous voulez dire. C’était juste bien de pouvoir avoir ce moment avec eux.

Vous savez à quoi ressemblera la cérémonie de retrait de votre maillot ? Y avez-vous pensé ?

Non, pas vraiment. Je ne sais pas. Cela sera dur à imaginer. Mais ce sera aussi la dernière fois qu’on pourra célébrer notre Big Three pendant cette ère, donc j’espère que ce sera une soirée très spéciale pour tout le monde.

Vous avez annoncé la nouvelle à Gregg Popovich ?

Oui, je suis allé le voir pour lui dire.

Donc Pop ne faisait pas en sorte de vous transférer pour vous récupérer cet été ?

Non, non, non.

Comment ça s’est passé en discutant de cela avec Michael Jordan ?

C’était bien. Il a compris ma décision. Tout le monde est très content pour moi. Quand je l’ai dit à mon coach (James Borrego), il était juste content pour moi car j’avais eu une belle et longue carrière, j’étais resté en bonne santé. Et donc quand ils m’ont demandé si j’étais en paix avec cette décision, je leur ai dit que oui. Je me sens bien face à elle, et je sais que le basket ne va pas me manquer.

Physiquement, comment vous sentez-vous ?

Très bien. Je peux vraiment jouer deux ans de plus, facile. Physiquement je me sens bien, surtout avec le rôle que j’ai eu en tant que remplaçant cette année et le management de mes minutes qui a été géré par mon coach. Je peux vraiment faire deux saisons de plus. Mais je ne veux pas jouer pour le simple fait de jouer, je ne joue pas comme ça. Je n’ai jamais joué pour l’argent ou pour m’amuser, j’ai toujours joué pour gagner.

Donc à quoi ressemblera votre retraite désormais ?

Je vais être très occupé. Mon équipe féminine de l’ASVEL vient de gagner, donc nous célébrons notre premier titre. Quant à l’équipe masculine, j’espère que nous irons en finale. L’ASVEL est à Lyon, c’est la deuxième plus grosse ville de France. Je suis propriétaire de l’équipe depuis 2014 donc c’est un gros projet, et on va participer à l’EuroLeague l’an prochain avec l’ASVEL.

Mon académie ouvre ses portes en septembre, ce sera mon école internationale. C’est ainsi que je remercie mon pays, je remercie les plus jeunes. Je suis très excité par ce nouveau projet.

Est-ce que cette académie est pour les basketteurs uniquement ?

Non, cela peut être n’importe qui.

Et allez-vous quitter ce pays ?

Non, je vais continuer à vivre à San Antonio. C’est notre vie ici, ce sera ma maison, c’est toujours ma maison. Donc je vais clairement rester à San Antonio, puis je voyagerai.

Qu’est-ce que cette ville vous inspire ?

C’est ma maison. Je suis arrivé ici à 19 ans et j’ai été incroyablement accueilli, ils m’ont soutenu tout du long. Ce sera toujours ma maison, ma famille.

Et que dire des fans de San Antonio ?

J’aurai toujours de grands souvenirs vous savez. Quand je suis revenu ici, je me souviens encore de la date, le 14 janvier. Quand je suis revenu avec les Hornets, c’était incroyable de voir le niveau d’amour qu’ils m’ont montré tout au long de la soirée. C’est comme si mon maillot était retiré ce soir-là. C’était incroyable. Je suis impatient à l’idée de vivre cette vraie soirée et les revoir, pour célébrer cela avec eux. Je dis toujours que ce sont les meilleurs fans de la NBA, on a remporté 4 titres ensemble et je ne l’oublierai jamais.

Maintenant que vous regardez en arrière, vous êtes-vous content d’avoir été à Charlotte, ou auriez-vous préféré prolonger chez les Spurs ?

Non, je suis content d’avoir été à Charlotte, c’était une très bonne expérience. J’y ai rencontré de belles personnes, j’ai vraiment apprécié l’opportunité offerte par Michael, Mitch Kupchak et Coach Borrego. C’était super, vraiment. Les coéquipiers étaient top. Donc je n’ai aucun regret car je voulais vraiment jouer pour montrer que je pouvais encore le faire. J’ai fait une bonne saison, j’étais en forme, je ne regrette rien. Et c’est marrant car, quelque part, j’ai l’impression qu’en étant allé à Charlotte, les fans de San Antonio m’apprécient encore plus.

Il n’y a pas beaucoup de mixité concernant les propriétaires de franchises en NBA. Avec l’expérience que vous avez maintenant en France, est-ce que vous voyez un jour revenir en NBA en tant que General Manager ou président d’une franchise ?

C’est un de mes rêves, oui. Aujourd’hui je me concentre sur l’ASVEL, en vivant une belle expérience. Nous construisons une nouvelle salle en ce moment, nous allons jouer en EuroLeague, et cette compétition grandit vite. Mais le rêve ultime est de pouvoir être un propriétaire en NBA. Donc je parle déjà à pas mal de personnes, qui regardent ce que je fais en France.

J’accumule de l’expérience, et j’aime faire ça. Cela demande beaucoup de travail, mais j’aime ça. Peut-être qu’un jour j’y arriverai, mais si c’est la bonne opportunité et quelque chose que je veux vraiment faire, donc j’attendrai la bonne opportunité.

Cela fait quoi, d’être propriétaire d’une équipe de basket ?

J’adore ça. Je ne veux pas que gérer la partie basket. J’aime aussi le business, le marketing, mettre des gens dans la salle, travailler avec l’équipe digitale, réfléchir à la façon de rendre l’expérience du spectateur encore meilleure, tout ça. J’aime aussi la partie basket, le scouting, trouver les bons jeunes par exemple. Par exemple, en ce moment le meneur de mon équipe qui s’appelle Theo Maledon, il va être un des 10 premiers choix de la Draft l’an prochain. Il cartonne, et c’est une autre partie du boulot que j’aime, j’aime avoir cette vision globale.

De 28ème choix de Draft à meneur titulaire, puis gagner quatre titres de champion, auriez-vous pu rêver quelque chose de tel ? Quelles étaient vos attentes en arrivant en NBA ?

Ma carrière fût meilleure que celle dont je rêvais quand j’étais petit. Quand je suis arrivé, je me suis dit que j’aimerais bien être un bon petit joueur, un bon remplaçant, et cela m’irait. J’étais juste content d’y être arrivé en fait. Je ne pensais pas être titulaire, ou le plus jeune meneur titulaire de l’histoire à l’époque, ou le premier Européen à être nommé MVP des Finales. Je n’ai jamais rêvé de cela.

Quel impact pensez-vous avoir eu en France et en Europe ?

J’espère avoir eu un bon impact avec Dirk et Pau Gasol. Après notre arrivée, ça a explosé. Maintenant il y a plus de 80 joueurs internationaux en NBA, dont 12 Français. Donc j’ai toujours pris au sérieux ce rôle de bon ambassadeur pour le basket français.

Pouvez-vous nous dire en détail d’où vous venez ? Car beaucoup de monde pense que vous avez été gâtés car votre père était un basketteur professionnel.

Les gens ne savent pas que j’ai grandi sans quoi que ce soit. On n’avait rien, c’était dur. Mais je pense que cela m’a motivé pour y arriver dans la vie car je voulais que ma famille vive mieux. Et je pense que Pop l’a vu très rapidement quand il m’a eu en entretien. Et c’est aussi pour cela qu’il était aussi dur avec moi, car il savait qu’il pouvait dépasser les limites avec moi et que j’allais rester motivé pour y arriver, quoi que cela demande. Il m’a tout envoyé, j’étais toujours prêt à encaisser et y aller.

Quelles ont été les étapes les plus difficiles pendant votre enfance ?

Ne pas avoir de nourriture à la maison. Avoir des gens qui viennent dans votre maison et prennent votre télévision car vous n’avez pas payé les factures en temps et en heure. Tout cela reste en tête et vous vous en souvenez, donc vous ne voulez plus revivre cela.

Quel est votre plus beau et votre plus triste souvenir en tant que basketteur ?

Le plus beau ? Je dirais les 4 titres de champion NBA, évidemment, et la médaille d’or avec l’équipe de France car c’était la première fois dans l’histoire du basket français qu’on gagnait une médaille d’or.

Le plus triste ? Je dirais le Game 6 à Miami en 2013. Puis en équipe nationale, je dirais 2005 face à la Grèce. On avait 7 points d’avance à 40 secondes de la fin, et on a perdu ce match. Cela aurait pu être notre première médaille d’or à l’époque, donc ce sont mes deux plus dures défaites.

Pouvez-vous en dire davantage sur cette défaite à Miami ?

Oui, c’est vraiment douloureux. On est revenus en 2014 et on a gagné, on a en quelque sorte effacé cette déception. Mais c’était une vraie belle occasion de réaliser un back-to-back (en 2013). Cela montre aussi notre force de caractère, la façon dont on a perdu en 2013 et le fait de revenir ainsi pour jouer face à la même équipe, puis de les détruire en jouant un merveilleux jeu en 2014.

Que les gens peuvent-ils apprendre sur la dynastie des Spurs ?

Nous n’avions pas d’ego, et nous n’avons pas laissé l’argent ruiner cette dynastie.

Qu’est-ce qui va le plus vous manquer ?

Gagner. Gagner, car on ne s’en lasse jamais. C’est pour ça que c’était bien de gagner avec mon équipe féminine, car lorsqu’on remporte un titre c’est difficile de décrire ses émotions à quelqu’un d’autre. En tant que joueur c’était super, et maintenant en tant que propriétaire, quand vous construisez tout depuis le début, je suis content pour elles. Voir leurs visages réjouis, ça n’a pas de prix. On ne se lasse jamais de gagner, remporter des titres on ne s’en lasse jamais.

Qu’est-ce que vous allez faire maintenant, en tant que retraité, que vous ne pouviez pas faire en tant que joueur ?

Beaucoup de choses, mais une en première : faire du ski.

Dans les Alpes ?

Oui, du ski dans les Alpes.

Source : The Undefeated

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